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XLIV.— TREMBLEMENT SÉNILE ET PARALYSIS AGITANS

MESSIEURS

. Dans nos conférences sur la danse de Saint-Guy, je vous ai dit que cette maladie, bien que l'apanage de la jeunesse et de l'adolescence, pouvait cependant se rencontrer chez des individus avancés en âge. Je vous ai cité à ce propos une longue et intéressante observation publiée par M, le docteur Henry Roger, et dont le sujet était une femme âgée de quatre-vingt-trois ans. Il ne faut pas confondre cette espèce de chorée avec gne autre espèce que l'on appelle la chorée sénile (chorea senilis), ou mieux encore le tremblement sénile. Celle-ci est essentiellement différente de celle-à. Elle en diffère nonseulement par sa nature, par les conditions qui favorisent son développement, mais encore par la forme même des accidents qui la constituent, de telle sorte qu'il n’est pas besoin d’une longue expérience pour pourvoir à première vue distinguer ces deux affections l’une de l’autre.

Relativement à sa forme, le tremblement dit sénile consiste en une agitation convulsive des muscles produite par une série de contractions involontaires mais uniformes, peu étendues mais se succédant avec une excessive rapidité. Généralement limitée d’abord aux extrémités, ou bien aux muscles du cou, cette agitation convulsive peut s'étendre à toutes les parties du corps. Ge tremblement n’est jamais plus prononcé que lorsque les individus qui en sont atteints cherchent à exécuter quelques mouvements volontaires, que lorsqu'ils sont sous l’empire d’une tension d'esprit un peu extraordinaire, d’une émotion morale. Le repos, le calme d'esprit, en diminuent la violence, ou la font cesser tout à fait : elle disparaît complétement pendant Je sommeil.

Les causes de cette affection nous sont inconnues. On à coutume de dire que celte espèce de tremblement est un effet de la faiblesse que l’âge avancé entraîne avec lui ; mais si le fait est vrai en quelques cas, il ne l’est plus d’une manière générale. D'une part, en effet, ce tremblement ne s’observe pas nécessairement chez tous les vieillards même très-avancés en âge ; d’autre part, il se rencontre assez fréquemment chez des sujets dans l’âge mûr et même chez des adolescents. Vous n'êtes pas sans en connaître pour votre part des exemples. A ce titre, l'épithète de sénile appliquée à cette espèce de tremblement est aussi vicieuse que lorsqu'on l’applique à la gangrène qui reconnait pour cause une oblitération artérielle, cette gangrène dite sénile pouvant se montrer à toutes les époques de la vie, et n’épargnant pas même les enfants.

Quoi qu'il en soit, cette espèce de chorée que je devais vous signaler est

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mal connue des pathologistes, bien qu’elle se présente assez souvent encore à notre observation. Ce qu'on en sait toutefois, c’est que c'est une affection essentiellement incurable.

Si le tremblement sénile ne doit pas être confondu avec la danse de Saint- Guy, il faut bien éviter aussi de le confondre avec la paralysis agitans dont une malade couchée au n° 2 de la salle Saint-Bernard nous offre en ce moment un exemple. C’est une femme âgée de soixante ans, exerçant

le métier de femme de ménage. Elle raconte que le début de son affec- “tion remonte à deux ans; que depuis cette époque, mais plus encore depuis six mois, elle s’est aperçue d’une diminution rapide de ses forces physiques. Depuis lors aussi elle a été prise d’un tremblement qui, d'abord porté à un faible degré, a acquis une intensité telle, qu’il y a quatre mois elle s’est vue forcée de renoncer à ses travaux habituels, dans l’impossibilité où elle se trouvait de se servir de ses mains.

Ce tremblement, devenant plus général, a envahi la face ; vous l’avez vue, la mâchoire inférieure convulsivement agitée, ne pouvant plus fermer la bouche, de façon qu'il y a un écoulement continuel de salive. |

Elle a conservé toute son intelligence ; et si elle se plaint de la gêne qu'elle éprouve par suite de ces mouvements perpétuels qu’elle ne peut modérer, elle n’accuse aucune autre sensation douloureuse que celle d’une extrême fatigue après les paroxysmes de tremblement.

