XIII. — EXANTHÈMES SUDORAUX
Multiplicité de formes. — Exanthèmes cutanés et muqueux. — Causes physiologiques. — Antagonismes des sécrétions entre la peau, les membranes muqueuses, intestinale, respiratoire, urinaire. — Exanthèmes médicamenteux. — Exanthèmes sudoraux chez les individus faisant du pus, chez les femmes en couches, etc. — Analogies des exanthèmes produits par des virus et de ceux dépendants de maladies diathésiques avec les exanthèmes sudoraux.
MESSIEURS
A l’époque de l’année où la température s'élève, vous avez souvent remarqué, chez un grand nombre de nos malades, des éruptions cutanées se développant spontanément. Ces éruptions coïncidaient avec des transpirations abondantes, et n'étaient nulle part plus prononcées que dans les parties du corps qui sont le plus habituellement baignées de sueur. Vous les observiez principalement chez les enfants de notre salle de nourrices, c’est-à-dire chez les enfants dans les deux premières années de la vie : la disposition de leurs vêtements, des maillots, des langes de laine dont ils sont constamment enveloppés, et qui les tiennent dans un état de sueur continuelle, vous expliquaient la plus grande fréquence de ces affections chez les jeunes sujets. Vous avez été frappés de la multiplicité des formes que revêtaient ces efflorescences : c'étaient des taches érythémateuses, morbilliformes, scarlatiniformes ; : c’étaient de l’urticaire, ou bien des éruptions vésiculeuses, pustuleuses, papuleuses. La rapidité de leur développement et de leur généralisation attirait votre attention ; vous n’étiez pas moins surpris de leur peu de ténacité, quelquesunes d'entre elles disparaissant avec une merveilleuse facilité, soit spontanément, soit sous l'influence de moyens peu énergiques.
Enfin, messieurs, vous avez pu suivre leurs transformations; aux taches succédaient quelquefois, et en très peu de temps, des vésicules, des pustules, même des papules; de plus, ces différentes formes se combinaient souvent les unes avec les autres.
Bien qu’en apparence l'étude de ces affections, qui surviennent sous l’influence de transpirations abondantes, semble de peu d'importance, en réalité cette étude a un intérêt pratique beaucoup plus grand qu’on ne l’imagine généralement. J'espère vous le démontrer en vous parlant des accidents qui se produisent du côté des grands appareils pulmonaire et digestif, et qui sont sous la dépendance de quelque chose d’analogue à ces efflorescences cutanées apparaissant alors du côté du tégument interne. Nous étudierons par conséquent les rapports qui peuvent exister entre les éruptions
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sudorales et les affections des membranes muqueuses auxquelles je fais allusion.
La multiplicité et la variété de ces éruptions sudorales qui s’associent chez un même individu, la mutation de leurs diverses formes les unes dans les autres, alors qu’elles se sont produites sous l'influence d’une même cause, sont déjà quelque chose de capital sur lequel je dois insister. Ainsi que la écrit mon ami M. le docteur Duclos (de Tours), dans un excellent travail sur les éruptions sudorales, qu'il a publié alors qu'il était mon interne à l'hôpital Necker, le fait sur lequel j'appelle votre attention « démontre de la manière la plus évidente que, contrairement aux idées d’un grand nombre de dermato- Jogistes, 11 n’est pas possible d'établir des espèces morbides dont la distinction serait fondée exclusivement sur la forme anatomique, puisque ces espèces varient suivant l’époque à laquelle on les étudie, se fondent l’une dans l’autre, et ne gardent pas, pendant tout le temps de leur durée, leurs caractères spécifiques. »
Afin de vous mettre à même de comprendre le sujet que je veux traiter ici, il vous sera indispensable de vous rappeler, chemin faisant, quelques notions physiologiques relatives aux fonctions de la peau.
Le système cutané est chargé de fonctions excrétoires et sécrétoires. Il excrète une certaine quantité de matières gazeuses, de l’acide carbonique, de l'hydrogène, de l'azote; il excrète surtout des liquides qu'il a sécrétés, les sueurs contenant des matières solides, les unes en dissolution, les autres, en plus petite quantité, ne se dissolvant pas; il sécrète enfin et excrète, par ses glandes sébacées, des produits graisseux. Lorsque ces diverses sécrétions et excrétions se font normalement ; lorsque, d’une part, relativement à leur quantité, l'évaporation qui a incessamment lieu et la sécrétion se font équilibre ; lorsque, relativement à la qualité, la composition de ces produits n’est pas modifiée, rien d’insolite ne se manifeste du côté du tégument. Mais si, sous l'influence d’une température élevée, d’une excitation quelconque, les excrélions deviennent plus abondantes, tout en restant identiques avec ellesmêmes quant à leur qualité, on voit bientôt se produire des phénomènes d'irritation. Cette irritation est le résultat du travail préalable, de la fluxion plus active dont l'appareil cutané a été le siége; elle résulte aussi de ce qu’il s’est déposé à sa surface une quantité de matières solides plus considérable que celle qui s’y dépose normalement. Ces phénomènes d'irritation se traduisent par les exanthèmes dont nous parlons.
