‹ Clinique médicale. v. 2, 1875Chapitre 11 sur 67 · DE L'ALBUMINURIE LATENTE · texte numérisé non relu

DE L'ALBUMINURIE LATENTE

•catarrhes bronchiques^ qui se développaient en général au printemps^ accompagnés quelquefois de fièvre rémittente. Pendant plusieurs années, il était atteint vers la même saison de légers mouvements fébriles qui revenaient la nuit et étaient suivis de sueurs ; sans avoir de coliques néphrétiques bien caractérisées^ il se plaignait souvent des reins, et ses urines renfermaient très-souvent de l'acide urique cristallisé.

Dans les quinze dernières années de sa vie, sa vue avait été en s*afihi*^ blissant graduellement, au point qu'il ne voyait plus assez pom* se conduire; Texamen ophthalmoscopique avait fait constater une choroïdite chronique avec atrophie de la papille.

Vers la fin de l'hiver 1872, il se sentit indisposé, eut un frisson suivi de toux et d'une légère douleur dans le côté droit. Appelé auprès de lui, je ne •constatai localement qu'un de ces catarrhes auxquels il était sujet, avec un :peu de congestion vers les bases^ mais en même temps un abattement^ une -anxiété, une altération de la physionomie qui ne me laissaient pas sans inquiétude ; je lui fis appliquer un vésicatoire et lui fis prendre du sulfate 4e quinine. Après deux ou trois jours de traitement^ il se sentait mieux, quand tout à coup, au milieu de la nuit, il fut pris d'une dyspnée intense et d'un tel état d'angoisse, qu'il m'envoya chercher.

Je me rendis avec mon cousin^ le docteur Henry Gueneau de Mussy, auprès de ce vénérable vieillard qui avait été le maître de notre jeunesse et l'ami de toute notre existence ; nous le trouvâmes dans un état d'orthopnée considérable ; l'auscultation ne nous permettait pas de constater autre chose ^e de la bronchite avec un peu de congestion pulmonaire aux bases ; évidemment les lésions appréciables ne répondaient pas à la gravité des troubles fonctionnels. Les urines étaient rouges, troubles, laissaient un dépôt semblable à de la lavure de chair^ comme si elles renfermaient de la matière colorante du sang; l'addition de l'acide nitrique y démontra la présence de l'albumine en quantité notable. En rapprochant ce fait des antécédents arthritiques du malade, de cette gravelle urique, de ces douleurs de reins qui l'avaient longtemps tourmenté, nous pensâmes qu'il y avait chez lui une atrophie goutteuse du rein ; dès loi*s, nous ne nous dissimulâmes pas la gravité du pronostic, et malgré une révulsion énergique, malgré un appel fait à tous les émonctoires, malgré l'emploi de médicaments qui pouvaient modérer le spasme respiratoire, comme le bromure, la teinture de lobelia, la dyspnée ne fut pas ai)aiséc, elle augmentait par accès qui revenaient surtout la nuit. Dès le lendemain, le malade avait la conscience de quelque difficulté à coordonner ses idées et à les revêtir de mots propres; il eut bientôt de la divagation et du délire par intervalles, et, deux jours après, il succombait dans le coma.

Ob9. n. — Au mois de juin 1873, je fus appelé auprès de IL V..., âgé 4^

soixante-dix ans, homme aussi distingué par son esprit et par son caractère que pai* la position élevée qu'il occupait dans le pays, et qui avait conservé, en apparence, toute l'énergie et la verve de la jeunesse ; il était de race arthritique et avait eu des coliques néphrétiques ; plusieurs fois aussi il avait eu des ûèvres catharrales qui avaient duré longtemps ; elles avaient pris vers leur déclin une forme rémittente qui avait décidé l'emploi de la quinine.

M. V..., depuis quinze jours, avait une bronchite accompagnée d'une expectoration abondante et de fièvre, il avait été soigné par un empirique qui, comme médication principale, lui avait imposé un régime très-substantiel et des boissons excitantes.

Je lui trouvai la peau chaude, la face écarlate, il expectorait avec facilité et abondance des crachats opaques mucoso-purulents ; le pouls était régulier, battait environ 88 à 92 fois par minute ; on entendait dans toute la poitrine, qui avait sa sonorité normale, de gros râles muqueux.

La langue était saburrale avec tendance à la sécheresse, les urines étaient peu abondantes, le malade était constipé. Je le soumis à un régime tempérant, tout en lui permettant des aliments en quantité suffisante, pour suffire aux besoins de la réparation, et prenant en considération que dans Tétat de santé ce malade était doué d'un appétit énergique. Je lui donnai quelques purgatifs; au bout de quelques jours, il allait sensiblement mieux; la fièvre, la toux, l'expectoration, avaient beaucoup diminué ; on n'entendait plus qu'un peu de râle muqueux 'à la base du poumon droit, le malade avait des sueurs abondantes qu'on pouvait croire critiques; il avait conscience de cette amélioration, tout en accusant de la fatigue quand il était obligé de soutenir une longue conversation et de l'agitation pendant la nuit.

Je le soignais depuis huit à dix jours, et je le croyais parvenu aux portes de la convalescence, quand un soir, arrivant près de lui, je le trouvai endormi : sa respiration était irrégulière et précipitée ; le domestique qui le soignait m'affirma que c'était la première fois qu'elle offrait ce caractère, dont il avait été frappé comme moi. Le malade se réveilla, la respiration se ralentit, l'auscultation, pratiquée avec un grand soin, ne me fit constater aucune aggravation dans l'état local ; le pouls était un peu plus fréquent.

Le lendemain, on me raconta que le malade avait eu pendant la nuit quelques divagations; inquiet de ces manifestations qui ne me paraissaient pas en rapport avec l'affection qui, jusque-là, avait occupé toute la scène morbide, je fis analyser les urines, et l'on constata qu'elles renfennaient une proportion notable d'albumine. J'avertis aloi-s la famille que, derrière une maladie bénigne en apparence, s'en cachait une autre beaucoup plus sérieuse qui, pour la première fois, donnait sa note, qui ne s'était accusée

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jusque-là que par des phénomènes peu accentués, mais qui pouvait acquérir une gravité foudroyante. La langue était rouge et sèche, cependant il mangeait encore avec plaisir; mais les phénomènes ne tardèrent pas à devenir plus menaçants ; pendant la nuit il y eut du délire. Dès le lendemain, la respiration devenait anxieuse, le ventre se météorisait, le malade accusait un malaise considérable ; la respiration était iiTéguIière, entrecoupée d'expirations soufflées; bientôt la tête s'engagea de plus en pius, par moment il reprenait la possession du moi pendant de courts intervalles, et bientôt il retombait dans le délire ; il se plaignait de céphalalgie. Il succomba dans le coma.

Comme chez mon premier malade, Talbuminurie précédée de gravelle pouvait être imputée à une altération du rein d'origine arthritique; comme chez le premier, il n'y avait jamais eu d'anasarque, et, à part la cécité pour le premier, la santé s'était conservée chez tî)us deux active et robuste en apparence. Tous deux étaient sujets à des bronchites qui étaient probablement aussi de racine arthritique, et ils avaient subi le poids de grandes fatigues, de grandes émotions et de lourdes responsabilités pendant les dernières années de leur existence. Chez le dernier, l'urémie se démasqua plus tardivement, au mijieu des symptômes réguliers d'une fièvre catarrhale, tandis que, chez le premier, la malignité de la maladie s'accusa d'emblée par des phénomènes anomaux.