Ce tremblement est plus prononcé du côté droit que du côté gauche: A droite, les forces, essavées au dynamomètre, nous ont donné, par la pression de la main de la malade, 7 à 8 kilogrammes seulement ; à gauche, beaucoup moins encore, 2 ou 3 kilogrammes. La sensibilité des téguments est d’ailleurs parfaitement intacte. Malgré cette diminution notable de la force de pression, il n’y a pas de paralysie à proprement parler. Ainsi, lorsque cherchant à plier ou à étendre les jambes ou les bras du sujet, nous lui recommandions de nous résister, elle le faisait avec une énergie que nous avions une certaine peine à vaincre. |

J'ai encore appelé votre attention sur la conformation de la main de celte malheureuse femme : ses quatre doigts, déviés de leur direction normale el inclinés vers le bord cubital, forment avec l’avant-bras un angle d’environ 25 degrés. |

Il s’est produit ainsi une demi-luxation métacarpo-phalangienne.

Messieurs, cette paralysis agitans, comme le tremblement sénile, s'observe principalement dans le décours de la vie, néanmoins elle se rencontre encore dans l’âge viril, et je l’ai vue chez un jeune homme de vingt-sept ans.

La maladie se présente quelquefois sous une autre forme qu’il est essentiel de connaître.

Le 16 octobre 1863, j'ai reçu dans mon cabinet un avocat âgé de cinquante: huit ans, homme d’une rare intelligence et qui, depuis quatre ans, à la suite de vives émotions, avait contracté la singulière névrose que je vais me charger d

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décrire, et qui, pour moi, n'était qu'une forme de la paralysis agitans, Quand il passa de la salle d'attente dans mon cabinet, il monta le corps en avant, en précipitant son allure, le bras droit demi-fléchi et appuyé contre le corps. I y avait dans le bras droit un très-léger tremblement, Il s’assit avec quelque difficulté, et comme s’il avait eu de la roideur dans le tronc et dans les jambes. Il me raconta alors son histoire. En 1858 il avait, durant plus d’une année, donné les soins les plus assidus à sa femme qu'il aimait tendrement et qu’il avait perdue, Le chagrin, les veilles, l'avaient épuisé. Il avait alors une telle excitabilité nerveuse qu'il ne pouvait entendre sonner les cloches ; le moindre bruit, la moindre contrariété, l’ébranlaient outre mesure. Il lui sembla bientôt que le bras était agité de légers tremblements, et que les mouvements du membre tout entier, ét surtout de la main, devenaient de plus en plus difficiles. Bientôt la jambe du même côté s’embarrassa. Les choses allèrent en s'empirant sans qu'aucune médication pût enrayer un instant les phénomènes morbides.

Puis le malade cesse d'écrire, et c’est avec une grande lenteur, une extrême difficulté, qu’il signe aujourd’hui son nom.

A le voir, c’est un paralytique ; si maintenant on arrive à un examen plus approfondi, on ne tarde pas à se convaincre que la paralysie n’est qu’apparente et qu'il se passe là quelque chose de fort étrange, dont l'explication nous échappe.

En effet, si je mets dans la ‘main prétendue paralysée le dynamomètre de Burq, le malade obtient par sa pression 50 kilogrammes, beaucoup plus que je n'obtiendrais moi-même. Du côté gauche, qui est sain, il obtient 42 kilogrammes seulement, 8 de moins que du côté qui semble paralysé. Si maintenant, faisant fléchir le bras, je commande au malade de résister à l'extension, il le fait avec une extrême énergie; ilen est de même pour les mouvements de flexion, d’addaction et d'abduction. J'ajoute qu’il n’y a aucune roideur. Lorsque la volonté n'intervient pas , le membre est d’une parfaite souplesse et je puis le faire mouvoir dans tous les sens.

