‹ Clinique médicale de lHòtel-Dieu de Paris (volume 3)Chapitre 15 sur 55 · T DE LA FIÈVRE MÉNORRHAGIQUE · texte numérisé non relu

T DE LA FIÈVRE MÉNORRHAGIQUE

Il est des gens qui, pour la plus légère angine, pour un furoncle, pour une adénite superficielle, sont pris d’une violente fièvre, quelquefois même de délire. Il n’y a donc rien d'étonnant à ce que le travail de l'ovulation puisse exceptionnellement être accompagné d'accidents fébriles assez graves.

Mais nous savons encore que l’économie s’accoutume assez bien, si excitable qu’elle soit d’ailleurs, aux impressions morbides qui se répètent souvent et de la même manière, Cependant si fa même impression morbide revient après un intervalle très-long, elle est d’autant plus vivement ressentie; d’un autre côté, pour ce qui regarde la menstruation, les phénomènes de congestion, l’hémorrhagie sont, en général, d'autant plus prononcés, que la fonction est restée plus longtemps suspendue. IT ÿ a donc un double motif pour que la fièvre ménorrbhagique soit plus énergique.

Puisque j'ai été amené à traiter ce sujet avec vous, je ne laisserai point échapper cette occasion de vous parler de Paménorrhée et du traitement qu'on “doit lui opposer. Vous m'avez vu si souvent employer des traitements trèsdivers, que naturellement vous devez me demander compte d’une apparente versatilité et connaître les motifs de ma conduite médicale.

Je vous ai déjà dit, en commencant cette leçon, combien souvent les jeunes filles qui arrivaient à Paris voyaient leurs règles se supprimer; le changement de lieu suffit seu! pour cela, indépendamment de toute modification dans le régime: Des jeunes filles qui, depuis plusieurs années, vivaient en province dans un pensionnat, et qui entrent dans une institution de Paris eù le régime est évidemment le même, perdent souvent leurs règles pendant'plusieurs mois, de même que celles qui quittent Paris pour aller en province. Continuellement, dans notre service, nous voyons entrer de jeunes servantes qui ont quitté la campagne, et chez lesquelles la menstruation fait défaut pendant les premiers mois de leur séjour à Paris. C’est à une cause d'aménorrhée à laquelle nous n’avons rien à faire, et à moins qu’il ne survienne des accidents, nous devons attendre. |

Certaines jeunes filles se règlent d'emblée; d’autres, et c’est peut-être le plus grand nombre, ont une menstruation fort irrégulière pendant une, deux et mê&ne trois années, sans que, d’ailleurs, la santé paraisse le moins du monde en souffrir. Cela est bien souvent un sujet d'inquiétude pour les mères ; ais la conduite la plus prudente en pareille occasion est de s'abstenir, à moins que quelques troubles dans la santé ne fassent un devoir d'intervenir plus efficacement.

Je n’ai pas besoin de vous dire que si, dans les maladies aiguës, la menstruation est peu modifiée, ainsi que l’a démontré notre collègue M. Hérard (4) ; dans les maladies chroniques, au contraire, elle devient d'abord irrégulière et cesse dans le plus grand nombre des cas. On comprend qu’un”

(4) Mémoire sur l'influence des maladies aiguës fébriles sur les règles, lu à la Société médicale des hôpitaux de Paris et inseré dans ses wctes, 2° fascicule, 1852.

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antagonisme morbide très-énergique modifie profondément une fonction accidentelle comme celle de l'ovulation, alors qu'il trouble les fonctions le plus immédiatement nécessaires à l'entretien de la vie.

Les pauvres femmes imputent trop souvent à cette suppression l’aggravation des maux qu'elles endurent; et si, quelquefois, il y a en effet des exacerbations survenant sous l'influence d’une congestion menstruelle avortée, le plus souvent il ne s'ensuit qu’un trouble momentané et sans grande importance.

Il est pourtant des cas où la congestion menstruelle peut être accusée de produire des accidents graves chez les jeunes filles disposées aux hémoptysies. Au moment où l’économie se prépare au grand travail de l'ovulation, travail si important dans la vie de la femme, comme le sont les actes générateurs dans toutes les espèces organiques, animales ou végétales, il se produit dans tout le système un mouvement d’excitation qui se traduit par des phtnomènes fluxionpaires, et plus particulièrement chez la femme par des hémorrhagies. Aussi est-il commun d'observer alors, outre le mal de tête, le gonflement des seins, les fluxions hémorrhoïdales ; est-il, disons-nous, commun d'observer des épistaxis, et malheureusement aussi des hémoptysies chez les femmes disposées aux tubercules. Ces hémorrhagies accidentelles seront d'autant plus à craindre que l'hémorrhagie normale aura cessé de se faire.

Quoique les phvsiologistes aient prétendu que la menstruation était toujours liée à un acte générateur avorté ou non, en ce sens qu'il était toujours précédé du développement d’un ovule et de sa rupture, Fobservation clinique doit protester contre une proposition aussi exclusive. On voit très-souvent, sous l'influence d’une émotion morale, d’une cause morbifique, les règles apparaître quelques jours après qu’elles avaient cessé, et, dans ce cas, il est difficile de croire à l'existence d’un travail préparatoire du côté des ovaires. Le sang paraît parfois quelques minutes après la cause morale qui vient d’agir sur la femme, exactement comme nous voyons survenir une épistaxis. Aussi, bien que je ne conteste pas la relation qui existe entre l'ovulation et l’hémorrhagie de l’utérus, je suis disposé à considérer celle-ci comme un fait de simple coïncidence, déterminé surtout par une modification dans le système nerveux utérin analogue à celles que beaucoup d’autres causes peuvent produire.

L'étude des phénomènes qui précèdent chaque époque menstruelle est très- importante dans le traitement de l’aménorrhée, pour une raison que je développerai plus tard et que je me contenterai d'indiquer ici. Cette raison, c'est que, les règles une fois supprimées, on ne doit plus calculer leur retour d’après les périodes habituelles et normales. Je reviens aux phénomènes dont j'avais à vous entretenir.

Assez ordinairement, la menstruation est précédée d’un certain changement dans le caractère, changement qui n’est pas toujours fort appréciable pour le médecin, mais qui l’est pour les personnes qui vivent dans l'intimité d’une femme. Il y a souvent aussi un peu de malaise, de l’inappétence. Dans un assez orand nombre de cas, on voit survenir aux lèvres, au menton, une ou

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