Quelques semaines après avoir été témoin de ce terrible dénoôment, j'étais appelé en consultation auprès d'un ami et d'un contemporain de M. V..., atteint depuis quinze jours d'une bronchite qui, sans offrir de signes extérieurs de gravité, inquiétait la famille par sa résistance et surtout par les troubles généraux dont elle était accompagnée. J'appris que ce malade, âgé de soixante-neuf ans, qui occupait des postes importants et menait une vie intellectuelle très-active^ depuis plusieurs mois paraissait fatigué; son esprit avait perdu sa vivacité et sa gaieté habituelles ; son teint était pàle^ jaunâtre; son appétit était languissant, on le trouvait changé; c'était au milieu de ces troubles de la nutrition que la bronchite avait éclaté; le médecin distingué qui lui donnait des soins avait constaté un peu de fréquence du pouls et des râles sous-crépitants plus concentrés et plus nombreux à une des deux bases, ce qui l'avait décidé à y appliquer un vésicatoire volant

Quand je vis le malade, le pouls pouvait battre 84 fois par minute, la peau n'était pas chaude, la langue était sale, épaisse, le malade se plaignait de faiblesse générale, de dégoût pour les aliments et d'inaptitude pour le

travail intellectuel ; pendant la nuit, disait-il, il avait des accès de dyspnée et était obligé de se lever et de dormir dans son fauteuil; le cœur n*était pas notablement augmenté de volume ; un bruit rude, systolique à la pointe, accusait un léger degré d'insuffîsance mi traie; les battements étaient réguliers. Le foie était augmenté de volume et décaissait les côtes d'un à deiu travers de doigL Aux deux bases, dans une nme étroite, ca entendait du râle sous-crépitant ; je conseillai un purgatif, des sinapismes, et, frappé d*an souvenir trop récent, je demandai qu on fit l'analyse des urines; trois jours après, je me retrouvais en consultation auprès de ce malade ; l'analyse des urines nous démontra la présence d'une quantité coosidérable d'albumine ; les urines étaient peu abondantes, blanchâtres et mousseuses ; nous avertîmes immédiatement la famiUe de la gravité des complications qui pouvaient survenir, et, pour modifier l'état gastrique qui était resté le même, autant que pour éliminer les principes toxiques que le rein altéré pouvait ne plus laisser passer, nous conseillâmes trois jours de suite un verre d'eau de Pullna le matin, à jeun, et l'usage du lait additionné d^une petite quantité d'eau de Vichy. (Tétait le 28 juin; le 30 au soir je suis rappelé : la veille, le temps étant beau, le malade avait été en voiture au bois de Boulogne et s'était promené à pied.

Mais Tanorexie subsistait profonde, et les accès de 'dyspnée nocturne avaient ééé beaucoup plus violents et plus pénibles. Je trouvai le malade haletant, la fece bouffie, les lèvres violettes, une matité étendue exiistait dans la région précordiale, avec un double bruit de frottement soperfidel, bruit de cuir neuf très-fort, qui s'entendait dans toute la région mammaire. Aux deux bases on percevait un râle sous-crépitant plus fin et plus étendu que l'avant-veiUe, mais obscur et éloigné, accompagné de matité et d'une (^gophonie tellement caractérisée qu'on ne pouvait mettre en doute l'existence d'un double épanchemenL La respiration était fréquente, suspirieuse et entrecoupée d'expiration soufflée. Le pouls était fréquent, mais régulier; la chaleur était médiocre; un léger degré d'infiltration existait aux régions circummalléolaires ; le foie paraissait plus volumineux que l'avant-veille. Nous conseillâmes un large vésicatoire sur la région précordiale, la diète lactée et le soir une btue pill de 15 centigrammes. Nous dûmes alors dire à la lamille du malade que les complications^ dont nous avions parlé comme d'un danger possible, étaient survenues menaçantes, multiples, probablement d'un dénoûment prochain ; on nous demanda de nous adjoindre un troisième médecin, et je réclamai le concours du docteur Henry Gueneau de Mussy, qui avait eu en Angleterre de fréquentes occasions d'observer ces complications urémiques : soit que cette affection ait plus éveillé l'attention des médecins anglais que la nôtre, soit que la goiUte étant beaucoup plus commune en Angleterre qu'en France, cette dyscrasie, qui est une des formes de la cachexie goutteuse, y soit, en efiet^ plus eom-

DE L'àLBOMINURIB LàTRITE. 25§

mune. Le lendemain matin nous nous réunîmes auprès du malade ; il a^ait eu pendant la nuit des accès de dyspnée très-pénibles, cependant il avait pu dormir dans son lit ; la matité précordiale avait diminué, et le bruit de cuir neuf, quoique très-net, était beaucoup moins fort que la veille. Les deux épanchements pleurétiques avaient disparu, en revanche la sous-crépitation bronchique était plus distincte et plus étendue; malgré cette amélioration incontestable, la persistance de la dyspnée me confirma dans mes craintes. Nous conseilMmes au malade un drastique, racine de jalap 0,75, de larges applications sur le tronc de cataplasmes sinapisës^ et la continuation de la dicte lactée, en ajoutant dans chaque tasse de lait une cuillerée à soupe de rhum jusqu'à concurrence de cinq à six cuillerées.

Le lendemain, nous revîmes tous trois le malade : la nuit avait été des plus angoisseuses, le malade expectorait des crachats rouilles; des râles sousK^rëpitants s'entendaient dans toute la poitrine; l'infiltration des membres inférieurs avait augmenté ; sans qu'il y eût de délire, Tintelligence semblait engourdie; le malade succomba le lendemain matin dans un accès de dyspnée.

Dans le fait suivant, que nous avons observé ces jours derniers à THôtel-Dieu, la toxurie s'est manifestée par des accidents convulsifs et comateux. A [peine avons-nous constaté une très-légère infiltration des membres inférieurs , qui ne modifiait en rien la forme et le volume de ces membres et qui, bornée à une très-petite étendue, ne méritait assurément pas le nom d'anasarque. D'après l'état athéromaleux trèsaccentué des artères sans aucune proportion avec les lésions cardiaques, nous supposâmes que cet homme s'était adonné aux boissons alcooliques; Turine renfermait une petite quantité d'albumine, mais les altérations profondes des reins , leur atrophie , l'épaississement , Toblîtération des artères rénales et par conséquent les troubles considérables apportés-à la circulation et à la nutrition de ces organes témoignaient de leur inaptitude à remplir leurs fonctions éliminatrices. Il y avait là toutes les conditions d'une toxurie que la forme et la marche des symptômes m'avaient fait pressentir et dont l'analyse des urines avait confirmé le diagnostic.

La légère congestion de la protubérance observée après la mort me parait une lésion consécutive ou connexe aux accidents convulsifs plutôt qu'elle n'en a pu être la cause*

Ob3. IV. — Il y a quelques jours, entrait dans mon service i lHôtel-Dieu

un homme de soixante-six ans. Il répondait difficilement et vaguement au£ questions qu'on lui adressait. Cependant il apprit à la religieuse que la veille, et pour la première fois de sa vie^ il avait eu des attaques convulsives.

Quand M. Baréty^ interne du service, arriva auprès de ce malade, il fut témoin d'une attaque de convulsions commençant par un roidissement général de tous les membres (spasmes toniques) suivi de mouvements cloniques des membres^ des yeux, de la mâchoire et de la langue, sans morsure de ce dernier organe, et sans écume à la bouche, après quoi cei homme tomba dans un état comateux.