Qu'un individu sue abondamment, bien qu'il jouisse de la plénitude de sa santé, nous allons observer chez lui ces efflorescences particulières, quelquefois très douloureuses, ayant les apparences de la rougeole, de la roséole, de l’urticaire, etc. Je dis les apparences seulement, et non point les caractères réels: en effet, si ce sont dés éruptions morbilliformes, nous constaterons bien des taches rouges isolées par des intervalles de peau blanche; mais, tout identiques qu'elles sont avec les taches de la rougeole, elles en diffèrent essentielle-
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ment par la rapidité avec laquelle elles se sont développées en l'absence de phénomènes généraux précurseurs, par la rapidité de leur disparition en l'absence encore des symptômes propres à la rougeole. Il est cependant des cas où le diagnostic présente quelque difficulté : c’est lorsque ces éruptions surviennent chez des enfants qui, sous l'influence d’un rhume contracté par suite d’un refroidissement, sont pris d'accidents catarrhaux auxquels se joint un mouvement fébrile. Dans ce cas, le diagnostic différentiel n’est souvent pas possible à établir dès le premier jour ; il faut attendre, car le meilleur moyen d'éviter l'erreur est d'observer attentivement la marche et les caractères consécutifs de la maladie.
. De même pour les éruptions sudorales scarlatiniformes. Dans une épidémie de scarlatine qui régnait à Paris, je fus appelé auprès d’une jeune fille que l’on croyait atteinte de cette pyrexie. A la suite d’un accès de fièvre, accompagné de sueurs très abondantes, ‘entretenues par la température très élevée à ce moment et par le séjour de la malade au lit, il s'était fait, sur une grande étendue de la surface cutanée, une éruption complétement identique avec l’exanthème scarlatineux. L'absence de l’angine spécifique, la coloration naturelle de la langue, les phénomènes généraux que j’observai, me firent diagnostiquer un exanthème sudoral. Le lendemain, en effet, il avait disparu, et il ne survint aucun des accidents qui compliquent si souvent la scarlatine.
Ces faits, messieurs, peuvent bien expliquer certaines observations de récidives de rougeole et'de scarlatine, et rendre raison de Ja bénignité de quelques prétendus cas de ces fièvres éruptives anomales.
Ainsi une exagération dans la quantité de la transpiration est souvent, à elle seule, la cause des exanthèmes sudoraux. Ce qui se passe pour les sécrétions cutanées s’observe d’ailleurs pour d’autres. Une sécrétion trop abondante des larmes, parfaitement inoffensives tant qu’elles ne sont sécrétées qu’en quantité suffisante pour lubrifier la surface de l'œil, n'irrite-t-elle pas la conjonctive, ne produit-elle pas une vive rougeur des paupières, et même des joues?
Vous voyez déjà que, pour les membranes muqueuses comme pour la membrane cutanée, une exagération de la sécrétion normale peut amener des phénomènes d’irritation et même d’inflammation. Dans un grand nombre de circonslances, certaines diarrhées se produisent suivant un phénomène analogue à celui qui donne lieu aux éruptions sudorales de la peau. Vous connaissez, messieurs, cette sorte de loi de balancement existant entre les sécrétions cutanées, intestinales et urinaires ; vous savez que, comme toutes agissent sur la composition du sang, auquel elles doivent soustraire certains matériaux inutiles à l’entrétien de la vie, aucune ne peut changer sans qu’on voie se troubler l'équilibre qui existait entre elles, eu égard à leur influence sur le sang ; de là vient que la diminution ou l'augmentation d’une sécrétion entraîne l'augmentation ou la diminution d’une autre : c’est là ce qu’on a appelé l'antagonisme des sécrétions. Or il existe des dispositions particulières, individuelles, des idiosyncrasies en vertu desquelles l'élimination des produits qui doivent être excrétés se
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fera par un émonctoire plutôt que par un autre. Ainsi, chez celui-ci, la peau sera pour ainsi dire plus ouverte que chez celui-là, et la moindre augmentation de température extérieure, le plus petit mouvement, un malaise fébrile, suffi= ront pour faire transpirer abondamment le premier, tandis que le second aura beau s’agiter, même par les plus fortes chaleurs de l’été, il ne suera jamais. Mais souvent aussi ce dernier aura, par compensation, des urines abondantes ou des garderobes fréquentes ; car il faut que l’émonction se fasse par une voie ou par une autre, Ainsi il est des individus qui ne peuvent subir l’action d’une chaleur un peu exagérée, et se couvrir avec excès dans leur lit sans être pris aussitôt de diarrhée. Ils appellent leur médecin pour parer à cet accident ;le médecin nomme cela une entérite aiguë, et il a raison : c’est une entérite, en effet, comme tout à l'heure l’exanthème cutané, produit par un excès de cha leur, était une inflammation de la peau. Toutes deux sont la conséquence d'une sécrétion, et par conséquent d’une fluxion plus active; seulement on ne voit pas assez que ce sont des phénomènes de même ordre. Tandis que; pour prévenir l’excès de la transpiration cutanée, on recommande au malade de se moins couvrir, au lieu de modérer l’excès de la éranspiration intestinale, on l’augmente encore, soit par des médications dont l'effet est d'accroître la fluxion qui existe déjà du côté de l'intestin, soit en exagérant les précautions que les malades sont déjà portés à prendre d'eux-mêmes pour se mettre à l'abri du froid, etc.