Que se passe-t-il donc ici? La force musculaire est conservée et pourtant la fonction exécutée par les muscles est presque abolie. Essayons ‘d'analyser cet étrange phénomène. Lorsque l'intelligence commande, les muscles obéissent à l'instant, sans qu'un intervalle appréciable sépare l'acte de la volonté de l'acte musculaire. Le mouvement peut être répété dix, quinze, vingt, cent, mille fois de suite, comme dans la marche par exemple. Si vous supposez , messieurs , que dans l’accomplissement de deux pas, il se dépense une force musculaire que vous représenterez par 10 kilogrammes, en une heure, si e même acte se répète 1000 fois, il y aura eu 10 000 kilogrammes de force employés. |

Voyons maintenant ce qui aura lieu chez un malade qui se trouve dans les onditions de celui dont je vous raconte l’histoire. Au lieu de faire mille pas 1 une heure, il n’en fera, par hypothèse, que cinq cents. Par le fait, chaque as aura nécessité la dépense de 10 kilogrammes, en fin de compte, la dépense

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totale aura été de 5000 au lieu de 40 000 kilogrammes. En d’autres termes, la puissance motrice aura été moilié moindre.

Il se passait chez notre malade quelque chose de bien étrange. Je lui disais de fermer et d'ouvrir la main droite avec autant de rapidité qu’il le pouvait. Les premiers mouvements se faisaient vivement; mais un quart de minute ne s'était pas écoulé que les mouvements se ralentissaient, puis ne pouvaient plus s’accomplir ; exactement comme cela se voit dans une machine à vapeur qui, chauffée d’une manière insuffisante, ne peut accomplir avec continuité la fonction qui lui est départie. Que si, fermant un instant les soupapes, nous accumulons la vapeur, nous allons, pendant quelques minutes, rendre à l'engin la puissance qu’il devrait avoir; mais l’impuissance succède immédiatement à ce développement artificiel de forces ; et, pour appliquer cette comparaison à mes malades, il semble qu'ils n’aient à dépenser qu'une dose déterminée d’influx nerveux lequel ne se renouvelle pas chez eux avec la même rapidité que chez les autres hommes. Il y a donc ici, non pas une paralysie dans l’acception ordinaire du mot, mais une impuissance relative et momentanée.

Le malade dont je viens de vous raconter l’histoire ‘était atteint de cette forme de l’affection nerveuse qui n’est accompagnée que de peu de tremblement. Notre autre malade du n° 2 de la salle Saint-Bernard avait, au contraire, une agitation musculaire considérable. Chez l’homme, il y avait une contraction permanente des muscles et la sensation qu'iléprouvait était celle d’un effort continu. Chez la femme, au contraire , il y avait de temps en temps cette même sensation ; mais, le plus souvent, l'agitation musculaire se montrait. Elle nous disait que depuis chaque paroxysme de tremblement elle était fatiguée comme naguère après un exercice très-violent.

Si nous essayons d’analyser ce double état musculaire, nous comprendrons mieux ce qui se passe dans ce qu’on a si improprement appelé la paralysis agitans.

Dans le repos, tous nos muscles sont mis dans le relâchement. Leur fonction cesse momentanément, et, durant ce repos, l'aptitude perdue ou diminuée par l'excès d'action, se récupère entièrement. En un mot, l’excitabilité se rétablit dans les conditions où elle était auparayant. Si vous supposez, au contraire, que, en vertu d’une modification des centres nerveux, le système musculaire soit toujours dans un état analogue à celui de l'effort continu, lincitabilité s’épuise dans l’immobilité, les muscles extenseurs et fléchisseurs étant constamment et simultanément en action. Dans l’autre forme, le mouvement alternatif rapide et involontaire d'extension et de flexion qui constitue le tremblement, dépense l’influx nerveux, comme tout à l’heure la rigidité le faisait ; et tout se résume par une puissance dépensée d’une façon inutile, au préjudice de la fonction normale : de telle sorte que, lorsqu'il faudra manifester la puissance musculaire, les malades ne seront pas capables de le faire avec la même continuité ou avec la même force qu'auparavant, et ils seront dans les conditions d’un individu épuisé par une extrême fatigue.

