‹ Clinique médicale. v. 2, 1875Chapitre 17 sur 67 · ÉROTISME DE LA MÉNOPAUSE · texte numérisé non relu

ÉROTISME DE LA MÉNOPAUSE

à engraisser plutôt qu'elle ne maigrit, mais une teinte anémique s'accusa sur les lèvres et les gencives, et elle éprouva quelques phénomènes dyspeptiques auxquels s'ajoutèrent des douleurs vives sur le trajet du nerf sciatique droit. Ayant pratiqué alors le toucher, je constatai que l'utérus était appliqué contre le pubis et qu'une tumeur d'apparence fibreuse, grosse comme une petite pomme, adhérente à l'utérus, occupait le cul-de-sac postérieur, le prescrivis des applications narcotiques qui atténuèrent beaucoup cette névralgie. Vers cette époque, cette dame me confia que son instinct génésique, qui jusque-là avait semblé dormir dans l'inaction, s'était éveillé avec vio» lence à la suite de bains d'Ems qu'elle avait pris par occasion, et sans mon conseil, y étant allée pour y accompagner son mari ; ces excitations étaient devenues pour elle un véritable supplice, se faisant sentir surtout quand elle était couchée : elle se levait, marchait une partie de la nuit sans pouvoir les apaiser ni les oublier, et une ou deux fois un léger attouchement presque involontaire, après des luttes de plusieurs heures, avait amené une crise voluptueuse qui l'avait laissée plus calme, mais épuisée, anéantie, brisée. Sa vertu sévère lui interdisait d'ailleurs tout ce qui pouvait exciter ses sens, et en dehors de ces accès de fureur erotique, son imagination n'était hantée que par les pensées les plus chastes et les plus pures ; elle se reprochait ces sensations et ces désirs sur lesquels sa volonté restait sans contrôle ; elle s'en trouvait humiliée et profondément affiigëe ; ces tourments, qui Fempêchaientde dormir, la torturaient depuis plm^ieurs mois, et elle n'ayaitptts 0ié jufquQ^à m'en faire Taveu. En la rassurant ?ur la responsabilité qi^ sa conscience pouvait assumer daps cps seneatiop^ inyolontaireSi je l^i pre»crivig h n^térj^ur le broqaur^ (ie pp^siiipa, 4^ b»fî» tiè4e8 fï^inéi^és ^vec 2 à ^ ^mmes d'arséniate ^e soude^ et des suppositoires avec ifi l'extrait de belladonci de 1^ ciguë et du camphre. J' obtins assez rapidement, 9inon une eii^tifiction complète, du moins un apaisement considérable de ces symptômes pénibles. L'anémie avait fait des progrès considérables sons l'influence de l'insomnie et de ces dépenses nerveuses de toutes sortes subies par la malade ; craignant qu'elle ne contribuât à augmenter et à entretenir les aberrations et l'excitabilité exagérée du système nerveux, je me décidai à suspendre le bromure, à donner à l'intérieur la médication arsenicale à la dose de 1 à 3 milligrammes d'arséniate de soude chaque joim Je continuai les suppositoires et j'ordonnai un traitement l^ydrothérapiqua* On ne pouvait songer aux préparations ferrugineuses qui excitent l'appareU utéro-ovarien et qui d'ailleurs sont souvent mal supportées par les herpétiques. L'hydrothérapie devait intervenir à la fois comme le plus puissant des reconstituants et comme un régulateur de l'innervation. L'arsenic, qui répondait à l'élément herpétique, me paraissait devoir être un auxiliaire trèsefficace de l'hydrothérapie pour modifier l'hématose et pour modérer l'innervation géi)jt^e|

Ce plan thérapeutique eut un succès complet. La malade reprit de l'appétit, des forces et des couleurs ; les douleurs lombaires et sciatiques s'apaisèrent ; sous Tinfluence de la fatigue, de la station prolongée et du molimen cataménial, la malade en subissait de temps en temps quelques retours, mais elles étaient beaucoup plus supportables. Pour prévenir l'excès de la congestion utéro-ovarienne, qui se traduisait par l'exagération du flux menstruel et par des douleurs lombo-pelviennes, je faisais garder à la malade la position horizontale pendant la durée de ses règles, dont l'hydrothérapie avait d'ailleurs bien diminué l'abondance. Cette précaution^ qui est souvent le moyen thérapeutique le plus efficace dans un grand nombre d'affections congestives de Tutérus, est indispensable dans les congestions qui se lient à la présence de corps fibreux^ comme j*ai eu occasion de le dire ailleurs (1).

