‹ Clinique médicale. v. 2, 1875Chapitre 12 sur 67 · FISSURE DU COL D£ LA V£SS · texte numérisé non relu

FISSURE DU COL D£ LA V£SS

microscope; car on tpouvait en abondance, ici des globules sanguins et là des leucocytes.

La malade n'appela notre attention sur cet dtat que quinze jours après son entrée dans le service, c'est-à-dire deux mois et demi après leur début. Depuis quelques jours, elle avait ressenti des frissons; elle avait perdu l'appétit et le sommeil, elle éprouvait du malaise : en un mot, elle avait de la flèvre.

En ayant égard à la douleur qu'éprouvait la malade à la fin de la miction et pendant le temps qui succédait à cet acte, nous avions à nous demander s'il n'y avait pas de calcul dans la vessie; car lorsque la vessie, en se vidant, applique ses parois sur un calcul qu'elle coiffe en quelque sorte et qu'elle pousse contre son col, si surtout ce calcul est très-dur et irrégulier, comme sont par exemple ceux d'oxalate de chaux, il en résulte une irritation très-douloureuse de la muqueuse. La tunique musculeuse peut redoubler alors ses contractions et augmenter et prolonger ainsi les souffrances des malades.

Je m'enquis en conséquence de la manière dont s'accomplissait le jet de Turine, s'il s'interrompait quelquefois, comme il arrive lorsqu'un calcul vient se placer au devant de l'orifice supérieur de l'urèthre et l'obture momentanément. 11 me fut répondu qu'il y avait en effet des interruptions, mais qu'elles ne se produisaient pas ainsi. La malade éprouvait une sensation de resserrement, un spasme subit du col de la vessie, et le jet d'urine s'arrêtait pour reprendre aussitôt par un mouvement brusque, entrecoupé de nouveau, et ainsi plusieurs fois de suite, avec des douleui*s très-vives. C'était, en somme, le tableau complet de ce qu'on a appelé le ténesmc vésical, et je n'y voyais rien qui caractérisât la présence d'un calcul. Mais quand il est question de calculs, il ne faut pas se contenter de signes rationnels, et toutes les fois qu'on a seulement quelque motif d'en soupçonner l'existence, il est sage de pratiquer une exploration directe avec la sonde. C'est ce que nous fîmes en cette circonstance ; l'opération fut douloureuse et ne nous révéla la présence d'aucun corps étranger dans la vessie. D'un autre coté, une néphrite assez intense pour jeter dans l'urine du sang et du pus comme il y en avait là, eût été accompagnée d'autres symptômes dont nous n'avions aucune trace. Nous ne devions donc pas aller chercher au delà de la vessie l'explication de tout ce mal.

En examinant l'orifice du canal de l'urèthre et le vagin^ nous trouvâmes la muqueuse d'un rouge purpurin assez foncé. Le méat était saillant et trèsinjecté, soit par suite d'une irritation qu'aurait produite le contact du mucopus, soit par propagation de l'inflammation développée à l'origine du canal.

Dans 1 examen que nous avions fait de l'urine, nous nous étions mis en garde contre les causes d'erreur qu'aurait pu occasionner le mélange

des sécrélioiis vaginale et urélhrale; nos observations avaient porté sur de Turine retirée de la vessie à Taide de la sonde, comme on doit toujours le faire quand on examine Turine d'une femme.

Nous nous arrêtâmes au diagnostic : cystite du col avec uréthrite, sans toutefois en être complètement satisfaits, car il ne nous rendait pas un compte suffisant de tous les accidents observés. C'était d'ailleurs ime circonstance assez singulière qu'une cystite avec hématurie se développant après l'accouchement sans autre cause appréciable.

Je consultai à ce propos un de nos confrères de cet hôpital qui s'est occupé d'une manière spéciale des affections des voies urinaires, M. le docteur Voillemier. Il me dit qu'il avait observé un fait semblable et qu'il avait cru pouvoir en déterminer la nature avec certitude.

Dne femme, quelques jours après ses couches, avait été prise de douleurs pendant la miction, avec ténesme, hématurie et tous les mêmes symptômes qu'a présentés notre malade. On pensa à un polype du col de la vessie : une sonde fut introduite, elle ne rencontra pas de polype, mais elle fut retenue par une contraction du col : M. Voillemier diagnostiqua une fissure du col vésical, par dès raisons analogues à celles qui nous font reconnaître la fissure à l'anus.

Le rapprochement était en effet parfaitement légitime. Dans les cas de fissure à l'anus, le passage du bol fécal éveille d'abord une sensation pénible qui se transforme promptement en une douleur vive; et celle-ci, croissant de plus en plus, acquiert une extrême véhémence sous l'influence de la contraction spasmodique du sphincter. Ces phénomènes se prolongent plus ou moins longtemps après la défécation, et puis s'apaisent petit à petit jusqu'à une nouvelle garderobe. N'est-ce pas là le tableau exact de ce qui se passait chez nos malades au moment de la miction ? et n'était-on pas autorisé à rapporter ces mêmes phénomènes à une même cause, une fissure?

Quoi qu'il en soit, M. Voillemier, agissant comme s'il eût eu à traiter une fissure, mit en œuvre le procédé qui a été imaginé par Récamier pour la guérison de la fissure à l'anus, la dilatation forcée. Après avoir chloroformé la malade, il introduisit dans le canal de Turèthre une pince à deux branches longues et minces, de manière à la faire pénétrer jusque dans la vessie, et il la retira en la tenant avec force demiouverte. Le soulagement fut immédiat, et quelques jours après il n'y avait plus de sang dans les urines.

Malgré l'ingéniosité et le succès de cette opération, je préférai, avant d'y recourir, épuiser les ressources d'une thérapeutique moins violente;

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