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Un état analogue s’observe encore chez certains malades atteints de ce que j'ai appelé perte de l’incitabilité musculaire, névrose bizarre dont j'ai vu de très-curieux exemples. |

Une jéune dame de Tours, âgée de dix-huit ans, et mariée depuis six mois, venait à Paris il y a quelques années, pour se faire traiter de cette étrange névrose. On la disait paralysée. Quand je la priais de marcher, elle se levait résolûment, faisait, sans chanceler et avec une sûreté parfaite, dix, quinze, vingt, vingt-cinq pas, puis elle se sentait faiblir, et si elle ne trouvait pas un siége, elle était forcée de s'asseoir à terre. Après un exercice aussi peu considérable, elle était à bout de force, elle avait épuisé la dose d’incitabilité départie à son système nerveux musculaire. Quelques minutes de repos sufisaient pour lui rendre les aptitudes perdues. J'ai, en 1862, revu une jeune dame exactement dans les mêmes conditions, Notez, messieurs, que ces deux faits ne sont que l’exagération de ce que vous voyez très-communément. La puissance de contenir les mouvements varie à l'infini, et nous n’avons pas plus le droit de considérer comme paralytiques les deux jeunes femmes dont nous venons de parler que celles dont les forces sont épuisées après dix, quinze, vingt, vingt-cinq minutes d’un exercice modéré.

Il est donc bien entendu, messieurs, que, dans le début de celte forme bizarre de chorée, que l’on appelle si improprement paralysis agitans, il n’y à pas de paralysie, puisque, dans certains cas, et tout récemment encore, j’en ai observé un exemple, la puissance musculaire explorée avec le dynamomètre est, momentanément au moins, plus considérable ducôté tremblant que du côté opposé. Mais, à la longue, il survient un affaiblissement réel, et vers la dernière période de la maladie, l’impuissance musculaire est telle qu’on ne peut se refuser à accepter l'existence d’une paralysie. IL faut remarquer pourtant que la sensibilité reste intacte. |

Du côté desorganes génito-urinaires, la faiblesse est encore plus évidente. Les hommes arrivent rapidement à l’anaphrodisie, et, dans les derniers temps, les urines sont difficilement retenues et il y a quelquefois incontinence, laquelle, il est vrai, pourrait tenir à une contraction tonique continue des fibres vésicales. |

Il survient encore un accident quirapproche beaucoup la paralysis agitans des paralysies qui reconnaissent pour cause une hémorrhagie ou un ramollissement du cerveau ; je veux parler de la contracture.

En 1863, je voyais dans mon cabinet, un officier-général de la marine qui, dans les deux dernières années d’un commandement difficile, avait été pris de paralysis agitans. Après un an, il lui avait été impossible d'écrire et, lorsque je le vis pour la première fois, il avait les deux derniers doigts de la main droite invinciblement fléchis dans la paume de la main, et il ne pouvait qu'avec une lenteur et une peine extrêmes étendre le pouce et les deux doigts indicateur et medius. É

