PRINCIPALEMENT DE SES ACCIDENTS ET DE SES COMPLICATIONS
Rougeole normale. — De toutes les fièvres éruptives elle est celle don la période d'invasion est plus longue.— Gomplications de la périod d'invasion. — Gonvulsions du début. — Pseudo-croup. — Catarrh suffocant. — Épistaxis. — Otite. — Diarrhée. — Complications del période d’éruption et de la dernière période.
MESSIEURS
Je n’entrerai pas pour la rougeole dans des détails aussi circonstancié que ceux que j'ai donnés pour la scarlatine ; en voici la raison : si de tout les maladies éruptives la scarlatine est, ainsi que je l'ai établi, celle dont k formes sont le plus étranges; si elle fournit matière à un grand nombre« considérations pathologiques, il n’en est plus tout à fait même de la rougeol Je me bornerai donc pour celle-ci à tracer rapidement le tableau des symptôm: qu’elle présente lorsqu'elle est normale, et j'insisterai d'une façon toute sp ciale sur les accidents et les complications qui l’accompagnent ou la suiven accidents et complications malheureusement trop peu connus des jeunes mi decins, et que j'ai eu bien des fois occasion de vous signaler.
Vous comprenez, messieurs, que je n'ai pas ici, dans un cours de cliniqu à vous faire l’histoire complète de la rougeole, cette tâche est celle du pr fesseur de pathologie médicale ; mais je veux vous faire connaître les con plications de cette pyrexie exanthémateuse, et vous montrer leur évolutio en vous présentant des exemples choisis dans nos salles, que nous puissio analyser et discuter ensemble, Je dois pourtant vous rappeler sommaireme les phénomènes ordinaires des diverses périodes de la rougeole, qui, exagér dans une certaine mesure, constituent ou appellent les complications.
Dès le début de la maladie, et dans les formes les plus simples, on voit to de suite apparaître, du côté de la membrane muqueuse oculaire et du côtéd voies respiratoires, des symptômes qui sont parfaitement connus de ceux q les ont une fois observés : ce sont le larmoiement, l'injection des yeux, ul légère photophobie ; le coryza, caractérisé par un écoulement de mucus té et âcre, par de fréquents éternuments, accompagné fréquemment d’épista) abondantes ; c’est une foux assez vive, quelquefois un peu rauque, d'autt fois très violente et très pénible, Les membranes muqueuses des yeux, du n€ du larynx et des bronches se prennent donc dès les premiers jours de rougeole. Dès le premier jour, l'éruption se fait de leur côté, comme au déb
de la scarlatine ; alors qu’il n°’v à pas encore d’exanthème à la peau, vous vovez la maladie inscrite sur le pharynx, les amygdales et sur le voile du palais.
Lans cette période d'invasion, la fièvre n’a pas les mêmes allures que dans la variole, où, depuis le début des premiers symptômes de la pyrexie jusqu’au moment de l’éruption, le mouvement fébrile est d’une seule tenue, où jamais il ne cesse une fois qu'ila commencé, et dure toujours au moins jusqu’au jour de l’apparition des pustules. Dans la rougeole, Jes phénomènes fébriles ont une marche tout autre, qui trompe parfois singulièrement les médecins. Tantôt la fièvre persiste jusqu’au moment de la période d’éruption ; tantôt elle ne dure qu'un ou deux jours, s’arrêtant le troisième et cédant quelquefois complétement, ne laissant au malade, adulte ou enfant, qu'un léger malaise, pour reparaître enfin au jour de l’éruption avec une grande intensité. Elle se manifeste par de petits frissons, se répétant trois, quatre, cinq, six fois dans les vingt-quatre heures, suivis de chaleur et de sueurs, de manière à simuler ces accès de fièvre intermittente ou rémittente, qui tendent à devenir continus et sont assez communs au début de la dothiénentérie. En l’absence du larmoiement, du corvza, du saignement de nez, de la toux, on est, dans un grand nombre de circonstances, fort embarrassé pour poser le diagnostic, et souvent on méconnaît les prodromes de la rougeole, si l’on n’est pas guidé par des faits pris en dehors du malade, tels que l'existence de cette maladie chez quelques-uns des membres de la famille, ou bien une influence épidémique.
La durée de la période d’invasion est déjà, donc, un élément capital pour le diagnostic.
De toutes les fièvres éruptives, la rougeole est celle dans laquelle cette ériode cest la plus longue. La scarlatine, on le sait, est celle, au contraire, lans laquelle elle est la plus courte, puisqu'elle peut ne durer que quelques leures, quelques instants; vient ensuite la variole confluente, dont l'invasion lure deux jours, l’éruption se faisant à la fin du deuxième ou au commencenent du troisième ; enfin la variole discrète, dans laquelle cette période dure rois jours, l'apparition des pustules ayant lieu très régulièrement à la fin du roisième ou au commencement du quatrième. Dans la rougeole, l’exanthème utané ne se montre que du quatrième au cinquième, quelquefois après six, ept et huit jours, même dans les cas où la maladie est très simple. Nous venons l'en avoir précisément un exemple au n° 18 de la salle Sainte-Agnès, chez un “uvrier âgé de vingt-huit ans, dont j'ai méconnu complétement la maladie Jarce que l'éruption morbilleuse n’a paru que le septième jour, bien que, vous avez vu comme moi, il n’y eût eu aucune complication. Si, dans la scarlatine + dans la variole, il arrive que des complications sérieuses, survenues au lébut, retardent l’époque de l'apparition de l'éraption, comme j'en ai cité une bservation à propos de la scarlatine, ce sont là de rares exceptions, n’infirmant n rien la règle générale, tandis que, dans la rougeole, la règle générale est que la période d'invasion dure de quatre à cinq jours, en dehors même de oute espèce de complications.
Parmi celles-ci, il en est qui se rencontrent fréquemment chez les enfants, alors même que la maladie doit avoir la marche la plus franche et la plus régulière : ce sont les convulsions. J'aurai à y revenir plus spécialement.
Au moment où, dans la période d’invasion, la fièvre paraissait tomber, tout à coup elle reprend une intensité considérable. Le larmoiement, le coryza, la toux, un instant calmés, augmentent avec une extrême vivacité: en même temps survient, dans la majorité des cas, une diarrhée très abondante. Ce phénomène, la diarrhée arrivant en même temps que l’éruption, appartient essentiellement à la rougeole, et les auteurs ne l’ont pas suffisamment indiqué. Sans être invariable, il est assez commun pour qu’on en doive tenir bon compte. Il se manifeste, je le répète, le jour où l’éruption apparaît. L'enfant va quatre, six, huit, dix et quinze fois à la garderobe dans les vingt-quatre heures; chez quelques-uns il y a non-seulement une diarrhée séreuse, mais encore une diarrhée glaireuse et sanglante, causée par une véritable colite qui dure un jour ou deux. Nous insisterons sur ce fait à propos des complica= tions; je dirai tout de suite que si la diarrhée se prolonge au delà de vingt: quatre heures, elle peut devenir une cause de danger chez les très ins enfants, et qu'elle doit être arrêtée Le plus tôt possible.