M. Barcty lui prescrivit des sinapismes, un lavement purgatif et une potion éthérée.

Le lendemain matin, en visitant ce malade, j'apprends que daiis la nuit il a eu sept à huit attaques semblables à celle de la veille. 11 est dans un état d'asphyxie et de coma. Ma pensée se dirigea immédiatement vers la possibilité d'un empoisonnement urinémique. Sa face n'offrait pas trace de bouffissure; à peine la région prétibiale conservait-elle une légère empreinte de ]a pression des doigts. On constatait un prolongement soufflant à la pointe du cœur pendant la systole, les artères étaient athéromateuses.

Pour éclairer le diagnostic, je sondai le malade, et l'examen des urines m'y fit constater la présence de l'albumine en petite quantité.

Cette circonstance me confirma dans le diagnostic d'accidents toxuriques, d'autant plus que la veille on n'avait observé dans l'intervalle des attaques ni hémiplégie, ni aucun autre symptôme pouvant indiquer une lésion cérébrale primitive.

Le malade succomba une heure après la visite.

L'autopsie, faite par M. Baréty, ne lui révéla aucune lésion appréciable dans l'encéphale ; il y avait seulement une légère congestion de la protubérance.

Le cœur et le péricarde étaient enveloppés d'une épaisse couche de graisse ; on trouva les traces d'une ancienne péricardite : adhérences partielles, plaques laiteuses.

Le cœur était volumineux, hypertrophié. Les parois du ventricule gauche étaient épaissies, d'une couleur jaune, friables, sa cavité était dilatée, la valvule mitrale était légèrement rétractée.

L'aorte et l'artère pulmonaire étaient dilatées; de nombreuses altérations athéromateuses furent observées sur la face interne de l'aorle.

Les deux poumons étaient fortement congestionnés, et la base du poumon gauche était le siège d'une hépatisation rouge. Une exsudation fibrineuse, mince, grenue, évidemment toute récente, revêtait la face postérieure des deux poumons.

DE l'albuminurie LATENTE. 237

Les conduits aérifères présentaient une couleur rouge, livide, et étaient remplis d*un liquide spumeux.

Les reins étaient comme noyés dans une couche énorme de graisse; ils étaient atrophiés : l'un d'eux surtout, qui ne mesurait que 6 centimètres de longueur, tandis que l'autre en avait 7. Leur surface était l)osselée, inégale, grenue, d'une couleur violet foncé, piquetée de rouge, çà et là soulevée par quelques petits kystes du volume d'un grain de •chènevis.

L'artère qui se rendait au plus petit des deux reins était en grande partie oblitérée par une dégénérescence athéromateuse. La graisse pénétrait à une grande profondeur, au milieu des éléments glandulaires qui étaient atrophiés; la substance corticale présentait un aspect lardacé, et les pyramides offraient des contours indécis. Quoique atrophiées également dans l'autre rein, les substances médullaires et corticales avaient conservé leur apparence à peu près normale.

Les petites divisions artérielles étaient béantes et d'une couleur blanche opaque ; les bassinets étaient dilatés.

Dyspnée, délire, coma, quelquefois convulsions, telles sont, en effet, les terminaisons les plus communes de cette redoutable maladie, contre laquelle nos ressources thérapeutiques sont si peu efficaces. Le docteur Henry Gueneau de Mussy m'a dit cependant avoir vu en Angleterre •quelques malades échapper à ces crises urémiques ; le traitement employé avait été le même que celui auquel nous avons eu recours : purgatifs énergiques, révulsifs, diète lactée: il m'a dit avoir obtenu de bons «ffets de bains d'air chaud, dans des cas où des complications de phlegmasies cardio-pulmonaires semblaient menacer d'une mort prochaine; fcien entendu que le succès n'était que passager, et qu'après avoir échappé à une ou plusieurs crises de toxurie, le malade finissait par succomber aux conséquences d'une lésion iri^émédiable. Il y a une trentaine d'années, j'ai essayé les bains de vapeur ou les fumigations sèches •de baies de genièvre dans l'anasarque albuminurique, mais j'ai vu à la suite d'un de ces bains un malade succomber en quelques heures à une congestion œdémateuse du poumon ; j'ai pensé que le bain de vapeur avait pu contribuer à cette terminaison, et, depuis lors, quand j*ai employé ces bains chez des albuminuriques, j'en ai limité l'application, en général, à la moitié inférieure du corps; on a ainsi l'avantage, tout en faisant appel à la sécrétion cutanée, de provoquer sur les parties inférieures une action révulsive qui peut agir dans un sens favorable à la résolution de la congestion pulmonaire, et, d'une autre part, on ne ris-

que pas d'augmenter celle-ci. Je dois faire remarquer que, dans le cas où j'ai pu attribuer à ce bain une influence fâcheuse, je Tavais employé chez un malade atteint d'anasarque albuminurique, tandis que chez les malades qui nous occupent ici, il y avait albuminurie sans anasarque, et cette différence très-importante peut modifier les indications et les effets du traitement.

BB MJL POIâYIJBIB ET BE SON TRAITEIIEIVT (!}.

Sommaire, — Obsenrations de polydipsie-poljurie.

La polydipsie précède-t-elle la polyurie, ou loyenement? La clinique montre qnt Tordre d'apparition des deux phénomènes est variable.

Ganses diverses : Troubles de Tinstinct de la soif, traumatismes» émotions morales» hérédité.

Caractères de Turine. — Autres symptômes : soif, sécheresse de la peau, troubles dyspeptiques^ affaiblissement des facultés génitales, anémie.

La polyurie est une névrose.

Indications thérapeutiques. — Divers agents médicamenteux ; bons effets de la belladone. Bains sulfureux. Hydrothérapie.

Messieurs ,

Pendant Thirer de 1864, je reçus dans mes salles une jeune fille de vingt ans, grasse, ayant au premier abord les apparences de la farce ; mais la boufBssure et l'empâtement de ses traits, la teinte violâtre de ses joues, la mollesse et la flaccidité de ses chairs portaient Tétiquette du lymphatisme, pendant que la coloration jaunâtre de la peau, autour du nez et de la bouche, accusait un certain degré d'anémie.

Cette jeune fille était tourmentée depuis son enfance par une soif insatiable, ardente ; en même temps, elle urinait beaucoup. Elle estimait à 12 litres la quantité d'urine qu'elle rendait chaque jour, évaluation qui n'avait rien d'invraisemblable; car, après plusieurs jours d'un traitement qui avait déjà modifié notablement la diurèse, elle rendait encore 6 à 7 litres d'urine dans les vingt-quatre heures.

Pendant toute son enfance elle avait eu de l'incontinence d'urine nocturne. Réglée à douze ans, elle l'avait été régulièrement depuis cette époque. Le flux cataménial était peu abondant et remplacé, après une

(i) Gazette des hôpitaux, 22, U août 1871, n** 99 et 100.

courte durée, par un écoulement leucorrhéique. A chaque époque, elle éprouvait de la céphalalgie, des vertiges et un gonflement de la face.

L'appétit était modéré ; deux portions lui suffisaient. Elle n'a jamais présenté cette boulimie qui accompagne quelquefois le diabète sucré. Chaque jour elle buvait trois ou quatre pots de tisane et une quantité d'eau qu'elle ne peut exactement apprécier. Elle nous a montré, sur ses jambes, deux taches bleuâtres, traces de bulles qui s'y étaient développées Tan dernier, et pour lesquelles elle fut traitée h Thôpital Saint- Louis. Ces bulles, d'après la description qu'elle en donne, devaient être du pemphigus.