L’antagonisme des sécrétions existe encore entre la peau et la mehbosl muqueuse pulmonaire; car, vous le savez, messieurs, la suppression brusque de l’exhalation cutanée, par suite du refroidissement, suscite un flux muqueux dans les poumons, comme elle suscite des diarrhées. Vous comprendrez dès lors que certains catarrhes bronchiques puissent être de même nature que les affections cutanées et intestinales dont je viens de vous parler, soit que la fluxion du côté de la membrane muqueuse respiratoire ait été primitive, en raison de la prédisposition individuelle du sujet, soit que cette fluxion, se faisant d’abord vers la peau, ait cessé de s’y faire sous une influence ou sous une autre, et se soit alors portée vers l'appareil pulmonaire.
Des indications thérapeutiques ressortent nettement de ces considérationss car, sans qu'il soit besoin de vous l’apprendre, vous savez que, dans certains cas, il suffit de provoquer la diapherèse, en agissant à l’intérieur par des boissons appropriées, pour combattre avantageusement certains catarrhes bronchiques ou intestinaux, pour faire cesser des accidents, quelquefois très alar= mants en apparence, qu’on ne pouvait expliquer. Mais, dans ces cas aussi, VOUS verrez la transpiration, provoquée dans un but thérapeutique, déterminer. des éruptions sudorales.
Parmi les exemples que je pourrais citer à l'appui de cette proposition, je choisis le suivant, qui m’a été communiqué par M. le docteur Dumont- Pallier.
Un enfant de quatre ans et demi, d'un tempérament nerveux, mais habi-
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tuellement bien portant, fut pris, dans le courant du mois d'août, sans cause déterminante appréciable, d’une diarrhée intermittente irrégulière, L’appétit était conservé; cependant l'enfant pâlissait, ses forces diminuaient, lorsque, deux jours après une émotion vive, sa diarrhée acquit de telles proportions, que, dans l’espace de vingt minutes, il y eut plusieurs garderobes, jaunâtres d'abord, puis séreuses, enfin cholériformes. Il n’y eut ni vomissements ni crampes, mais le malade tomba dans un état d’abattement profond; en même temps les extrémités se refroidirent. Les yeux étaient excavés, le nez pincé ; le pouls était petit, filiforme, très fréquent; on crut la mort imminente. Allant à l'indication la plus urgente, qui était de relever les forces de la vie menacée, on fit prendre à l'enfant une cuillerée à bouche d’eau-de-vie, coupée avec une égale quantité d’infusion de thé. Le petit malade eut un moment d’agitation, auquel succéda un sommeil càlme. Pendant ce sommeil, une sueur abondante et chaude inonda le visage ; le pouls s’était relevé. Dans la nuit, il y eut un peu d'agitation, l'enfant portait ses mains sur les diverses parties du corps, comme pour se gratter. Le matin, vers six heures, sa mère remarqua qu'il était rouge de la tête aux pieds ; le médecin, qui ne l'avait pas quitté, constata, en effet, une rougeur framboisée répandue en nappe sur toute la surface de la peau, et plus prononcée aux mains et aux pieds que partout ailleurs. Rejetant l’idée d’une fièvre éruptive, dont le malade n'avait éprouvé aucun des prodromes, on réserva le diagnostic. Le pouls était ample, moins fréquent; le sommeil, calme, n’était interrompu que par les démangeaisons. Depuis le moment où ia réaction s'était opérée vers la peau, il n’y avait plus eu de garderobes. Le danger était conjuré vers midi ; l’éruption scarlatiniforme avait pâli, en même temps qu’elle était moins générale. À sa place, on voyait sur diverses parties du corps des taches d’urticaire; le soir, il n'v en avait plus qu'une ou deux. La peau avait repris sa coloration naturelle ; la diarrhée avait complétement cédé, car il n’y eut de garderobes que quarante-huit heures après. Cependant la digestion intestinale resta quelque temps paresseuse, l'enfant ne digérant bien que des viandes presque crues. Mais après quelques jours, sous l'influence des toniques et des amers, la santé se rétablit complétement.
Dans quelques circonstances, mais ces circonstances sont rares, les accidents dont il est question peuvént se manifester simultanément du côté de la peau et du côté des membranes muqueuses : ainsi, chez quelques individus, un exercice violent provoque tout à la fois des sueurs et des évacuations diarrhéiques plus ou moins abondantes. Il semble que tous les émonctoires soient à peine suffisants pour débarrasser le sang des principes excrémentitiels qui se sont produits en trop grande quantité ; il arrive alors dans l’erdre physiologique ce que nous allons voir arriver dans l’ordre pathologique, ce que nous avons déjà noté pour la rougeole, où je vous ài dit que la fluxion exanthématique avait lieu tout à la fois, au début, du côté de la peau, du côté de l'intestin et du côté de l'appareil respiratoire, se manifestant ici par la diarrhée, là par le catarrhe bronchique, qui accompagnent le début de cette pyrexie,
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Jusqu'à présent, messieurs, nous n'avons parlé que des effets produits par un changement dans la quantité de l'émonction ; nous allons voir maintenant que si sa qualité vient à se modifier, si des éléments nouveaux, de nature et d'origine très variées, s’y ajoutent, on verra survenir les diverses affections cutanées et muqueuses dont nous nous OCCUpons.
