DE LA CAUTÉRISATION DU LARYNX
leur profession oblige à crier, à chanter ou à parler à haute voix, à l’air ou dans une grande enceinte : ainsi les chanteurs, les avocats, les ministres du culte, les officiers de marine, les marchands ambulants, éprouvent fréquemment de graves altérations du timbre de la voix, et enfin l’aphonie.
Elle coïncide bien souvent avec une inflammation chronique folliculeuse du pharynx ; et il est assez problable que, par extension, la membrane muqueuse du larynx à été envahie à son tour. Ici la lésion, quoique superficielle, n’en a pas moins été capable d’altérer profondément Ja voix, et comme, le plus souvent, cette lésion est l'expression d’une diathèse herpétique, elle a une ténacité singulière. Toutefois l'usage de quelques famigations arsenicales, et plus tard la cautérisation de la partie supérieure du larynx, suffisent le plus ordinairement pour guérir solidement.
L'année dernière, un ingénieur des chemins de fer espagnols me venait consulter pour une affection de ce genre.— L’iodure de potassium ne lui avait pas été fort utile ; son état fut rapidement amélioré par l'usage des cigarettes arsenicales dont vous connaissez la formule :
Arséniate de potasse. . . . . . . , . À gramme. Pandiatiées<. , 4. 1. . 19 oratimes.
Pour une solution.
Épuisez cette solution par une feuille entière de papier blanc non collé; séchez, et faites 20 cigarettes.
Chaque matin le malade inspirait lentement dans les bronches huit à dix bouffées de la fumée d’une de ces cigarettes.
En même temps, tous les deux jours, je portais, sur la partie supérieure du larynx, une très-petite éponge fixée au bout d’une baleine recourbée et légèrement imbibée d’ane solution saturée de sulfate de cuivre. — De temps en temps je remplaçais le sulfate de cuivre par la teinture d’iode. Huit jours de ce traitement suffirent pour améliorer singulièrement l’état du sujet. La voix élait complétement rétablie à la fin du mois. — Je me contentai de prescrire la continuation des cigarettes, auxquelles le malade dut recourir, tous les mois, huit ou dix jours de suite, afin de prévenir le retour de la maladie,
Dans une autre espèce, le début des accidents est brusque, sans avoir été précédé d'aucun autre symptôme d’affection laryngée.
Cette aphonie est souvent occasionnée par une grande perturbation nerveuse ; elle survient, chez les personnes très-irritables, et en particulier chez les femmes hystériques, à la suite d’une émotion morale violente, telle que la frayeur, la colère, une mauvaise nouvelle, une joie très-vive; et il n’est personne d’entre vous qui ne connaisse le fait, raconté par vos auteurs classiques, d'une femme qui, surprenant son mari en flagrant délit d’adultère, perdit Ia voix tout à coup.
Vous vous rappelez cette jeune fille de dix-huit ans, qui, en décembre 1859, entrait dans notre salle Saint-Bernard. Quelques mois auparavant, à la suite
d'une vive frayeur. elle avait perdu subitement [4 voix, ét l’aphonie s'était guérie spontanément au bout de six semaines.
Cette fois ci elle était malade depuis quinze jours. Elle travaillait dans ti magasin situé au rez-de-chaussée, sur la rue. Tout à coup une charrette recule, et enfonce avéc un horrible fracas Ia devanture de la boutique. — La jeune fille, épouvantée, s'évanouit et est prise d’une attaque de nerfs : en recouvrant connaissance, elle était aphone. :
Le lendemain de son arrivée à l'hôpital, je cautérisai devant tous les élèves la partie Supérieure du larynx, avec une solution saturée de sulfate de cuivre: à l'instant même, la voix revint ; puis comme, le lendemain matin, il ÿ avait encore un peu d’eñrouement, je fis une HA ete cautérisation ; cette fois [4 cure fut radicale.
Dans le courant de l'année 4862, vous avez vu entrer dans le service de la clinique trois jeunes femmes aphones ; une d’entre elles l'était depuis deux mois, — Chez toutes, la première cautérisation que je pratiquai devant vous, pendant la visite, rétablit presque complétement la voix en quelques minutes, et les fonctions du larynx ne laissaient plus rien à désirer après quatre ou cinq cautérisations.
Encore cette année, en juin 1863, vous voviez une jeune fille de seize ans; couchée au n° 31 de notre salle Saint-Bernard. Elle était entrée pour une fièvre ménorrhagique, accompagnée de douleurs assez vives du côté de l’utés rus, Les règles se rétablirent assez facilement; mais il survint une aphonie qui dura pendant dix jours, sans être en rien modifiée par les divers traitements que je mis en usage. Je cautérisai devant vous la partie supérieure du larynx avec une éponge fixée au bout d’une baleine recourbée et imbibée de solution saturée de sulfate de cuivre. A l'instant même la voix devint un peu timbrée, et à la troisième cautérisation, elle était revenue.
Dans ce cas, l'examen laryngoscopique n’avait démontré l'existence d’au= cune lésion locale. Pourtant, chez quelques-unes de ces malades, si les cordes vocales né se rapprochent pas dans toute leur étendue pendant l'émission des sons aigus, il semble qu'il y ait une paralysie de leurs muscles tenseurs, et, dans ce cas, la cautérisation semblerait agir comme simple excitateur muscu= läire. M. Kryshaber, un des élèves de mon service, qui $’occupe avec beaucoup de distinction de recherches laryngoscopiques, a pu, dans quelques circonstances, êt dans des cas analogues, rétablir la voix après des introdüctions du laryngoscope, comme s’il eût suffi de cet excitateur tottt mécanique pour $olliciter l’action réflexe.
Je n’ai pas besoin de dire que lorsque, par le laryngoscope, on découvre les traces d’une vive phlegmasie des deux cordes vocales où d’une seule, à plus forte raison si l’on y trouve des ulcérations, la médication dont je viens de vous entretenir, bien qu’efficace encore, ne produit plus de ces miracles dont je Vous ai si souvent rendus témoins; ét plusieurs fois, lorsque deux cas vous semblaient identiques, les révélations du laryngoscope nous montraient pour-