‹ Clinique médicale de lHòtel-Dieu de Paris (volume 2)Chapitre 8 sur 76 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

Mais cette évolution de l’embryon dans laquelle la force vitale apparaît si éclatante va se continuer plus simple peut-être, mais tout aussi évidente. Quand l’animal est parfait, ce n’est plus dans une matière amorphe que les tissus choisiront les éléments de leur composition; c’est dans un liquide à composition déterminée, dans le sang. C’est ce même liquide qui désormais va pourvoir à toutes les agrégations, à toutes les décompositions, à ce mouvement incessant qui n’est, en définitive, qu'une évolution continue, moins extraordinaire en apparence, parce qu'elle s’accomplit avec des instruments tout faits.

Est-ce que par hasard il y a au monde un homme assez insensé pour nier que tous ces mouvements de composition et de décomposition soient autre chose que des actes de chimie ? Que les combinaisons soient ternaires, quaternaires, elles n’en sont pas moins des combinaisons chimiques, et je ne sache pas que Jamais quelqu'un l'ait nié, À ce compte, nous serions des iatro-chimistes, avec cette différence toutefois que les chimiatres veulent que tout se passe dans la plante, dans l'animal vivant, conformément aux lois de la chimie inorganique, tandis que nous voulons, nous, que les lois qui président aux actes de Ja chimie organique soient des lois spéciales, et surtout que la chimie dans l'organisme vivant soit dominée par des propriétés spéciales qui lui impriment une direction spéciale, et la placent dans des conditions toutes différentes de celles qu’on observe dans la matière morte.

Ce qui me frappe dans l'œuf fécondé comme dans l'animal parfait, ce sont moins les combinaisons chimiques si complexes accomplies à si peu de frais et avec si peu d'efforts, que les affinités électives, s’il m'est permis de m’exprimer ainsi.

Dans cette matière amorphe, albumineuse, que nous appelons l'œuf, chaque principe ira se placer dans son département sans s'égarer : les phosphates calcaires d’un côté, le phosphore, les graisses, la fibrine, les poils, les matières cornées, d’un autre côté, avec un ordre, une méthode qui démontrent clairement l’existence de propriétés différentes de celles de la matière inorganique, de celles de la matière organique non vivante.

Encore une fois, dans l’œuf fécondé, organisme vivant, des actes chimiques ordonnés, réguliers, d’une perfection fatale, concourant tous à un but unique; dans l’œuf non fécondé, le hasard, le chaos des réactions chimiques de la matière organique morte.

Page 1