Pour des raisons que j'exposerai plus tard, je prescrivis à cette malade l'extrait de belladone à la dose de 1 centigramme deux fois par jour. La tolérance fut complète; la pupille ne fut pas dilatée. La soif diminua, et bientôt après la diurèse. Cet effet de la belladone était d'autant plus remarquable que cette substance produit ordinairement une sécheresse de la gorge qui appelle l'ingestion des boissons.

Le troisième jour, la dose fut portée à 2 centigrammes le matin et 2 centigrammes le soir. Deux jours après, la malade en pris 6 centigrammes, et à ma grande satisfaction, sous l'influence de ce traitement, la quantité d'urine tomba de 10 litres à 6 litres, puis à 5, puis à 2 ; et, au bout de quelques jours, elle se réduisit à un litre et demi, c'est-àdire au chiffre physiologique. La soif, qui avait diminué avant que la diminution des urines fût appréciable, était tout à fait normale. Un pot de tisane lui suffisait pour toute la journée.

Cet ordre de régression des phénomènes morbides pourrait être invoqué en faveur de l'opinion qui fait de la soif le phénomène initial et lui subordonne la polyurie.

En même temps que j'administrais la belladone à l'intérieur, je cherchais à exciter la sécrétion cutanée qui, dans l'état hygique coinme dans les maladies, est souvent le pondérateur et presque l'antagoniste de la sécrétion rénale. Je fis prendre à la malade des bains sulfureux.

La polyurie avait, par les pertes imposées à l'organisme, ou peut-être aussi par le trouble nutritif dont elle était l'expression, favorisé le développement de l'anémie. Les ferrugineux étaient indiqués ; parmi les préparations martiales qui s'offraient à mon choix, je préférai le perchlomre, parce qu'il avait été préconisé dans la polyurie; en même temps^ pour tonifier les organes digestifs et combattre l'élément lymphatique auquel les bains sulfureux s'adressaient déjà avec opportunité, je donnai

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pour boisson à la malade de la décoction de feuilles de noyer, édulcorée avec du sirop d'écorces d'oranges.

Je maintins la malade sous cette médication pendant plusieurs semaines après sa guérison, et je ne la suspendis que graduellement, en administrant la belladone à des intervalles de plus en plus éloignés, méthode que j*ai adoptée dans toutes les maladies de longue durée, et qui a pour objet de ne pas soustraire trop brusquement Torganisme à Faction du modificateur qui a rétabli son harmonie fonctionnelle, et de consolider par Thabitude ce retour à l'activité normale si longtemps pervertie.

Le 7 décembre 1866, entra dans mon service un homme de trente-cinq ans, charpentier; il avait toujours joui, assure-t-il, d'une excellente santé jusqu'au mois de mars de cette année ; il n'a jamais eu ni syphilis, ni rhumatismes; sans avoir des habitudes d'ivrognerie, il avoue s'être enivré quelquefois.

Le 7 mars précédent, cet homme, occupé aux travaux de son métier, fit une chute d'un lieu élevé ; il éprouva une forte commotion, cependant il ne perdit pas connaissance immédiatement; mais, le lendemain, ce phénomène se produisit, et il resta trente-six heures inconscient. A la suite de cet accident, il fut transporté à l'hôpital; il n'étaitpas, à proprement parler, paralysé, mais il éprouvait une grande faiblesse dans les membres, surtout dans les membres inférieurs. Le 31 août, il quitta l'hôpital l^ien portant. Le l** octobre, il éprouva, pour la première fois, des crampes dans les pieds et dans les jambes. Depuis lors, il y est resté sujet ; elles reviennent jusqu'à cinq ou six fois par jour. La marche prolongée les provoque.

Depuis la môme époque, c'est-à-dire depuis le l'"^ octobre, il commença à être tourmenté par une soif très-vive, obligé de boire beaucoup pour la satisfaire, et la quantité des urines excrétées devint très-abondante, moindre a^pendant, dit-il, que celle des boissons ingérées ; il en rendait 10 litres par jour; il prétend qu'au début elles étaient noirâtres, couleur de marc de café ( il faut, on le sait, accepter avec une grande réserve ces comparaisons des malades, qui sont souvent très-inexactes); elles laissaient déposer un sédiment abondant; en même temps, les facultés viriles s'éteignirent; l'appétit diminua.

Telle était la situation du malade quand il entra à l'Hôtel-Dieu. Alors les urines étaient limpides; elles ne contenaient ni albumine ni sucre. La couche inférieure, examinée au microscope, ne renfermait pas de globules sanguins ni de pus. La peau était sèche. Il dormait bien, mais il restait faible. La marche ramenait les crampes et les envies d'uriner.

On constatait dans les vaisseaux du cou un souffle diastolique très-intense.

GUENEAU DE MUSSY. — Clin. vtM. H. -^ 16

Je le soumis au traitement précédemment indiqué, et j'obtins une amélioration rapide ; mais, dans le mouvement rétrograde de la maladie, la prédominance de la soif sur la diurèse se maintint, et il buvait encore 6 litres quand il n'en urinait que U; j'arrivai à obtenir encore une diminution de 1 litre à 1 litre et demi; mais le malade quitta l'hôpital avant d*ctre parfaitement guéri. J'ajouterai que l'emploi de la belladone avait amené chez lui un peu d'amblyopie.

La polydipsie ne doit pas être confondue avec la dipsomanic ; Tune est une exagération, l'autre une perversion de Tinstincl. Ces deux anomalies peuvent coïncider, le fait suivant en est un exemple ; et voilà pourquoi je le rapporte ici, quoiqu'il ne nous fournisse aucun renseignement pour la solution de la question thérapeutique, qui est le principal objet de nos recherches.

Un homme de vingt-sept ans, chaiTetier, entre à THôtel-Dieu le 17 septembre 1866. Ses parents ont succombé, dit-il, à des maladies accidentelles, il ne peut nous donner aucun renseignement sur leur santé; il sait seulement que son père était buveur, et lui, fidèle aux traditions de son métier comme à celles de sa famille, s'est de bonne heure adonné à l'usage des alcooliques. Il est trop commun de voir des vices acquis par les parents se transmettre aux enfants, en dehors même de toute influence de Texemple, par une prédisposition innée; et la responsabilité morale de l'homme s'étend ainsi et se prolonge au-delà de son existence individuelle. Notre malade but d'abord de l' eau-de-vie, mais la satiété amena le dégoût, il se rejeta sur le vin, et, poussé par la soif en même temps que par sa passion, il en buvait, depuis l'ûge de dix-huit ans, 6 à 8 litres par j^ur sans avoir jamais été ivre. J'ai vu d'autres polydipsiques qui avaient acquis avec leur maladie cette tolérance pour les alcooliques. Il urinait beaucoup et souvent. Depuis son enfance, il est sujet aux migraines, névrose qui n'est pas rare che2 les buveurs; il est aussi sujet à la gastrorrhée et rejette le niatin à jeun des pituites. Ses urines laissent un dépôt sédimenleux; ses artères sont légèrement indurées et flexueuses ; sur le trajet de la radiale gauche, existe une dilatation ampullaire, une sorte de petit anétrysme.

