‹ Clinique médicale de lHòtel-Dieu de Paris (volume 2)Chapitre 6 sur 76 · INTRODUCTION. XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XI

condisciples vous auront aidés à coordonner quelques-uns de ces matériaux, et déjà vous en saurez assez pour que vos études soient désormais attravantes.

Il semble étrange aux yeux du monde d'entendre des médecins parler du charme qui accompagne l'étude de notre art. L'étude des lettres, de la peinture, de la musique, ne donne pas de jouissances plus vives que celle de la médecine, et celui-là doit renoncer à notre profession qui n’y trouve pas, dès le début de la carrière, un attrait presque irrésistible.

Mais cet attrait de l’étude de la médecine faite au lit du malade, n'est pourtant pas quelquefois sans de légers inconvénients. Le jeune élève qui, chaque matin, a passé une ou deux heures dans les salles d’un hôpital, ne retrouve pas avec grand plaisir la table de dissection. Je conviens que, pour le débutant, l'étude de Panatomie est souvent pénible. C’est une étude de nécessité, une étude préparatoire indispensable au médecin et au chirurgien; mais on n’en saisit pas tout de suite l'utilité, et le travail pénible, dégoütant auquel 1 se faut soumettre, lattention soutenue qu'il faut avoir, fatiguent l'élève, et il ne faut rien moins que l’inflexible nécessité des examens pour retenir dans les salles de dissection la plupart de nos jeunes recrues.

La facihité et le charme de l’étude de l'hôpital peuvent donc devenir un danger, en ce sens qu'ils offrent aux élèves une séduction trop grande, qui les éloigne d’études nécessaires et plus sérieuses.

Le peu de temps que vous consacrez à la médecine rend bien difficile pour vous l'étude des sciences accessoires. Il importe que, avant d’entrer dans la carrière médicale, vous ayez déjà des notions de chimie et de physique suffisantes pour comprendre les applications de ces sciences à la médecine; mais je déplorerais profondément le temps que vous perdriez à acquérir des connaissances chimiques trop étendues. Quoique la chimie ne rende à la médecine proprement dite que des services très-limités, quoique, en général, les gens les plus éminents dans les sciences chimiques n’aient été que de pauvres médecins, de même que les véritables praticiens ont été de tout temps de tristes chimistes, je n’en conviendrai pas moins qu'il serait désirable que le médecin eût des notions de chimie plus étendues, ne füt-ce que pour se convaincre de la vanité des prétentions des chimistes qui s’imaginent connaître et expliquer

XIL INTRODUCTION.

les lois de la vie et de la thérapeutique, parce qu'ils connaissent quelques-unes des réactions qui s’accomplissent dans l’économie. La vie d’un homme intelligent suffit à peine à connaître la physiologie, la pathologie médico-chirurgicale et la thérapeutique; comment demander à un élève de dissiper son attention dans des études accessoires, qui, pour n'être pas complétement inutiles, sont cependant trop peu importantes pour qu'on leur doive sacrifier la physiologie, la clinique et la thérapeutique, sans lesquelles il ne peut y avoir de médecin ?

Loin de moi, messieurs, la pensée de faire un procès aux sciences accessoires et à la chimie en particulier ; Je ne condamne que l’exagération et la prétention de ces sciences, leur immixtion maladroite et impertinente dans notre art. Personne, que je sache, ne nie que toutes les compositions et décompositions, que tous les mouvements moléculaires, que toutes les manifestations des forces appartenant à la vie végétative, ne soient des actes physico-chimiques; mais si, parmi ces manifestations, 1l en est qui soient régies par les mêmes lois que celles de la matière morte, il en est d’autres, et ce sont les plus nombreuses, les plus importantes, les plus essentielles à la matière vivante, qui obéissent à des lois essentiellement différentes; lois que la chimie découvrira peut-être un jour, mais qui, jusqu’à présent, restent autonomiques, spéciales, inexpliquées, inexplicables, et devant lesquelles doivent s'arrêter, vaincus, les chimistes et les physiciens. Qu'ils gardent par devers eux l’opinion de subordonner, dans un avenir plus ou moins lointain, les lois de la vie à celles de la cornue, jy consens ; mais, jusqu’à nouvel ordre, je veux qu'ils soient modestes et qu'ils ne nous imposent pas leurs espérances pour des vérités acquises. Je veux bien confesser mon ignorance comme chimiste, mais à la condition qu’ils confesseront la leur comme physiologistes et médecins.

Je serais au désespoir d’avoir à revenir devant vous sur des discussions qui laissent à chacun son opinion et qui, jusqu'ici, n’ont jamais conduit à un résultat.

Pour moi, comme pour la plupart des physiologistes et des mcdecins, les actes de la vie organique, et, à plus forte raison, ceux de la vie animale, sont soumis à des lois qui, jusqu’à nouvel ordre, doivent être considérées comme essentiellement différentes de celles qui régissent la matière inorganique.

Voici «leux œufs, tous deux pondus par la même poule à quelques

Page 1