LXXXIX. — DE L'ADÉNIE
Affection caractérisée par l’'hypertrophie progressive des ganglions lymphatiques superficiels et profonds.— Hypergénèse des cellules ganglionnaires.— Jamais d’inflammation des ganglions.— Quelquefois hypertrophie concomitante de la rate et du foie. — Trois périodes dans la maladie : période latente; période progressiwe de généralisation et d'état; période cachectique. — Dons la l'° période, point de troubles généraux; dans les 2° et 3° périodes, Anémie sans Leucémie. — Œdème des membres, ascite, quelquefois anasarque. — Toux. — Dyspnée. —Accès de suffocation par compression des bronches. — Durée de la maladie, 18 mois à 2 ans. — Terminaïison presque toujours mortelle par accès de suffocation où par état cachectique.
MESSIEURS
De tout temps l'attention des médecins a été éveillée sur les engorgements, les obstructions des viscères. — Les anciens auteurs, dans l'étude des cachexies, accordaient une grande importance aux obstructions de la rate et du foie.
Depuis les travaux de Sydenham, de Morton et de Torti sur l'infection palustre, on a toujours recherché avec soin quelle pouvait être la part de cette infection dans l’hypertrophie de ces organes.
L'anémie, l’état cachectique, qui accompagnent ces engorgements viscéraux, avaient conduit à penser que la constitution du sang était profondément modifiée. L’altération des éléments du liquide sanguin avait été soupçonnée, mais non démontrée ; aussi, vous vous rappelez avec quel intêrêt furent accueillis les travaux de MM. Bennett et Virchow sur une maladie nouvelle, à laquelle ces auteurs donnèrent le nom de leucémie, et qui, suivant eux, était le conséquence de l’hypertrophie de la rate, du foie ou des ganglions lymphatiques.
Au premier moment l'engouement fut grand pour cette découverte des deux savants étrangers, et chacun se mit en devoir d’apporter de nouveaux faits. On accepta qu’il existait une leucocythémie splénique et une leucocythémie lymphatique. — Cependant de nombreux faits ont établi que l’engorsement hépatique, splénique et ganglionnaire pouvait exister sans modification du nombre des globules blancs et des globulins; et de plus, les savantes recherches de M. le professeur Ch. Robin ont démontré que les globules blancs et les globulins pouvaient être en excès dans le sang, bien qu'il n’y eût aucune hypertrophie viscérale ou ganglionnaire. Enfin cette hypergenèse
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des leucocytes peut être rencontrée dans des états morbides indépendants de tout engorgement viscéral et même dans des états physiologiques (1).
Nous savions depuis longtemps, messieurs, que l’hvpertrophie de la rate et du foie n’avait point pour conséquence obligée l’hypergenèse des leucocytes. L'observation clinique ne devait point tarder à mettre hors de doute que l’'hypertrophie ganglionnaire pouvait aussi exister sans augmenter le nombre des globalins.
C’est de l'HYPERTROPHIE GÉNÉRALISÉE DES GANGLIONS LYMPHATIQUES Que je désire aujourd’hui vous entretenir. Dès que mon attention se fut fixée sur cette étrange affection, je fus frappé de ne jamais voir la suppuration s'emparer de ces énormes tumeurs lymphatiques, qui pendant quelque temps ne présentaient d’autres inconvénients que ceux qui pouvaient tenir à la gêne des organes comprimés par ces tumeurs.
Je constatais en même temps, il est vrai, l’incurabilité de ces tumeurs, qui, si elles ne s’enflammaient jamais, avaient néanmoins une insurmontable ténacité, tendaient sans cesse à s’accroître, et après un temps qui n’avait rien de précis, finissaient par exercer sur la constitution une influence profondément délétère, et souvent tuaient par l compression de certains organes essentiels à la vie.
Il me fut donc démontré qu’il fallait voir dans le développement de ces tumeurs ganglionnaires un génie spécifique ; je voulus imposer un nom spécial à une maladie spéciale, je l’appelai ADÉNIE. Ce n’est point que cette dénomination ne puisse convenir à une multitude d’affections ganglionnaires, à la tuberculisation cervicale, mésentérique, etc. ; cependant je persiste à lui donner ce nom, afin que désormais il soit bien établi qu’il y à une espèce morbide nouvelle dans la grande famille des maladies ganglionnaires.
Tout d'abord, messieurs, qu’il soit bien entendu que je n’ai rien découvert; que la description de la maladie a été assez bien faite avant moi par MM. Bonfils (2) et Cossy (3). — Je ne prétends à aucun autre mérite que celui d’avoir réuni des faits assez nombreux, empruntés à ma propre pratique et à celle de mes confrères ; d’avoir relié ces faits par une description commune, de les avoir embrassés dans une appellation spéciale, et d’avoir essayé d'en vulgariser la connaissance.
Mon collègue et ami M. le professeur Nélaton a souvent entretenu ses élèves de la maladie qui nous occupe, et, comme moi, il a voulu y voir une maladie ganglionnaire toute spéciale. Mon collègue M. le professeur Laugier, dans le service duquel avait été observé le malade dont M. le docteur Bonfils
(4) Journal de physiologie de Brown-Séquard, p. 51. Paris, 4899.
(2) Réflexions sur un cas d'hypertrophie ganglionnaire générale (Société médicale ‘Observation de Paris, 1856).
(3) Mémoire pour servir à l’histoire de lhypertrophie simple plus ou moins généralisée des ganglions Wymphatiques, sans leucémie (Écho médical, t. V, Neuchâtel, 1861).
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a rapporté l'histoire , avait été frappé également de ce que la maladie présen tait de particulier ; l'honorable et savant directeur de l’école de médecine de Rouen, M. Leudet, avait, avec la sagacité qui le caractérise, bien observé que l’adénie était une maladie toute spéciale, et bien souvent nous avions échangé nos idées à ce sujet.
De plus, M. le docteur Cossy, en 1861, avait rédigé un mémoire où se trouvent consignés trois faits d’hypertrophie ganglionnaire simple généralisée sans leucémie. Enfin, je dois à l’obligeance extrême de MM. Potain et Laboulbène, mes collègues dans les hôpitaux, d’avoir bien voulu me commu niquer deux observations, dont l’une a été recueillie à l’hospice des Ménages, et l’autre à l'hôpital Sainte-Marguerite.
Fous ces faits ont du reste une grande ressemblance, et il ressort de leur étude attentive que l’adénie est constituée par une hypertrophie simple des ganglions lymphatiques, hypertrophie qui a une grande tendance à se généraliser dans les ganglions superficiels et profonds.
Cette hyperplasie ganglionnaire est quelquefois accompagnée d’une hypertrophie simple du foie etde la rate. De plus, dans l’observation de M. Potain (1), il y avait aussi hyperplasie des follicules isolés et agminés de l'intestin grêle.
Dans toutes ces observations, si ce n’est dans l’une de celles qui nous ont été communiquées par le docteur Leudet, 1! n’y avait point augmentation des leucocvtes ni des globulins. Ce qui distingue donc ladénie des autres affections ganglionnaires , c’est d’une part l’hypertrophie considérable et généralisée des glandes lympbhatiques, et d'autre part l'absence d’altération appréciable du sang, autre que l’anémie, et encore l’anémie ne devient-elle manifeste que dans la deuxième période de la maladie.
Les malades viendront vous consulter ordinairement dans les premiers mois de leur affection. Ils se plaindront à vous du développement d’un grand nombre de tumeurs à la surface du corps et quelquefois d’un peu de dyspnée, Du reste, ils se disent bien portants, leur santé alors ne paraît point altérée, l'appétit est conservé, il n’y a point de troubles sérieux des principales fonctions, la nutrition, dans les cinq ou six premiers mois de la maladie n’est point sensiblement modifiée.
L'hypertrophie ganglionnaire commence le plus souvent par la région sous-maxillaire, puis bientôt les malades sont effrayés de voir des tumeurs se développer sur les parties latérales du cou, dans le creux axillaire et dans les aines. Plus rarement nous constatons l'hypertrophie des ganglions épitrochléens et de ceux de la région poplitée. Cependant les ganglions sous-maxillaires et cervicaux ne tardent point à donner un singulier aspect à la figure : la tête paraît relativement petite et repose sur une masse ganglionnaire que les malades cherchent d’abord à dissimuler par quelque artifice de toilette. Les tumeurs du
(4) Bulletins de la Société anatomique, 1861, p. 247.
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cou se montrent sans changement de coloration de la peau qui les revêt. Elles n’ont contracté aucune adhérence avec les parties voisines, et chaque ganglion hypertrophié reste souvent indépendant des ganglions voisins. Ces tumeurs sont roulantes, vous pourrez les toucher , les presser , les malaxer même sans déterminer de douleur. Celles de la région sous-maxillaire se continuent quelquefois sous forme de chapelet avec celles du côté opposé et avec les tumeurs des régions latérales du cou. Ces dernières peuvent ne pas être seulement superficielles; dans un cas je les ai vues se continuer sur les parties latérales du larynx, de la trachée-artère, et l’autopsie démontre qu’elles peuvent s'étendre jusqu'aux bronches. Quelquefois elles se continuent au-dessous de la clavicule avec les tumeurs axillaires. Ces dernières sont ordinairement trèsdéveloppées, elles ont souvent la grosseur d’un œuf de poule ou de dinde ; chez un malade des environs de Fontainebleau auquel MM. les docteurs Escalonne et Leblanc donnaient leurs soins, ces tumeurs axillaires avaient le volume et la forme de véritables mamelles, auxquelles elles ressemblaient beaucoup et par la couleur de la peau et par le lacis de veines bleues qui les recouvraient. Des tumeurs si volumineuses entravent non-seulement les mouvements des bras, qu’elles tiennent éloignés du tronc, mais encore deviennent un obstacle à la circulation veineuse ; aussi n’est-il pas rare d'observer dans ce cas de l’œdème des mains et des avant-bras. L'hypertrophie peut envahir les ganglions souspectoraux.