A la pointe du cœur, on constate un prolongement soufflant au premier temps. Cet homme est sujet à des éruptions de lichen, de furoncles et d'acné, dont sa peau porte des traces nombreuses. Migraines, furoncles, induration des artères, voilà plusieurs symptômes qu'on obsei^ve dans l'arthritisme. Peut-être ce malade a-t-il puisé ce principe diathésique dans ses antécédents héréditaires? Mais il faut se rappeler que l'alcool, en altérant ou en diminuant le travail nutritif, peut produire des lésions plus ou moins

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analogues à celles de Tarthritisme, comme à celles que la vieillesse amène à sa suite.

Bien que chez cet homme, habitué à une vie très -active^ les fonctions éliminatrices aient paru acquérir un surcroit d'activité, cet alcool, sans cesse brûlé dans l'organisme, a laissé dans beaucoup d'organes des traces de son passage. Il tousse depuis longtemps, il a eu même quelques crachements de sang; il est sujet à des accès de dyspnée et Ton constate de l'emphysème à la base du poumon droit N'y aurait-il pas là un commencement d'asthme? Ce pourrait être encore regardé comme une présomption d'ar* thritisme. Mais il faut songer que l'alcool, éliminé en si grande quantité par la muqueuse bronchique^ peut réclamer une part dans le trouble des fonctions respiratoires. Le foie^ organe d'épuration placé à Tavantgarde de l'appareil nutritif, est devenu, sous ce stimulus anomal, le siège d'un travail congestif, comme l'atteste son augmentation de volume. L'estomac manifeste par la dyspepsie et les régurgitations pituiteuses la gastrite alcoolique; enOn le système musculaire est très-peu développé chez cet homme, ce qui pomTait faire penser que le processus nutritif souffre et est en déchet.

Ce n'est pas, du reste, pour ces troubles de la nutrition ou pour les acci" dents polyuriques que ce malade est entré à l'Hôtel-Dieu : il souffrait depuis sept à huit mois d'une névralgie sciatique du côté gauche, dont la persistance l'a forcé à interrompre son travail ; la sciatique est très-souvent de racine arthritique, mais, comme d'autres névralgies, elle peut succéder à l'impression du froid et surtout du froid humide. Parmi les coefGcients étiologiques qui ont pu influer sur le développement de cette aff*ection, nous devons ajouter aux renseignements fournis plus haut, que cet homme habitait avec une blanchisseuse un grenier dans lequel celle-ci faisait sécher son linge.

La névralgie avait suivi une marche ascendante; elle avait débuté paf l'extrémité postérieure du quatrième espace intermétatarsien, et plus tard s'était étendue jusqu'à l'échancrure sciatique* Mais les élancements douloul^ux partaient toujours du foyer primitif, où la pression constatait une sen* sibilité morbide. On eh constatait également au niveau de la tête de l'astragale, au niveau de la tête du péroné, du bord postérieur du grand trochanter, de Féchancl'ure sciatique, de l'épine iliaque anléro-supérieure et de la crête iliaque. La sensibilité tacUle ne semblait pas diminuée dans lé tnembre malade; la sensibilité à la chaleur paraissait augmentée. Parle toucher rectal et par la palpation abdominale on ne trouvait, vers les origines du nerf, aucune tumeur qui pût expliquer cette névralgie. D'ailleurs, la marche des douleurs et leur direction rendaient peu vraisemblable qu'oli eût aff*aire à une névralgie symptomatique.

On avait inutilement appliqué des vésicatoires sur le trajet du nerf.

Je fis faire au malade des injections sous-cutanëes avec un naélange de dix gouttes de solution de morphine et de dix gouttes de solution d'atropine, et je constatai ce que depuis bien des années j'avais observé, c'est que, loin de se neutraliser dans tous leurs effets, l'atropine et la morphine ajoutent leurs propriétés calmantes. Ainsi, ces vingt gouttes de mélange soulageaient le malade beaucoup mieux que quinze gouttes de la solution morpbinée.

En même temps, je fis prendre au malade des bains avec 100 grammes de sous-carbonate de soude et 6 gi*ammes d'arséniate de soude.

La névralgie fut assez rapidement apaisée, et la soif diminua ; la sortie du malade ne me permit pas de compléter cette observation.

Résumons les enseignements que nous offrent les deux premières.

Elles nous présentent, à un degré modéré, les caractères de l'affection désignée sous le nom de polydipsie et de polyurie, parce qu'elle est constituée par deux symptômes dominants : l'exagération de la soif et l'abondance anomale de la diurèse ; on y trouve, en outre, un caractère négatif non moins important, l'absence de glycose dans les urines. Aussi l'a-t-on appelée diabète aqueux, diabète insipide.

Le mot diabète semble indiquer l'idée que les anciens s'étaient faite de la nature de la maladie : les liquides semblent traverser l'organisme comme l'eau traverse un vase percé. Arétée de Cappadoca donne cette • étymologie comme la plus vraisemblable ; puis il indique la connexité qui existe entre la soif et la diurèse; il ajoute que la salive est épaisse et la bouche sèche. Les anciens avaient donné aussi à la maladie le nom pittoresque d'hydropisie du pot de chambre : Hydrops ad matulam.

Des deux phénomènes qui dominent la scène morbide, quel est le fait primordial? La polyurie est-elle la conséquence de la polydipsie, ou les phénomènes morbides s'enchatnent-ils dans un ordre inverse?

L'opinion qui a placé l'origine de la maladie dans une perversion de la soif, dans une sorte de vésanie de cet instinct qui appelle l'ingestion des boissons, a compté de nombreux partisans. Le mot polydipsie en fait foi. Dans les deux cas que j'ai cités plus haut, l'évolution des phénomènes morbides a paru se faire dans cet ordre : l'exagération de la soif a précédé la polyurie.

Il peut y avoir des vésanies de tous les instincts organiques, comme il y a des vésanies des facultés intellectuelles et des sentiments moraux. La boulimie, la pica et la malacia sont des aberrations des instincts ; et la boulimie a quelquefois coïncidé avec la polydipsie.

On peut cependant se demander s'il en est toujours ainsi. La soif

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exprime le besoin des liquides et surtout de Teau, condition essentielle des métamorphoses organiques, nécessaire pour dissoudre les principes introduits dans l'économie, véhicule des substances éliminées, élément constituant de tous les organes. Si, sou$ l'influence de la chaleur, la peau élimine une trop grande quantité d*eau, la soif se développe ; les déperditions d'eau par l'intestin produisent le même phénomène, comme on l'observe daùs le choléra.

On comprend de même que, si une hyperstimulation de la sécrétion rénale entraîne hors de l'organisme une grande quantité de liquide, une polydipsie secondaire pourra se développer.

La question n'est donc pas facile à décider, si nous en cherchons la solution dans les données fournies par la clinique.

Souvent la proportion des urines l'emporte sur celle des boissons ingérées. Il est vrai que les aliments renferment une proportion d'eau considérable. On n'a pas déterminé si, dans ce cas, la perspiration cutanée et pulmonaire ont leur activité normale ; et cette appréciation serait nécessaire pour mesurer l'excès d'activité sécrétoire que les reins ont acquis. La prédominance de la diurèse sur la soif ne suffit pas pour juger la question.

La clinique nous montre donc, tantôt la polydipsie dominant la polyurie, tantôt celle-ci paraissant le phénomène principal.

