‹ Clinique médicale de lHòtel-Dieu de Paris (volume 2)Chapitre 53 sur 76 · NATURE DE LA DIPHTHÉRIE, CONTAGION , ALTÉRATION DU SANG, ALBUMINURIE · texte numérisé non relu

NATURE DE LA DIPHTHÉRIE, CONTAGION , ALTÉRATION DU SANG, ALBUMINURIE

MESSIEURS

A l’époque où Bretonneau écrivait son Z'aité de la diphthérite, la médecine, la médecine française du moins, était sous l'empire des doctrines du physiologisme de Broussais, la théorie de l’inflammation dominait toute la pathologie, et dans les maladies quelles qu’elles fassent, l'élément inflammatoire était le seul dont on eût à tenir compte. Pinel avait cependant montré que, dans les divers tissus organiques, l’inflammation subissait des modifications trèscaractérisées ; par là l’illustre auteur de la Nosograplie philosophique avait déjà répandu un grand jour sur l’histoire des maladics, et imprimé à l'esprit d'observation une nouvelle impulsion. Bretonneau, allant plus loin que Pinel, démontrait à son tour que la diversité des altérations phlegmasiques et des phénomènes qui les accompagnent ne dépendait pas seulement de la spécialité des tissus affectés ; il démontroit, en publiant ses remarquables travaux sur la diphthérie et sur la dothiénentérie, que la spécificité de l’inflammation, bien plus que son intensité, bien plus que la nature du tissu qui en était le siége, influait sur le trouble que chaque lésion inflammatoire apporte dans les fonctions : c’est, disait-il, à la spécificité de l'inflammation que se rapportent la durée, la gravité et le danger de la plupart des pyrexies.

La maladie que nous étudions n’avaitpoint échappé à la règle absolue qu'on prétendait imposer. Dans l’angine couenneuse, dans le croup, on ne voyait que l’angine, que la laryngite, qu’une inflammation qu'il fallait, avant tout, combattre par les antiphlogistiques. Sans doute, l'élément inflammatoire peut jouer ici son rôle ; mais ce rôle, loin d’être le principal, est tout à fait secondaire : absolument comme dans la variole, dans la rougeole, dans la syphilis, dans bien d'autres maladies, il est subordonné àla nature de la cause qui le domine, en lui imprimant son caractère spécial.

Il est cependant une différence essentielle à établir entre la diphthérie et les maladies que nous venons de nommer, c'est que dans celle-là il y a à tenir compte plus que dans celles-ci de l'affection locale. Si dans la variole, par exemple, nous ne nous préoccupons pas des pustules, sinous ne nous en préoccupons du moins qu’au point de vue de la signification diagnostique et pronostique que nous pouvons en tirer, Si nous ne nous en préoccupons pas au point de vue du traitement, il n’en est plus ainsi dans la diphthérie. On peut comparer, en effet, ce qui se passe ici avec ce qui se passe dans la pustule made où, en attaquant directement l'affection locale, nous enrayons la mar-

e de la maladie générale dont cette affection était une première manifesta- Qu. De même, dans la diphthérie, en intervenant énergiquement pour combattre la première manifestation, nous pouv ons quelquefois arrêter les pro-

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grès, empêcher les manifestations ultérieures. Je reviendrai sur ce point à propos du traitement.

Quelles que soient d'ailleurs ses manifestations locales, quelles que soient ses formes générales, la diphthérie est une de sa nature; qu’elle affecte les mem branes muqueuses ou la peau; que ce soit l’angine pharyngienne, laryngienne ou bronchique ; que ce soit la stomatite ou le corvza couenneux ; que ce soit la diphthérie cutanée, vulvaire, anale ou préputialé, c’est toujours la même ma: ladie. La diversité d’aspects que peuvent présenter ces affections locales dépend uniquement de la diversité des tissus sur lesquels la diphthérie manifeste sonaction ; mais ces manifestations différentes répondent toutes à une même cause. Le fait est incoutestab'e quand on voit, dans les épidémies, la diphthérie affecter des localisations si diverses et se transmettre d'individus à individus, sous diverses variétés de localisations : quand on voit, par exemple, un malade affecté de ladiphthérie gingivale, communiquer à d’autres, soit l’angine pseudomembraneuse, soit le croup, soit la diphthérie cutanée, ou toute autre espèce de l'affection pelliculaire ; ou, ainsi que M. le docteur P. Guersant en a cité un exemple, la diphthérie du prépuce, chez un enfant, devenir le point de départ d’une angine pseudo-membraneuse chez le frère et chez le père.

Lorsque l'on considère combien sont grandes les différences qu’offrent entre elles les diverses formes de la maladie, il semblerait que celle qui tue park propagation aux voies respiratoires, celle qu’on pourrait appeler ] a diphthéri sumple (genuina) et celle qui tue par intoxication générale, la zydiphérie maligne soient de nature très-distincte. Eh bien-!-messieurs, sous cette diversité d formes, comme tout à l'heure dans la variété des manifestations locales, nou: retrouvons toujours la même maladie. Il en est de la diphthérie comme del

variole qui, confluente ou discrète, bénigne ou maligne, est toujours la variole. Les transformations que subit le mal, suivant les épidémies, dépendent de & je ne sais quoi que nous sommes convenus de désigner sous le nom de gén épidémique; cette diversité de formes, dans une même épidémie, dépend di la prédisposition naturelle ou acquise, de la constitution organique des indi vidus affectés. Et la comparaison que nous établissons, à ce point de vue entre la diphthérie et la variole, nous paraît d'autant plus acceptable, qu'indé: pendamment de ses formes simple et maligne dont je vous ai parlé, la maladi pelliculaire en revêt, en quelques circonstances, une autre qui semblerait êtr à celle-ci ce que la varioloïde est à la variole. Dans certaines épidémies, @ effet, on à vu des individus prendre des angines qui, par leurs caractères ana tomiques, semblaient être soit des angines couenneuses communes, celle que produit l'herpès du pharynx, soit même des angines simples, bien que réalité on eût affaire à des angines diphthériques, maisà des angines diphthé riques singulièr ement modifiées. Ce qui rend notre comparaison acceptable € tout point," ce qui prouve l'identité de nature de ces différentes formes, c'es que chacune d'elles, en se transmettant d’individu à individu, peut se mani fester sous un aspect particulier ; c’est que l’angine diphthérique modifiée, pa

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