D'abord partielle, cette espèce de chorée, que des auteurs du plus grand

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mérite ont confondue, non sans raison peut-être, avec la chorea festinans, cette paralysis agitans occupe un bras, par exemple, En même temps que celui-ci est constamment agité de tremblement, il est affecté d’une faiblesse qui, d’abord peu prononcée, fait rapidement des progrès. Bientôt la jambe du côté correspondant se prend à son tour, et avec le sentiment de la diminution de la force musculaire, arrivent les mouvements convulsifs involontaires. Le malade ne peut plus marcher qu’en sautillant. Son mal faisant des progrès, l'affection se généralise ; le bras jusqu'alors sain et l’autre jambe sont pris ; ses allures présentent alors quelque chose de tellement caractéristique, qu'on ne saurait plus s’y tromper, mais dont on ne saurait non plus donner une description satisfaisante. Il se tient et marche le corps penché en avant, le bras du côté malade demi-fléchi et fortement appuyé au corps. Son centre de gravité se trouvant ainsi déplacé, il est obligé de courir, pour ainsi dire, après lui-même ; il s’en va trottinant, sautillant, et il lui est impossible de changer de place sans aide ; un bâton ne lui suflit pas toujours, et vous en verrez ne pouvoir | marcher que les deux mains appuyées sur les épaules d’un serviteur , ou sou- | tenus par derrière, Cet appui venant à leur manquer, ils tombent inévitable ! ment. |

Je dois vous dire toutefois que l'affection nerveuse affecte toujours une ! forme paroxystique, et, après un accès qui peut durer de dix à quarante mi ! nutes et même plus, il y a, non pas de la douleur, mais une fatigue musculaire ! ressemblant à une courbature qui serait le résultat d’un exercice violent. R

L'affection se généralisant encore davantage, les muscles du cou entrent ! également en convulsion ; la tête est constamment brûlante, les muscles de la 4 face ne sont pas épargnés; alors, ainsi que vous l'avez vu chez notre femme, : la mâchoire inférieure tombe, la bouche reste béante et laisse écouler continuellement la salive, qui souille et inonde les vêtements,

La parole est nécessairement embarrassée, confuse,

D'un autre côté, la vessie se paralysant, il arrive une rétention et consécu= tivement une incontinence d'urine. Les facultés génératrices s’éteignent.

Ces mouvements convulsifs sont tellement, sinon violents, du moins répétés, ! qu'il en résulte des déformations des parties. Ainsi, les malades ayant leurs ! mains constamment appuyées, les doigts se luxent sur les métacarpiens, ct leur face dorsale va former un angle avec la face dorsale de la main, |

L'intelligence, d’abord intacte, finit par s’affaiblir , la mémoire se perd, et ! les personnes qui vivent dans la société du malade, s’aperçoivent bientôt | qu'il n’a plus la lucidité ordinaire de son esprit; la caducité arrive bien avant ! l’âge. |

Cette paralysis agitans est une maladie inexorable qui entraîne fatalement la mort dans un espace de temps plus ou moins rapproché, quels que soient les moyens de traitement que l’on emploie pour la combattre, Il est toutefois une : observation singulière que j'ai pu faire chez trois individus que j'ai suivis jusqu'à la fin : ils sont tous morts de pneumonie, Il est peu probable que d'autres

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praticiens aient l’occasion de constater une semblable coïncidence entre une névrose et la péripneumonie.

En France, je ne sache pas que les lésions anatomiques propres à la paralysis agitans aient été étudiées, et il paraît que ceux qui les ont recherchées ne les ont point rencontrées; cependant il nous faut tenir grand compte des altérations que Parkinson, Oppolzer et Lebert ont décrites. Permettez-moi de mettre sous vos yeux un fait observé avec le plus grand soin par M, le professeur Oppolzer. |