L'expérimentation physiologique a fait constater à iM. Claude Bernard qu'en piquant à des hauteurs différentes le plancher du quatrième ventricule, on produisait, tantôt la glycosurie, tantôt la polyurie. Cette expérience nous prouve que ces affections peuvent avoir leur origine dans une lésion nerveuse. Mais elle ne nous dit pas sur quelle fonction cette lésion retentit primitivement

Peut-être le processus morbide ne suit-il pas toujours le même ordre. On conçoit que, dans certains cas, la polydipsie soit le phénomène initial, que dans d'autres elle soit consécutive au besoin de réparer les pertes d'eau produites par une diurèse excessive ; on peut même concevoir que ces deux fonctions, liées dans l'ordre physiologique par une connexité si intime, puissent être troublées simultanément ou isolément.

Chez notre second malade, une chute grave avait déterminé une lésion des centres nerveux, attestée par la faiblesse de l'appareil locomoteur; cette faiblesse persistait quand la polydipsie se manifesta. Celle-ci diminua avant la diurèse qu'elle avait précédée. Les reins avaient probablement contracté une habitude fluxionnaire qui ne cessa pas immédiatement quand la soif s'apaisa. Cette circonsiance ne me

paratt pas infirmer la priorité du phénomène polydipsique ; on pourrait même dire que, si la diurèse avait commencé la scène morbide, sa persistance aurait dû entretenir la soif. Le môme ordre dans la régression des phénomènes morbides fut observé chez notre première malade. Des émotions morales ont précédé quelquefois l'affection qui nous occupe, et peuvent avoir joué dans son développement le rôle qu'elles jouent dans l'origine d'un grand nombre de maladies (1).

L'hérédité, l'élément étiologique le plus important des affections chroniques, peut intervenir dans la production de la polyurie. Dans sa thèse très-intéressante, le docteur Lacombe relate l'histoire d'un malade polyurique dont les père, mère, frères, sœurs et enfants l'étaient également. Notre première malade nous racontait que ses frères et sœurs étaient atteints comme elle d'incontinence d'urine nocturne. C'est un foit pathologique distinct de la polyurie ; cependant l'abondance de la diurèse favorise cette incontinence.

Suivant Trousseau, la polyurie aurait des affinités pathogéniques avec le diabète, se rencontrerait dans les mêmes races; il est impossible cependant de méconnaître les différences profondes qui séparent ces deux maladies. Outre l'absence de glycose, l'urine des polyuriques diffère de celle des diabétiques par sa faible densité : tandis que, dans la glycosurie, la pesanteur spécifique, notablement augmentée, oscille entre 1030 et 10/iO, elle n'est que de 1001, 1002, 1003 chez les premiers. Chez ceux-ci, les sels, l'urée, l'acide urique, descendent au-dessous du chiffre nonnal. Mais pour apprécier cette différence, il faut déterminer la quantité de ces substances excrétées en vingt-quatre heures ; car il est bien évident que, la quantité restant la même, mais étant dissoute dans un véhicule aqueux plus abondant, à volumes égaux, l'urine des polyuriques en renfermera une proportion très-inférieure à celle de l'urine normale. A l'occasion du pronostic, nous dirons combien sont différents les retentissements que ces deux anomalies sécrétoires produisent dans l'ensemble des fonctions.

Les malades dont nous avons rapporté l'histoire ne nous ont offert qu'un degré moyen de cette affection ; elle peut acquérir une intensité telle, que ceux qui en sont atteints boivent plusieurs seaux d'eau par jour; et le sentiment de la soif est parfois si impérieux, qu'on a \^ des

(1) Le traumatisme, certaines affections cérébrales pourraient réaliser l'incitation anomale qui, dans les expériences de Claude Bernard, produisait la polyurie. Notre deuxième observation pourrait en être un exemple.

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malades, pour la salisfaire, n avant pas d'autre liquide à leur disposition, avaler leur urine. Cette sensation de soif est accompagnée d une insupportable sécheresse de la. gorge, qu'ils cherchent à apaiser en ingurgitant à la fois une grande quantité de liquide. Quelques-uns en boivent plusieurs litres de suite, ce qui produit parfois une sensation de pesanteur et de froid douloureux d-ins la région épigastrique. La dilatation de Testomac et de la vessie en est la conséquence habituelle. La peau devient sèche, quelquefois écailleuse.

Nous avons dit que les facuitt'îs génésiques n'étaient pas ordinairement abolies, mais elles sont le plus souvent alTaiblies, comme cela a lieu dans la plupart des maladies qui troublent la nutrition.

Tandis que la boulimie n'est pas rare chez les diabétiques, on ne l'observe que très-rarement chez les polyuriques, qui sont habituellement dyspeptiques. J'ai hâte d'ajouter, cependant, que beaucoup de diabétiques le sont également. La fréquence de la miction produit l'agrypnie ; l'anémie accompagne ordinairement tous ces désordres, et souvent il y a de l'amaigrissement.

Quelques malades acquièrent, sous l'influence de cette afl'ection, une tolérance pour les alcooliques q\i'ils ne possédaient pas auparavant. Trousseau en a cité des exemples ; j'en ai moi-même observé plusieurs. La combustion devient-elle plus active ou l'élimination par la nluqueuse pulmonaire est-elle plus rapide? Chez le malade dont j'ai rapporté l'observation, qui était un dipsomane, on pouvait faire valoir l'influence de l'habitude qui rend quelcjuefois l'organisme insensible à des poisons très-énergiques. Mais cette explication ne peut pas toujours ôlre invo^quée; dans quelques cas, la polyurie paraît être une condition de tolérance pour les alcooliques.

Le diabète insipide a été généralement regardé comme beaucoup moins dangereux (jue la glycosurie. Trousseau a protesté contre cette opinion. Il croit même que, dans certains cas, la polyurie constituerait une afl'ection plus grave que le diabète sucré. Les obser\\itions qu'il cite à l'appui de cette assertion ne sont pas très-concluantes. Chez deux de ses malades, on avait trouvé un peu de glycose dans les urines; ce n'était donc pas de la polyurie simple. Il résulte des recherches du docteur Lacombe, qui a analysé un grand nombre d'observations, que la polyurie n'amène pas ordinairement des troubles graves dans la santé, et n'entraîne pas avec elle, au même degré que la glycosurie, l'afiaiblissement général, ni l'altération d(^ la vue», ni une dépression aussi constante et aussi profonde des facultés génitales. Cependant la polyurie qui débute

dans Tâge adulte paratt plus grave que celle qui se développe dans Tenfance.

Comme le diabète, la polyurie peut cesser ou être suspendue sous l'influence des maladies intercurrentes. Lacombe et Trousseau en ont cité des exemples.

L'analyse des symptômes, les recherches étiolo'giques, Texpérimentation physiologique, autorisent à placer dans le système nerveux le point de départ de cette affection. Des esprits avides d'explications et faciles à contenter ont prétendu que la paralysie des vaso-moteurs était la condition intime du phénomène. Depuis les beaux travaux de Claude Bernard, des disciples, qu'il désavoue^ ont fait de l'action vaso-motrice un passe-partout physiologique. Sous une fausse apparence scientifique, ils remettent en scène la vieille théorie méthodiste du strictum et du laxum. On déplorerait ces exagérations ridicules et ces déductions illogiques qui pourraient compromettre les plus belles découvertes de la science, dont elles faussent l'interprétation, si l'histoire ne nous apprenait que toutes les grandes vérités ont passé par ces épreuves. Il est peut-être nécessaire qu'on en exagère la portée pour qu'elles gardent leur place légitime dans Tesprit humain. Après Aselli, après Harvey, les lymphatiques et la circulation du sang ont tout expliqué. Le spasme d'Hoffmann, la congestion de Stahl, les fermentations de Sylvius, l'irritabilité de Baglivi et de Haller, ont dominé toute la pathologie. A chaque pas qu'il fait dans la science, l'homme a:ime à se persuader qu'il a atteint le dernier échelon.