Dans l’aine, les ganglions acquièrent aussi un volume très-considérable ; ils ont les mêmes conséquences, c’est-à-dire qu'ils déterminent de la fatigue dans les mouvements et de la gêne dans la circulation de retour. Presque tou jours les pieds et les jambes sont œdématiés. Les tumeurs inguinalés occupent quelquefois toute l'étendue du triangle de Scarpa, et la main appliquée audessus du ligament de Fallope peut souvent sentir des tumeurs analogues dans les fosses iliaques. Le toucher, le vagin et le rectum démontrerarent aussi l'existence de semblables tumeurs dans le petit bassin. Enfin le palpe | abdominal peut permettre chez les personnes maigres de constater l’hypertrophie ganglionnaire au niveau de l’angle sacro-vertébral, le long de la colonne vertébrale ; et si la main n’atteint pas toujours ces régions profondes, c’est que le ventre est empâté par le développement des ganglions mésentériques. Dans plusieurs observations Pascite a pu être facilement reconnue. Aussi au début même de la maladie, et lorsqu'il n’y a pas encore d'état cachectique, a-t-on considéré comme affectés d’anasarque de cause viscérale des ma lades qui n'avaient en réalité qu'un œdème multiple des extrémités et une ascite par le seul fait de la gêne de la circulation générale et de celle de Ia veine porte.
Trois fois seulement sur onze observations nous avons noté l'hypertrophie du foie et de la rate. L'augmentation de volume de ce dernier organe peut être considérable; nous l'avons vue, chez une jeune malade de vingt-trois ans, occuper toute la partie gauche de l'abdomen, s'étendre jusqu'à Pombilic et
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remplir complétement la fosse ilaque. Chez cette malade, je me hâte de signaler ce fait important, il n’y avait point de leucémie.
Nous reviendrons bientôt sur l’enchaînement des symptômes de l’adénie : mais je veux d’abord vous exposer l'observation de la malade qui a le plus frappé mon attention.
Le vendredi 20 février 4863, j'étais consulté dans mon cabinet par une jeune femme de vingt-trois ans, affectée d’ure hypertrophie ganglionnaire généralisée. Cette dame, encore bien portante à cette époque, n'était pas d’un tempérament lymphatique, son teint était assez animé, elle avait les yeux bril-lants, et, si l’attention n’eût été éveillée par la présence de ganglions sousmaxillaires volumineux, on eût été bien éloigné de croire que cette dame portât une altération organique grave. Dans l’enfance point de maladie scrofuleuse, jamais de glandes suppurées, point de coryza chronique ; plus tard, jamais d’angine herpétique, point de maux d’yeux persistants. Toujours bien réglée, cette jeune femme, mariée à dix neuf ans, a deux enfants bien portants euxmêmes. Nous manquons de renseignements sur les antécédents de famille, cependant le père et la mère de cette jeune femme vivent encore et se portent bien.
Quoi qu’il en soit, il y a neuf mois environ, c’est-à-dire vers le troisième ou quatrième mois de sa dernière grossesse, madame X. s’aperçut qu'elle avait de petites tumenrs dans les aines et sous les aisselles; en l’espace de quinze jours, ces tumeurs ganglionnaires acquéraient un volame assez notable, et d’autres ganglions s’hypertrophiaient, ainsi sous l’angle de la mâchoire, dans les régions occipito-cervicale, etc., etc. L’attention de MM. Henrot et Landouzy (de Reims) fut éveillée par une hypertrophie ganglionnaire sigénéralisée et si rapide dans sa marche; aussi pensèrent-ils que la toux dont se plaignait madame X... pouvait être la conséquence d’une hypertrophie analogue des ganolions bronchiques. Madame X... accoucha heureusement, et après son accouchement on reconnut qu’il existait dans les fosses iliaques et dans la région sacro-lombaire des masses ganglionnaires volumineuses. Aujourd'hui, nous constatons une hypertrophie ganglionnaire généralisée ; les ganglions occipitaux, sous-maxillaires, cervicaux, les ganglions inguinaux, épitrochléens, poplités et axillaires ont acquis un tel volume que plusieurs d’entre eux ont la grosseur d’un œuf de pigeon ou de poule. En plongeant les doigts en arrière de l’arcade de Fallope, de chaque côté, on sent une chaîne ganglionnaire qui s’enfonce profondément ; le palper fait reconnaître aussi une augmentation considérable de la rate. Jamais chez cette jeune femme il n’y eut de fièvre intermittente ni de fièvre hectique ; la santé, nous insistons sur ce point, est toujours restée et est encore parfaite. |
Il était important de savoir si Panalyse microscopique du sang démontrerait la présence en excès de globules blancs ou de globulins. Je priai M. le docteur Dumontpallier de faire cet examen, et je transcris ici là note qu’il m'a remise : « Deux gouttelettes de sang obtenues par une piqûre du médius de la main gauche, examinées à un grossissement de 360 diamètres, n’ont pré-
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senté que de très-rares globules blancs, trois ou quatre, perdus au milieu d’un grand nombre de globules rouges d'aspect norinal; les uns isolés, les autres empilés, imbriqués les uns sur les autres, contour parfaitement net; il est remarquable que dans deux préparations nous n’ayons point rencontré de globulins. »
Il existait, avons-nous dit, une petite toux sèche. Jamais cependant il n°v avait eu d'hémoptysie. La respiration était normale à gauche, mais à droite il y avait un peu de souflle à l’expiration et quelques râles humides; point de matité notable dans le sommet des poumons. Le cœur était sain ; il n°y avait point de souffle dans les vaisseaux du cou, point d’œdème des extrémités. L'appétit était conservé, les digestions faciles, la nutrition paraissait normale, il n’y avait pas eu d’amaigrissement sensible. Le sommeil était bon, la gaieté conservée, et madame X... n’eût point pensé à se plaindre, si elle n’eût été tourmentée du développement des tumeurs ganglionnaires.
Que remarquons-nous, messieurs, dans cette observation ? Une jeune femme, toujours bien portante jusqu’au troisième mois d’une seconde grossesse, voit se développer au-dessous de la mâchoire inférieure, sur le cou et dans les régions axillaires et inguinales, grand nombre de petites tumeurs qui ne tardent pas à se multiplier et à prendre un volume considérable. Les tumeurs, qui peut-être déjà étaient développées dans l’abdomen, n’apportent point d’entraves au travail de l'accouchement qui se fait heureusement. Cette jeune femme peut nourrir pendant quelques mois, puis la sécrétion laiteuse se tarit, et, à partir de ce moment, le développement des tumeurs fait de nouveaux progrès. — Cependant l’état de la sauté paraît satisfaisant jusqu'au jour où madame X. vient nous consulter : son teint est bon, elle n’éprouve de douleurs en aucune partie du corps, les digestions sont faciles, la nutrition ne paraît point altérée. La petite toux sèche dont madame X.. à été prise pendant sa grossesse Continue, mais elle ne doit être rattachée à aucune lésion grave des poumons, et nous partageons l'opinion de MM. Henrot et Landouzy: nous croyons, comme eux, qu’elle est la conséquence de quelque compression bronchique occasionnée par l'hypertrophie des ganglions qui entourent probablement la bronche droite. Cette interprétation était fondée sur l’absence de lésions organiques du poumon et sur le développement général des glandes lymphatiques superficielles et profondes. — Aussi n’avons-nous pas dissimulé à la famille nos graves inquiétudes sur l'issue de la maladie ; il était probable, en effet, que la malade succomberait à des accès répétés de suffocation, à une asphyxie per obstruction bronchique ; ou bien que l’état cachectique, devenant rapide dans sa marche, jetterait la malade dans le marasme, avec fièvre hectique, sueurs profuses ou diarrhée colliquative. — Nos tristes prévisions ne devaient point tarder à s’accomplir, les modificateurs généraux que nous avions conseillés restèrent sans résultat favorable, et nous apprenions quelques mois plus tard que la malade ‘avait succombé à des accidents cérébraux, après avoir présenté des hémorrhagies sous-cutanées.
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Il n’y eut pas, que nous sachions, d'examen microscopique du sangfait dans les derniers mois; aussi ne sommes-nous pas autorisé à nier d’une manière absolue l'existence de la leucémie dans la dernière période de la inaladie ; mais si nous nous rappelons que les glandes lymphatiques et la rate avaient acquis, lors de notre examen, un développement bien supérieur à celui qu’on observe ordinairement dans les cas de leucémie, et, si nous rapprochons ce cas particulier de tous ceux que nous avons étudiés et dans lesquels l'examen microscopique ne permit jamais de constater des leucocytes en excès, ne sommes-nous pas en droit de penser que la marche de Paffection a été celle que l’on observe ordinairement, et que la malade probablement ne fut jamaïs leucocythémique dans le sens clinique de cette dénomination morbide ?
L'observation de cette jeune femme, malgré les lacunes qu’elle présente, n’en porte pas moins avec elle ce grand enseignement, à savoir, qu’une personne, en apparence bien portante et dont le sang paraît normal, alors qu'il existe déjà une hypertrophie généralisée de toutes les glandes lymphatiques et un développement exceptionnel de la rate, peut, quelques mois plus tard, succomber à une cachexie ganglionnaire. Si la malade ne fut point leucémique, est-ce à dire que le sang ait conservé chez elle sa composition normale? Non certes, car dans toutes les cachexies il existe une profonde modification de ce liquide ; mais ce que nous tenons à établir, c’est que notre malade n'avait présenté, au moins pendant les dix premiers mois de son affection, ni les symptômes ni la lésion hématique de la leucémie splénique ou lymphatique.
Je vous disais, en comimentant cette observation, que si la malade ne succombait pas à un état cachectique, elle pourrait mourir dans un accès de suffocation par obstacle à l’arrivée de l'air dans les poumons. Comme exemple de ce mode dé terminaison de l'adénie généralisée, je me rappelle l’observation d’un jeune malade que je voyais avec mon regretté confrère le docteur Amussat.
