SUR L* ACTION DES BROMURES DANS LES AFFECTIONS PRURIGINEUSES
Depuis Jors, j*ai plusieurs fois eu à me louer de ce topique, dont j'ai ^arié la .préparation et les auxiliaires suivant les circonstaiioes. Ainsi, je lai prescrit en solution, en pommade. Dans l'observation suivante qui me semble intéressante à plus d*un titre, d'autres agents, concurwmiiient employés, peuvent réclamer une part dans le résultat obtenu. Cependant, en me fondant sur mon expérience personnelle, je ne crois pas me tromper en faisant une part importante au bromure dans l'apaisement des troubles sensitifs.
Obs. I. — Madame D..., âgée de cinquante-sept ans, Tint me consulter le 10 septembre 1871. Sa figure ridée, son teint jaune attestaient de longues souffrances. Elle m'a raconté qu'il y a deux ans, étant allée pour son plaisir à Bagnères-de-Luchon, elle y eut une cholérine suivie d'un état fébrile auquel on donna le nom de fénre muqueuse. Quelque temps après, elle éprouva dans la tâte des démangeaisons atroces, insupportables, se faisant surtout sentir pendant la nuit et accompagnées d'une des<}uamation furforacée profuse «et qui persista longtemps. Quelques années auparavant, «Ue avait été affectée de coliques hépatiques. Il y a quinze mois, un grand malheur vint la frapper : elle perdit une fille aînée qu'elle aimait passionément. Depuis lors, elle sentit 'de nouveau des démangeaisons, mais qui, cette fois, avaient pour siège la vulve ; elles se calmaient durant le jour, mais revenaient chaque soir avec une intensité telle^ que, depuis lors, elles 'ne lui ont laissé goûter presque aucun sonmeil ; elle passait une partie des nuits à se gratter avec fureur^ disait-eUe ; quelquefois, elle éprouvait encore ces démangeaisons quand elle avait fait une longue course. Sa santé était profondément ébranlée par le chagrin, par l'insomnie et par toutes ces dépenses d'innervation. Elle avait essayé un grand nombre de remèdes qui tous avaient échoué.
Interrogée sur ses antécédents de famille^ elle me dît que sa mère était tourmentée par des douleurs articulaires; que sa sœur aînée en souffrait depuis longues années et était condamnée à l'impotence. Pour elle^ elle en a été exempte, mais très-souvent ses urines laissent déposer un sable rouge. Cette uricémie habituelle, jointe à des coliques hépatiques et à l'existence d'affections articulaires chroniques chee sa mère et chez sa 8œm% donne la note de rarthrilisme. A mes yeux, l'arthritisme pouvait être considéré comme le subslratum de ces affections prurigineuses à paroxysmes nocturnes qui la tourmentent depuis deux ans ; ces manifestations herpétiformes ont évolué une première fois sous l'influence d'une maladie accidentelle qui avait affaibli l'organisme^ la seconde fois sous l'ébranlement de violentes secousses morales^ comme cela a lieu si souvent
Je ne pus obtenir de cette malade qu'elle se laissât examiner immédia-
336 CLimOUE MÉDICALE.
tement ; elle alléguait la nécessité de prendre avant cette exploration quelques soins de propreté, et toutes mes instances ne purent triompher de se» répugnances. Elle me donna rendez- vous pour le surlendemain. En attendant les renseignements fournis par un examen plus complet, je fus conduit par les impressions que m'avait laissées son récit sur la nature de son mal, à lui conseiller de faire jusqu'à ma visite des lotions avec une infusion de feuilles d*aconit et des onctions avec la pommade suivante :
Glycérolé d'amidon fait avec la glycérine anglaise neutre. 20 grammes.
Sous-nitrate de bismuth
Bromure de potassium
Galomel à la Tapeur 0,30 cent.
Extrait de belladone 0,15 —
Pour assurer son sommeil, je lui conseillai de prendre le soir deux à trois cuillerées d'une potion contenant 6 grammes de bromure de potassium pour 120 grammes de véhicule.
Quand deux jours après je revis cette malade, elle me reçut avec ces expressions de reconnaissance exaltée, habituelles aux femmes qui ont passé par de pareilles tortures et qui ont trouvé du soulagement.
Pour la première fois depuis plus d'un an, elle n'avait pas éprouvé de démangeaisons et elle avait dormi douze heures de suite. L'examen local me iit constater une faible injection relative de la muqueuse des grandes lèvres qui étaient épaissies et comme empâtées ; tous les tissus circonvoisins étaient d'une teinte pâle, anémique. L'utérus était sain.
J'engageai cette dame à continuer les applications topiques qui lui avaient si bien réussi, et à prendre deux fois par jour une cuillerée à soupe d'une mixture arseniquée que je formulai de la manière suivante :
Sirop de saponaire } ^^^
SiropdeTolu I " 200 g«mmes.
Arséniate de soude préalablement dissout dans l'eau. . . 0,05 cent.
La potion bromurée ne devait être continuée qu'en cas d'insomnie.
L'absence des lésions bien caractérisées de la muqueuse vulvaire, après un prurit aussi violent et aussi prolongé, l'intermittence complète des accidents et leur récurrence nocturne, me firent supposer qu'il s'agissait d'une affection à forme érythémateuse, urticoïde, comme on en observe quelquefois à la paume des mains ou à la plante des pieds dans les races arthritiques.
Depuis quelques semaines, elle toussait un peu, mais cette toux était si peu intense qu'elle ne m'en parla pas.