Ainsi la polyurie ou polydipsie peut être regardée comme une névrose, et c'est aux médications dont Tefficacité a été constatée dans le traitement des névi*oses qu'il convient de s'adresser pour la combattre.

La première indication est de chercher à régulariser l'action nerveuse.

Il faut ramener à ses conditions d'activité normale la fonction uropoétique, calmer cette vésanie de la soif, qui parait être, dans quelques cas au moins, le premier anneau de^a chaîne morbide.

Si, comme cela est habituel, les malades présentent des symptômes de dyspepsie, on devra chercher à stimuler et à régulariser l'action digestive. L'exagération delà soif est un phénomène commun chez les dyspeptiques. Il convient aussi d'exciter l'action cutanée, si importante pour l'équilibre de la santé, si souvent troublée dans les maladies, et qui, dans l'état physiologique, semble balancer et compenser la fonction rénale.

Enfin l'anémie, bien qu'elle soit ordinairement consécutive dans ce

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cas, réagit, comme nous l'avons dit, sur les troubles d'innervation dont elle est la conséquence, les aggrave et devient une source d'indications.

Je ne m'arrêterai pas sur cette méthode qui consiste à priver les malades de boissons, et qui aurait obtenu quelques guérisons; elle a pour fondement l'incontestable empire que l'habitude exerce sur toutes nos fonctions : la faim, la soif, le sommeil, l'exercice, le besoin d'excréter et d'ingérer peuvent être modifiés par elle. Mais on ne peut adresser ce mode de traitement qu'à des malades d'une énergie morale exceptionnelle ; défendez de boire à des gens qui boivent leur urine quand ils n'ont pas d'autre moyen d'apaiser la soif qui les dévore, et vous échouerez infailliblement. Cependant il y a quelque chose à prendre dans cette idée, et, en même temps que vous recourez à d'autres moyens, il faut recommander aux malades de boire le moins possible, de boire, lentement et peu à la fois, de garder le plus longtemps possible dans leur bouche la boisson qu'ils doivent avaler, pour diminuer cette sécheresse pharyngienne qui est un des excitants de la soif.

Parmi les modificateurs de l'action nerveuse dont on a tenté et préconisé les effets dans la polyurie, je citerai, en première ligne, l'opium, qui a été opposé depuis longtemps aux différentes espèces de diabètes. Graves affirme avoir vu réussir la poudre de Dower chez les polyuriques. Je l'ai essayée il y a une vingtaine d'années sans résultat; mais je ne l'avais pas porlée, il est vrai, à des doses aussi élevées que celles qui ont été indiquées par l'illustre maître irlandais.

La valériane a été vantée par quelques médecins, surtout sous forme d'extrait. Boyer s'est loué de son emploi. Trousseau cite l'observation d'un homme chez lequel 10 grammes d'extrait de valériane, administrés pendant plusieurs jours, ont amené un amendement considérable. J'ai rencontré des malades qui avaient été inutilement traités par cette médication, et les essais que j'en ai faits, avec la poudre mêlée à du miel pour lui donner la consistance d'électuaire, ne m'ont conduit à aucun résultat décisif.

Prescrit dans le même ordre d'idées; le camphre a aussi compté quelques partisans.

Trousseau avait essayé la belladone à petites doses; mais elle ne fut pas tolérée. Le malade chez lequel il l'administra éprouva des accidents d'intoxication atropique, et le fait est d'autant plus remarquable que le même malade supportait sans aucun trouble des doses considérables d'alcool ou de vin. Cette intolérance força à en suspendre l'emploi. J'ignorais ce fait quand j'expérimentai ce médicament dans la polyurie,

et je m'en félicite; car l'autorité de Trousseau m'eût probablement détourné d'entrer dans cette voie. J'y fus conduit par une observation qui m'avait vivement frappé en 1854.

Je fus appelé la nuit, dans le faubourg Saint-Germain, auprès d'un enfant atteint de faux croup. Après avoir administré l'ipéca, je prescrivis une potion, avec un centigramme d'extrait de belladone délayé dans 100 grammes de véhicule. Après chaque cuillerée à café de cette potion, la peau de l'enfant se couvrait d'une éruption érythémateuse spéciale, les pupilles se dilataient ; en un mot, l'impression de la belladone sur l'organisme se manifestait par des phénomènes caractéristiques et trèsaccentués. Le lendemain, quand je retournai voir l'enfant, on me dit qu'il n'avait pas uriné. J'explorai la région hypogastrique par la palpation et la percussion, et je constatai que la vessie était vide ; la position sus-pubienne de cet organe, chez l'enfant, en rend l'exploration bien plus facile et plus complète que chez l'adulte. Le soir, Yanurie persistait, et je trouvais un son clair et une absence de toute rénitence dans la région vésicale. Ce ne fut qu'au bout de plus de vingt-quatre heures que l'enfant urina.

Quinze jours après, chez un autre enfant du même quartier, je suis appelé dans les mêmes circonstances. J'institue le môme traitement et j'observe les mêmes phénomènes; ce dernier, également au bout de vingt-quatre heures, n'avait pas rendu d'urine, et je m'assurais de la vacuité de la vessie. Ces faits (que j'ai racontés, en 1868, à la Société de thérapeutique) me lirent penser que la belladone diminuait la sécrétion rénale, comme die diminuait les sécrétions de la muqueuse phanngienne. Je me suis demandé si ce ne pouvait pas être un des éléments de son action dans l'incontinence d'urine nocturne, et, s'il en était ainsi, son emploi se présentait naturellement à l'esprit dans les cas où la polyurie constituait sinon le phénomène primordial, du moins le phénomène le plus saillant de l'état morbide. De plus, la belladone, comme l'opium, excite l'action des glandes cutanées, antagonistes de la glande rénale ; enfin, la belladone est, parmi les agents thérapeutiques, un des plus puissants modificateurs du système nerveux, un de ceux dont l'efficacité a été le plus souvent éprouvée dans les né\Toses.

Tous ces motifs me décidèrent à l'employer. Mais, quand je le prescris, je me suis fait une règle de toujours commencer par de très-petites doses ; de tous les stupéfiants, c'est un des plus capricieux, un de ceux dont il est le plus difficile de prévoir d'avance la portée. En ce moment, nous avons dans nos salles une femme qui a éprouvé de véritables acci-

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dents toxiques après Tapplication sur la région épigastrique d'un emplâtre renfermant de l'extrait de belladone, emplâtre que j'emploie tous les jours depuis plus de vingt ans chez les enfants comme chez les adultes, sans en avoir jamais observé d'inconvénients. J'ai vu chez une dame un cataplasme de feuilles de belladone, prescrit par Chomel, produire des accidents inquiétants. J'ai vu deux fois du délire provoqué par deux à trois centigrammes d'extrait de belladone appliqués sur des hémorrhoîdes douloureuses. Aussi je ne débute jamais chez ladulte par une dose de plus d'un centigramme d'extrait, et je reste souvent audessous.