Il y a plus de vingt-cinq ans, ce chirurgien distingué m'appelait aux Néothermes pour voir un de ses malades. Je trouvais un homme jeune qui habitait ordinairement le Poitou. Depuis près d’un an il lui était survenu un engorgement ganglionnaire général. Toutefois la lésion occupait plus particulièrement le cou et pénétrait derrière la clavicule et le sternum ; il en était résulté une oppression telle, que la mort était imminente. M. Amussat désirait que je pratiquasse la trachéotomie. Je lui fis observer que, bien qu'habitué à faire cette opération chez les enfants atteints de croup, chez les adultes qui avaient des maladies chroniques du larynx, je devais pour le cas présent laisser à des hommes plus autorisés et à des mains plus habiles le soin de faire une opération qui allait être hérissée de difficultés. Je comprenais, en effet, que les vaisseaux comme la trachée étaient déplacés et comme perdus au milieu de tumeurs nombreuses, et que le bistouri ne pourrait avec sécurité pénétrer dans des régions où les rapports anatomiques allaient me faire défaut.
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M. Amussat refusa d'opérer lui-même; il s'agissait, disait-il, d’un ami, et l'affection qu'il portait au malade pourrait rendre moins assurée la main de l'opérateur. Il fallut donc me décider à remplir un périlleux office, et je comptai sur l'assistance de celui qui ne voulait pas jouer ici le principal rôle.
Dès que j'eus incisé l’aponévrose cervicale superficielle, les tumeurs, emprisonnées jusqu'ici, jaillirent en quelque sorte par l’incision que je venais de faire, et la respiration devint un peu moins difficile. 11 me fallut alors avec des érignes mousses culbuter sept ou huit tumeurs placées au-devant ou sur les côtés de la trachée, que je mis à nu avec une extrême difficulté, en évitant avec le plus grand soin les veines nombreuses que je rencontrais. La trachée
ouverte, jy introduisis une forte canule; mais, à mon grand regret, je n'ob-
tins presque aucun allégement dans la dyspnée; il était évident qu’au delà de l'extrémité interne de ma canule la trachée était aplatie par quelques autres tumeurs. J'avais pourtant prévu cet accident, et je m'étais muni d’une canule plus étroite que celle dont je me sers babituellement chez les adultes, et dont la longueur excédait 40 centimètres. Je la substituai à la première, et quand elle fut introduite à 6 centimètres à peu près, je heurtai contre un obstacle dont je triomphai avec peine en faisant exécuter à l'instrument des mouvements de va-et-vient, L’obstacle franchi, la respiration devint facile, ce qui n’empêcha pas que le malade mourût le lendemain.
J'ai voulu citer ce fait. pour montrer, d’une part, comment meurent les malades lorsque l’adénie s'étend jusqu'aux ganglions bronchiques et jusqu’à ceux qui accompagnent la trachée-artère, et d'autre part, combien peu de chance de réussite en ces cas présente la trachéotomie. Chez un malade de Stockholm qui est venu nous consulter à une autre époque, les accidents asphyxiques nous disaient assez que la trachée-artère et que la racine des bronches étaient enserrées dans des tumeurs ganglionnaires. |
C’est de cette façon que se précipite la fin des malades atteints d’adénie, et, tel meurt huit ou dix mois après le début de la maladie, qui eût pu vivre encore quelques années, comme le malade de M. Bonfils et comme quelques autres dont nous rapporterons l’histoire, parce que chez ces derniers le mal avait frappé plus spécialement des parties où les désordres ne pouvaient être immédiatement dangereux.
Je viens de vous donner une preuve de la nécessité de faire la trachéotomie dans certains cas d’adénie; vous avez vu que lincision de la trachée-artère n'avait prolongé la vie que de quelques heures, cependant notre devoir étant de conjurer la mort, je n’hésiterais pas encore aujourd’hui à conseiller cette opération, lors même que je la considérerais comme une ressource à peu près désespérée.
Étudions maintenant la marche de la dyspnée lorsque les ganglions de la trachée et des bronches sont envahis par une hyperplasie progressive. Dans la première période de la maladie, c’est-à-dire lorsqu'il n’y à point encore d'état cachectique, et que l'hypertrophie glandulaire n’est point arrivée à sa
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dernière limite, les malades se plaignent souvent d'oppression, ils ne peuvent marcher vite, monter un escalier sans être aussitôt essoufilés, Cette dyspnée, bien qu’organique, se montre quelquefois avec le caractère de la dyspnée nerveuse ; les malades sont pris surtout d’oppression nocturne, ils ne peuvent dormir dans leur lit, ils doivent passer leurs nuits dans un fauteuil. Notre malade de Stockholm nous écrivait qu'il éprouvait un resserrement dans Les tuyaux respiratoires. L'un des malades dont M. Leudet nous a communiqué l'observation avait depuis quelque temps l’haleine courte et des accès de dyspnée.— Notez, messieurs, que dans ces deux cas, un examen attentif avait permis d'affirmer qu'il n'existait point de lésion du poumon ni du cœur. Le poumon peut cependant s’habituer à cette gêne, etles accès de dyspnée devenir plus rares; mais, soit que ces tumeurs qui enserrent les bronches augmentent de volume rapidement , soit que ie malade affaibli ait besoin d’inspirer par moments une plus grande quantité d’air, on voit dans les derniers jours survenir des accès fréquents de suffocation intense, avec coloration violacée des lèvres, yeux hagards, grande anxiété, refroidissement des extrémités. Le pouls devient filiforme et l'inspiration sifflante.
Notez encore que la gêne de la respiration peut avoir pour conséquence une hypérémie passive du poumon, laquelle se traduit par des râles mUuqueux ; et quelquefois, ainsi que l’a reconnu M. Leudet, en dehors de tout travait inflammatoire appréciable, il se fait un épanchement pleurétique simple ou double. Je ne chercherai point à expliquer cette hydropisie de la plèvre; qu'il me suffise de poser la question suivante : L’épanchement qui n’est point d’origine inflammatoire est-il analogue à l’œdème des extrémités par gêne circulatoire, lorsque les ganglions des gouttières vertébrales sont eux-mêmes hypertrophiés, ainsi que cela existait dans l’une des autopsies dont M. Leudet nous à envoyé la relation. L'observation du professeur de l’École de médecine de Rouen trouvera sa place au chapitre de lanatomie pathologique. — Je veux d’abord, puisqu'il s’agit surtout en ce moment de bien établir la symptomatologie de cette étrange maladie, vous rapporter deux observations que j'ai recueillies moi-même, et qui montrent combien est fréquente la dyspnée chez les malades affectés d’adénie. Quant à la cause mécanique de cette dyspnée, elle ne saurait être l’objet d’un doute, si vous vous rappelez ce que je vous ai raconté du malade de M. Amussat, et lorsque je vous aurai exposé les détails d’anatomie pathologique.
Je revoyais le 5 avril 1863, à Bonnevau, un malade qui était venu une première fois chez moi dans le courant de février de la même année. Hi habitait les environs de Fontainebleau, et il recevait les soins habituels de MM. les docteurs Escalonne et Leblanc.
N... a soixante-huit ans, il était charron. Sa santé n’a jamais laissé rien à désirer.
En octobre 1862, il s’aperçut qu’il portait au cou une petite tumeur tout à fait indolente; il n’eu tint pas compte. Un mois plus tard, il v eut comme une
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explosion de tumeurs, au cou, aux aisselles, à laine ; et quand je vis le malade en février 1863, trois ‘mois et demi après le début des accidents, le cou était déformé par une multitude de tumeurs souples, arrondies, confondues les unes avec les autres ou soudées ensemble. Celles des aisselles étaient surtout remarquables par leur grosseur. Aux aines elles étaient moins volumineuses. Je n’en sentais pas dans le ventre. La rate n'était pas hypertrophiée. Le teint, était fort bon, la santé générale excellente.
J'avais prescrit les bains de sublimé, Pusage interne de la teinture d’iode.
En revoyant le malade, je fus frappé de l'augmentation de volume des tameurs. Le cou était monstrueux, aussi large que la tête dans toute son étendue, bossué de la manière la plus effrayante ; au-devant des deux oreilles existaient deux énormes tumeurs allongées dans le sens vertical, et venant en bas s’unir à un chapelet d’autres tumeurs qui occupaient les régions sousmaxillaires et latérales.
* La face, qui était fraîche et plus fleurie qu’elle ne l’est ordinairement chez un vieillard de soixante-huit ans, était comme encadrée dans une masse de lLumeurs occupant les parties latérales eu antérieure du cou ainsi que le devant des oreilles. A la base du cou et en arrière des clavicules de nombreuses tumeurs s’enfonçaient entre les masses musculaires jusque dans la poitrine. Il y avait aussi des ganglions engorgés en arrière et jusqu'à la base du cou.
Mais la tuméfaction était réellement monstrueuse sous les aisselles ; dans chaque creux axillaire existait une tumeur aussi volumineuse que la tête d’un fœtus à terme, ressemblant à une grosse mamelle, multilobée à sa base, reposant sur une masse de ganglions engorgés.
Aux aines, les tumeurs étaient plus petites, mais encore fort considérables.
En palpant le ventre, on sentait de nombreuses tumeurs dans le flanc gauche surtout.
Le foie était légèrement hypertrophié.
La rate était saine.
Le teint était excellent, la santé bonne, mais la respiration était difficile, sifflante, et dans la poitrine il existait des râles muqueux. La voix était conservée avec son timbre normal, il est donc certain que le larynx ne présentait point d'altération. Le sifflement de la respiration était dû probablement à la compression de la trachée ou des bronches.
Le mois suivant, je vis pour la troisième fois le malade : les tumeurs ganglionnaires avaient acquis un volume plus monstrueux encore, et, bien que dans la partie antérieure de l’aisselle elles eussent acquis un volume, une forme et un aspect qui permettaient de les comparer à des mamelles recouvertes de plexus veineux, je ne constatai point d'œdème des mains. La santé paraissait conservée, l'appétit était meilleur, cependant les gencives étaient facilement saignantes. La rate ctle foie n'étaient point hypertrophiés ; les gan -
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alions abdominaux étaient nombreux et plus volumineux que le mois passé.
J'engageai le malade à continuer l’usage de la teinture d’iode à l’intérieur et à prendre trois fois par semaine des bains de sublimé. La douleur et la légère rougeur que j'avais remarquées dans une des tumeurs de l’aisselle du côté droit m’avaient fait espérer que ces tumeurs pourraient être résorbées en perdant de leur dureté. Je savais du reste que l’adénie ne se terminait jamais par inflammation aiguë et suppuration des ganglions. Le malade s’était d’abord bien trouvé du traitement que je lui avais fait suivre, mais j'ai appris plus tard de M. le docteur Escalonne, que les tumeurs du cou et de l’aisselle avaient acquis un volume extraordinaire, et que la trachée comprimée n'avait bientôt plus permis le passage de l'air. Le malade est mort asphyxié, sans que d’ailleurs la constitution ait paru s’altérer. Les tumeurs n’ont pas suppuré.