L'éruption apparaît le quatrième ou le cinquième jour, ainsi que nous l’avons dit ; elle apparaît d’abord au visage, le lendemain elle a envahi le tronc, le septième jour les membres : elle est dès lors complète. Je m'aperçois, messieurs, que je vais faire entrer une erreur dans votre esprit, et déjà j'entends quelquesuns d’entre vous me rappeler que, dans notre service de nourrices, je vous ai montré moi-même, et plusieurs fois, de petits enfants chez lesquels, au deuxième jour de la fièvre morbilleuse, on voyait déjà poindre de petites efflorescences, là où la peau était chaude et couverte de sueur. Le lendemain, le surlendemain même, on avait peine à trouver et même on ne trouvait plus ces efflorescences, jusqu’au jour où, au terme régulier de la période d’invasion, l’éruption apparaissait avec ses caractères les plus nets. — Je tenais à vous répéter ici ce que je vous avais dit devant le berceau de nos petits malades, et à vous indiquer, ainsi que je l’ai fait tout à l'heure, les restrictions qu’il con: vient d'apporter à la loi d'évolution de l’exanthème morbilleux. Mais, dans bien des cas analogues à ceux que je viens de vous rappeler, les efflorescences dont je parle, et qui ne sont rien autre chose que des exanthèmes sudoraux, ne doivent pas être confondues avec l’exanthème spécifique de la rougeole. — Tant que l’éruption reste vive et fleurie, la fièvre conserve une grande intensité, comme cela a lieu dans la scarlatine, contrairement à ce qui se passe dans la variole discrète, où elle tombe tout à coup, une fois les pustules sorties, pour ne se rallumer qu’au huitième jour de la maladie, moment où commence la période de maturation. Dans la rougeole, le mouvemient fébrile se prolonge donc pendant les deux ou trois premiers jours de l’éruption, il cède alors parce que l’éruption cède elle-même; s’il se prolonge au delà, on doit craindre des complications, et nous dirons quelles elles sont,
Au larmoiement, au corvza, à la toux qui ont augmenté, se joint ordinairement un peu de surdité, quelquefois des douleurs d'oreilles très vives, la trompe d’Eustache se prenant comme se sont pris les autres conduits revêtus d’une membrane muqueuse.
L'éruplion, dans sa forme la plus simple, lorsqu'on l’examine principalement sur le ventre et sur la poitrine, plus encore qu’au visage, l’éruption présente l'aspect de petites saillies rouges, veloutées, n’ayant ni la rudesse, ni la rugosité des saillies qu’on observe si souvent dans la scarlatine; elles ont une certaine analogie avec celles de l’urticaire ; le derme, lui-même soulevé, soulève l'épiderme, et ces saïllies sont parfaitement appréciables au toucher, plus appréciables même à ce sens qu'à la vue. Ges taches morbilleuses plus ou moins grandes, de la largeur d’un grain de riz, d’un grain de blé, sont en général de formes inégales, circonscrivant les espaces dans lesquels la peau reste blanche. D'abord distinctes, disparaissant sous la pression du doigt pour reparaître dès que cette pression cesse, elles se groupent par plaques irrégulières, inégalement découpées sous forme de petits croissants. | (
Lorsque l’éruption est très confluente, la rougeur de la peau peut être diffuse; uniforme, et rendre dans quelques cas le diagnostic difficile. Il survient quelquefois aussi des vésicules, principalement en été, lorsque les malades, couverts outre mesure, ont abondamment transpiré ; ce sont des vésicules acuminées, renfermant ordinairement un liquide puriforme, à base enflammée, beaucoup plus larges que celles que nous avons notées dans la scarlatine; mais tandis que cette éruption vésiculeuse est la règle dans cette dernière maladie, dans la rougeole elle est l'exception.
Quelquefois les taches morbilleuses sont plus saillantes qu’à l'ordinaire, comme papuleuses ; lorsque cette forme domine, la rougeole est dite boutonneuse,
Souvent, quand l’éruption a été très violente, on voit, principalement sur les membres, des rougeurs violacées, évidemment ecchymotiqués, car elles ne disparaissent pas sous la pression du doigt, comme le font les taches exanthématiques. Ces taches ecchymotiques, ces taches de purpura, peuvent persister pendant sept, huit ou dix jours après la disparition de l’éruption morbilleuse, laissant à leur place une coloration jaune verdâtre. Cette forme de la rougeole est plus grave que l’autre, en ce sens qu’elle indique une violence plus grande dans l’éruption, et que dans les fièvres éruptives, rougeole, scarlatine, ariole, plus intense est l’éruption, plus grande aussi est en général la gravité dela maladie ; elle n’est jamais plus fréquente que sous l’empire de certaines constitutions médicales, et elle s’élève alors au degré d'une complication des plus sérieuses sur laquelle j'aurai à appeler votre attention.
- Ordinairement pendant ces deux périodes d’invasion et d’éruption, on entend à l’auscultation de la poitrine des râles sibilants qui, très souvent, deviennent sous-crépitants le jour de l’éruption, et qui, généralisés quelquefois dans toute l'étendué des poumons, sont accompagnés d’un certain degré d’oppression,
râles sous-crépitants qui indiquent que le catarrhe morbilleux occupe déjà les petites bronches. Ge catarrhe peut, dès le début, présenter de la gravité et augmenter encore vers le huitième ou neuvième jour de la maladie, faisant alors explosion avec une redoutab'e intensité. Les râles sous-crépitants, se produisant au moment où l’éruption apparaît, même lorsqu'ils sont très fins, ne doivent pas effrayer si les autres symptômes de l'affection ne sont pas sérieux; ils disparaissent généralement ou diminuent habituellement le septième ou le huitième jour ; on entend alors de nouveau les râles muqueux plus gros, puis les râles sibilants, et enfin tout rentre dans l’ordre.
Ce catarrhe morbilleux donne lieu à une expectoration assez caractéris: tique. Je parle de ce qu’on observe chez les adultes et chez les enfants du troisième âge; car on sait que les enfants à la mamelle, et jusqu’à quatre à cinq ans, n’expectorent pas. D'abord muqueux, clairs et limpides, les crachats deviennent épais, arrondis, d’un jaune verdâtre, parfaitement isolés les uns dés autres, surnageant dans une plus ou moins grande quantité de mucus glaireux et légèrement opalin ; ils sont nummulaires, comme ceux de quelques phthi= siques.
Le huitième jour, l’éruption tend à disparaître; elle quitte le visage, s'éteint sur le tronc, et le neuvième jour elle a complétement disparu sur les mem bres. Il ne reste plus qu’un peu d'ophthalmie, de coryza, de surdité et de toux. Ces accidents diminuent graduellement à leur tour ; après sept ou huit jours, ils ont totalement cessé, C’est la période de desquamation.
Les livres classiques parlent d’une desquamation furfuracte, constituée par une poussière épidermique ressemblant à de petites plaques de son se détachant de la surface du corps; mais si l’on examine scrupuleusement ce qui se passe, on voit quelquelois dix malades de suite sans pouvoir trouver trace de rien de semblable. Pour peu que la peau soit couverte de sueur, — et la transpiration, chez les individus atteints de rougeole, est un fait assez ordipaire, — ces écailles épidermiques restent dans le linge, l’exfoliation de l'épiderme, qui à lieu en effet, étant extrêmement ténue. Elle se voit mieux at visage que partout ailleurs, ct cela se comprend, puisque la face, où la transpiration est moins abondante que sur le corps, reste découverte. Mais là encore Ja desquamation est souvent imperceptible; lorsqu'elle est apparente, c’est au huitième jour, c'est-à-dire au moment où l’éruption commence à s’effacer, que se montrent sur le visage ces petites exfoliations dont on a parlé.