Je commençai chez ma malade par prescrire une pilule d'un centigramme d'extrait de belladone le matin et autant le soir. Le troisième jour, aucun signe d'intolérance ne se manifestant, les pupilles n'étant même pas dilatées, je portai la dose à quatre pilules. Le cinquième jour, guidé par les mêmes signes, je pus en donner six. La diminution de la soif d'abord, puis de la diurèse fut si prononcée et si rapide, que je n'eus pas besoin d'aller au delà de cette dose, sous laquelle je maintins l'organisme pendant un temps suffisant pour assurer la persistance de la modification obtenue ; je voulais enraciner cette habitude d'action normale, substituée à une habitude vicieuse ; et suivant la loi que j'observe toujours dans les affections qui ont impressionné profondément l'organisme par leur durée ou par leur intensité, au lieu de supprimer brusquement le médicament, j'en distançai les doses par des intervalles de plus en plus éloignés. En môme temps, ce qui sans doute est contraire aux règles d'une expérimentation rigoureuse, mais ce qui me paraît conforme aux devoirs du médecin, j'employais des auxiliaires. La guérison du malade est le but suprême, et nous ne devons négliger aucun des secours qui peuvent nous aider à l'atteindre. Tandis que je cherchais à endormir l'activité du rein et l'excitation de la soif, je faisais appel à l'action de la peau par les bains sulfureux qui remplissaient en outre l'indication de tonifier l'organisme. Je fis mettre dans chaque bain vingtcinq à trente grammes de polysulfure de sodium. Je préfère ce composé sulfureux au polysulfure de potassium, parce que, dans le commerce, il est en général plus pur, plus homogène ; parce que le sulfure sodique est l'élément minéralisateur de la plupart des sources sulfureuses thermales, que nous cherchons à imiter ; enfin parce que les sels sodiques ont en général plus d'affinité pour l'organisme animal que les sels à base de potasse.

Quant aux doses qui paraîtront beaucoup trop modérées à ceux qui

suivent la formule banale de ceiit à cent vingt-cinq grammes de polysulfure par bain, je répondrai que les bains ainsi composés sont souvent trop excitants, et que les bains le plus puissamment minéralisés des Pyrénées, ceux de Baréges, de Cauterets, de Luchon, ne renferment pas rftjr grammes de monosulfure par bain; ceux des Eaux-Chaudes n'en renferment pas deux grammes. En admettant que les eaux naturelles soient plus actives que les eaux artificielles, je crois qu'en multipliant par deux ou par trois le chiffre de l'élément sulfureux dans les différentes sources, on compensera la supériorité d'activité qu'on peut supposer leur devoir être attribuée. Cette énergie plus grande dépend peut-être moins, d'ailleurs, de la constitution chimique que du milieu ambiant et des autres conditions hygiéniques dans lesquelles elles sont administrées. Depuis bien longtemps, j'ai adopté cette formule, et je m'en suis bien trouvé, tandis que j'ai vu plusieurs fois des inconvénients résulter des doses plus élevées qu'on emploie habituellement. Ici d'ailleurs, comme dans toute médication, il faut s'abstenir de toute formule empirique, et, pour doser la minéralisation des bains minéraux artificiels, il faut consulter les effets obtenus, étudier la tolérance de chaque malade, et régler, d'après ces données, la durée, le nombre, la température, la composition chimique de ces bains. J'insiste sur ces détails, parce que je vois trop souvent une thérapeutique à formules banales remplacer cette médecine des indications dont les grands mattres ont tracé les préceptes, et qui seule élève à la dignité d'art l'exercice de notre profession.

S'il existe une complication chloro-anémique très-accentuée, les ferrugineux seront prescrits concutremment avec les moyens précédents. Je l'ai fait chez notre première malade ; le docteur Legroux a, dans un cas de polyurie, employé avec succès le perchlorure de fer, que ses propriétés astringentes lui avaient fait préférer. Nous sommes trop ignorants des transformations que les divers composés ferreux subissent avant d'être absorbés, pour affirmer les différences d'action qu'ils exerceront sur l'organisme d'après leurs propriétés topiques. Cependant on s'accorde à attribuer des propriétés astringentes aux persels de fer et au perchlorure en particulier. Rien ne prouve, du reste, dans le cas cité par Legroux, qu'il ait réussi à ce titre plutôt que comme modificateur de l'hématose et de l'innervation.

Si ces médications échouaient, si, comme dans le cas de Trousseau, la belladone n'était pas tolérée, ou môme en dehors de ces circonstances, si l'état anémique, si les troubles dyspeptiques étaient très-prononcés,

DE LA POLYURIE. 253

je irhésiterais pas à conseiller l'hydrothérapie, qui se recommande au médecin dans cette affection comme un des puissants modificateurs et harmonisateurs de l'innervation, comme le stimulant le plus efficace de l'activité digestive, comme un admirable incitateur de l'hématose et delà nutrition en général, enfin comme un excitant énergique des fonctions cutanées.

Dans une affection qui tend àjpersister indéfiniment et qui a souvent duré plusieurs années, lorsqu'on est appelé à la combattre, on ne doit affirmer la guérison que quand les troubles morbides ont cessé depuis longtemps, et quand l'ensemble des fonctions est revenu à son type normal ; il faut se défier des récidives, maintenir les malades dans des conditions hygiéniques propres à les prévenir, surveiller l'état général de l'organisme, et en soutenir les forces par un régime bien ordonné.

FISSURE BV COIi DE LA %ESSIE (1)

Sommaire. — Observation. — Artalogie de cette maladie et de la fissure a Tanus.

Messieurs,

Au numéro 15 de la salle Saint-Bernard se trouve une jeune femme accouchée depuis le 14 janvier, et qui n'était pas entrée à l'hôpital pour son propre compte, mais pour y faire soigner son enfant, arrivé au dernier degré d'une cachexie par inanition. Cette femme était accouchée depuis deux mois. Depuis son accouchement, qui avait été facile, elle éprouvait une sensation de cuisson chaque fois qu'elle urinait.

C'est un phénomène qui n'est pas rare après les couches laborieuses^ quand la tête de l'enfant est restée longtemps au passage, et surtout quand par sa position, elle a pressé plus directement sur les organes urinaires, ou quand on a appliqué le forceps ; toutes les fois enfin que le col de la vessie et l'urèthre ont été violemment contus par un traumatisine quelconque. Il y a alors de la dysurie. L'émission de l'urine est douloureuse, quelquefois même impossible, et il peut devenir nécessaire de recourir au cathétérisme.

Chez notre malade, l'affection qui s'était produite avec tant de facilité ne tarda pas à s'aggraver. Au bout de quatre semaines, la miction était devenue très-douloureuse et très-fréquente, A certains moments môme, la malade ne pouvait pas retenir son urine, qui s'échappait pat* un jet subit, brusque, interrompu. Elle éprouvait une douleur, d'abord légèt-e, thais qui devenait atroce à la fin de la miction, et sa prolongeait pendant un quaK d'heure du une demi-heure après. L'urine était mélangée de sang et de muco-pus. Elle laissait déposer une couche jaunâtre qui occupait le quart ou le tiers inférieur du ven'e dans lequel on la recevait, et au-dessus de celle-ci une autre couche d'un rouge sombre, dont la composition, facile à reconnaître au simjile examen direct, était déterminée d'une manière incontestable à l'aide du

(1) Leçon extraite de la Gatette des hôpitaux^ n» 105, 8 septembre 1868.

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