Bien que ces modifications dans la qualité des émonctions ne soient pas toujours appréciables physiquement ou chimiquement, cependant, dans ces cas mêmes, ces modifications sont incontestables, et c’est sur l’aralogie que lon se fonde pour l’établir. En effet, dans certaines circonstances, et elles sont nombreuses, l'analyse chimique nous montre la présence, dans les sueurs, de substances qui ont été absorbées intérieurement; quelquefois même cette présence nous est révélée par des caractères physiques : — c’est ce qui a lieu, par exemple, chez les individus qui ont pris du copahu, leur sueur exhale alors une odeur spéciale. — Or, de ce que, dans certains cas, ces altérations coïncident manifestement avec l'existence des affections cutanées, ne sommes-nous pas en droit de conclure que, dans les cas où ces affections se produisent sans qu'il soit possible de constater physiquement ou chimiquement les altérations de la sueur auxquelles elles se rattachent, ces altérations n’en existent pas moins ? À défaut des caractères physiques ou des réactions chimiques, ce sont, permettez-moi l’expression, les réactions pathologiques qui nous les montrent.
Ainsi, qu'un individu fasse usage d’une alimentation excitante, et, sous cette influence, surviendront des affections exanthémateuses diverses, telles que ces urticaires qui se développent chez certaines personnes dès qu’elles mangent des coquillages, des moules par exemple, du poisson, des écrevisses ; chez d’autres, à la suite de l’ingestion de la viande de porc; chez d’autres encore, quand elles ont pris des aliments dont il serait difficile de spécifier la nature. Il serait impossible, en effet, d'indiquer d’une manière générale les conditions dans lesquelles ces éruptions ont lieu, les dispositions individuelles ayant ici, plus que partout ailleurs, une influence incontestable, Bien qu’on ne puisse pas, dans ces cas, constater par des moyens physiques ou par l'analyse chi= mique en quoi consiste la modification éprouvée par la sueur, cette modification est évidente, les affections qu’elle détermine survenant alors même que la sécrétion sudorale n’a pas été le moins du monde exagérée. :
Ce fait ressortira beaucoup mieux de ce que nous allons dire des exanthèmes qui se produisent sous l'influence de certains agents médicamenteux; car ici l’altération de la sécrétion sudorale ne sera contestée par personne, quoique, dans un assez grand nombre de cas, elle ne soit en aucune facon appréciable autrement que par ses effets.
Un malade prend de l’opium de manière à produire de la stupéfaction. On sait que, dans ces conditions, l’opium provoque habituellement des sueurs assez abondantes, que c’est de tous les sudorifiques le plus puissant et le plus actif. Lorsque, entraîné par le torrent de la circulation, il vient se présenter aux divers émonctoires, et particulièrement à l'émonctoire cutané, plus spé-
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cialement chargé de l’éliminer, il y détermine une irritation, et l’on observe alors des exanthèmes consistant, soit en des rougeurs érythémateuses, soit en des taches pseudo-morbilleuses, quelquefois en des éruptions vésiculeuses, et même en de véritables papules, quand l’action du médicament a été longtemps prolongée.
Voilà donc une substance qui imprime à l’excrétion de la sueur une qualité particulière, laquelle, à son tour, détermine un état phlegmasique ou irritatif de la peau, état passager, 1l est vrai, mais qui diffère notablement de celui qui produit la sueur normale et seulement trop abondante. Cette différence porte, non sur la forme, mais sur l'intensité de l’exanthème. Cet état phlegmasique est si bien sous la dépendance de la modification particulière que la sueur à subie dans sa composition, que, dans quelques cas, nous voyons les exanthèmes de l’opium survenir sans qu’il y ait une transpiration exagérée.
La belladone, donnée à certaines doses, produit également des éruptions ; mais ici l’exanthème est le plus habituellement scarlatiniforme ; il en est de même du datura stramonium, de la mandragore et de la plupart des so/anées vireuses.
Personne n’ignore l’action que la térébenthine et surtout le copahu exercent sur la peau. Après l'usage prolongé, et, chez quelques individus, dès le premier jour de l’usage de ces médicaments, surviennent des sueurs dont l'odeur accuse nettement la cause qui les a provoquées. Elles sont suivies du développement d’exanthèmes papuleux, et si l’on insiste sur l’emploi de ces substances, on voit apparaître des affections vésiculeuses. Le poivre cubèbe détermine quelquefois les mêmes accidents. Ces éruptions, extrêmement fugaces, ne persistent en général que pendant tout le temps que la sueur conserve l’odeur caractéristique qui lui à été communiquée. Ces exanthèmes médicamenteux ont été et sont encore quelquefcis confondus avec la roséole syphilitique : erreur déplorable au point de vue scientifique, plus déplorable encore au point de vue pratique, puisqu'elle mène à instituer un traitement antisyphilitique, alors qu'on devrait se borner à traiter une blennorrhagie n'ayant rien de spécifique.