Telle est l'allure de la rougeole normale, simple, régulière. Je n’en ai fai l'histoire abrégée que pour mieux insister sur l'étude des accidents, des complications qui dérivent des phénomènes qui lui sont propres.
Les premiers de ces phénomènes sont, chez l’enfant, les convulsions, le pseudo-croup; chez l'enfant et chez l'adulte, le catarrhe, et souvent l’épistaxis. C’est aussi par l’éclampsie et le catarrhe que les enfants succomben dans la période d’invasion.
Les convulsions arrivent souvent dès le premier jour, dès le début de la
fièvre chez les enfants sujets à ces accidents.nerveux. Que chez eux, en effet, un mouvement fébrile soit sous la dépendance de la rougcole, qu'il soit sous Ja dépendance de la variole, de la scarlatine, d’une affection intestinale, d’un simple catarrhe pulmonaire, au moment où il s'annonce par le frisson, une attaque d’éclampsie peut avoir lieu. Je dis au moment du frisson, et je dois vous en donner la raison.
Si vous voulez y réfléchir, le frisson lui-même n’est déjà rien autre chose qu’une convulsion, vous le comprendrez. Étudiez-le isolément dans une partie du corps, à la mâchoire, par exemple; il se traduit par le claquement de dents, déterminé par la contraction cet le relâchement alternatifs, plus ou moins rapides des muscles élévateurs du maxillaire inférieur, contractions involontaires et violentes : or, vous le savez, c’est là même la définition de la convulsion. Quand le frisson est général, il est accompagné de céphalalgie, de douleurs violentes le long du rachis, de tremblement de tout le corps causé par des secousses violentes et convulsives des muscles. Ce sont de véritables accès d'éclampsie continus, moins les phénomènes cérébraux. Vous voyez alors combien la transition est facile à établir entre le frisson et la grande attaque convulsive, vous comprendrez aussi pourquoi c’est ordinairement au moment du frisson initial d’une fièvre quelconque que l'enfant, dont le système nerveux est si excitable, va être pris de convulsions. Le branle une fois donné à l'appareil de l’innervation, une première attaque est suivie d’une seconde, de plusieurs qui se répètent à l'occasion d’une émotion physique ou morale un peu vive, d’une impression extérieure un peu violente, comme à l'heure du réveil où le système nerveux sort du repos qu’il avait gardé.
* En général, les convulsions du début de la rougeole ne sont pas très graves lorsqu'elles ne se répètent pas souvent. Deux ou trois n’ont rien d'alarmant en elles-mêmes à cette période d’invasion de la maladie; exceptionnellement ce sont des accidents sérieux, mais c’est qu’alors elles ont continué un jour ou deux, etque, dans leurs attaques, l'enfant peut être enlevé. Malheureusement aussi l'intervention médicale est, en quelques cas, pour beaucoup dans les tristes résultats que l’éclampsie entraîne avec elle. Rien n’épouvante une famille autant que ces convulsions ; rien, en effet, je l'avoue, n’est plus épouvantable. On appelle de tous côtés un médecin; celui-ci, n'arrivant qu’à la fin de la crise, ne constatant que les phénomènes apoplectiques, perd quelquefois son sang-froid, et, dans son trouble, peut commettre bien des fautes. Il fait d’abord appliquer des sangsues derrière les oreilles, quatre, six, huit; il voit là une congestion cérébrale, et l'émission sanguine lui paraît l'indication urgente, puisqu’elie doit nécessairement amencr la déplétion des Vaisseaux. Si l’on a affaire à un enfant de deux, trois où quatre ans, on commence, en agissant ainsi, par le rendre exsangue, de telle sorte que, contrairement au but qu’on se propose d’atteindre, on le met dans les conditions les plus favorables au retour des accidents qu’on prétendait combattre; puis on ordonne des bains froids, recommandant de faire, pendant la durée du bain,
des affusions également froides sur la tête et sur les épaules. Ces bains, ces affusions, sont répétés deux ou trois fois dans le courant de la journée. Cependant le malade à déjà du coryza, du catarrhe pulmonaire; si, dans ces conditions, une affusion rapide, de quelques secondes, peut ne pas nuire, il n'en est plus de même de ces immersions prolongées, encore moins de ces applications de glace sur la tête, comme on voit souvent en prescrire. Assurément le catarrhe (et le catarrhe morbilleux est toujours assez sérieux pour qu’on cherche à le modérer) ne devra qu’augmenter sous l'influence d’un pareil traitement. Ge que je dis ici n’est malheureusement pas exagéré. Combien de médecins, lors même qu'ils ne sont pas très convaincus de son utilité, ne cèdent-ils pas aux exigences d’une famille qui réclame une médication active, énergique, à grand appareil, si lon peut ainsi parler, dans ces cas où le mal a lui-même de si terribles et si rapides allures ! Or la médication par les sangsues, par les bains, cette médication pourtant si meurtrière, est tellement d'accord avec les théo: ries et les préjugés du monde, toujours disposé à raisonner médecine, qué; alors qu’on en ignore les graves inconvénients, il paraît souvent difficile de ne pas y avoir recours. L’ignorance des uns, le manque d'énergie des autres, ont pour résultat d'augmenter le péril. |
Dans d’autres cas, les personnes étrangères à notre art, des médecins même, agissent d'une façon plus fâcheuse encore. Ils arrosent d’eau bouillante, ils entourent de linges qu'ils en ont imbibés, les jambes des malheureux enfants, et déterminent chez eux des accidents plus graves que le mal qu'ils voulaient empêcher. Qui n’a pas entendu parler de ces épouvantables accidents, de ces horribles brûlures par l’eau ou tout autre liquide bouillant, accidents malheureusement trop fréquents, auxquels succombent. chaque année un grand nombre d'enfants? Qui d’entre nous n’a pas eu l’occa* sion d'observer ou d'entendre raconter de semblables faits? Cependant combien encore les oublient, lorsque, appelés auprès de petits malades pris de convulsions, ils se hâtent de recourir à la brutale médication que nous condamnons énergiquement ! Le contact de ces serviettes trempées dans l’eau bouillante. est alors bien plus prolongé que dans le cas de brûlure accidentelle. Ici les malheureux ont toute leur connaissance : à la première impression de la douleur, ils appellent pour se faire dépouiller de leurs vêtements ou s'en dépouillent eux-mêmes; dans le coma consécutif aux convulsions; ils ne sentent rien, et ceux qui devraient les secourir, laissant volontairement, un temps très prolongé, en contact avec leur peau, ces linges brûlants, les tuent en croyant les sauver.
