‹ Clinique médicale de lHòtel-Dieu de Paris (volume 3)Chapitre 17 sur 55 · ET DE LA FIÈVRE MÉNORRHAGIQU · texte numérisé non relu

ET DE LA FIÈVRE MÉNORRHAGIQU

chlorose. Tous ces moyens divers, si opposés entre eux, bien que capables de ramener la fonction menstruelle, ne sont pas des emménagogues, et pourtant ls sont les agents les plus puissants de la médication emménagogue ; et, comme ce que je vous dis là pourrait paraître à quelques-uns d’entre vous un peu obscur et peut-être étrange, laissez-moi vous expliquer ma pensée, et bientôt vous m’aurez facilement compris.

Les fonctions diverses départies à économie s’accomplissent avec d’autant plus de régularité que la santé est meïlleure, et si la maladie est venue apporter accidentellement une grave perturbation dans les fonctions, celles-ci se rétabliront par le seul fait du rétablissement de la santé. 11 suffit, en effet, que les causes de troubles disparaissent pour que, immédiatement, le jeu de Porganisme reprenne son cours normal. La médication qui à guéri n'est point excitatrice de la fonction troublée, elle à tout simplement remis Îles choses en ordre, et les lois qui régissent l’économie reprennent leur empire dès qu’elles ne rencontrent plus d’obstacles. Ainsi l’émétique, la digitale, la quinine, le fer, la saignée et tant d’autres moyens si opposés entre eux en apparence, seront des emménagogues au même titre qu'ils seront des excitateurs de la sécrétion du poumon, des reins, du foie, etc., ete., par ce fait qu’ils auront rendu la santé. Ils n’ont donc rien de spécial; mais, messieurs, la santé rétablie, par le seul fait que les fonctions ont été quelque temps suspendues, il arrive qu’il reste encore quelque incertitude, que le jeu normal hésite à reprendre sen cours, et c’est alors qu’interviennent utilement quelques excitants spéciaux dont j'ai maintenant à vous entretenir.”

De tous les excitants emménagogues , je n’en connais pas de plus actif que le: bain tiède général ; il suffit de $e rappeler que presque toutes les femmes, après un bain chaud un peu prelongé, éprouvent des phénomènes de congestion utérine caractérisée par des douleurs de reins, de la pesanteur dans ie bas-ventre, de ia leucorrhée, de l’exagération du flux menstruel qui souvent apparaît avant l’époque normale. Mais pour obtenir le résuliat désiré, le bain doit être donné au moins trois fois par semaine, et tous les jours même au moment où la menstruation est imminente ; et je vous rappellerai tout à l’heure les signes que je vous ai indiqués, et sur lesquels je ne saurais trop revenir.

La saignée du bras, faite alors qu’existent les signes précurseurs de la menstruation, est un moyen d’une puissance immense, et il n’est pas rare de voir apparaître le flux utérin une heure après l'émission sanguine. Je n'ai pas besoin de vous dire, messieurs, que cette héroïque médication re serait guère opportune chez les femmes chlorotiques ou ehez celles qui Pont été longtemps.

L'application de sangsues vient après la saignée; et comme elle effraye moins les malades et les familles, elle est en général bien plus faciement acceptée; cependant, messieurs, je vous dois à cet égard quelques explications. Le nombre, le lieu d'application des sangsues, sont des choses fort essentielles à connaître. Je parlerai d'abord du lieu d'application.

Quelques médecins, se fondant sur je ne sais quelle idée théorique, et peut-

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être aussi sur ce fait pratique que l'application d'un petit nombre de sangsues en un point détermine en ce point une violente congestion , ont voulu que les sangsues fussent mises à la surface des grandes lèvres. Cette pratique n’est pas sans grands inconvénients, elle amène très-fréquemment des engorgements des parties, des furoncles, de petits phlegmons. Elle a encore un inconvénient très-sérieux, c’est d’exciter, au moment où les piqûres se guérissent, de trèsvives démangeaisons qui, chez les jeunes filles, éveillent quelquefois de fàcheuses sensations et leur font contracter de mauvaises habitudes. J’applique toujours maintenant les sangsues à la face interne des genoux, et je n'ai pas vu que cette pratique fût moins active et moins efficace que l’autre. Elle a, en outre, cet avantage, c'est que le médecin peut arrêter le sang avec la plus grande facilité, parce qu’il trouve sur les condyles du fémur ou sur la tête du tibia un point d'appui résistant ; et cela est d'autant plus essentiel que l’application de sangsues agit beaucoup moins par la soustraction du sang que par un acte congeslif qu’elle détermine, si bien que, invariablement, je conseille d'arrêter le sang avec un peu d’agaric, immédiatement après la chute de la sangsue , et j'obtiens les mêmes résultats emménagogues , n’avant fait perdre à la malade que quelques grammes de sang, condition capitale. Cette pratique est renouvelée deux ou trois jours de suite. Si la première application a fait apparaître le flux menstruel, je n’en fais pas une seconde : si celui-ci s'arrête, je conseille de nouveau l'application des sangsues.

La soustraction d’une si petite quantité de sang affaiblit, ilest vrai, quelque peu les chlorotiques, tandis que, chose remarquable ! le flux venant naturellement et en abondance plus grande, est souvent le signal du retour à la santé.

Quoi qu'il en soit de cet affaiblissement, je n’en conseille pas moins la médication, qui me rend réellement de très-grands services.

Lorsque l'estomac le peut supporter, la teinture d’iode doit être administrée trois fois chaque jour à la dose de 5, 10 et jusqu'à 15 gouttes chaque fois, dans une légère infusion de safran ; ce médicament est un emménagogue puissant. L'usage doit en être continué pendant quelques semaines.

Vous avez si souvent entendu parler du fer comme emménagogue, que je vous dois à cet égard quelques explications. Chez les chlorotiques, le fer paraît être un emménagogue quand elles ont de l’aménorrhée. Si, au contraire, elles ont de la ménorrhagie, comme cela arrive quelquefois, le fer est un hémostatique, ce qui veut dire que cet agent thérapeutique n’est, par le fait, ni un hémostatique, ni un emménagogue absolu, mais qu’il paraît supprimer ou provoquer les règles en rétablissant les conditions normales de la santé, conditions dans lesquelles la menstruation doit exister, et cela dans une certaine mesure.

Par cette énumération très-sommaire des principaux moyens destinés à ramener Ja menstruation, vous avez pu voir que le fer, le dernier que j’ai cité, n'est pas un emménagogue absolu ; il l’est si peu, que, chez une femme bien

portante , il dimmue plutôt la menstruation. A ce titre, il doit donc être con-

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