Cette observation s’applique aux exanthèmes revêtant tantôt la forme d’eczémas, tantôt la forme pustuleuse, et consistant le plus souvent en des pustules d'acné siégeant principalement sur les épaules et sur le visage, qui se montrent à la suite de l'administration de l’iodure de potassium. 1 est, vous le savez, des individus qui ne peuvent prendre des doses, même modérées, de ce médicament sans être affectés de ces éruptions, sans éprouver des douleurs de gorge, du coryza, un larmoiement insupportable. On conçoit que ces affections pustuleuses puissent en imposer pour des éruptions syphilitiques, si l’on n'y apporte pas une grande attention, alors qu’elles se manifestent dans le cours d’un traitement antivénérien. Au début de ce traitement, l'erreur tirerait peu à conséquence; mais plus tard elle serait grave, en ce qu'elle ferait insister Sur une médication qui devrait, au contraire, être complétement suspendue,
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Le rapprochement que nous établissons entre les éxanthèmes sudoraux cutanés et certaines affections des membranes muqueuses n’est nulle part mieux justifié que dans ces cas : ainsi le coryza, le larmoiement, le mal de gorge, les affections pustuleuses provoquées par l’iodure de potassium, sont des phénomènes du même ordre. Essentiellement sous la dépendance du mé: dicament, ils disparaissent rapidement, les uns comme les autres, dès qu’on cesse de donner l’iodure, et ils résistent également à tout traitement topique quand on continue l'emploi du remède.
De même pour les exanthèmes copahiques, etc. Lorsqu'ils surviennent, c'est qu’il se passe du côté de la peau quelque chose d’analogue à ce qui a lieu habituellement du côté des membranes muqueuses. Vous savez en eflet, messieurs, que le copahu, comme la térébenthine, comme toutes les oléorésines; a pour effet de déterminer vers les membranes muqueuses un mouvement fluxionnaire qui nous read compte de lheureuse influence de ces médicaments dans les affections catarrhales, blennorrhagiques, dans les urétrites, dans les catarrhes bronchiques : les balsamiques agissent comme substituteurs, la fluxion thérapeutique modifiant l'état phlegmasique des membranes mu= queuses que l’on voulait combattre. Lorsque ce mouvement fluxionmaire est exagéré vers l’intestin, par exemple, il occasionne une diarrhée que l’on peut regarder comme quelque chose d’analogue à la transpiration cutanée.
Bien d’autres substances déterminent des eflets semblables du côté des membranes tégumentaires externes ou internes. Je ne vous ai cité que les précédeñtes, parce que, d’un usage plus habituel en médecine, elles sent aussi la cause la plus ordinaire des exanthèmes sudoraux que vous pourriez observer.
Je ne dois pas cependant passer sous silence un dernier exemple. Un malade prend du mercure à doses élevées ; il en prend de manière qu'il survienne une violente stomatite, de la salivation. -Les accidents acquièrent une telle intensité, que la fièvre s'allume, et avec elle d’abondantes transpirations se produisent. Le sang, modifié par le mercure, se présentant aux émonctoires cutanés, y détermine cette affection vésiculeuse si grave que Alley a désignée sous le nom d’hydrargyria.
Ges exanthèmes sudoraux s'observent dans le cours d’un grand nombre de: maladies ; c’est qu’alors, en effet, la sueur, allérée dans sa composition, prend des qualités irritantes, sous l'influence desquelles surviennent les affections dont nous parlons, soit que la quantité de la transpiration s’exagère, soit qu’elle reste la même.
Un malade a, dans une région quelconque du corps, un grand foyer de suppuration. Il se fait une résorpiion du pus; je ne parle ni de linfection purulente, ni de la résorption putride : je parle de cette absorption qui s'exerce constamment, sur les parties liquides et les matériaux en dissolution dans lé pus. Vous savez que cet échange de matériaux entre la collection du pus el l'économie ne paraît pas exercer d'influence nuisible sur la constitution, tant
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que le pus n’a pas subi d’altération. Cependant, chez les individus qui ont des foyers de suppuration, on observe parfois un petit mouvement fébrile qui se reproduit par intervalles, et est suivi d’une sueur critique, comme si l'écono mie se débarrassait de quelques-uns des principes puisés dans labcès. C’est alors aussi que vous voyez survenir des affections exanthémateuses, très variées dans leurs formes, mais principalement des exanthèmes vésiculeux, et, lorsque les transpirations sont abondantes et persistantes, des bulles pemphigoïdes. On observe encore la forme squameuse, que je ne vous avais point signalée jusqu'ici. Il est rare, en effet, qu’un individu reste longtemps aux prises avec une longue suppuration, sans que la peau devienne le siége d’une desquamation furfuracée plus où moins étendue.