Cette observation est surtout remarquable par l'explosion de tumeurs multiples un mois après l'apparition d’une petite tumeur indolente du cou. En trois mois, les tumeurs sous-maxillaires et cervicales avaient acquis un volume tel, que la base de la face, qui se continuait avec le cou jusqu'aux clavicules, était plus grosse que le reste de la tête du malade. De plus, il était manifeste par la description que nous avons donnée que ces énormes tumeurs se continuaient derrière les clavicules et le sternum ; elles rendaient compte de la dyspnée et de la respiration sifflante du malade. Dans ce cas particulier , les ganglions abdominaux étaient nombreux et très-volumineux, la rate et le foie avaient leurs rapports normaux. Enfin, malgré cette bypertrophie généralisée et si rapide dans son développement, la santé générale ne paraissait point d’abord affectée; ce fut seulement à la fin du quatrième mois que les gencives devinrent saignantes. IL est regrettable qu’à cette époque l’examen microscopique du sang n’ait pu être fait.
Quelques mois plus tard, je voyais dans mon cabinet un malade de Stockholm, âgé de près de trente ans, qui venait me consulter pour des tumeurs qu’il portait en diverses parties du corps. Longtemps il avait été sujet à un écoulement de l'oreille gauche ; puis, après avoir éprouvé pendant toute l’année 1861 un malaise dont il ne pouvait se rendre compte, il remarqua, au mois de juin 1862, qu'une petite tumeur s'était développée au-dessous de l'oreille gauche. Trois semaines plus tard, plusieurs tumeurs semblables se développèrent sur le cou du même côté et ne tardèrent point à acquérir un volume considérable. Le côté droit du cou devint bientôt le siége de tumeurs, ainsi que les régions inguinales et axillaires. Le professeur Malmsten (de Stockholm) conseilla les bains de Kreuznach, qui furent pris en septembre 1862. Après la saison des bains la faiblesse devint plus marquée, les sueurs étaient profuses et l'appétit presque perdu. Les tumeurs ne paraissaient pas toutefois augmenter de volume et, vers la fin de décembre 1862 jusqu'au 20 janvier 1863, elles diminuèrent d’une façon notable ; l’appétit puis les forces revinrent sensiblement. Mais à partir de la fin de janvier l'appétit diminua , le malade devint très-impressionnable et les
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ganglions reprirent très-rapidemént le volume qu'ils avaient perdu. Chaque soir, il y avait un léger accès de fièvre. Tel était l’état du malade lorsqu'il vint me consulter, Les ganglions cervicaux et axillaires avaieut un volume considérable. Je ne constatai point d’hypertrophie de la rate ni du foie. Je conseillai les bains de sublimé et un régime tonique. Ce traitement ne parut pas d'abord agir favorablement, car le malade m'écrivait, six semaines plus tard, qu'il était toujours très-faible et ne pouvait rester couché dans son lit, il était obligé de passer ses nuits dans un fauteuil; aussitôt qu'il essayait d’allonger les jambes, il était pris d’oppression, et ressentail un serrement dans les tuyaux respiratoires. Dans le mois de juin de la même année, j'apprenais que notre malade était allé demander conseil à Virchow. Le savant professeur déclara l'affection curable et pensa que l’adénie avait pour origine l’ancien écoulement de l'oreille gauche. Il fut alors constaté qu’il n’y avait aucune lésion organique du poumon, du cœur, de la rate ni du foie. De plus, Virchow affirmait qu’il n'existait point de leucémie, il conseilla des douches froides sur les tumeurs afin de les ramollir et d’en faciliter la résorption.
Il nous importe, messieurs, de faire remarquer que dans ce cas particulier l’adénie était limitée à la partie supérieure du corps, les régions inguinales et abdominale n'avaient point été envahies par l'hypertrophie ganglionnaire; la rate et le foie avaient conservé leur volume normal ; de plus Virchow luimême avait affirmé qu’il n’y avait point de leucémie. L'affection était donc spéciale, et si le savant professeur de Berlin ne redoutait point une issue fatale, il était du moins de la même opinion que moi sur la nature spéciale de l’affection ganglionnaire.
Vous avez vu aussi, par la relation de cette observation, que M. Virchow pensait que le point de départ de l’adénie avait été dans l'écoulement chronique de l’oreille gauche. Nous utiliserons plus tard cette assertion étiologique, en la rapprochant de faits analogues, où l’irritation locale, aiguë ou chronique de la muqueuse nasale et oculaire, paraît avoir joué un rôle important. Peut-être alors serons-nous autorisés à soupconner dans ces faits l'existence oubliée de quelque irritation muqueuse ou cutanée rendant compte de l’adénopathie primitive qui précède l'explosion de l’adénie généralisée.
Les malades, vous ai-je dit, peuvent succomber à la fréquence et à la gravité des accès de suffocation; j'ai essayé de vous montrer la part que l'hypertrophie des ganglions de la trachée et des bronches semblait avoir dans la production de ces phénomènes ; tout en accordant aussi une part à l’état nerveux des malades. Des troubles importants, mais secondaires au point de vue de la . marche de l’adénie, deviennent tôt ou tard manifestes du côté de la digestion, de l’innervation et de la nutrition. Les malades, dans la seconde période de l’affection, perdent l'appétit, leurs digestions deviennent lentes, pénibles; la diarrhée cependant est rare. Les malades ne tardent point à maigrir, ils sont d’une faiblesse extrême et l’œdème des extrémités devient plus considérable,
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Quelquefois les mains sont le siége d’éruptions érythémateuses, des ecchymoses nombreuses couvrent leurs jambes ; M. Leudet, dans une de ses observations, à constaté l'existence d’un pemphigus cachectique, Un malade, dont M. le docteur Perrin (1) a rapporté l'observation dans les Bulletins de la Société anatomique, était épuisé par des sueurs profuses et une fièvre hectique qui revenait chaque jour. — Il en était ainsi chez notre malade de Stockholm : bien qu’il ne fût pas arrivé à la période cachectique de Paffection, il existait des sueurs d’une abondance extrême et une fièvre quotidienne qui se manifestait chaque soir:
L’adénie finit donc par jeter une grande perturbation dans les principales fonctions, elle ne tarde pas à troubler l’hématose, elle abaisse la température du corps, ou pour mieux dire rend les malades plus sensibles à l'impression du froid ; elle trouble les digestions, détermine des sueurs profuses et la fièvre hectique. C’est donc une affection d’une gravité très-grande et sur la marche de laquelle le médecin jusqu’à ce jour est resté à peu près impuissant. La durée de la maladie est ordinairement de dix-huit mois à deux ans.
Voici, messieurs, une observation recaeillie par M. le professeur Leudet dans son service de l'Hôtel-Dieu, à Rouen. Cette observation est très-complète ; elle vous permettra d'étudier la marche de la maladie et sa terminaison par état cachectique.
» R... (Victor), âgé de cinquante-sept ans, entre le 6 décembre 1862 à l’'Hôtel-Dieu.
» D'une taille élevée, R... était autrefois d’une force et d’un embonpoint exceptionnels. Vers l’âge de dix-huit ans il a commencé à boire abondamment des alcooliques, il se grisait une fois au moins la semaine, et le lendemain de l'excès ne pouvait guère se nourrir que de substances très-sapides ou vinaigrées. Dans sa jeunesse, R..… n’a jamais eu d’engorgement glandulaire localisé ou général, d’otorrhées ou d’ophthalmies. Son temps de service militaire a été passé entièrement dans un régiment de cuirassiers ; pendant son temps de service, il contracta des chancres suivis d’un bubon inguinal suppuré : absence de symptômes ultérieurs de syphilis constitutionnelle du côté de la peau, des muqueuses ou des os. Après avoir été libéré du service militaire, R.. abusa encore plus que précédemment des boissons alcooliques ; les effets morbides de ces excès furent uniquement des douleurs d'estomac, sans vomissements, diarrhée, ictère ou dérangements des fonctions de l’appareil nerveux. y
» Aucune maladie grave antérieure.
» Il y a quatre ans, apparition rapide de tumeurs dures non suppurées avec douleur locale aussi vive la nuit que le jour, situées sur la partie antérieure et externe des deux jambes et sur le milieu de la hauteur de la face postérieure de l’avant-bras droit. Ces tumeurs, qu’il décrit très-incomplétement , auraient
(4) Bulletins de la Société anatomique, 1864, p. 247.
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disparu après deux ou trois semaines de traitement pendant lequel on aurait eu recours à de liodure de potassium. A la suite de cette maladie, R... resta pendant près de six semaines très-faible, n’éprouvant néanmoins aucune douleur notable au niveau des articulations ou dans la continuité des membres. Cette faiblesse disparut complétement et R... n’a éprouvé rien d’analogue depuis.
» 11 y a quinze mois, apparition d’un coryza chronique, sans aucun malaise général , avec perte de l’odorat ; quelques mois après le début de ce coryza purulent et un peu sanguinolent, apparut une affection de l'angle interne de l'œil gauche au niveau du sac lacrymal. Cette aflection se serait terminée par suppuration et la cicatrisation n'aurait eu lieu qu’après trois mois de maladie.
» Ce fut pendant cette dernière période de Pinflammation du sac lacrymal gauche, que R... remarqua pour la première fois un gonflement des ganglions lvmpbatiques du cou; les forces étaient en même temps très-affaiblies, sans qu'il y eût aucune paralysie.
» Première admission, il v à dix mois, dans une division chirurgicale de l’Hôtel-Dieu, pour un gonflement des ganglions lymphatiques déjà trèsprononcé dans les régions axillaires, cervicales, inguinales. Pendant cinq mois et demi, R... demeure dans les salles de chirurgie: les glandes auraient un peu diminué de volume, restant indolores et offrant les mêmes caractères que lorsqu'il est soumis à notre examen, Jamais R... n’a éprouvé pendant cet espace de temps de trouble des fonctions digestives, de diarrhée, ou de d’épistaxis ou d'hémorrhagies d'aucune nature.