Lorsque ces infortunés ne succombent pas sous les effets de la douleur, ils sont enlevés par la violence de linflammation ou s’éteignent épuisés par la suppuration. Lorsqu'ils guérissent, ils gardent des cicatrices plus ou moins profondes, qui, suivant la place qu’elles occupent, peuvent entraîner d’hor2 ribles difformités. J'ai été plusieurs fois témoin de ces accidents; entre autres exemples, j'en ai été témoin chez un homme qui a été mon maîtreet celui
de plusieurs d’entre vous. À la suite d’une application d’eau bouillante sur les cuisses, employée pour combattre des phénomènes comateux ou de stupeur profonde survenus dans le cours d’une fièvre typhoïde dont il fut atteint, Marjolin garda, de profondes eschares qui compliquèrent singulièrement sa maladie et entravèrent longtemps sa convalescence. |
Lorsqu'au début de la rougeole un enfant a des convulsions, sachez attendre; ne faites pas de médecine tumultueuse ; informez-vous si le malade est sujet à l’éclampsie, et si les attaques passent habituellement seules. S'il en est ainsi, une médication peu active suffira, car en général les convulsions initiales des fièvres éruptives cèdent d’elles-mêmes, sans que nous ayons besoin d’intervenir. Les saignées, les bains prolongés, les cautérisations à l’eau bouillante, les vésicatoires qui agissent. d’une façon analogue aux brûlures, j’ajouterai les purgatifs énergiques, loin d’être de quelque utilité, aggraveront la maladie, entraveront sa marche, retarderont l’époque de l’éruption, et prépareront pour la suite des complications souvent mortelles.
Je le répète, ces convulsions du début des fièvres éruptives ne sont pas graves en général ; toutefois, je l'ai dit aussi, elles le sont quelquefois lorsqu'elles se répètent et se rapprochent, elles le sont même dès la première attaque, mais exceptionnellement. J'ai souvent raconté ce fait, qui s’est passé sous mes yeux à l’hôpital Necker. Un enfant de deux ans, qui ne présentait aucun symptôme d'affection cérébrale, fut pris de convulsions au moment même où je l'examinais. J'annonçai aux élèves présents à la visite la marche que les accidents allaient probablement suivre : je leur parlais de la forme tonique, qui, précédant la forme clonique, durerait cinquante à soixante secondes, occupant les muscles des membres, ceux de la poitrine et du ventre, les maintenant roides, comme au début d'une attaque d’épilepsie. Cependant deux minutes s'étaient écoulées: la roideur ne cédait pas, et je commençais à m’alarmer, lorsqu’en effet une demi-minute encore avait à peine été comptée, que tout à coup nous vimes la face bleuir, cette coloration bleue augmenter progressivement, puis une résolution subite s'effectuer. L'enfant était mort.
Ce fait et ceux analogues que l’on pourrait rapporter, tout exceptionnels qu’ils sont, peuvent se rencontrer dans votre pratique médicale; il est essentiel de prévoir les mauvaises chances, et de faire des réserves sur le pronostic. Il n’est question ici que des convulsions initiales de la rougeole et de la variole ; car celles du début de la scarlatine, au lieu d’être exceptionnellement graves; le sont au contraire généralement.
Tout récemment, messieurs, vous avez vu dans notre salle de nourrices deux enfants, l’un, au début de la rougeole, ayant tous les symptômes du croup, mais du faux croup, et guérissant ; l’autre, mourant du croup, mais du vrai croup, dans la convalescence de l’exanthème.
Je ne saurais vous dire combien souvent les familles sont épouvantées par l'explosion de ces accidents, survenant dans les quatre ou cinq premiers jours d’une rougeole que ne caractérise encore aucune manifestation du: côté de la
peau. Après avoir d’abord présenté tous les symptômes d’un catarrhe léger, l'enfant est pris tout à coup d’une oppression formidable, accompagnée d’une toux rauque, d’une inspiration sifflante, d’une respiration excessivement labo! rieuse, en même temps que la fièvre s'allume. S'il n’y a pas, dans l'entourage du malade, d’autres malades atteints de rougeole, le diagnostic devient fort embarrassant, et l'on croit avoir affaire uniquement à cette forme de laryngite aiguë connue sous le nom de pseudo-croup.
. Cette erreur ne tirerait pas à conséquence, si le médecin n’intervenait encore ici quelquefois d'une façon déplorable, s’il restait convaincu que ce pseudocroup est généralement peu grave, et qu'après quelques instants d’angoisses, plus terribles peut-être pour le cœur d’une mère que compromettantes pour la vie de l’enfant, les accidents se calmeront seuls.
J'aurai à revenir plus tard sur le diagnostic entre la laryngite aiguë et de croup, je suppose que ces notions vous sont familières; mais lorsque vous aurez reconnu le faux croup, gardez-vous de vous laisser gagner par le trouble d’une famille désolée; gardez-vous de céder à son impatience, en vérité bien naturelle; gardez-vous, avant tout, d'appliquer des sangsues au cou, à la base de la-poitrine, comme on le fait trop souvent, Sans doute en elle-même, et dans le traitement du faux croup, cette médication n’est pas dangereuse, mais elle le devient en ce sens que la perte de sang peut être considérables chez un enfant, vous ne savez souvent où elle s'arrêtera, et l’anémie consécutive peut entraver la marche de la maladie, dont la larsngite n’était qu'un accident précurseur. D'ailleurs, si elle n’est pas dangereuse par elle-même, elle est inutile, et mieux vaut ne point l’employer. Graves, qui, du reste, à fort mal connu les affections diphthériques dont il a vu peu de cas, a indiqué, pour combattre le faux croup, une méthode que je vous recommande : elle consiste à passer sous le menton et au devant du cou de l’enfant une éponge trempée dans de l’eau excessivement chaude, à une température toutefois insuffisante pour produire la brûlure, et légèrement exprimée. Gette-opération est répétée dix, quinze minutes de suite; elle amène vers la peau une sorte de fluxion, sous l'influence de laquelle l'oppression cesse ordinairement d’une façon remarquable, tandis que la toux perd de sa raucité. Indépendamment de sa puissance, cette médication est, on le voit, d’une merveilleuse simplicité; à elle seule elle suffit ordinairement pour faire cesser les accidents sans qu'il soit besoin d’avoir recours aux vomitifs. Je parle des accidents laryngés, car, après leur disparition, il n’en reste pas moins le catarrhe bronchique, cortége habituel de la fièvre morbilleuse, et qui peut être menaçant pour l'avenir.
Le catarrhe, en effet, le catarrhe suffocant, est souvent une complication sérieuse de la rougeole, chez l'adulte comme chez l'enfant.
Vers le troisième ou le quatrième jour avant le développement de léruption, la fièvre s'allume avec une extrême véhémence; l'oppression survient, accompagnée d’une toux grasse qui, chez l'enfant, succède à la toux rauque de la laryngite striduleuse, et l’auscultation révèle l'existence de râles
cous crépitanis dans toute l'étendue de la poïrine. Ces accidents, se manifestant au deuxième ou troisième jour de la période d’invasion, sont en général redoutables. Toutefois le râle sous-crépitant tout seul, quand il n’est pas accompagné d’oppression, n’a pas une signification aussi grave.
On sait, du reste, que le catarrhe capillaire, indépendamment de toute cause spécifique, est en lui-même une affection des plus sérieuses, principalement chez l'enfant, beaucoup plus séricuse que la pneumonie lobaire, que la pleurésie ; on ne doit pas être surpris dès lors de ce que nous disons de sa gravité, plus grande encore, lorsque cette affection est dominée par une cause spécifique, comme la cause morbilleuse. Toute la maladie se portant du côté de l'appareil bronchique, toute la fluxion exanthémateuse se faisant là, rien ou presque rien n'apparaît vers la peau. Les malades, les enfants surtout succombent alors après trois ou quatre jours de l'invasion des accidents, sans qu'aucune apparence d’éruption se soit manifestée sur la surface cutanée. On peut croire avoir eu affaire, dans ces cas, à un simple catarrbe, tandis que ce catarrhe était bien réellement morbilleux. J’ajouterai que, dans un grand nombre de circonstances, le diagnostic différentiel est impossible à établir, lorsqu'on n’a pas pour point de repère quelque symptôme qui vous mette sur la voie, tels que des saignements de nez, du coryza, de l’otite, du larmoiement, lorsque surtout on ignore qu'il existe, soit dans la famille du malade, soit même dans la localité qu’il habite, des individus atteints de rougeole.