Un homme de soixante-douze ans, très-maigre et très-chétif, fut admis à la Clinique le 20 juin pour être traité d’un tremblement violent qui le mettait hors d'état de se servir de ses mains. Voici ce qu’a raconté cet homme concernant le début de sa maladie : il n’avait, jusqu’à l’âge de soixante ans, éprouvé aucune maladie sérieuse, lorsqu’en 1848, pendant le bombardement de Vienne, il fut conduit par le hasard au milieu du lieu du combat. Là, il fut saisi d’une terreur telle, qu'il lui fut impossible de retourner chez lui, et qu’on fut obligé de l'y conduire. A peine s’était-il un peu remis, qu’une bombe vint à éclater près de sa maison, et renouvela son effroi. Quelques heures après ces divers événements, en voulant prendre un peu de nourriture, il s’aperçut qu'il lui était impossible de se servir de ses mains, parce qu'elles étaient prises immédiatement d’un tremblement violent dès qu’il s'agissait d’opérer un mouvement. Il remarqua aussi peu de temps après, que les membres inférieurs étaient également le siége d’un tremblement ; mais celui-ci était beaucoup moins violent et n’empêchait pas la marche. La maladie, non seulement résista à tous les moyens employés, mais encore s’aggrava progressivement. Le tremblement persistait même pendant le repos du malade, et s’étendit à des muscles qui jusque-là n'avaient point été envahis; enfin il s'y joignit de la paralysie. Au bout de quelques années, le maladese vit dans l'impossibilité de demeurer dans la position verticale; dès qu’il cherchait à se tenir debout, il éprouvait une irrésistible propension à tomber en avant; il lui fallait alors, pour éviter la chute, saisir les objets environnants ou marcher à pas précipités. L’acuité de ses sens et des facultés intellectuelles avait diminué lentement, mais d'une manière progressive.

L'usage du thé, du café ou des boissons spiritueuses, augmentait toujours le tremblement ; l'agitation des membres inférieurs était surtout prononcée le soir, lorsque le malade avait marché pendant la journée.

IL y « environ six mois, les sphincters, celui de la vessie en particulier, furent pris de paralysie ; le malade fut admis alors à l'Hôpital général pour y être traité de ces nouvelles affections, qui, au bout d’un mois, parurent s'être quelque peu amendées.

Il y à cinq semaines, à la suite d'un violent accès de vertige, le malade s’affaissa tout à coup sur lui même, et se trouva dans l'impossibilité de se relever ; cependant il ne perdit nullement connaissance pendant toute la durée de l'attaque. Depuis cette époque, l'émaciation s’est accrue très-rapidement ; la

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station et la marche ne sont plus possibles que pendant un très-court espace de temps, et elles, exigent de grands efforts; en outre, la parole est embarrassée.

Lors de son admission à la Clinique, le malade est dans l’état suivant : amaigrissement très-prononcé; teinte terreuse du tégument externe, dont la surface est recouverte de nombreuses écailles épidermiques ; la sécrétion de la sueur, augmentée au visage, paraît diminuée, au contraire, sur les autres parties du corps ; la température cutanée paraît inférieure à ce qu’elle est dans l'état normal. |

Les muscles de la face, de la langue, du cou, ceux des extrémités supérieures, sont le siége de tremblements violents, incessants pendant la veille, et qui ne cessent complétement que lorsque le sommeil est profond. |

Les extrémités inférieures ne présentent de tremblement que d’une manière périodique, et dans les moments où il y a exacerbation générale de tous les symptômes. Les muscles atteints de tremblement sont en même temps le siége de contractures, principalement les muscles du cou et des épaules.

Les pupilles sont également dilatées, et se rétrécissent également sous l’influence de la lumière.

La bouche ne peut être close qu’incomplétement, et la salive coule des deux côtés sur la peau du menton.

Il ne paraît exister aucune lésion viscérale ; seulement il v a un peu de matité en avant et en arrière dans la région correspondant au sommet du poumon droit. En ces points, en outre, l’auscultation fait percevoir une diminution du murmure respiratoire. Les artères temporales et celles des extrémités, l'artère brachiale du côté droit principalement, sont flexueuses et rigides.

Partout la sensibilité est normale. Les muscles réagissent, bien qu’assez faiblement, sous l'influence de l'incitation électrique.

Il y a souvent des vertiges, plus rarement de la céphalalgie. L’évacuation des matières fécales a lieu d’une manière normale ; les urines sont alcalines et contiennent une certaine quantité de pus.

Le malade répond très-lentement, mais assez nettement, aux questions qu'on lui adresse. La physionomie exprime l'indifférence et l’apathie. On prescrit l'emploi du sous-carbonate de fer (4 grammes en six doses pour trois jours).