Depuis cette époque, il y a cinq ou six ans environ, la malade, qui a aujourd'hui cinquante ans^ a retrouvé la santé ; elle a bien encore éprouvé parfois quelques ressentiments affaibHs de ses misères, mais alors le bromure ou l'arsenic, Thydrothérapie à laquelle' elle se soumet une ou deux fois chaque année, l'ont maintenue dans un équilibre satisfaisant, quoique des épreuves de tout genre soient venues l'assaillir, sans compromettre sérieusement son rétablissement.

Je suis entré dans des détails un peu étendus à propos de cette malade, parce que, depuis vingt-trois ans, elle est soumise à mon observation, et que j'ai pu mieux connaître les détails intimes de sa situation qu'il n'est ordinairement possible de le faire.

Ma dernière observation sera plus courte. La malade n'habite pas Paris; je ne lai vue qu'en passant, et je ne la connais pas assez pour affirmer les conditions morales dans lesquelles elle se trouve, comme je puis le faire pour celle dont je viens de rapporter l'histoire et qui, dans une confiance confirmée par une amitié de vingt années, n'a pu me cacher aucun de ses secrets.

Cette dame^ qui a aujourd'hui une cinquantaine d'années, a été mariée à un homme valétudinaire, dont, pendant de longues années, elle fut la garde-malade plutôt que la femme. Cette situation développa chez cUe^ comme cela a lieu habituellement, une disposition névropatbique à expression vaiiable et mobile. Elle devint veuve vers l'âge de quarante ans, et quand la menstruation commença à se troubler, les désordres d'innervation se localisèrent dans l'appareil générateur, et présentèrent la forme singulière que je vais décrire. Sans aucune provocation de l'imagination^ sans

(1) Vo/ëz Leçon sur le traitement médical des corps fibreux utérins»

KROTiSMB DE LA MENOPAUSE. S219

excitation venue du dehors, au milieu du monde, à table^ pendant le cours d'une conversation banale, elle était prise de spasmes erotiques qui duraient parfois plusieurs heures, et la rendaient presque étrangère à ce qui l'entourait ; elle entendait sans comprendre, répondait sans avoir une conscience nette de ce qu'elle répondait, ne voyait plus, sa figure s'empourprait, la peau se couvrait de sueur, et elle sortait de ces crises voluptueuses involontaires, brisée, anéantie. 11 lui est aiTivé, faisant des voyages en chemin de fer, d'éprouver douze heures de suite, presque sans interruption, ces sensations erotiques, suivies d'un épuisement tel, qu'elle ne pouvait se soutenir qu'avec peine, et était obligée de garder le lit.

Les fonctions nutritives s'altérèrent, bien qu'elle conservât de l'embonpoint ; elle devint très-anémique, très-faible ; elle était désespérée de cette situation qui lui faisait prendre la vie et elle-même en dégoût. Ne dirigeant cette malade que de loin et ne correspondant avec elle qu'à des intervalles éloignés, je ne parvins pas à lui inspirer cette persévérance et cette exactitude dans l'emploi des moyens thérapeutiques qui seuls peuvent assurer le succès, surtout quand ils s'adressent à des affections de cette nature. Les spasmes erotiques devinrent plus rares, et la nutrition s'accomplit plus régulièrement ; mais la malade, ne voulant pas répéter à un médecin qu'elle voyait habituellement les confidences qu'elle m'avait faites, brisa son traitement ou l'entremêla d'autres prescriptions qui, faites dans l'ignorance de l'élément principal de la maladie, n'étaient pas appropriées à sa situation. Aussi l'amélioration, quoique très-notable, demeura stationnaire, et la malade, plus calme au point de vue des excitations génésiques, continua à souffrir encore de troubles névropathiques variés.