Chez l'adulte, la forme de ce catarrhe est à peu près la même. L’oppression
est tout aussi grande; mais, dès le premier ou dans le second jour, l'expectoration prend un caractère tout particulier : phlegmorrhagique d’abord, elle présente, au plus tard vers le troisième jour, un aspect puriforme, le malade rendant des flots de mucus absolument semblables au pus d’un abcès. Ce ne Sont pas ces crachats nummulaires, nageant dans une sérosité légèrement opaline, que nous avons donnés comme caractéristiques de l'expectoration dans Ja rougeole régulière, ct qu'on observe au septième, huitième, neuvième, dixième jour de la maladie, épouyantant souvent, hors de propos, les malades et parfois les médecins ; ce sont des crachats mucoso-puriformes, analogues en tout point à ceux qui accompagnent le catarrhe suffocant des vieillards, . Quoiqu'un peu moins grave chez les adultes que chez les enfants, — car, après une longue pratique, j'ai rarement vu ces derniers guérir de cette affec- Uon, — le catarrhe suffocant de la rougeole est encore d’une excessive gravité et résiste aux médications les plus énergiques. Généralement, les malades meurent en quelques jours, d’autres fois après une semaine et plus encore, et, dans ce dernier cas, la bronchite capillaire est devenue le catarrhe péripneumonique, la pneumonie pseudo-lobaire, ou bien est survenu une pneumonie lobaire, compliquée ou non de pleurésie, quoique cette pneumonie franche soit en général beaucoup moins dangereuse que l’autre.
Les vomitifs, l’ibécacuanha en tête, les antimoniaux, le kermès, l’oxyde blanc d'antimoine, les /arges vésicatoires appliqués à plusieurs reprises sur la
poitrine, sont des moyens thérapeutiques trop souvent impuissants dans cétte forme si funeste du catarrhe, et dans les pneumonies qui lui succèdent.
Une autre médication m'a paru rendre des services momentanés dans uñ certain nombre de circonstances : c’est l’urtication. Lorsqu'au quatrième jour je voyais se manifester des signes du catarrhe, alors que l’exanthème morbilleux aurait dû apparaître, je faisais fustiger le corps du malade deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures, de facon à produire sur la peau une abon: dante éruption. Cette urtication, moins douloureuse qu’on ne l’imagine, pro: duit un effet immédiat. Bien que la fièvre ne cède pas, l'oppression ‘diminut graduellement à mesure que la fluxion vers le tégument externe se prononce. Un fait étrange, c’est qu’au second jour de ce traitement, l’éruption ortiée, alors même qu'on emploie la petite ortie (urtica urens), plas”active que là grande (urtica dioica), est notablement moindre, et à la fin, après trois où quatre jours, l’urtication ne produit plus aucun effet. Cela tient, non à ce que la vie s’éteignant chez l'individu, le venin n’agit plus sur un organisme qui ne réagit pas, mais à ce que cet organisme s’est habitué à l’action de ce venin, comme nous le voyons s’habituer à l’action d’autres poisons. Il arrive, chezle sujet soumis à plusieurs reprises successives à l’urtication, ce qui arrive aux filles de la campagne, qui, après un certain temps, pr ennent et portent impu nément sur leurs bras nus ces mêmes orties qui, les premiers jours, agissaient énergiquement sur leur peau. En dernière analyse, lurtication, dans le catarrhe morbilleux des enfants, nous rend quelques services, et nous en rend plus encore chez les adultes : cela dépend probablement de ce que chez ceux-ci l'affection pulmonaire est moins grave que chez ceux-là.
Il est encore d’autres complications du début de la rougeole moins HE tantes à étudier : ce sont l’épistaxis et l’otite ; ce dernier accident est bien sou: vent méconnu. sie *
Sans aucun doute l'épistaxis, phénomène ordinaire de la maladie, n’a pat de gravité quand elle est modérée ; mais elle devient quelquefois assez abondante pour menacer les jours de l'enfant, ou du moins pour altérer sa santé dans l'avenir. On la combat à l’aide de la glace ou d’eau glacée, que l'on ap: plique sur le front ou que l’on fait respirer par le nez. Ces moyens sont bons. Les astringents réussissent aussi; cependant ce qui réussit mieux encore, ce sont les inpections faites dans le nez, non plus avec de l’eau froide, mais avet de l’eau aussi chaude que le malade peut la supporter. Les injections ave une forte solution de sulfate de cuivre, de sulfate de zinc, avec une décoction de ratania, avec une solution de perchlorure de fer, sont d'excellents hémostatiques. Toutefois le perchlorure de fer a l'inconvénient de déterminer là formation d’un énorme caillot qui devient une cause de douleur, et lorsque, deux ou trois jours après, on veut le détacher pour faire cesser la gêne qu’il occasionne, On s'expose quelquefois à voir reparaître l’hémorrhagie ; maïs quand le cas est urgént, quand les autres moyens ont échoué, je n'hésite pas à l'employer. Il faut aussi quelquefois recourir au tamponnement,
Si le diagnostic de l’ofife est généralement simple chez l'adulte, qui peut expliquer ce qu'il éprouve, il n’en est pas de même chez l'enfant, qui, incapable de rendre compte de ses sensations, accuse seulement par des cris ses souffrances dont il faut deviner la cause et le siége. Cependant les accidents marchent, ils deviennent des complications sérieuses. L’excès de la douleur produit le délire, un délire souvent très violent; la fièvre augmente, sans que cet appareil formidable de symptômes semble avoir une raison d’être lorsqu'on n’est pas prévenu. Aussi, lorsqu'un enfant a passé l’âge de la dentition, et pendant cette époque, lorsqu'on ne constate aucune fluxion du côté de la bouche; lorsqu’en examinant le petit malade avec soin, on ne trouve ni hernie ni ballonnement du ventre ; lorsqu’en recherchant si quelque épingle mal fixée dans ses langes ne le pique pas; lorsque, en un mot, on ne trouve aucune cause capable d’expliquerses cris continuels et lamentables, on peut croire à une otite; presque toujours, trente-six ou quarante-huit heures après, vos prévisions sont confirmées par la suppuration qui se fait jour à l’orifice extérieur de l'oreille. Cela est important à connaître pour éviter des fautes thérapeutiques et pour arriver à un traitement utile ; pour se contenter d’injecter dans le conduit auditif externe un peu de baume tranquille, ou d’extrait de belladone en dissolution dans de l’eau ou de l’huile, au lieu d’instituer une médication trop énergique qui tournerait au détriment du malade. La belladone, la jusquiame, suffisent donc pour calmer les ‘douleurs; malheureusement elles ne sauraient prévaloir contre les accidents plus graves que l’otite entraîne avec elle, ainsi que nous le dirons en parlant des complications de la troisième période. | | - En énumérant.les symptômes qui accompagnent l’éruption, je vous ai dit, qu'en général la diarrhée apparaissait à cette époque de la maladie. Présque toujours sans gravité, ce phénomène semble même, dans les cas simples, constituer une crise favorable, au moment où l’exanthème se porte ers la peau. I1 semble qu’à ce moment où le levain morbide a atteint son ummum d'activité, à ce moment où la despumation, comme l'appelait Syden: iam, vase faire dans toute sa force, il semble qu’il n’y ait pas assez d’émoncbires ouverts. Ainsi, indépendamment du coryza, du catarrhe oculaire, du atarrhe bronchique, la maladie, frappant les intestins, produit une diarrhée catarrhale, qui paraît un symptôme avantageux, chez les enfants surtout ; chez les adultes ce symptôme-est plus rare. Je parle, bien entendu, toujours de la diarrhée au jour de l’éruption. Elle est, ainsi que je l’ai dit, quelquefois rès abondante, les malades allant jusqu’à dix et même quinze fois à la garderobe dans les vingt-quatre heures. Mais si cette diarrhée n’a rien d’alarmant lorsque les autres symptômes, l’éruption, la fièvre, marchent naturellement, il n’en est plus ainsi lorsque l’éruption se fait mal, que les yeux se cavent, que e flux intestinal prend une trop grande proportion et se prolonge au delà de son terme habituel. Il faut alors se hâter d'intervenir, car chez les jeunes enfants peuvent arriver des accidents cholériformes. Si même la diarrhée,
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durant plus de vingt-quatre heures, reste aussi violente le secoud jour que le premier, il faut agir, et dans ce cas l’opium est le remède héroïque ; il arrête le flux intestinal, en agissant sur l'intestin en même temps que, par ses vertus diaphorétiques, il favorise le développement de l’exanthème en agissant sur la peau.
