‹ Clinique médicale de lHòtel-Dieu de Paris (volume 2)Chapitre 69 sur 76 · PNEUMONIE DU SOMMET · texte numérisé non relu

PNEUMONIE DU SOMMET

Elle n’est pas nécessairement accompagnée de délire, et celui-ci peut survenir également dans les pneumonies qui occupent le centre ou la base d’un lobe. — Elle n’est pas nécessairement plus grave que d’autres et elle peut guérir aussi rapidement. — Il y a des restrictions à faire pour les cas où elle survient chez des individus tuberculeux,

MESSIEURS

Aux n® / et 18 de notre salle Sainte-Agnès, vous avez vu deux hommes atteints de pneumonie aiguë franche. Ces deux hommes, dans la force de l’âge, n'ayant pas dépassé la trentaine, d’une vigoureuse constitution, avaient pris la maladie qui les amenait à l'hôpital dans les conditions où elle se prend le plus habituellement, c’est-à-dire à la suite d’un refroidissement. Chez tous deux, elle offrait cette particularité que l’affection inflammatoire occupait le sommet du poumon. Tous deux ont parfaitement et très-rapidement guéri : aucune complication n’est venue se jeter à la traverse. Rappelons rapidement les faits,

Le premier sujet était tombé malade il y a sept jours ; un gros frisson, un point de côté annoncèrent le début des accidents ; presque aussitôt survint de la toux accompagnée d’expectoration. La fièvre, qui s'était déclarée tout de suite, nie l’a pas quitté depuis. A son entrée à l'hôpital, le troisième jour de sa maladie, nous trouvions dans son crachoir des crachats caractéristiques, d’un jaune safrané, aérés, visqueux, adhérant au vase, ne laissant aucun doute sur le diagnostic que nous avions à porter. La dureté du son rendu par la percussion du thorax au niveau de la fosse sus-épineuse de l’omoplate du côté gauche et sous la clavicule, les râles crépitants, l'expiration soufflante perçus en auscultant ces régions, confirmaient l'existence d’une affection que l'inspection des crachats et lés symptômes accusés par le malade indiquaient déjà

TROUSSEAU, 2° édit, — 1], A8

75h TRAITEMENT DE LA PNEUMONIE.

suffisamment. Nous avions donc bien affaire à une pneumonie, el à une pneumonie du sommet gauche.

Le lendemain, l'expiration soufflante avait fait place à du soufile tubaire, et des bouffées plus nombreuses de râles crépitants fins s’entendaient dans une étendue plus considérable que la veille. Le sixième jour, les RAA stéthoscopiques étaient encore plus prononcés.

Contrairement à ce que nous avions fréquemment observé cette année, cet homme se plaignait d’une constipation opinlâtre qui n'avait pas cédé nonobstant l'emploi du kermès dont ila pris cependant chaque jour des quantités assez notables. Je dus, pour faire cesser cet accident, donner deux pilules de caiomel de 0£",05 chacune, et, de plus, 2? grammes de jalap en poudre. Cette purgation amena les effets que nous en attendions,

Ce matin, huitième jour du début de la maladie, nous trouvons notre homme sans fièvre, la peau bonne, le pouls ample et nullement accéléré, tout en conservant une amplitude en rapport avec la constitution et les forces du sujet. Les phénomènes stéthoscopiques se sont modifiés, et l’on entend maintenant le murmure vésiculaire, accompagné, ilest vrai, de râles muqueux souscrépitants fins, là où nous entendions, il y à quarante-huit heures, le souffle tubaire et des ràles crépitants.

La pneumonie est donc franchement entrée en résolution. Cependant hier nous avons été frappé d’un fait qui, bien que l'état du malade parût satisfaisant, ne laissa pas que d’appeler notre attention. Je veux parler des caractères que présentèrent les crachats. Ea couleur safranée qu'ils avaient les premiers jours était devenue plus foncée, et hier ces crachats, tout en conservant leur viscosité, avaient pris celte couleur lie de vin, jus de pruneaux, généralement d'un si fâcheux présage. Toutefois, comme ces crachats étaient toujours visqueux, je m’alarmai moins de leur aspect. Ce n’est pas tant en effetla couleur jus de pruneaux que la diffluence particulière succédant à la viscosité qui, dans l’expectoration péripneumonique, constitue un signe de mauvais augure. Ce matin, vous avez pu le constater comme moi, les crachats ont repris une légère teinte safranée, et sont d’ailleurs pen nombreux.

L'histoire de notre second malade est à peu de chose près identique avec celle du premier. Sa péripneumonie, contractée dans des circonstances analogues, a occupé le même siége, sa marche a été la même, et la guérison est arrivée avec la même rapidité.

* Dans ces deux cas, ma médication a été la même ; c’est aux antimoniaux, c’est au kermès que j'ai eu recours,

Ces observations trouvent parfaitement leur place à la suite de ce que je viens de vous dire du musc dans la pneumonie. En effet, messieurs, ce délire, qui est si merveilleusement combattu par cette médication, n’est jamais peutêtre plus fréquent que dans les pneumonies du sommet. La raison, je l’ignore, mais le fait est assez généralement accepté. 11 n’en faut pas conclure cependant que la pneumonie du sommet entraîne nécessairement ces accidents ner-

veux: les deux hommes de Ja salle Sainte-Agnès en sont la preuve. Ces deux malades vous montrent en outre que la pneumonie du sommet n’est pas fatalement plus grave que celle de la base.

Je ne conteste pas que chez les individus sous l'empire d’une diathèse tuberculeuse, cette pneumonie du sommet ne soit une affection plus sérieuse que chez tout autre, non point par elle-même, mais parce qu’elle peut hâter le développement de la phthisie, en sollicitant la manifestation de la diathèse,. en accélérant l'évolution des productions tuberculeuses dont le siége de prédilection est le sommet du poumon. Cette restriction faite, je maintiens ma proposition que la pneumonie du sommet n’est pas plus redoutable que celle de la base ou du centre. Ge qui fait la gravité de l’inflammation, ce n’est pas son siège; c'est, d’une part, son étendue, une pneumonie qui envahit simultanément tout un poumon étant, toutes choses égales d’ailleurs, plus grave que celle qui n’affecte qu'un lobe, la pneumonie double étant toujours trèsdangereuse ; c’est, d'autre part, sa nature, je dirais sa spécialité, qui varie suivant les constitutions épidémiques, suivant l’état antérieur du malade, suivant certaines influences dont la connaissance intime nous échappe, et qui ne se révèlent à nous que par leurs effets.

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