DE LA CAUTERISATION DU LARYNX
quoi l'issue n'était pas aussi rapidement heureuse que celle qui nous avait tant réjouis dans d’autres circonstances, Aussi, messieurs, je ne Saurais trop vous inviter à apprendre à vous servir du laryngoscope.
Je reviens à mon sujet.
Dans quelques circonstances, on a vu des individus devenir subitement aphones, après avoir pris un bain froid, ou après avoir été saisis par le passage brusque d’une température à une autre.
Cet accident peut encore se manifester consécutivement à la suppression d'une hémorrhagie habituelle, et une de ses causes les plus fréquentes est la suppression brusque des règles.
La singulière relation sympathique qui existe entre les organes génitaux et P’appareil vocal se traduit quelquefois aussi par l’aphonie pendant la grosseste,
après l'accouchenient, et d’une manière plus générale dans le cours des maladies qui affectent les organes de la génération, principalement chez les femmes, bien que des exemples en aient été aussi observés chez les hommes. C'est contre ces diverses espèces d’aphonies que la cautérisation du fond du pharynx et de la partie supérieure du larynx m'a rendu d’incontestables ser vices, alors que toutes les médications mises en usage antérieurement avaient complétement échoué. C’est la solution saturée de sulfate de cuivre ou bien une solution forte (au cinquième) de nitrate d'argent que j'emploie. Je me sers à cet effet de la baleine munie d’une éponge que vous mé voyez également employer pour cautériser le pharynx dans les angines diphthériques. Je n’ai donc pas besoin de vous décrire de nouveau ce petit appareil, d’ailleurs fort simple, qué chacun connaît; il n’est pas non plus nécessaire d’insister aujourd’hui, comme je l'ai fait autrefois, sur l'innocuité d’une opération qui est main tenant du domaine vulgaire de la pratique médicale.
L'efficacité de cette méthode de traitement peut donner à penser que dans ces cas d’aphonie, la membrane muqueuse du larynx était le siége d’une phlegmasie légère, bien qu'on ne constatât pas cet état inflammatoire ; Car dans les faits que j'ai observés, il n’y avait ni douleur, ni gonflement, ni difficulté de respirer; mais on pourrait l’interpréter aussi de cette façon, à savoir, que la cautérisation des parties supérieures du larynx, imprimant une modalité particulière au système nerveux de cet appareil, a fait cesser le spasme qui causait l'extinction de la voix.
Quoi qu'il en soit, cette cautérisation est encore utile dans quelques cas où -il existe une inflammation très-manifeste, et en particulier dans les laryngites syphitiques indépendantes de toute ulcération. Geite inflammation est caractérisée par la douleur qu'éprouvent les malades pendant l'acte de la déglutition, lorsqu'ils respirent un air froid ou lorsqu'ils ont fait de grands efforts pour parler.
L'efficacité du traitement que je préconise ici, la rapidité de la guérison, paraissent être en raison directe de la superficialité de l'inflammation, s’il est permis d'employer cette expression peu correcte. Dans l’aphonie survenant à
la suite d’une émotion morale, par le fait d’une suppression brusque des règles, après l'accouchement ou pendant la grossesse, une ou deux cautérisations suffisent généralement, et vous avez vu avec quelle rapidité ont guéri nos deux jeunes femmes de la salle Saint-Bernard dès la première opération.
Ainsi que je vous l’ai dit ailleurs, M. Green (de New-York), non-seulement porte le caustique sur l'entrée du larynx, mais il introduit dans la cavité de l'organe la petite éponge placée à l'extrémité d’une baleine convenablement recourbée.
Moi-même, je me suis souvent servi, pour atteindre le même but, du porte-caustique imaginé par M. Loiseau, moyen beaucoup plus sûr que celui de M. Green {1), et dont je vous ai parlé à propos du traitement topique de la diphthérie. Avant la découverte du laryngoscope, avant les utiles et nombreuses applications que l’on a faites de cet instrument au diagnostic et au traitement des maladies du larynx (2), on ne pénétrait jusque sur les cordes vocales qu'avec peu de certitude et beaucoup de difficultés : aujourd’hui il est devenu facile de voir les lésions, et, avec de l'habitude, on parvient aisément à porter jusque dans le larynx, ou des instruments de chirurgie, ou des agents médicamenteux.
La guérison est plus lente dans ces aphonies qui sont arrivées lentement, par suite d’un exercice forcé ou immodéré de la voix. Enfin l’aphonie qui se lie à une inflammation évidente du larynx cède plus lentement encore que celle-ci.
Une dernière remarque en finissant. Il semblerait, à priori, que, puisque l’on guérit assez facilement l’aphonie par la cautérisation, il serait beaucoup plus facile de remédier à l’altération simple de la voix caractérisée par l’impossibilité de produire certains sons, tandis que d’autres sons plus graves sortent aisément; mais l'expérience m'a démontré qu'il n’en était rien, et qu'une aphonie absolue était plus facilement et plus sûrement combattue que l'aphonie incomplète.
(1) Bulletin de l’Académie impériale de médecine. Paris, 1857, t. XXII, p. 1138.
(2) Czermak, Du laryngoscope et de son emploi en physiologie et en médecine. Paris, 1860.