» Sorti le 25 octobre 1862 du service chirurgical de l'Hôtel - Dieu , il fut occupé alors aux ateliers de charité, vivant d’un salaire de 75 centimes par jour ; les forces diminuèrent considérablement pendant ce temps. Vers le milieu de novembre 1862, R... fut atteint d’une toux qui s’accompagna d’une sueurs, douleur dans le côté droit du thorax.
» Au moment de son admission dans ma division, je trouvai R... dans l’état suivant : Face pâle, embonpoint encore assez prononcé, quoique bien diminué, au dire du malade. Dépression des forces assez marquée, surtout depuis la toux ; récente anorexie, pas de diarrhée ; gonflement de la face, principalement au niveau de la région sous-maxillaire et sous-hyoïdienne dans laquelle la palpation fait reconnaître la présence d’une vingtaine de tumeurs rondes, mobiles, indolores spontanément ou à la pression, Les plus volumineuses de ces tumeurs égalent le volume d’un œuf de pigeon, les plus petites celui d’une noisette ; la présence de ces ganglions hypertrophiés donne l'aspect d’un double menton , et élargit la face transversalement. Des tumeurs offrant les mêmes caractères existent dans les régions sus-claviculaires, aucune en arrière du cou. Les plus volumineuses existent dans les aisselles, surtout dans la droite où leur ensemble dépasse le volume du poing d’un adulte ; cette masse est formée par d’autres tumeurs plus petites, non fusionnées. Même déve-
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loppement de ganglions plus petits dans les deux régions inguinales et dans le triangle fémoro-inguinal Plusieurs petits ganglions existent au-dessus de l’épitrochlée de chaque côté, toutes ces tumeurs ont le même aspect; nulle part elles ne sont adhérentes à la peau, qui ne présente aucun changement de couleur, aucune dilatation vasculaire.
» Le coryza persiste et est toujours purulent et sanguinolent. Aucune déformation des os du nez; adhérence de la peau au niveau du sac lacrymal gauche , demi-abaissement de la paupière supérieure gauche par suite de cette adhérence vicieuse de la peau à l'angle interne. Aucune rougeur de l'œil, aucun trouble dans ses fonctions.
» Toux intense depuis trois semaines, expectoration de crachats un peu purulents et muqueux, sans coloration brunâtre , mais à odeur fétide analogue à celle du sphacèle. L’auscultation fait constater dans les deux côtés du thorax l'existence de beaucoup de râles sous-crépitants et même sibilants, plus nombreux à droite qu’à gauche. Un peu de tension du ventre, sans ascite; la paroi abdominale, peu dépressible, ne permet pas de constater de développement de ganglions dans le ventre. Aucun développement morbide de la rate ou du foie. — L’urine ne présentait pas de sédiment ; examinée par la chaleur et l'acide nitrique, elle ne donnait aucun indice d’albumine ; l'examen au moyen de la potasse et de la liqueur de Barreswil ne permettait de reconnaître aucune trace de glycose. Le sang, examiné plusieurs jours après l'admission de R..., ne m'a présenté rien d’anormal, aucune augmentation du nombre des globules blancs ou des globulins, les globules rouges étaient normaux. Cet examen, répété plusieurs fois depuis, a jusqu'ici (7 avril 1863) toujours donné les mêmes résultats, (Eau de Baréges ; julep avec essence de térébenthine, 12 gouttes ; tisane vineuse; une portion d'aliments. )
» Pendant le mois dedécembre 1862, l’état de R... s'améliore ; les accès de toux deviennent beaucoup moins intenses , sans jamais avoir occasionné d’orthopnée réelle, l'odeur fétide des crachats diminue, et disparaît vers la fin de cette période. La forces demeurent toujours au-dessous de l'état normal, aucune diminution du volume des ganglions. Vers la fin de décembre, un peu d’œdème survient aux membres inférieurs. (L’urine est toujours non albumineuse. ) (Tisane vineuse ; décoction de quinquina ; iodure de fer en pilules ; 2 portions d'aliments ; 2 de vin.)
» Pendant le mois de janvier 1863, les glandes augmentent un peu de volume, surtout au cou et au-dessus de l’épitrochlée de chaque côté, le ventre est toujours un peu volumineux, et le bord inférieur du foie commence à être appréciable au-dessous des fausses côtes ; la matité splénique est également plus étendue, mais on ne parvient pas à sentir le bord inférieur de la rate audessous des fausses côtes gauches ; un peu d’augmentation de l'ædème des membres inférieurs. La bronchite a presque complétement cessé ; quelques râles sibilants et sous-crépitants à la base des deux poumons. L’écoulement purulent nasal persiste ; l’expectoration fétide a complétement disparu. Les
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forces de R... se rétablissent néanmoins un peu, il demeure levé la plus grande partie de la journée et ne se plaint que de l’ædème des jambes et du gon- [lement incommode du ventre. Aucune dyspnée.
» À partir du milieu du mois de février 1863 jusqu’au commencement d'avril, les ganglions Iymphatiques dans les régions sous-maxillaires, susclaviculaires, axillaires, sus-épitrochléennes, inguinales, auymentent successivement de volume, mais conservent toujours les mêmes caractères que lors de l'entrée ; le volume de la rate devient chaque jour plus marqué, et actuellement elle descend presque jusqu’auniveau de l’épine iliaque antéro-supérieure, son bord tranchant paraît dirigé en avant. Un peu d’ascite. Le cœur n’a jamais présenté aucun symptôme morbide. Le foie déborde au moins de deux travers de doigt le rebord des fausses côtes droites. Les forces sont assez bonnes, et R...se promène une partie de la journée dans la cour. — R... est encore actuellement dans mes salles et je continue de l’observer avec soin.
» À partir du mois de juin, l’état de R... devint plus grave, la diarrhée reparut ; au commencement de juin les membresinférieurs devinrent le siége d’un peu d’œdème et quelques bulles de pemphigus cachectique apparurent sur le dos du métacarpe d’une main. L’ozène persistait.
» Vers le milieu de juin 1863, un peu de dyspnée continue , augmentant dans les mouvements, mais sans aucun cornage.
» Au commencement de juillet, la faiblesse devint plus marquée. (Absence d’albumine dans l'urine ou d’altération leucémique du sang.) Je constatai, le 15 juillet, un épanchement occupant la moitié inférieure de la plèvre droite.
- Mort le 19 juillet 1863, sans accès de dyspnée , sans altération de la voix.
» Examen du cadavre le 21 juillet 1863, trente-sept heures après la mort.
» Intégrité absolue du crâne et du cerveau. Les fosses nasales, examinées en arrière seulement (le sujet étant réclamé) présentent un épaississement marqué avec teinte grisâtre et ramollissement de la muqueuse, sans ulcération. Les os, examinés par le crâne, semblent sains.
» Aucune altération du larynx, de la trachée , des deux bronches ; aucun aplatissement de leur paroi où d’altération de leur calibre,
» Épanchement dans la moitié inférieure de la plèvre droite d’un demiditre environ de sérosité gélatineuse teinte de sang. Couche de sérosité citrine molle recouvrant le reste du poumon. Cet organe est un peu plus résistant que dans l’état normal, un peu dur comme dans une pneumonie planiforme, sans granulations. Aucun dépôt de tissu morbide. Pas de dilatations bronchiques. Le poumon gauche était à peine un peu engoué.
» Cœur et péricarde sains. Aucune altération embolique de l'artère pulmonaire,
» Un peu d’épanchement dans la cavité du péritoine ; un demi-litre environ de sérosité citrine sans fausses membranes.
» Foie d’un volume normal, un peu jaunâtre, sans apparence extérieure; dégénérescence graisseuse ou amylacée.
DE L’ADÉNIE. 571
» La rate est considérablement augmentée de volume; elle mesure en hauteur 0%,26, en largeur 0,17; aucun épaississement de la membrane fibreuse d’enveloppe ; parenchyme d’une couleur lie de vin clair, sans diffluence, sans épaississement du stroma.
» Reins d’un volume ordinaire, un peu pâles et sains.
» Les ganglions lymphatiques offraient une augmentation de volume considérable, surtout au cou, dans la région sous-maxillaire, aux deux régions sus-claviculaires ; dans les deux aisselles, dans la cavité abdominale, en avant du rachis, dans les deux régions inguinales. Le plus grand nombre de ces ganglions réunis ensemble pesait un peu de moins de 4 kilogrammes.
» Leur volume était variable, les plus volumineux étaient ceux de la cavité abdominale, aussi bien pris isolément qu’ensemble. Dans cette région, ils formaient une masse qui avait presque le volume d’une tête d’adulte. Dans les aisselles, chacune des masses avait le volume du poing d’un jeune sujet. Les plus gros de ces ganglions, ceux du ventre, avaient la grosseur d’un œuf de dinde.
» Les ganglions du cou, des aisselles, des aines, étaient plus roses que ceux du ventre ; ces derniers étaient blanchâtres. La capsule d’enveloppe n’était pas épaissie, et le contenu était partout un peu mou, diffluent, sans épaississement du stroma.
» Quelques ganglions, hypertrophiés également, existaient au pli des bras. Une substance un peu aplatie, formée par des ganglions assez volumineux et rosés, existait dans les deux gouttières vertébrales au-dessous de la plèvre pariétale.
» Les ganglions bronchiques étaient relativement beaucoup moins développés que ceux du cou et surtout que ceux des aisselles ; deux d’entre eux avaient néanmoins la grosseur d’une noix, mais ils ne comprimaient ni les vaisseaux ni les canaux aérifères. |
» Le canal thoracique était sain.
