XC. — DE L'AMÉNORRHÉE ET DE LA FIÈVRE MÉNORRHAGIQUE
Fièvre ménorrhagique.— Aménorrhée par changement de lieu, ne réclame aucun traitement à moins d'indications spéciales. — Dans la menstruation il y a deux éléments : VYovulation périodique et la fluxion hémorrhagique des muqueuses des trompes et de l'utérus. — Aménorrhée par chlorose, par anémie.— Aménorrhée, conséquence des maladies aiguës ou chroniques.— Aménorrhée dans la convalescence des maladies aiguës. — Indications thérapeutiques tirées de l’état général de la santé.— Opportunité thérapeutique.— Réflexions sur l'emploi de la saignée générale ou locale: des bains chauds, de l'iode et des médicaments emménagogues.
MESSIEURS
L'autre jour, vous m'avez vu commettre une erreur de diagnostic qui me fournira l'occasion d’entrer dans quelques détails sur ce que j'ai appelé la fièvre ménorrhagique.
Une jeune fille de dix-sept ans entrait dans notre salle Saint-Bernard, malade depuis six jours. Elle était née en province, n’habitait la capitale que depuis quatre mois. Comme la plupart des nouvelles venues, elle n'avait pas ses règles. Depuis le début de son indisposition, elle se plaignait de mal de tête, d’étourdissements, d’insomnie ; elle avait saigné du nez; elle avait perdu l'appétit; la langue était sale; il y avait de la diarrhée; le pouls était fébrile et la fièvre n’avait pas cessé un instant Je crus à une dothiénentérie ; le lendemain les règles se montrèrent, la fièvre diminua, la menstruation fut régulière, et la santé était complétement rétablie deux jours après l'apparition du sang. Ce n’est pas la première fois, messieurs, que ces faits se présentent dans notre service, et il n’y a pas d’années que je ne vous signale des cas de ce genre donnant quelquefois lieu, de ma part, à des erreurs de diagnostic.
Lorsque la fonction menstruelle s’accomplit régulièrement et chaque mois, généralement elle n’est accompagnée que de malaises peu importants ; 11 va pourtant du mal de tête et des modifications dans Îles diverses fonctions qui rappellent les troubles fébriles auxquels donnent lieu de légères indispositions ; c’est que l'ovulation mensuelle est, dans une certaine mesure, un acte pathologique, dans lequel la turgescence de Fovaire et de Fatérus, la rupture de la vésicule de de Graaf, constituent une espèce de travail morbide auquel certaines constitutionus sont plus sensibles que d’autres.
Chez beaucoup de femmes, vous le savez, il survient non-seulement le malaise dont je parlais tout à l’heure, mais encore de véritables accidents fébriles, et cela n’a rien d’extraordinaire quand on songe aux susceptibilités individuelles que l’on observe si souvent dans la pratique.