J'ai été consulté, en 1870, par une femme de quarante-cinq ans, d'une conduite austère, et qui avait très-peu usé des relations sexuelles, quoique mère de six enfants. Elle avait eu le dernier il y a six ans, et depuis lors elle s'était complètement abstenue de tout rapport conjugal ; avant cette dernière couche, elle avait été traitée par Jobert, pour un engorgement de l'utérus qui l'avait d'autant plus préoccupée, que sa mère avait succombé à un cancer utérin.

Depuis quelque temps, cette dame était tourmentée par des troubles nerveux ; ses règles, qui venaient régulièrement, étaient précédées pendant cinq à six jours de gonflement, de douleurs et de sensibilité exquise des seins ; elles étaient suivies de leucorrhée abondante. Depuis quelque temps, quand son mari venait la caresser sans accomplir l'acte conjugal dont il redoutait les conséquences, elle, qui jusque-là avait été plutôt froide qu'en-^ traînée vers les plaisirs sexuels, éprouvait une excitation violente suivie d'un sentiment d'épuisement qui durait pendant deux ou trois jours ; elle ressentait alors de la faiblesse des jambes, des douleurs et des tremblements à la partie antérieure des cuisses, de la sensibilité et delà douleur dans la région iliaque droite.

SSO GLUUQUE MÉDiCALK«

Danft ces oonditionf, elle ût un voyage à la Bourboule pour 7 conduire n fiUe; elle prit les eaux en bains et en ii\jections; elle éprouva alor» une excitation génësique excessive et portée à un degré tout à fait incotina pour elle«

Elle ne pouvait dormir ; Finstinct génésique s'emparait de son imagina^ tion et la ramenait sans cesse au souvenir de scènes conjugales qui lui avaient causé bien moins d'émotion quand elles s'étaient accomplies^ EDe passait des nuits entières h se promener avec la sensation d'un poids et d'une contraction dans l'utérus. Elle sentait qu'elle avait une matrice» ditr elle^ tandis que jusque-là elle ne s'en doutait pas. Elle éprouvait, en ootre, un insupportable prurit au pénil et au clitoris et était entraînée à se gratter avec fureur.

Quelques jours après son retour des eaui> ces symptômes se modérèrent sans s'apaiser complètement ; elle accusait toujours une douleur dans la région iliaque. L'examen des organes génitaux ne me fit constater aucime rougeur ni aucune affection berpétoide de la vulve. La nym]^ droite était un peu allongée > gauûrée et enroulée, caractères qui témoignaient qu'elle avait été soumise à des tiraillements.

L'utérus était volumineoxi antéflédû à son fond ; l'orifice béant bavait un mucus visqueux et transparent* -- le lui conseillai :

1* D'éviter toute fatigue pendant les époques menstruelles ;

2* De porter mie ceinture ventrale de coutil qui soutinl et inmobillsât \e fond de Tutéms antéfléehî ;

3* D'introduire dans le rectum des suppositoires de bromure de potassium et de belladone.

Je n'ai pas revu cette malade, et j'ignore si mes prescriptions lui ont été utiles. J'ai rapporté dans leur expression naïve les sensations qu'elle éprouvait et qui répugnaient à la pureté de ses principes. Je ferai remarquer l'effet produit par les bains et les injections de la Boiu'boule. Cette excitation génésique ches les femuMs est asses souvent la conséquence des eaux thermales ; je l'ai vue produite par les eaux de Plombières^ par ceUes dl!ms« par celles de Vichy^ avec assez de violence pour que les malades aient ont devoir m'en parler et demander mes conseils à cet égard 1 ^^ Les bains de la Bourboule sont très-arsenicaux, et nous verrons plus loin que les bains minéralisés par l'arsëniate de soude eut été quelquefois utiles dans le trouble instinctif qui nous occupe ici ; mais F eau de la Bourboule renferme, en ontre^ du chlorure de sodium et du bicarbonate sodiqne qui ont iine action stimulante incontestable sur l'appareil générateur. J^ai vu cette action se produire de manière à empêcher le sommeil ches une dame h laquelle j'avais prescrit un bain avec du sous-cartK>nsté et de Farsénrate sodfques.

J'ai été consulté Fan dernier par tme dame âgée de qnarante-cinq ans environ, qui souffrait de cette affection h un degré qui lui rendait h vie intolérable. Elle me confia cette circonstance singulière^ qu'efie redoulaft

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