ET DANS L’APOPLEXIE
côté, lavait rempli, puis avait été remplir l’autre ventricule latéral, après avoir rompu la cloison.
Pendant l'été de 1861, vous avez vu également, salle Saint-Bernard, une femme de soixante-trois ans, qui, l’année précédente, avait eu ce que-l'on appelait une attaque de paralysie ; elle avait balbutié tout d’un coup, et l’un des côtés du corps s'était trouvé subitement affaibli. Cet accident, d’ailleurs, n'avait été accompagné ni de chute, ni même d’étourdissement. Cette dernière fois, on l'avait trouvée dans son lit, plongée dans le coma le plus profond. Elle mourut sans qu'on parvint à léveiller, et comme chez l’homme dont je viens de vous raconter l’histoire, nous trouvions, outre les traces de la petite hémorrhagie qui avait eu lieu l’année précédente, un énorme foyer prenant naissance dans une couche optique et remplissant les deux ventricules latéraux.
Enfin, vous pouvez encore avoir présent à l’esprit ce jeune homme couché au n° 45 de la salle Sainte-Agnès : il avait tous les symptômes d’une encéphalite, quand tout à coup il fut pris d’accidents épileptiformes, et mourut quelques minutes plus tard dans le carus. Chez lui, il s'était fait dans le pont de Varole une hémorrhagie qui avait rempli le quatrième ventricule et rompu la valvule de Vieussens,
Comme je vous le disais tout à l'heure, messieurs, la forme apoplectique proprement dite est fort rare dans l’hémorrhagie cérébrale.
Vous avez vu au n° 34 de la salle Saint-Bernard une femme de quarante-neuf ans, pleine d'intelligence, qui vous raconte avec une parfaite lucidité sa triste histoire. Elle jouissait de la plénitude de Ja santé, lorsque le matin, vers huit heures, elle s’aperçut que sa langue s’embarrassait, que son bras et sa jambe s’engourdissaient un peu. Inquiète, elle descend ses trois étages, et va chez un pharmacien du voisinage demander des secours. Elle y prend un peu d’éther, puis elle revient chez elle plus péniblement. Elle sentait l’engourdissement augmenter rapidement ; en arrivant au bas de son escalier, elle ne put avancer, s’appuya sur le mur pour ne pas tomber, et s’affaissa sans perdre connaissance, sans éprouver même le plus léger étourdissement. Les voisins lui vinrent en aide et l’amenèrent à l'Hôtel-Dieu. Elle était paralysée du côté droit.
Vous n'avez pas oublié cette autre femme qui entrait dans la salle Saint- Bernard et que l’on couchhit au n° 40. Elle venait de préparer et de servir le diner de la famille ; il était quatre heures du soir. Elle mangeait de très-bon appétit avec son mari et ses enfants, sans mal de tête, sans aucun phénomène prémonitoire qui pât fixer son attention, Toup à coup elle s'aperçoit qu’elle ne peut couper son pain; elle en fait tout haut la remarque et ne parle qu’en bredouillant. Elle veut se lever, et tombe renversée avec sa chaise, sans perte de connaissance, sans étourdissement. On la relève, elle était hémiplégique, et on l’apporte dans nes salles, où elle nous raconte elle-même ces détails, avec une parfaite lucidité et même avec une certaine gaieté.
J'insiste sur ces deux faits, à cause de la chute qu'ont faite ces deux malades.
Celle-ci tombe avec sa chaise au moment où elle se lève; l’autre s’affaisse et tombe en arrivant au pied de l’escalier. Cette chute, veuillez bien le remarquer, est essentiellement différente de la chute apoplectique. Elle ne diffère pas en définitive de celle que fait un soldat dont la jambe vient d’être cassée par une balle. L’impuissance de mouvoir le membre, sa faiblesse extrême, en sont les seules causes; mais l'intelligence reste entière, ce qui n'arrive pas dans l'attaque apoplectique de l’épilepsie ou de l’éclampsie. Ici l'individu est jeté par terre comme le bœuf assommé par le boucher, et les phénomènes qui suivent sont réellement ceux de l’apoplexie, telle que l’entendaient nos devanciers, apoplexie qui ne s’observe, s’il y a hémorrhagie cérébrale, que si l’hémorrhagie a fait irruption dans les ventricules, ou bien si elle occupe le pont de Varole, ou bien encore quand elle forme un énorme foyer dans le centre ovale de Vieussens, ou qu’elle s’épanche en grande masse dans la grande cavité de l’arachnoïde.
Tout à l'heure, messieurs, je me servais d’une formule restrictive, en vous parlant du chiflonnier qui avait été ramassé dans la rue en état d’apoplexie ; je vous disais que l’hémorrhagie cérébrale avait semblé débuter par des phénomènes apoplectiques, comme si j'avais quelque raison de douter de la vérité du fait.
En effet, messieurs, je doute, et je vous dirai les motifs de cette hésitation. Cet homme avait été ramassé et apporté à l’Hôtel-Dieu, en état d’apoplexie, la chose est évidente: la vieille femme dont je viens de vous parler, avait été trouvée le matin, dans son lit, plongée dans la stupeur apoplectique, c’est encore certain; mais qui de nous pourrail affirmer que ces phénomènes apoplectiques ont été subits ?
Au printemps de 1863, j'étais appelé par mon honorable ami, M. le docteur Marchal (de Calvi), pour voir un homme de soixante ans que je trouvais dans le carus apoplectique le plus profond. Il avait été frappé le matin. Pendant le déjeuner, il avait tout à coup éprouvé une certaine difficulté à tenir sa fourchette, et il avait senti un léger étourdissement ; il voulut parler, il s’aperçut, et ses enfants qui l’entouraient s’apercurent qu’il bredouillait, Il se leva en chancelant : il était plus faible d’un côté que de l’autre, et, avec l’aide de son fils, il put aller à pied jusqu’à sa chambre à coucher. On le déshabille, on le met au lit, et il assiste infellectuellement à toutes ces opérations, n’ayant perdu ni l'intelligence ni les mouvements. Cependant l’hémiplégie faisait des progrès rapides, et elle était complète au bout d’une demi-heure; les manifestations de l'intelligence étaient de plus en plus difficiles, et quand, une demi-heure ou trois quarts d'heure après le début des accidents, M. Marchal arriva, le malade était déjà dans l’état apoplectique proprement dit. Les choses allèrent en s’aggravant ; à cinq heures du soir, quand j’arrivai moi-même, la stupeur apoplectique était au comble ; le malade mourut pendant la nuit, malgré les plus énergiques traitements.
Presque à la même époque, on venait me quérir en toute hâte pour voir