» L'examen microscopique de quelques-unes des tuineurs ganglionnaires nous à démontré qu’il n’existait dans leur parenchyme ni cancer, ni fibroplastie, ni dégénérescence amylacée, mais seulement des noyaux d’un trèspetit volume , moindre que celui des éléments de la Iymphe et ayant de l’analogie avec les noyaux épithéliaux. »
Si nous résumons cette observation, nous voyons qu’un homme de cinquante-sept ans, naguère d’une très-bonne santé malgré de nombreux excès alcooliques, et qui dans son enfance n'avait jamais eu aucune manifestation scrofuleuse, aurait présenté sur les jambes et l’avant-bras droit, il y avait quatre ans, des tumeurs qui se sont terminées par suppuration et qui pouvaient être considérées comme des gommes syphilitiques. Lorsque ce malade entrait dans le service de M. le professeur Leudet, il avait un coryza chronique et portait la cicatrice d’une tumeur lacrymale, Le malade fit bien remarquer. que c'était pendant la période de suppuration de la tumeur lacrymale qu'ap-
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parurent les premières tumeurs du cou, et ce ne fut que plus tard que de semblables tumeurs se développèrent dans les régions sus-claviculaires, sousaxillaires et inguinales. Ces tumeurs étaient volumineuses, indolores; il est probable que des engorgements de même nature existaient déjà dans la poitrine, mais il n’y avait point de dyspnée. Ce ne fut que, plus tard encore, et l'adénie faisant des progrès, qu'il n’y eut plus de doute sur la généralisation de l’adénie et que l’on reconnut l’augmentation de volume du foie et de la rate. À plusieurs reprises M. Leudet avait fait l'examen microscopique du sang; jamais il n’avait constaté la présence en excès de leucocytes ni de globulins. Notez aussi, messieurs, que les principaux symptômes de la leucémie splénique ou lymphatique avaient fait complétement défaut; jamais il n°v avait eu d’hémorrhagie et le malade n’avait point de diarrhée. Quatre mois avant la mort, l’hypertrophie ganglionnaire et splénique fait de rapides progrès ; le malade s’affaiblit de plus en plus, l'œdème des extrémités inférieures est plus marqué, l’ascite plus considérable. Plus tard apparaissent des bulles de pemphigus cachectique sur l'un des pieds ; le malade est pris de toux, il existe à droite un épanchement pleural qui occupe le tiers inférieur de la poitrine.
L’autopsie, vous venez de le voir, a démontré que les lésions graves étaient Himitées dans les ganglions lymphatiques et dans la rate. Encore ces lésions n'étaient-elles constituées que par une hypertrophie simple de ces organes, et le microscope en aucune de ces parties n’a permis de découvrir autre chose qu'une augmentation des éléments normaux. Cependant, bien que le sang n'ait offert aux moyens d'investigation ordinaires aucune altération notable, on ne peut s'empêcher de croire qu’il existait, dans ce fait et dans ceux qui lui sont analogues, une dyscrasie spéciale du liquide sanguin, puisque les malades succombent dans un état cachectique, lorsqu'ils n’ont pas été enlevés par un accès de suflocation. Cette dyscrasie, dont l'essence nous cest inconnue, ne saurait être douteuse pour nous, et si l’adénie généralisée ne produit point un excès de leucocytes et de globulins, sielle n’en diminue point non plus le nombre normal, il est vraisemblable qu’elle modifie les éléments de la lymphe de telle sorte qu’au bout d’un temps variable il en résulte l’anémie, puis la cachexie. Déjà les Anglais, et plus particulièrement MM. Pavy et Wilks ont décrit une variété d’anémie à laquelle ils ont donné le nom d'anémie lymphatique, entendant par là que les altérations ganglionnaires pouvaient déterminer une anémie spéciale. J'avoue, messieurs, que je suis disposé à accepter ce mode d'interprétation.
En effet, nous admettons tous aujourd’hui qu’à certains organes est dévo- : lue la fonction de concourir à la formation et à l’entretien du sang; la pathologie, mieux que la physiologie, démontre la fonction hématopoiétique de ces organes. — Nous savons, par exemple, que les affections chroniques du foie et de la rate ont de graves conséquences sur la composition du liquide sanguin. En effet, quelle que soit la nature de ces affections, elles sont suivies d’anémie avec modification dans le nombre, la consistance, la forme, la colo-
DE L’ADÉNIE. 513 ration, la composition chimique des globules sanguins. — La tuberculisation mésentérique entraîne le même résultat; il en est de même de la scrofule dont les diverses manifestations ont pour siége principal le système lymphatique. — I suffit, pour s’en convaincre, de voir la pâleur, l'anémie, l’état de faiblesse et de cachexie des enfants scrofuleux.
Est-il besoin de vous rappeler l’action des lésions organiques des poumons sur la composition du sang? Toutes, elles ont nécessairement pour effet d’entraver l'échange de gaz qui constitue l'essence même de l’hématose pulmonaire, et par suite d'entraîner lanémie. Il existe donc une anémie d’origine pulmonaire, de même que chez le fœtus il existe très- probablement une anémie de cause placentaire, lorsque le placenta à subi en partie la dégénérescence graisseuse et fibrineuse. Si donc nous acceptons une anémie pulmonaire, une anémic splénique, hépatique, pourquoi n’accepterions-nous pas une anémie lymphatique? W suffit, pour s’en convaincre, de se rappeler la fonction du système lymphatique. Les réseaux de ce système puisent dans la profondeur de nos organes et dans la membrane muqueuse intestinale les éléments nécessaires à l'entretien du liquide sanguin. La lymphe et le chyle subissent une modification dans le parenchyme ganglionnaire, puis tout le liquide Iymphatique, quelle que soit son origine, se déverse dans le système veineux, et, comme Île sang sus-hépatique, splénique et intestinal, il va subir dans le poumon une modification telle qu’il devient du sang propre à nourrir tous nos organes. Je ne saurais vous dire, messieurs, quelle est l’action spéciale de l’hypertrophie ganglionnaire généralisée sur la composition du sang ; j'ignore si elle diminue notablement les leucocytes, mais je puisaffirmer qu’elle ne les augmente pas. Le microscope et l'analyse chimique ne nous ont point appris comment le sang est modifié dans l’adénie, mais cette modification nous est démontrée par les symptômes; et il ne saurait en être autrement, lorsque presque tous les ganglions du corps ont acquis un développement si considérable. D'ailleurs, cette modification du sang nous est démontrée par l’anémie et la cachexie à laquelle succombent les malades, lorsqu'ils ne meurent pas asphyxiés par la compression des bronches ou de la trachée. J’accepte donc avec MM. Pavy et Wilks qu'il existe une anémie lymphatique au même titre qu'une anémie hépatique, splénique ; et peut-être que la leucémie dont je vous ai antérieurement entretenus, n’est qu’une variété d’anémie dans laquelle il existe une proportion excessive de leucocytes ou de globulins. Nous savons, en effet, que la présence des leucocytes cst'compatible dans une certaine mesure avec la santé et se rencontre dans un grand nombre d'états morbides sans paraître en augmenter la gravité ; nous savons, d’autre part, que les lésions organiques, considérées par Virchow et Bennett comme les éléments producteurs de la leucémie, peuvent manquer ; nous savons enfin que les états organiques par excellence de la lésion, à savoir l’hypertrophie lymphatique et splénique, peuvent exister, et existent le plus souvent, sans leucémie. De sorte que les seuls s\mptômes qui accusent la gravité de la
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maladie dite leucémie, sont l’anémie et la cachexie, conséquence ultime de toute anémie profonde et durable.
L'’anatomie pathologique de Padénie, offre à considérer l’hypertrophie des glandes lymphatiques , l'analyse microscopique des éléments de ces glandes bypertrophiées, enfin les lésions concomitantes ou consécutives à la maladie,
L'étude clinique nous a appris que la maladie était caractérisée par l’augmentation du volume des ganglions ; l'examen nécroscopique vient démontrer en effet que les tumeurs ont bien pour siége les ganglions lymphatiques et que les tissus ambiants ne présentent aucun vestige de travail inflammatoire. Une dissection attentive permet d'isoler chacun des ganglions dont la réunion constitue les masses ganglionnaires. Ces tumeurs, à forme mamelonnée, de consistance élastique, ont acquis quelquefois un poids énorme ; dans l'observation du docteur Bonfils, l’une des tumeurs de l’aine pesait 2250 grammes, les tumeurs des régions axillaires pesaient seulement 1000 et 500 grammes. Nous avons déjà dit que tous les ganglions cervicaux superficiels et profonds, les ganglions occipitaux et toute la chaîne ganglionnaire péri-maxillaire hypertrophiée donnaient à la figure l’aspect le plus singulier ; leur volume peut varier depuis celui d’un pois jusqu’à celui d'un œuf de pigeon, d’un œuf de poule. Nous avons vu que les ganglions profonds, c’est-à-dire ceux de la poitrine et de la cavité abdominale, pouvaient acquérir une hypertrophie considérable. Dans la poitrine elles sont rarement plus grosses qu’un œuf de pigeon, mais leur disposition autour de la trachée et des bronches peut déterminer la compression de ces organes. Dans aucune autopsie on n’a constaté que les masses ganglionnaires eussent comprimé et déformé les gros vaisseaux qui sont voisins du cœur. Les masses ganglionnaires intra-abdominales avaient pour siége les ganglions pelviens, lombaires, aortiqües, et les ganglions mésentériques, mésocolique, gastro-hépatique, gastro-splénique, gastrique, pancréatique. Les premiers, qui appartiennent au système lymphatique général, réunis ensemble, pesaient 3620 grammes dans l'observation du docteur Bonfils, et quelques ganglions abdominaux, dans l'observation de M. Leudet, avaient la grosseur d’un œuf de dinde. Quant aux ganglions du système chylifère, ils constituent ordinairement des tumeurs moins volumineuses ; cependant M. Bonfils a noté que quelques-uns avaient la grosseur d’un œuf de pigeon. Ajoutons, en terminant cette partie de notre description , que les masses ganglionpaires des régions axillaires et sous-maxillaires se continuent quelquefois avec les masses intra-thoraciques, par l'intermédiaire de chapelets de ganglions hypertrophiés. Même remarque doit être faite pour les ganglions inguinaux et pelvieus. Le système chylifère est ordinairement moins affecté, avons-nous dit, que le système lymphatique général; toutefois l’'hypertrophie glandulaire peut aussi avoir pour siége les glandes de Peyer, comme cela a été constaté dans l’observation de M. Potain (1). « A partir de
(4) Bulletins de la Société anatomique, 1861, p. 220.