Il est des sujets qui ont, comme on le dit vulgairement, le sang venimeux. Sous l’éempire d’une véritable diathèse de suppuration, la plus petite plaie, la moindre excoriation, devient chez eux le point de départ d’une suppuration interminable ; une ophthalmie, un coryza, résistent à toutes les médications. Chez ces malades, et ce sont principalement des enfants, vous verrez survenir, à l'occasion des transpirations même peu abondantes, des éruptions eutanées généralement vésiculeuses et pustuleuses.
La miliaire des femmes en couches n’est rien autre chose qu’un exanthème sudoral.. Ea plaie placentaire, qui suppure nécessairement pour arriver à réparation , met la femme dans les conditions d’un blessé, dans les conditions de l'individu chez lequel nous supposions tout à l'heure une résorption des éléments du pus : aussi, chez elles, comme chez celui-ci, lorsqu'on excite une forte sudation, lorsque, ainsi qu'on a la déplorable habitude de le faire, on les couvre outre mesure, voyons-nous survenir, indépendamment de l’éruplion vésiculeuse qui constitue la miliaire, des plaques érythémateuses, des taches morbilliformes.
Gardez-vous de croire, messieurs, que ces éruptions cutanées soient toujours exemptes de gravité, Déjà, ainsi que l’a démontré Alley, et comme je vous le disais, à la suite de l'absorption du mercure en excès, il survient une éruption eczémateuse universelle qui devient cause d’une fièvre terrible et d'accidents nerveux qui souvent sont suivis d’une mort rapide.
Trop souvent il en est de même pour la miliaire des femmes en couches. Gette miliaire n’est pas, comme on l’a dit, une affection spéciale; ce n’est rien autre chose qu'un exanthème sudoral, ainsi que je l’établissais tout à l’heure. Il survient lorsque la femme est tenue dans un appartement trop chaud, écrasée-de couvertures, privée de ces soins de propreté qui sont chez elle plus nécessaires encore que dans l'état de santé. La sueur imprégnée des éléments morbides puisés à la surface de l’intestin, dans les mamelles, et sécrétée avec une abondance inusitée, produit une irritation de la peau qui prend de terribles proportions.
Tout récemment j'étais mandé par mon honorable ami M. le docteur Patouillet auprès d’une jeune dame nouvellement accouchée. Elle était gardée
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par une vieille femme encore imbue des préjugés du siècle dernier. Elle était restée croupissant dans ses lochies, ne changeant pas de linge, écrasée d’ouate et de couvertures, afin, prétendait-on, de faire passer le lait. Dès le sixième jour de la maladie, elle avait des éruptions scarlatiniformes; quatre jours plus tard, un eczéma couvrant tout le corps avec une confluence et une violence épouvantables. La figure s’allumait, il survenait du délire, et la pauvre jeune femme mourait victime du plus odieux et du plus dangereux des préjugés. |
Ces éruptions ne sont jamais plus fréquentes que dans la maladie appelée fièvre puerpérale, que dans l'infection purulente, avec laquelle la fièvre puerpérale a, dans une de ses formes, une si grande analogie. C’est par le même mécanisme, c'est-à-dire par l'irritation qu’amène sur les surfaces tégumentaires internes ou externes la sérosité du pus traversant ces émonctoires naturels, que se produisent, dans ces cas, les diarrhées et les catarrhes bronchiques, accidents si communs dans laffection purulente et dans la fièvre. puerpérale. Ces accidents surviennent, soit que, la sécrétion sudorale étant suspendue, toute l'émonction se fasse du côté des membranes muqueuses, soit que le travail fluxionnaire s’établisse simultanément vers la peau, vers l'intestin et vers les bronches.
La miliaire pellucide de la dothiénentérie, n’a peut-être pas d’autre origine que la sueur altérée dans sa composition par les éléments putrides qui ont été résorbés.
Je vous rappellerai, pour mémoireici, que les éruptions vaccinales sont aussi des exanthèmes sudoraux. Je parle de ces éruptions de formes variées, essen= tiellement fugaces, et non de ces éruptions depustules vaccinales qui sont le fait d’inoculations accidentelles, ainsi que je vous en ai rapporté un exemple.
Ces exanthèmes sudoraux se rencontrent également à la suite de la variole, pendant la période de dessiccation. Ils affectent généralement la forme pustuleuse ; mais le pus de ces pustules ne saurait inoculer la variole, et peut-être ces exanthèmes consécutifs sont-ils le fait de la présence, dans les sueurs, d'éléments du pus, les varioleux pouvant être comparés aux individus sous l'empire de grandes suppurations dont il à été tout à l'heure question.
L’intensité du mouvement fébrile, la vivacité de la réaction qui s’opère du côté de la peau, dont les sécrétions sont modifiées et altérées, expliquent la production de la miliaire dans la scarlatine.