Voici maintenant l'indication sommaire des phénomènes observés ultérieurement. Du 22 au 24 juin, il s'établit une diarrhée assez intense, avec selles involontaires, qui cèdent à l’emploi des lavements laudanisés. On reprend, je 24, l’usage du carbonate de fer, qui avait été supprimé momentanément pendant l'existence de la diarrhée.

Le 25 juin, le malade à peu dormi la nuit et il a eu du délire ; vers dix heures du matin, il se déclare un accès épileptiforme, pendant lequel la tête était convulsivement entraînée à droite tandis que l'œil droit était tourné en dehors et en haut, l'œil gauche en bas et en dedans. En même temps les paupières et la langue étaient le siége de mouvements d’oscillation continuels, tandis que

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les muscles du visage et du cou étaient roides et durs. Les membres, tant inférieurs que supérieurs, au contraire, restèrent flasques et n’offrirent que peu de résistance aux mouvements qu'on cherchait à leur imprimer. Pendant cet accès qui dura à peu près huit minutes, la respiration et le pouls étaient faibles etirréguliers ; la perte de connaissance était absolue.

Le 1°" et le 7 juillet, de nouveaux accès éclamptiqués se produisirent, à la suite desquels le tremblement cessa chaque fois, pendant une demi-heure environ, pour se montrer ensuile de nouveau avec sa première intensité, D'ailleurs, la sensibilité générale parut s’émousser et s’amoindrir de jour en jour; le visage présentait une expression de stupeur qui rappellait la physionomie des individus atteints de fièvre typhoïde parvenue à la seconde période. Le ventre était ballonné ; il y avait des selles involontaires ; l’urine contenait une certaine quantité de carbonate d’ammoniaque, et renfermait toujours quelques globules de pus ; le malade était plongé dans une sorte de sommeil incomplet, et il était à peu près impossible de fixer son attention. {1 ne répondait que par des monosyllabes aux questions qui lui étaient adressées ; les forces diminuèrent rapidement, et il survint, dans les derniers temps de sa vie, une pneumonie. Le malade succombait le 41 juillet.

À l’autopsie on trouve : plusieurs cavernes tuberculeuses au sommet du poumon droit ; hépatisation granuleuse du lobe inférieur du même poumon ; les deux ventricules du cœur sont dilatés et contiennent du sang coagulé ; leurs parois musculaires sont décolorées et friables ; induration de la base des valvules aortiques ; dilatation et ossification de la crosse de l'aorte ; rate volumineuse; là membrane muqueuse vésicale est rouge, injectée, et la tunique musculaire de la vessie est également injectée ; les autres organes abdominaux ne présentent d’ailleurs aucune altération notable.

Les parois de la voûte crânienne sont très-minces, et présentent des rugosités à la surface de la table interne. La dure-mère est épaissie et adhérente, çà et Ja, à la table interne de la voûte du crâne; la pie-mère est opaque, infiltrée de sérosité ; il existe également une assez grande quantité de sérosité dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien, Les circonvolutions cérébrales sont abincies, les sillons qui les séparent paraissent plus profonds qu’à l’état normal ; la substance corticale est d’un brun pâle, la substance médullaire parfaitement blanche et sillonnée de vaisseaux dilatés; la substance cérébrale est Consistante, humide. Dans les ventricules, il y a plusieurs drachmes de sérosité transparente ; l’épendyme, principalement au niveau de la corne postérieure, est granuleux. Dans l'épaisseur de la couche optique du côté droit on trouve un kyste apoplectique du volume d’un petit haricot, et dont les parois contiennent du pigment. Le pont de varole et la moelle allongée sont trèsmanifestement indurés. La moelle épinière est consistante; dans les cordons latéraux, principalement à la région lombaire, la substance médullaire est parsemée de stries grises opaques. A l'examen microscopique, on trouve dans l'épaisseur du pont de Varole et de la moelle allongée une production anomale

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