‹ Clinique médicale de lHòtel-Dieu de Paris (volume 2)Chapitre 43 sur 76 · VI. — ROSÉOLE · texte numérisé non relu

VI. — ROSÉOLE

La confusion dans laquelle sont tombés un grand nombre de médecins par rapport à la varicelle, considérée par ceux comme une variété de la variole, a aussi existé par rapport à la roséole, que l’on regardait comme une rougeole modifiée, Mais aujourd’hui, tandis que certains autéurs confondent encore les deux premières maladies, tous établissent nettement les différences qui séparent la roséole de la rougeole, avec laquelle elle paraît offrir, à première vue, un semblant d’analogie, et décrivent comme une espèce nosologique parfaitement distincte la fièvre éruptive dont je veux vous dire quelques mots.

Connue des anciens sous les noms de roseola, rubeola, exanthème fugace, elle est désignée dans Borsieri sous le titre d’essera Vogelii.

Elle est caractérisée, comme la rougeole, par une éruption exanthémateuse

constituée par des taches roses, irrégulières, dont l'apparition est presque toujours précédée par des phénomènes fébriles.

. Ces symptômes généraux, qui se manifestent pendant un ou deux jours et rarement pendant trois ou quatre, sont beaucoup moins prononcés que dans les autres fièvres éruptives. Quelquefois ils consistent seulement en un léger malaise ; Le plus ordinairement ce malaise est plus considérable, accompagné d’un mouvement fébrile assez marqué, de frissons, de mal de tête, de perte d'appétit et de soif vive, d’agitation, ou bien au contraire de prostration, Chez les enfants très jeunes, il n’est pas rare de voir la maladie s’annoncer par des vomissements, par de là diarrhée, par des accidents convulsifs.

Mais ce qui distingue tout de suite la roséole de la rougeole, c’est l’absence, dans le premier cas, du catarrhe oculaire, nasal et bronchique, phénomène obligé de la période prodromique de la fièvre morbilleuse, Jamais, en effet, vous ne verrez, dans la roséole, le larmoiement, le coryza, la toux de la rougeole.

L'éruption elle-même est très différente de l’éruption spécifique de cette dernière maladie, Les taches rubéoliques ne sont plus en effet saillantes comme le sont les taches morbilleuses : plus pâles, plus larges que celles-ci, plus distinctes les unes des autres, et plus isolées par des espaces de peau blanche, elles s’effacent sous la pression du doigt, pour reparaître aussitôt, et donnent lieu à des démangeaisons assez vives : ardentes et prurientes, disait Vogel.

Siégeant indifféremment sur toutes les parties du corps, plus spécialement sur le tronc et sur les membres, elles n'offrent plus dans leur mode d’apparition, dans leur marche, dans leur disparition, la régularité que présentent les taches de la rougeole. Extrêmement fugaces, persistant vingt-quatre, quarante-

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huit heures ; dans quelques cas clles disparaissent sans laisser traces de leur passage, sans desquamalion, et reparaissent alternativement pendant un septénaire.

Une fois l’éruption disparue, la maladie est guérie, et l’on n’a plus à craindre les complications toujours menaçantes dans là rougeole, pas plus qu’on n'avait à redouter dans la période prodromique et dans la période d’éruption les accidents qui, dans cette dernière pyrexie, surviennent si fréquemment du côté des appareils respiratoires ou digestifs.

De toutes les fièvres éruptives, la roséole est la plus bénigne ; jamais elle ne présente de gravité, et toujours elle se termine spontanément sans que le médecin ait en aucune façon besoin d'intervenir.

À certaines époques, ainsi que Frank l’a observé, elle a régné épidémiquement, et quoiqu'on ait dit le contraire, elle est contagieuse. Assurément je ne prétends pas qu’elle le soit au même degré que la rougeole ; mais parmi les causes mulliples de la roséole, la contagion joue un rôle, à mon avis, incontestable. |

Un fait capital peut servir encore à séparcr la roséole de la rougeole, comme il sépare la varicelle de Ja variole : c’est qu’une atteinte de l’une ne met pas à l'abri de l’autre. De plus, tandis qu’un même individu ne contracte généralcment qu'une fois la rougeole, une roséole antécédente ne préserve pas de nouvelles attaques ; et même, dit Borsieri, celui qui en a été affecté une première fois est plus sujet à en être affecté par la suite. « Qui semel iis laboravit, facile iterum pluriesque prehenditur. »

Si la roséole s’observe chez tous les sujets indistinctement, sans acception d'ôge ou de sexe, le plus ordinairement elle se manifeste chez les femmes, et plus souvent encore chez les enfants. Les saisons chaudes, et, pour mieux dire, une température élevée, en provoquant d’abondantes transpirations, ont une grande influence sur le développement de l’exanthème rubéolique. J'aurai occasion de revenir sur ce sujet lorsque nous traiterons d’une façon toute spé: ciale des éruptions sudorales, Je vous dirai alors comment, la roséole survenant quelquefois dans le cours d’autres maladies, on 2 pu en distinguer plusieurs var]étés. |

J’ajouterai seulement qu’on ne saurait ranger parmi celles-ci la roséole syphilitique. La nature éminemment spécifique, le cachet particulier que lui imprime la maladie dont elle est une manifestation caractéristique, sa marche et sa durée, en font, non pas une variété de l’espèce morbide dont il est ici

question, mais une affection tout à fait à part, et qu'il faut bien se garder de placer dans le même groupe nosologique.

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