Messieurs, le mécanisme suivant lequel se font les manifestations cutanées et muqueuses des fièvres éruptives à la plus grande analogie avec ce qui se passe dans les affections exanthématiques dont il est ici question, en ce sens que, dans un cas comme dans l’autre, c'est toujours une matière morbifique mise en Contact avec le sang qui, cheminant avec lui, se présente aux divers émonctoires, et produit une irritation qui se traduit par des éruptions. Que ce soit un agent médicamenteux, l’opium, la belladonce, le copahu , le mercure, elc. ; que ce soient les éléments du pus, les éléments putrides de là
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dothiénentérie ; que ce soient les virus varioleux,morbilleux ou scarlatineux, ces principes morbifiques, en traversant les différents émonctoires par lesquels ils vont être expulsés de l’économie, amèneront des lésions pathologiques. Mais, dans les fièvres éruptives, ces manifestations toujours uniformes, taches, pustules, répondent constamment à une cause toujours la même, tandis que, dans les exanthèmes sudoraux, sous l’influence d’une même cause, les effets peuvent être très variés. Ici les effets seront passagers comme la cause elle-même ; là ils seront déjà plus persistants, car il faudra que l'élimination de la matière morbifique suive une marche naturelle, établie selon des lois à peu près constantes.
Dans les affections exanthématiques chroniques, dans celles qui se lient à l'existence de diathèses acquises, comme l’est la syphilis, ou originelles, comme les affections herpétiques, scrofuleuses, etc., ce sont toujours des faits du même ordre. Mais tandis que, dans les maladies aiguës, les manifestations exanthémateuses avaient lieu en quelques heures, en quelques jours ou en quelques semaines au plus, dans les maladies diathésiques ces manifestations se font beaucoup plus lentement, et surtout persistent beaucoup plus longtemps. Déjà pour la syphilis, les éruptions cutanées ont lieu, un mois, deux mois, six semaines, un an et plus après que l’économie a été infectée. Dans la diathèse herpétique, dans la diathèse scrofuleuse, elles peuvent n’arriver qu'après cinq, dix, vingt, quarante ans même ; si bien que ce sera à ces époques fort éloignées du moment de sa naissance, qu'un sujet né de parents dartreux ou scrofuleux, portant leur ressemblance organique constitutionnelle comme il en a la ressemblance dans ses formes extérieures, aura des manifestations de la diathèse qui jusque-là était restée silencieuse.
Ge sont toujours des faits du même ordre que les manifestations de la diathèse, que le principe morbifique porte son action vers la peau ou vers les membranes muqueuses. Pour la syphilis, c’est chose acceptée par tous ; dans les coryzas, dans les angines, dans les laryngites qui surviennent si fréquemment dans la seconde période de la maladie, personne ne méconnaît l'influence du virus syphilitique. Cette influence se traduit ici par des effets appréciables, vascularisation pathologique, éruptions, ulcérations ; dans d’autres cas, si ces lésions existent, elles échappent à nos moyens d'investigation du vivant de l'individu ; mais les effets que nous constatons n’en sont pas moins sous la dépendance de la même cause. Ainsi des’diarrhées qui, ainsi que je vous le dirai en parlant de certaines manifestations anomales de la vérole constitutionnelle, surviennent quelquefois comme premiers accidents de Ja maladie, se rattachent à des irritations intestinales déterminées elles-mêmes par l’action du principe morbifique sur la membrane muqueuse du tube digestif.
Pour la diathèse herpétique, ne voyons-nous pas tous les jours ses manifestations vers les membranes muqueuses? et, afin de montrer la transition entre les allections du tégament externe et celles du tégument interne, ne voyons-nous Pastous les joursun individu sous l'empire de cette diathèse herpétique prendre, Consécutivement à un eczéma de la lèvre supérieure ou de l'orilice inférieur
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des fosses nasales, un coryza chronique qui amènera tôt ou tard de l'ozène: Évidemmentici cette affection de la membrane muqueuse de Schneider n’estrier autre chose elle-même que de l’eczéma qui s’est propagé, par continuité dl tissus, du tégument externe au tégument interne. Chez un autre, surviendra un: angine granuleuse qui est de même nature que les affections herpétiques, don elle aura toute la ténacité, et qui, comme elles, pourra céder du jour où la dia thèse se manifestera sur un autre point de l’économie. Dans d’autres cas, 4 sera une surdité par l'extension de la lésion à la trompe d’Eustache. Dans ce: coryzas, dans ces angines, vous avez pu suivre, pour ainsi dire pas à pas, bi marche du mal; vous l’avez vu gagner de proche en proche les parties plus ot moins profondes ; vous pouvez voir encore un eczéma des grandes lèvres envahi la membrane muqueuse vaginale, prendre lutérus lui-même et détermine des écoulementsleucorrhéiques opiniâtres. Ces affections herpétiques aes mem branes muqueuses se développent aussi primitivement, et sont les première manifestations de la diathèse. Dans d’autres circonstances, elles surviennen conséculivement à la disparition spontanée ou provoquée d’affections de mêm nature qui occupaient