Je ne saurais trop insister sur les précautions à prendre pour administrer ce médicament; les enfants présentent une sensibilité si extraordinaire à son action, qu'à l’âge d’un an et au-dessous ils peuvent être stupéfés et rester plongés dans ce demi-sommeil pendant deux jours par une seule goutte de laudanum, c'est-à-dire par un trentième de grain d’opium. Je prescris dans ce cas une potion avec : eau de chaux, 60 grammes; laudanum de Sydenham, une demi-goutte. Pour cela on met une goutte de laudanum dans deux cuils lerées à café d'eau, et de ce mélange on prend la moitié que l’on associe avec l'eau de chaux. Gette potion doit être donnée par cuillerées dans les vingtquatre heures.
Il arrive souvent que le catarrhe intestinal morbilleux épuise son action en se manifestant sur le gros intestin, en produisant cette colite de forme parti culière caractérisée par des selles sanglantes, glaireuses, et par du ténesme: Soit dit en passant, le mot dysenterie appliqué à cette colite l'est ici fort mal à propos. La dysentcrie est une maladie épidémique, spécifique, contas gieuse, à forme toute particulière, tout indépendante, toute personnelle. Si c’est une colite, c’est une colite toute spéciale, et la colite de la rougeole en est une très différente, aussi différente de la première que l’exanthème morbilleux est différent de l’exanthème scarlatineux, bien que l’une et l'autre éruption occupent également la peau, aussi différente encore que l’ecthvma l’est de la variole, bien que les pustules de l’une ressemblent beaucoup aux pustules de l’autre. Gette distinction entre la colite morbilleuse et la dysenterie est essentielle à poser, car celle-ci est bien autrement dange= reuse que celle-là. La première se guérit généralement seule; on peut la faire cesser, lorsqu'elle se prolonge, en adininistrant au malade des lavements albz= mineux ; si l’on veut aller plus vite, un lavement avec 5 ou 19 centigrammes de nitrate d'argent dissous dans 100 grammes d’eau distillée, ou bien avec 25, 30 centigrammes de sulfate de cuivre ou de sulfate de zinc dans une même quanuité de véhicule, suffisent pour arrêter cette diarrhée colique qui, survenant au Cinquième ou sixième jour de la rougeole, n’est en définitive, pas plus un accident sérieux que ne l’est l'irritation, souvent assez violente, qui survient à la lèvre supérieure sous l'influence du coryza. Ces accidents sont très analogues, leur siége seul est différent.
Après avoir passé en revue les diverses complications de la période d’inva= sion de la rougeole, convulsions, faux croup, catarrhe suffocant, épistaxis, otite, diarrhée colique, j'arrive aux complications de la seconde période, dite d'éruption. ( |
À proprement parler, ces complications n’appartiennent pas à cette seconde
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période. Ainsi, le catarrhe capillaire, qui l'accompagne souvent, a débuté avec a maladie et ne fait que se continuer pendant la période d’éruption. Dans un rand nombre de circonstances, il est vrai, il appartient plus spécialement à elle-ci, en ce sens qu'ayant commencé à apparaître dans la première période, nais sans présenter aucune gravité, il fait explosion vers le sixième ou septième jour, c’est-à-dire vers le second ou troisième jour de l'éruption, renant les allures du catarrhe suffocant, de la pneumonie lobulaire et pseudoobaire. En définitive, le catarrhe, en tant que catarrhe simple, est un accident ropre à l'invasion de la rougeole, tandis que le catarrhe suffocant, tandis que e catarrhe péripneumonique et la pneumonie franche elle-même, appartienlraiènt davantage à la période d’éruption.
Bien que déjà nous nous soyons assez longuement étendu sur ce sujet, je ne rains pas d’y revenir et d’y insister encore, car le catarrhe péripneumonique, u pneumonie lobulaire et pseudo-lobaire, conséquence extrême du catarrhe apillaire, est toujours, dans la rougeole, la complication la plus redoutable, ien plus redoutable que la preumonie franche, que la pleurésie : c’est lui qui mporte, en effet, la majorité des malades. Lorsque, arrivés au septième jour l’une rougeole qui jusque-là marchait régulièrement, vous vovez l’éruption pâlir, i le lendemain la fièvre reprend avec une certaine intensité, vous devez craindre ne complication, et le plus souvent, presque invariablement, c’est du côté de la Joitvine que cette complication existe. Chez l'adulte, elle peut consister en ine pneumonie franche ; toutefois cela est rare, et le plus souvent on à affaire \ une broncho-pneumonie. Chez l'enfant, cette broncho-pneumonie, ce caarrhe péripneumonique est, pour ainsi dire, la règle absolue, tant sont rares es exceptions, l'inflammation du parenchyme pulmonaire n'étant que l'extenion d'une bronchite qui a précédé et dont l'élément catarrhal prédomine enore. Ikest d'autant plus important d’être fixé sur ce point d’étiologie et sur ce node de processus pathologique, que tout de suite ils nous donnent l'explication le la gravité extrême de cet accident de la rougeole.
Dans les deux ou trois premières années de la vie, il est presque toujours nortel. Pendant une épidémie que nous observàmes en 1845 et 1846, à l’hôital Necker, sur 24 enfants atteints de rougeole, 22 furent emportés par le atarrhe péripneumonique ; les deux autres échappèrent à cette terrible comication thoracique. Ce chiffre donne la mesure de l’épouvantable gravité de elte affection : toutefois celle-ci se rencontre plus souvent dans la pratique les hôpitaux que dans celle de la ville; mais pourtant, pendant certaines épilémies, elle peut aussi cruellement séviren dehors des influences nosocomiales, t tel médecin qui, jusque-Rà, avait considéré la rougeole Comme une maladie énigne, apprendra dans ces tristes circonstances à la redouter. Lorsque, il y a rente-sept ans, je commençais l’exercice de la médecine, les deux premiers nalades auprès desquels je fus appelé étaient deux individus atteints de roueole, une enfant de onze ans, une servante de vingt et un ans : toutes deux uccombèrent à la broncho-pneumonie, qui chez l'une fut compliquée de
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pleurésie. Je jugeai dès celte époque que la rougeole pouvait être une malädi sérieuse ; et depuis lors, après être resté plusieurs années sans perdre d’indi vidus, adultes ou enfants, qui en étaient atteints, j'ai rencontré la désastreus épidémie de l'hôpital Necker, que je rappelais tout à l’heure ; cette ann encore, nous avons tous vu, tant dans notre clientèle privée que dans celle 4 nos confrères qui nous mandaient en consultation, un assez grand nom d'enfants et même d’adultes enlevés par le catarrhe morbilleux péripneuss nique.