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» la moitié à peu près de l'intestin grêle et jusqu’à la valvule iléo-cæcale, on » voyait un grand nombre de follicules isolés, légèrement saillants et blancs ; » les plaques de Peyer, au nombre d’une vingtaine, étaient très-apparentes, » légèrement saillantes, un peu granuleuses à leur surface , souples , sans induration notable et d’un blanc mat. » Il convient encore de noter que dans ce cas quelques-uns des ganglions mésentériques avaient le volume d’un gros œuf de poule.
Peut-être trouverez-vous, messieurs, que j'ai insisté longuement sur la description anatomique de l’hypertrophie Iymphatique; mais en agissant ainsi, j'ai voulu vous montrer qu'aucun ganglion n’échappait à cette hypertrophie et qu’elle pouvait être considérable.
Étudions maintenant la structure de ces ganglions bypertrophiés. I est regrettable qu’aucun observateur n’ait pensé à faire l'injection des vaisseaux lymphatiques afférents et elférents, peut-être l'injection qui eût pénétré dans le parenchyme du ganglion, eût-elle permis de censtater quelque particularité intéressante sur la richesse du réseau parenchymateux, et sur la perméabilité de ce réseau. — Quoi qu'il en soit de cette lacune, qui certes sera bientôt comblée, tous les observateurs sont unanimes sur les faits suivants, à savoir, que l'enveloppe et le stroma du ganglion n’ont subi aucune modification. A la coupe, le parenchyme présente une coloration grisâtre dans les plus petits ganglions; une coloration gris jaunâtre dans les ganglions movens, et une coloration jaunâtre dans les plus volumineux; ces derniers seulement présentaient dans leur intérieur des taches ecchymetiques, et le raclage de leur coupe fournissait un suc trouble, blanchâtre et miscible à l’eau. On pourrait donc croire que ces derniers renferment un suc analogue au suc cancéreux, avec ses vastes cellules ou ses éléments nucléolaires: mais il n’en est rien, et MM. Ch. Robin, Leudet et Potain ont tous constaté que ces ganglions ne renfermaient point les éléments dits cancéreux, mais seulement des noyaux et cellules lymphatiques tassés Les uns contre les autres : c’est-à-dire que dans l’adénie les ganglions ont augmenté de volume, mais que la partie conjonctive du ganglion a conservé sa disposition normale ; seulement il existe une multiplication, une hypergenèse des cellules et des noyaux Iymphatiques lesquels sont néanmoins restés entièrement normaux. — Telle était déjà la conviction de MM. Laboulbène et Titon, lorsqu'ils étudièrent la structure des ganglions d’un malade qui, en l’année 1852, était entré dans le service de M. Marrotte, à l’hôpital Sainte-Marguerite, pour y être soigné d’une adénie, affection que M. Laboulbène, à cette époque, avait désignée dans ses notes sous le nom d’adénite généralisée. |
L’hypergenèse des éléments cellulaires du ganglion est le fait principal de l'adénie; elle est le point de départ, l’origine pour ainsi dire de toutes les lésions secondaires. — Celles-ci cependant doivent être étudiées plus particulièrement dans la rate et le foie. L’hypertrophie de ces organes ne s’observe guère que dans la seconde période de la maladie, La rate surtout peut acqué-
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rir un volume extrême; vous avez vu qu’elle peut occuper toute la partie gauche de la cavité abdominale et descendre jusqu’au pubis. Sur douze cas d’adénie que nous avons analysés, la rate était augmentée de volume seulement quatre fois. Dans l'observation de M. Bonfils, elle pesait 1 kilogramme et mesurait 24 centimètres de hauteur oblique sur 15 centimètres de largeur. __ Dans l'observation de M. Leudet, la rate mesurait en hauteur 26 centimètres et 17 centimètres en largeur. Dans l’examen qui fut pratiqué par MM. Bonfils et Leudet, la structure n’était point notablement modifiée ; mais, dans le fait rapporté par M. Potain, si la rate n'était guère plus volumineuse qu’à l’état normal, elle présentait à la coupe une coloration d’un rouge vif uniforme, sur laquelle tranchaient un très-grand nombre de points blancs du volume d’un grain de chènevis, et des trabécules blanchâtres très-apparents. Les points blancs tenaient à la présence de grains arrondis un peu irrégulièrement, d’un blanc mat, d’une consistance faible, et qui étaient constitués par des noyaux en tout semblables aux noyaux trouvés dans les ganglions Iymphatiques.
Le foie, à vrai dire, dans aucun examen nécroscopique, n’a présenté d’altération remarquable. On n’a constaté le plus souvent qu’un peu d’hypérémie de l'organe, sans altération de la capsule, du stroma ni des cellules hépatiques.
Nous terminerons cette étude anatomique, en vous faisant remarquer que les ganglions qui compriment la trachée et les bronches n’ont point eu pour conséquence l’altération des conduits aériens, et que les ganglions situés dans les gouttières vertébrales ont eu peut-être une part étiologique dans la formation des épanchements pleuraux consignés dans deux observations.
L'analyse microscopique et chimique de la lymphe contenue dans le réservoir de Pecquet, le canal thoracique et la veine lymphatique, n'à point été faite. Il serait important de savoir s’il y avait, en ces différentes parties, diminution ou augmentation des globules de la lymphe, modification de forme, de coloration, etc., etc. — Quoi qu'il en soit, les observateurs n’ont point noté (post mortem) de modification dans le sang du cœur ni des gros vaisseaux. L'examen microscopique, fait au début et à la période ultime de la maladie, avait permis de reconnaître qu’il n'existait point de leucémie. El est donc infiniment probable que les globules de la lymphe ne sont point versés en excès dans la veine cave supérieure, et, partant, que les canaux lymphatiques aflérents à cette veine n’en contenaient point une quantité exagérée; peut-être même ces globules lymphatiques sont-ils en moins grand nombre qu’à l’état normal.
Que résulte-t-il de tous ces faits, si ce n’est que l'affection a son siége presque exclusif dans les glandes lymphatiques, et que dans quelques cas seulement là rate peut partager l’hypergenèse cellulaire que l'on constate constamment dans les ganglions Iymphatiques. Cependant nous devons, afin d’être aussi complet que possible dans notre description, noter que dans une observation d’adénie ‘recueillie par le docteur Hallé, dans le service
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de M. Nélaton, le foie était criblé, farci d’une masse innombrable de petits corps blancs du volume d'une lentille à une noisette, ressemblant à du cancer. La rate était énorme et offrait, dit l’observateur, une grande quantité de noyaux cancéreux, du volume d’une noix, mous au toucher, et dont la couleur blanche tranchait sur la couleur rouge du tissu splénique. —L'observateur ne dit pas que l’examen microscopique des masses blanchâtres du foie et de la rate ait établi la nature cancéreuse de ces productions. Il est donc permis de conserver quelque doute sur leur nature cancéreuse, surtout lorsque l’on se rappelle que de petites masses analogues, existant dans la rate de la malade de M. Potain, ont été examinées au microscope et ont présenté une structure identique avec celle des ganglions Iymphatiques de la même observation. Aussi serions-nous disposés à croire que les masses dites cancéreuses de la rate dans l'observation du docteur Halié offraient la même composition.
Nous voici arrivés, messieurs, à la parte la plus intéressante de l’adénie. Queile est l’étiologie de cette singulière affection ? Frappé par la généralisation de la maladie à tous les ganglions Ilympbatiques, la première hypothèse qui se présente naturellement à l'esprit est celle d’une diathèse. Pouvens-nous rapporter l'affection lymphatique à une diathèse connue ? Les maladies constitutionnelles dites scrofuleuse, tuberculeuse, cancéreuse et syphilitique, peuventelles être invoquées pour expliquer lhypertrophie généralisée des ganglions ? Non, évidemment, car les malades dans leur enfance n’avaient présenté aucune manifestation de la diathèse scrofuleuse, et l'affection ganglionnaire s'était développée à un âge où la scrofule à perdu toute sa puissance. De plus, la lésion ganglionnaire étudiée Iocaiement suffirait pour prouver que la diathèse scrofuleuse n’a rien à faire, non plus que les diathèses tuberculeuse et cancéreuse, dans la maladie que nous avons nommée adénre.
La sypbilis elle-même n'explique pas d’une manière plus «atisfaisante l’hypergenèse cellulaire des ganglions lymphatiques : car s’il est vrai que, dans la période secondaire de la vérole, les ganglions peuvent être le siége d’une inflammation chronique; cette inflammation ne s'étend jamais qu’à un très-petit nombre de ganglions, et de plus un seul malade, celui de M. Leudet, avait offert des antécédents syphilitiques, tandis que tous les autres malades, et en particulier la jeune femme dont nous avons rapporté l'observation, n'avaient jamais présenté aucune manifestation syphilitique. Ajoutez que le traitement par les préparations mercurielles ou licdure de potassium, s’il avait guéri la gomme syphilitique du malade de M. Leudet, était resté sans action sur la lésion ganglionnaire de cet homme, ainsi que chez tous ceux où, à défaut d'indication précise, on avait eu recours au même traitement en désespoir de cause.
Force nous est donc d'admettre une diathèse spéciale nouvelle, inconnue dans son essence et que nous appellerons diafhèse lymphatique. Cette diathèse serait caractérisée par la tendance de certains sujets à présenter, sous l’action d’une cause déterminante, des engorgements ganglionnaires d’abord
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Jocalisés et qui se généraliseraient dans l’espace de dix-huit mois à deux ans. Cet engorgement ganglionnaire, ainsi que nousl’avons vu, serait constitué par une hypergenèse des éléments cellulaires normaux des ganglions Iymphatiques, hypergenèse qui dans quelques cas pourrait envahir les corpuscules glandulaires de l'organe splénique. La maladie a pour conséquence l’anémie, la cachexie et n’est point accompagnée de leucocytose da liquide sanguin.