une étendue plus ou moins considérable de la peau. Æ ces manifestations de ia diathèse herpétique ont lieu non-seulement vers le mewbranes muqueuses dont je viens de vous parler, mais encore plus profon dément, occupant les bronches, le tube digestif. Combien de fois ne voit-on pa un sujet herpétique, brusquement guéri d'une dartre cutanée, avoir des act dents du côté de l'appareil respiratoire, du côté de l'estomac, du côté de lin testin, une bronchite, de la dyspepsie, une diarrhée incoercible! Les exem ples de cette répercussion des dartres, comme l’appelaient les anciens, n sauraient être sérieusement contesiés. En voici un que j’emprunte à mon €0 lègue M. le docteur Noël Gueneau de Mussy, qui l’arapporté dans son Traité d l'angine glanduleuse, ouvrage que je vous engage à lire attentivement :
« Il y a quelque temps, dit mon savant ami, je donnais mes soins à un dame âgée.de soixante ans environ, et qui, depuis assez longtemps, portait u eczéma chronique sur la tempe et sur la joue du côté droit; elle affirmait qu cette maladie prenait de l’extension, et voulait à toute force en être délivrée Je luttai quelque temps contre ses instances, et, finissant par y céder, je lu -prescrivis l'usage de boissons dépuratives; des purgatifs doux lui furent admi
nistrés à quinze jours d'intervalle, et en même temps une pommade à bas mercurielle fut appliquée sur la partie malade. L'eczéma disparut ; mais alor une diarrhée opiniâtre se déclara, ne céda qu'après deux ou trois mois 4 traitement, en même temps que l'affection eczémateuse reprenait possessio des parties qu'elle avait si longtemps occupées. |
» Al est difficile, ajoute M. de Mussy, de ne pas admettre ici er chos qu’un simple effet de dérivation, et de ne pas chercher dans La condition dia thésique l'explication de ce catarrhe intestinal, qui persista obstinément, € dépit du régime et d'un traitement rationnel. » | : 4
Ne retrouverez-vous pas là, messieurs, une grande analogie avec ce quiar
EXANTHÈMES SÜDORAUX. À rive dans les diarrhées sudorales? Ne retrouverez-vous pas là cette loi de balancement et comme de suppléance que je vous ai signalée entre ces deux grands émonctoires, la peau et la membrane muqueuse digestive? On pourrait citer d'autres faits dans lesquels des dyspepsies, des catarrhes bronchiques, des angines glanduleuses, ont succédé à des manifestations herpétiques de la peau. De même encore que nous avons vu des accidents sudoraux se manifester simultanément du côté de la peau et des membranes muqueuses, de même les manifestations diathésiques syphilitiques, herpétiques, scrofuleuses, etc., peuvent avoir lieu en même temps vers l’une et l’autre membrane tégumentaire.
La possibilité de ces manifestations diathésiques vers les organes intérieurs rest d'uné haute importance, et conduit à des applications thérapeutiques d’un ‘usage journalier. Si les eaux minérales sulfureuses jouissent d’une remar- ‘quable vertu dans le traitement de certains catarrhes bronchiques, intestinaux, “ütérins, vésicaux, c’est lorsque ces affections sont sous la dépendance de la ‘diathèse ‘hérpétique à laquelle s'adresse cette médication. Vous envoyez à “Cauterets, à Bagnères-de-Luchon, à Aix, à Enghien, des malades atteints de Catarrhes; mais auparavant informez-vous si ces malades ont eu dans leur jeunesse, où dans le courant de leur existence, des manifestations ts Vous agirez alors en connaissance de cause.
Pénétrez-vous donc bien de cette idée, messieurs, qu ñL est des cas où ces affections catarrhales ne sont que des exanthèmes de la membrane muqueuse. Une bronchite chronique est-elle survenue sous l'influence d’un refroidissement, le refroidissement n’a été que la cause occasionnelle ; il a proyoqué vers “es bronches un mouvement fluxionnaire en vertu duquel le principe herpétique s'est porté vers la membrane muqueuse respiratoire, comme en d’autres cir- “constances il se portera vers le vagin, vers l'utérus, comme le plus souyent il “se porte vers la peau. |
Toutes les considérations dans lesquelles je viens d'entrer, messieurs, mè- Ment, Comme je vous l'ai dit, à des conclusions pratiques. Il n’est pas inutile de savoir que des exanthèmes cutanés se sont développés sous l'influence “d'une exagération dans les sécrétions normales, et surtout d’une viciation de ces sécrétions. Que de fois les plus simples conseils de l'hygiène ont suffi pour faire disparaître une affection qui serait devenue une maladie fort opiniâtre ? Ainsi vous pouvez arracher à la mort des malades-atteints de cet eczéma général Si grave dans l’hydrargyrie, chez les femmes en couches, en osant découvrir les malades, lés laver plusieurs fois par jour, et même les plonger dans le “bain. Sous l'influence de ces moyens si simples, elles retrouveront presque im- "Mmédiatement du sommeil, et verront cesser bientôt l’ardente chaleur de leur "peau, les insupportables démangeaisons qui les dévoraient. Je ne saurais assez vous dire combien de services vous êtes appelés à rendre, si vous.êtes bien pénétrés de la fréquence et de l'importance des exanthèmes sudoraux, et si, pour les guérir, vous osez lutter contre les préjugés déplorables que les médecins d’un autre âge ont propagés et qu'il vous appartient de détruire,
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