Toutes les fois donc que, vers le huitième jour de la rougeole, la fièvre, qu devrait céder ce jour-là, persiste, si les ràles sous-crépitants que l’on entenda à l’auscultation dès le quatrième jour de la maladie, et qui, au moment w l’éruption apparaît, où tout au moins vers le deuxième ou le troisième jour celte nouvelle période, auraient dû devenir plus gros, si ces râles ne présenter pas cette modification, s'ils restent aussi fixes que dans la première périodi il faut craindre quelque chose d’insolite du côté des poumons ; la bronchc pneumonie n’est encore caractérisée que par les symptômes généraux, k symptômes locaux restant les mêmes, par la fièvre persistante et plus intens mais bientôt le souffle bronchique en sera le signe pathognomonique, etl malades succomberont à ‘cette affection à une époque plus ou moins éloigné du moment de son développement. |
La nature même de cette complication rend compte de sa ténacité. De tout les affections pulmonaires, le catarrhe, en effet, est la plus tenace, la plus certaine dans ses allures. Le rhume le plus simple ne dure-t-il pas souvent ph qu’une pneumonie? Ces bronchites opiniâtres ne font-elles pas tousser des mo entiers, tandis que la pneumonie franchement inflammatoire est généraleme une maladie passagère ? On comprend, en conséquence, la persistance d'u affection pulmonaire dans laquelle l'élément bronchique est prédominan Même en dehors de toute influence morbilleuse, le catarrhe bronchique est ch l'enfant une maladie interminable ; il cède un instant pour reparaître bient après, céder et reparaître encore à deux, trois, quatre reprises, durant ain deux ou trois mois avant d'arriver à la guérison, et après deux ou trois mo aussi pouvant se terminer par la mort. L’affection pulmonaire dans la rougeo étant essentiellement catarrhale, on ne doit donc pas être surpris de vo la broncho-pneumonie durer trente à quarante jours, non-seulement ch les enfants, mais encore chez les adultes. Indépendamment de cet éléme catarrhal qui la constitue, la broncho-pneumonie morbilleuse emprunte à maladie virulente dont elle est l’expression un principe spécifique, 1 septique, qui augmente sa ténacité et sa gravité.
Cette ténacité du catarrhe morbilleux péripneumonique se retrouve da d’ autres manifestations extérieures de la rougeole. Ainsi, l’ophthalmie génér lement simple qui accompagne celle-ci peut quelquefois persister pendat plusieurs mois; cette ophthalmie exanthémateuse, comme l'appelle Wardro] est quelquefois grave, et peut amener des granulations de la conjonctive, d
phlycténules, des onyx, des ulcérations de là cornée, et Makenzie dit avoir vu des cas où l'œil avait été détruit par une violente ophthalmie puro-muqueuse à la suite de la rougeole. Toutefois ces accidents sont rares; généralement l'affection se borne à une rougeur plus ou moins prononcée de la conjonctive, avec intolérance de la lumière, douleur légère et épiphora; mais, je le répète, ces ophthalmies ont une ténacité considérable sous la dépendance de la cause spécifique qui les a dominées dès le début. Bien souvent aussi les blépharophthalmies ont eu la rougeole pour point de départ.
Ge que nous disons pour les inflammations de la conjonctive s'applique également aux enflammations de la membrane muqueuse nasale. Combien d’enfants, d'adultes qui, exempts jusque-là de ces sortes de maux, conservent, après la rougeole, un eczéma chronique des fosses nasales, eczéma envahissant la lèvre supérieure qu'il tuméfie, et s'étendant quelquefois en arrière des cavités nasales jusque vers et dans la trompe d'Eustache, où il occasionne un gonflement qui cause à son tour la surdité?
Ces inflammations des yeux, du nez, peuvent amener des accidents sérieux, Si la rougeole à frappé un enfant, un adulte en puissance de la diathèse scrofuleuse, alors même que celle-ci ne s’est point encore manifestée, les affections morbilleuses pourront, comme les affections scarlatineuses, être le point de départ de l’évolution diathésique qui imprimera son cachet aux lésions dont nous parlons et déterminera des engorgements ganglionnaires qui, arrivant à Suppuration, laisseront après eux des cicatrices indélébiles.
Ces mänifestations diathésiques ne sont pas les seules dont la rougeole puisse être cause. Chez les enfants qui sont assez rapidement enlevés par cette fièvre exanthémateuse, on trouve souvent des ganglions bronchiques plus ou moins notablement engorgés ; de même que dans la scarlatine nous avons noté les engorgements ganglionnaires du cou, de même qu’à la dothiénentérie apparüennent les engorgements ganglionnaires du mésentére, de même les engorgements des ganglions bronchiques appartiennent à la rougeole : ils sont la conséquence du retentissement de la phlegmasie qui a occupé les bronches, comme dans la scarlatine l’adénite cervicale était la conséquente de l’angine pharyngée, comme les adénites mésentériques sont, dans la fièvre putride, le retentissement de la phlegmasie instestinale.
Si la phlegmasie catarrhale des bronches a longtemps duré, sile maladeétait sous l'empire de la diathèse tubercuieuse, les engorgementsganglionnaires revétent encore ici le caractère de cette diathèse : à l’autopsie, les ganglions se présentent convertis en des masses tuberculeuses. Ge qui s’observe chez l'enfant S’observe également chez l'adolescent et chez l'adulte; chez les uns comme chez lés autres, la rougeole devient la cause occasionnelle du développement des tubercules, lorsque l'individu portait en lui le germe héréditaire de cette maladie, et celle-ci marchera avec une rapidité beaucoup plus grande qu’elle ne l'aurait fait si la fièvre exanthémateuse n’en avait pas hâté le développement. C’est alors que la phthisie prend la forme aiguë, rapide, très différente de
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la phthisie galopante à forme typhoïde, doni j'aurai plus tard à vous entretenir.