L’adénie, avons-nous dit, est une diathèse qui a une cause déterminante. Quelle est cette cause, quel est son siége le plus commun? Lorsqu'on lit attentivement les observations d’adénie qui nous ont été communiquées ou que nous avons recueillies nous-mêmes, on est frappé de ce fait, que le plus souvent l'augmentation de volume n’a porié d’abord que sur un ou deux ganolions; puis, quelques semaines ou deux ou trois mois après l'apparition de ces petites tumeurs initiales, il y à une véritable explosion de tumeurs sanglionnaires en différentes parties du corps; en même temps les tumeurs primitives augmentaient rapidement de volume. Un ganglion se prend d’abord, puis consécutivement presque tous les ganglions du cerps sont subitement envehis par le travail pathologique. Dans la majorité des cas ce furent les ganglions sous-maxillaires qui reçurent la première atteinte morbide ; dans quelques cas cependant les ganglions de l’aisselle ou de l’aine furent le siége primitif de l'affection.
Depuis longtemps, messieurs, l’adénopathie a été étudiée avec soin au point de vue du diagnostic, et l’anatomie, la physiologie et l'expérience clinique ont appris que toutes les fois qu'il existait un engorgement ganglionnaire aigu ou chronique, il fallait chercher dans les régions desservies par les ganglions maades quelque lésion organique qui fût la cause de lirritation ganglionnaire. C’est là une règle absolue et féconde en résultats importants ; il était donc tout naturel. de rechercher, dans le cas d’adénie généralisée, quelle avait été la lésion locale qui avait été la source de l’engorgement primitif. Beaucoup d’observations cependant sont mucttes à ce sujet; on s’est contenté de noter que l’engorsement avait commencé par les ganglions axillaires, inguinaux ou maxillaires, etilest fâcheux que les observateurs n'aient point porté une investigation minutieuse de ce côté. — Il est probable qu'une lésion primitive, quelque légère qu'elle fût, eût été rencontrée à la surface de la peau, sur les membranes muqueuses où au voisinage des ouvertures naturelles. Si beaucoup d'observations sont incomplètes, il en est d’autres, celles de MM. Leudet, Potain, Perrin et enfiw celle de notre malade de Stockholm, qui, sur le point qui nous occupe, ont un grand intérêt. En effet, trois fois nous constatons qu’une irritation aiguë ou chronique existait soit au grand angle de l'œil, soit dans le conduit auditif externe; et remarquez, messieurs, que Îles ganglions primitivement envahis par l’engorgement étaient situés du côté correspondant à la lésion oculaire, nasale, ou à celle du conduit auditif, et «ue ce ne fut que secondairement que les sanglions sous-maxillaires et cervicaux du côté opposé furent pris ainsi que tous les autres ganglions du corps.—Il est donc bien digne deremarque que, dans les
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cinq observations auxquelles nous faisons allusion, il y ait eu quatre fois éwmeur lacrymale inflammatoire, coryza chronique et otorrhée. El est impossible de ne pas être frappé de cette altération des muqueuses et de la peau, dans tous les cas, et de l’altération ganglionnaire primitive ; toutefois, je dois vons rappeler que dans l’une des observations de M. Leudet et dans celle que nous levons au docteur Perrin, l’engorgement ganglionnaire avait débuté, au dire des malades, par la région axillaire. Mais, lors de leur examen, MM. Leudet et Perrin ont constaté l'existence des engorgements sous -maxillaires, et il est permis de supposer que peut-être cet engorgement maxillaire, peu considérable au début de l’adénie, avait pu me pas être remarqué par les malades.
Quoi qu'il en soit, il n’en reste pas moins établi que sur douze observations d'adénie on a quatre fois noté l'existence de tumeurs lacrymales, d’un coryza chronique et d’une otorrhée.
Qu'il existe une relation entre l’adénopathie primitive et les lésions superficielles de la peau ou des muqueuses, le fait ne nous paraît pas douteux, il est presque nécessaire et se trouve confirmé , ce nous semble, par les observations précédentes et les considérations qui les accompagnent. Mais nous ne savons pas s’il existe un rapport spécial entre les tumeurs lacrymales et l’adénie généralisée, il nous suflit de constater la coïncidence des faits.
Quant à l’adénie généralisée consécutive, nous ne pouvons la comprendre qu’en admettant chez certains sujets une disposition spéciale telle, qu’un ou deux ganglions lymphatiques étant engorgés depuis un temps variable, presque toujours depuis peu, ils deviennent le point de départ d’une modification du sang, inconnue dans son essence, mais dont le résultat sera un engorgement des autres ganglions.
Déjà je vous ai dit quelle était la conséquence de l'adénie sur là composition du sang; le microscope a démontré qu'avant et après la mort le liquide sanguin ne renfermait point de globules blancs ni de globulins en excès. Et s’il n’est pas prouvé que la qualité des globules ait subi quelques modifications, du moins les caractères de l’anémie dans la seconde période de la maladie ne laissent point de doute sur la moindre quantité des globules rouges. Il est donc probable que dans l’adénie il y a diminution des éléments qui concourent à la formation des globules rouges, et cette diminution est due très-probabiement à l’engorgement ganglionnaire généralisé.
L'étude que nous venons de faire de l'adénie nous fournit-eile des indications thérapeutiques que nous puissions remplir ? Jusqu'ici tous des traitements mis en usage ne paraissent pas avoir eu de résultat satisfaisant ; toutefois il importe de constater que dans trois observations, où les eaux de Kreuznach, de Lavey et les bains de sublimé ont été conseillés, la marche de la maladie a paru, passagèrement au moins, enrayée. Dans le premier cas les eaux d'Allemagne auraient déterminé une diminution dans le volume des engorgements ganglionnaires. Et chez un malade auquel j'avais conseillé les bains de sublimé, la santé générale, pendant quelques mois, à semblé ne
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point se ressentir de l’altération ganglionnaire. Enfin, M. Cossy (1) rapporte l'observation d'un malade de cinquante-trois ans, affecté d’hypertrophie ganglionnaire généralisée, sans leucémie, dont l’état avait été amélioré d’une façon notable après deux mois de cure à Lavey. Le traitement, du reste, fut complexe dans ce cas particulier, car les eaux étaient données à l’intérieur jusqu’à léger effet purgatif, puis des douches chaudes et froides étaient dirigées sur les tumeurs ganglionnaires en même temps que sur tout le corps, et les tumeurs étaient soumises à un massage régulier. De plus, chaque jour, le malade prenait trois pilules d’iodure de fer de Blancard.
Quoi qu’il en soit, ce traitement dont à plusieurs reprises on dut modérer l'activité, amena une amélioration qui commença à se manifester à partir du irentième jour. Le traitement fut continué deux mois, et lorsque le malade quitta kavey, les engorgements ganglionnaires avaient diminué de près de moitié. L'effet résolutif est peut-être dû dans ce cas particulier plutôt aux procédés physiques d'application des eaux minérales qu'aux iodures et chlorures qu’elles ne renferment qu’en très-petite quantité, et qu’elles empruntent surtout à l’eau mère des salines de Bex à laquelle elles sont ordinairement mélangées.
Si réellement, dans ce fait que je viens de vous rappeler, lamélioration doit être en partie rapportée à l’action des iodures et des chlorures, peut-être conviendrait-il de préférer aux eaux de Lavey et de Kreuznach, les eaux de Saxon qui, sans addition d’eau mère, renferment, d’après le docteur Aviolat, la dose énorme de 33 grammes d'iodures et 10 grammes de bromures pour un bain de 300 litres !
Quant aux indications générales du traitement, elles sont fournies par l’état des ganglions et par l’anémie. — Toutes les fois donc que, chez un malade qui présente l’engorgement primitif, on reconnaîtra la source de cet engorgement, nous devrons mettre à contribution tous les moyens qui nous permettront de faire disparaître l'irritation première ; — mais, lorsque l’engorgement ganglionnaire multiple sera déjà manifeste, il ne faudra point hésiter par un traitement général à modifier la disposition générale du malade, et cela, soit par les purgatifs salins répétés, soit par lusage des eaux minérales purgatives, telles que les eaux de Kreuznach, de Lavey, de Saxon, ou autres eaux analogues. De plus, 1l faudra en même temps agir localement, et, par des douches et le massage, avoir pour but la résorption des tumeurs superficielles. Enfin les préparations d'iode, de fer et de quinquina, auront le double avantage de modifier l’état général, et de lutter contre l’anémie qui ne tarderait point à faire de rapides progrès. — Je n'ai, je l'avoue, messieurs, qu'une médiocre confiance dans ce traitement complexe, à l'endroit d’une maladie qui me paraît spécifique ; mais notre devoir, à défaut de médicament spécifique lui-même, est de combattre de tous nos efforts les effets de la
(4) <Locscit, pos”.
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maladie par des médicaments qui, à la vérité, ne s'adressent qu'aux symptômes,
Je ne veux pas, messieurs, oublier de vous dire deux mots d’une affection ganglionnaire que j'ai bien souvent observée chez de jeunes créoles et plus particulièrement chez des créoles de l’île de la Réunion et de Maurice. Je ne saurais dire, en vérité, si j’ai dû au hasard seulement de ne voir cette forme particulière de l’adénie que sur des jeunes gens nés dans les deux colonies africaines dont je viens de parler, tandis que pas une fois je n'en aivu chez des personnes nées dans les Antilles françaises ou anglaises. -
Dans l'adolescence, et plutôt chez les garçons que chez les filles, nous voyons les ganglions profonds et superficiels des aïnes se gonfler, tantôt d'un seul côté, tantôt des deux côtés à la fois. Cette maladie vient par paroxysmes durant un, deux, trois mois, el séparés par des intervalles qui peuvent être de plusieurs mois. Puis vient un paroxysme plus violent que les autres, et quelques-uns des ganglions suppurent. Dans certains cas, la suppuration s'étend à plusieurs ganglions et successivement à toute la masse ganglionnaire. Les malades sont condamnés alors à un long séjour au lit et dans la chambre, et la suppuration n’est quelquefois tarie qu'après une année.
Enfin, dans des circonstances heureusement fort rares, comme dans un fait dont j'aurai l’occasion de vous parler, en traitant des abcès pérméphriques, un chapelet de ganglions suppura depuis l’aine jusqu’au rein, et de vastes abcès se formèrent autour de ce viscère. Vous comprenez, messieurs, le danger qui peut résulter d’un pareil accident.
Dans le plus grand nombre des cas qu’il m'a été donné d'observer, la maladie s’est arrêtée vers l’âge de la virilité, sans que l’action de la médecine m'ait semblé fort utile,
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