‹ Clinique médicale de lHòtel-Dieu de Paris (volume 2)Chapitre 33 sur 76 · XL INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL INTRODUCTION

qui avait été introduite dans l'hygiène par Parent-Duchâtelet, fut appliquée à l’étude de la pathologie et de la thérapeutique par un homme d’une probité scientifique incontestable, doué d’une patience à toute épreuve, passionné pour la vérité, qu'il croyait atteindre avec certitude.

La méthode numérique reconnait la puissance souveraine du chiffre. Le médecin doit imposer silence aux élans de son imagination ; il analyse, compte et enregistre sévèrement les résultats : rien de plus, rien de moins. C’est l'inflexibilité du magistrat intègre, qui applique la loi, sans écouter ses passions, ses souvenirs; c’est la rigueur du statisticien, qui, faisant une table de mortalité, ne fait acception d'aucune cause de mort, et se borne à supputer les chances de vie que présente la masse d’une population. La méthode numérique, enfin, applique à la médecine le calcul des probabilités dans toute sa rigueur.

La méthode d’induction procède tout autrement : elle recueille, analyse les faits; mais elle les compare, et ne les compte pas toujours. Au lieu du résultat nécessaire de la statistique, elle cherche autre chose, les rapports systématiques des faits, leur liaison ; elle les interroge, les commente, les sépare, les groupe, les examine sous toutes leurs faces, pour en tirer quelque chose de nouveau, d’apphicable. En un mot, au rebours de la méthode numérique, elle met le plus possible du sien dans les jugements quelle porte sur les choses, bien sûre d'approcher ainsi davantage de la vérité.

La première portion de la phrase de J. J. Rousseau que je citais tout à l'heure est un non-sens. Il est clair que les choses, par cela même qu'elles sont, sont nécessairement vraies, en ce sens que l'affirmation de leur existence les constitue telles qu’elles sont, et non autrement; ou, pour mieux dire, elles ne sont ni vraies ni fausses, elles sont tout simplement. La qualification des choses peut être vraie ou fausse; mais la qualification est dans l'esprit qui juge, et nullement dans les choses elles-mêmes : il est donc absurde de dire que /a vérité est dans les choses, et non dans l'esprit qui les Juge. La seconde portion de la phrase n’a qu’un faux semblant de vérité : il est clair, en effet, que si, deux choses étant données, on se borne à indiquer le rapport immédiat qui les unit, on aura mis le moins possible du sien dans le jugement que l’on aura porté, et que, si l’on n'a pas jugé beaucoup, du moins on aura pu juger quelque chose assez sainement. Mais enfin, même pour juger les

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