C’est encore à la suite de la rougeole que surviennent, chez les enfants, les. gangrènes de la bouche et de la vulve. Ces accidents sont très fréquents dans les hôpitaux consacrés aux maladies du jeune âge : les religieuses attachées au service de l'hôpital de la rue de Sèvres ne l'ignorent pas > aussi, lorsqu'elles ont à soigner des rougeoles, redoublent-elles de soins de propreté, surtout pour les petites filles placées sous leur direction. Quand ces soins sont négligés, on voit de petites excoriations survenir à la vulve : en elles-mêmes ces excoriations n'ont aucune gravité, elles se produisent avec d'autant plus de facilité que la membrane muqueuse des parties génitales n'échappe pas plus que les autres aux influences de la rougeole ; mais si dans ces conditions la malade est au milieu d’un foyer épidémique, comme cela n’est que trop commun dans les hôpitaux d’enfants, l’excoriation de la vulve va servir de porte d'entrée à la maladie. Le mal passe d’abord inaperçu, mais bientôt une tuméfaction notable survient du côté des grandes lèvres, elle s'étend dans le pligénito-crural; elle est accompagnée de rougeur vive des téguments, d’une induration des tissus sous-jacents, qui, au toucher, fait naître l’idée d’un phlegmon profond. Alors en entr'ouvant la vulve, on découvre des concrétions blanchâtres, quelquefois grisâtres, ordinairement d’une odeur fétide, et se prolongeant quelquefois jusqu’à l'anus. Alors aussi il n’y a plus à temporiser, tout de suite il faut employer une médication énergique. Dès le lendemain de l'apparition de la concrétion pultacée, le tissu cellulaire sera mortifié, toute l'épaisseur de la grande lèvre serait sphacélée, et cette gangrène envahissant le vagin, perforant jusqu’au péritoine, les malades seraient rapidement emportées, Au début, une thérapeutique vigoureusement active peut seule conjurer le danger. Cautérisez avec l'acide chlorhydrique fumant, avec le nitrate d'argent, avec le sulfate de cuivre; si les caustiques ne suffisent pas, si les accidents marchent, une fois la gangrène produite, le fer rouge deviendra votre unique ressource.
Ces gangrènes peuvent se produire encore du côté de la bouche, et si ces accidents sont plus rares dans la pratique de la ville que dans celle des hôpitaux, ils n’y sont pas pourtant inconnus.
Dans quelques cas aussi, la rougeole peut être le point de départ de 1 diphthérie. Celle-ci, se développant, soit sur les membranes muqueuses du vagin, dans les plis de la peau, là où l'enveloppe cutanée présente, chez les jeunes sujets, une si grande analogie avec les membranes muqueuses, soit, ce qui est le cas le plus fréquent, sur les membranes buccale, pharyngienne, nasale, prend généralement alors un caractère de malignité. !
Une autre complication grave de Ja rougeole dont je vous ai déjà ditun mot au commencement de cette conférence, c’est le purpura, qui se présente sous une forme bien différente du morbus hcœmorrhagicus de Werlhoff, très différente du purpura aigu tel que nous le connaissons. Cette complication, je ne l'ai vue que deux fois.
Il ya maintenant quinze à scize ans, J'étais mandé en consultation par
M. le docteur Coqueret auprès d’une petite fille de cinq ans qui venait d’avoir la rougeole. La fièvre avait constamment été accompagnée d’une stupeur plus grande qu'il n’est d'habitude dans cette maladie. L'éruption s'était faite, mais les taches exanthématiques avaient eu cette coloration foncée, cette teinte hémorrhagique qui ne disparaît pas sous la pression du doigt. Lorsque, le huitième jour, survint un peu de délire, des épistaxis, qui s'étaient produites dans la première période, comme c’est assez d'ordinaire, se produisirent avec une plus grande abondance. Les parents, alarmés de ces hémorrhagies nasales, me firent appeler. L'enfant avait perdu beaucoup de sang ; nous conseillâmes des injections avec la décoction de ratania dans le nez, des injections d’eau très chaude, des injections avec la solution de sulfate de zinc, de sulfate de cuivre : l'épistaxis se modéra. Cependant, après quelques heures, d’autres hémorrha oies se déclarèrent : il y eut de l’hématurie, des selles sanglantes, des hématémèses ; enfin, dans les deux jours quisuivirent, des taches ecchymotiques se montrèrent dans le dos, et l'enfant succomba dans un état d’anémie profonde. L’autopsie ne put être faite, mais, si j’en juge d’après ce que l’on a eu l’occasion de vérifier sur les cadavres d'individus morts à la suite de pareils accidents, nous aurions probablement trouvé des ecchymoses autour des reins, sous le péritoine, et peut-être, comme en quelques cas, sous les enveloppes du cœur et sous d’autres membranes viscérales.
Ainsi, dans certaines conditions difficiles à apprécier, bien que probablement, comme je vous le disais, le génie épidémique vienne ici jouer son rôle, la rougeole peut revêtir cette forme hémorrhagique terrible, analogue à celle que revêt quelquefois la variole, avec cette différence que, dans les varioles noires, les hémorrhagies se produisent le plus ordinairement dans la première période de la maladie, tandis que, dans la rougeole, elles ne surviennent que dans la dernière.
M. le docteur Chairou, dans un travail remarquable récompensé par l’Académie de médecine, nous à donné la relation d’une épidémie de rougeole très grave qui à sévi à Rueil en 1862. La maladie avait cela de particulier que, bien que l’exanthème morbilleux n’eût pas une intensité extraordinaire, elle était accompagnée de sueurs profuses et d’une éruption vésiculeuse assez analogue à la miliaire des femmes en couches. Aussi M. Chairou proposa-t-il de donner à la maladie le nom de rougeole-suette. Pour moi, je ne crois pas à la complication de la suette proprement dite, pas plus que je n’y crois chez les femmes en couches atteintes de miliaire.
Toujours est-il que l'épidémie de Rueil était caractérisée par des phénoménes fort insolites. Dès le début, outre les épistaxis et les vomissements, on observait des accidents typhoïdes, et plus tard le muguet, des aphthes et des ulcérations plus profondes atteignant le périoste et amenant la nécrose des os maxillaires. On voyait en outre survenir des abcès multiples au visage, au cou, comme cela s'observe plus souvent dans la variole et dans la scarlatine. Les autres membranes muqueuses se recouvraient souvent de sécrétions diphthé-
roïdes : il en était de même des excoriations qui arrivaient à la peau, soit sous l'influence des vésications, soit par toute autre cause.
Les convulsions venaient souvent s’ajouter à cette scène déplorable, et elles annonçaient presque certainement une issue fatale, lors même qu'elles
s'étaient manifestées au début, Je n’ai pas besoin d'ajouter que cette épidémie
de rougeole fut aussi meurtrière que le sont ordinairement les épidémies de fièvre typhoïde,
Nous avons dit que les accidents nerveux arrivaient surtout au début dans ‘la rougeole, on peut cependant les voir se manifester de nouveau dans la der- ‘nière période de la maladie ; ïls se rattachent alors, non à la pyrexie ellemême, mais à quelqu’une de ses complications. Ainsi, lorsque des bronchopneumonies, des péripneumonies surviennent chez les enfants qui ont eu des attaques d’éclampsie lors de l'invasion de la rougeole, ces broncho-pneumonies peuvent occasionner le retour des convulsions, qui sont alors précédées et suivies de troubles cérébraux caractérisés par de R stupeur ; elles durent deux, trois, quatre jours, quelquefois quelques heures seulement, quelques minutes même, et enlèvent ordinairement le malade. Ces accidents nerveux de la dernière période de la rougeole, qui relèvent le plus ordinairement d’une complication thoracique grave, ne s’observent guère chez les jeunes enfants. |
La pyrexie exanthémateuse, dont nousavons passé en revue les complications, peut donc se terminer comme elle s’est annoncée, par les convulsions ; mais il ne faut pas oublier que les convulsions initieles n’ont en général aucune gravité, tandis que les convulsions terminales, celles qui arrivent après le huitième jour de la rougeole, ont une signification des plus funestes.
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