CANCER DE L ESTOMAC
Si dans beaucoup de cas la palpation atteint difficilement la production morbide, il en est d'autres où celle-ci est si saillante, où les téguments sont si flasques et si amincis que la tumeur soulève la peau. Elle peut être même appréciable à la vue ; on la dirait sous-cutanée. Pour bien déterminer son véritable siège et ses rapports avec la paroi abdominale, il faut faire faire au malade des mouvements alternatifs d extension et de flexion du tronc ; on sent pendant les premiers les musdes droits se contracter au devant de la tumeur, et Ton acquiert ainsi la certitude qu'elle n'est pas aussi superficielle qu'elle le paraissait.
Quand on peut atteindre avec la main la production morbide, tantôt elle se présente sous forme d'une induration aplatie et diffuse à contours un peu indécis, tantôt elle forme une tumeur arrondie, légèrement mobile, surtout quand elle occupe la région pylorique.
n n'est pas rare de constater d'autres indurations, au niveau du foie principalement. Les ganglions inguinaux sont quelquefois durs et tuméfiés, ce qui indique une dissémination du travail cancéreux et en général l'envahissement du péritoine pariétal.
Souvent les malades rapportent à la tumeur reconnue par le palper les sensations morbides qu'ils éprouvent. La pression peut être douloureuse ; d'autres fois elle n'éveille aucune sensation anomale.
Les hématémèses sont plus rares dans cette période que dans la suivante ; quelquefois cependant elles peuvent ouvrir la scène, comme on voit quelquefois des hémoptysies être la première manifestation de la tuberculisation pulmonaire. En spoliant l'organisme dont la réparation est si difficile, elles précipitent le développement des phénomènes cachectiques.
En général, dans la première période du cancer de l'eslomac, il y a de la constipation. J'ai souvent noté l'état sédimenteux des urines.
Bien avant que les altérations de nutrition aient atteint ce degré extrême qui caractérise la période cachectique, souvent des troubles généraux dénoncent la gravité du mal. Le malade se sent affaibli, il est triste, il est inquiet, il dort mal ou son sommeil est internnnpu par des cauchemars, ou il est tourmenté pendant la nuit par des agitations périodiques. Quelquefois des douleurs rhumatoîdes se font sentir dans les membres, comme au début d'un grand nombre d'affections graves. . D maigrit, il pâlit et prend une teinte anémique ; l'oedème des membres intérieurs précède quelquefois de longtemps les autres signes de la cachexie. Il ne consiste souvent que dans une légère bouffissure préti-
ittk CLINEUl'F MÉDICALE.
bialê et cii'cuin-inaltéuliiit'e ijiiit le nitidecin constate avant que le malade en ait conscience, ou dans un gonlleuient des pieds à la fin de la journée {I}.
(1) Le fuit tuitant noua monlre l'apjiaritioD précoce de l'ieJèine Jaas uu cancer du (iuudcnuin, bien que les parois gastriques n'aient pns été atteintes par la tlègùncrescenci' CMlci'reuse. Je rnpporic ce fait pour miiiitrer combien les symptiimea observés itans ce CM K rapprochent Je ceuT qui accfiinpngncnl ia lésion de la région pylorique de l'estomac; le voisinage, la continuité des deux oreranes. la connciité de lears fonction» mpliqiient cette reraeinblnace.
Un lioniuic de cinquantc-deui uns, sellier, entra dans lu Bcniec de Choniel U- 11 décemlire 1839. Sasanlé, liBbilaelleinenteicellente, n'avait guère élé Iroublée c|ui' par dcï «declionï vénériennes dont il parcourut le cercle complet : blennorrhag;ir. bubons, chancre, mais qui ne «embleat pas aroir laissé de traces.
Depuis plusieurs otinées il était lujet à un flux héuiorrlioïdal qui revenait pcriodiquenieot tous les moia, accompigué du développement de tumeurs faémarrtioidiilei uon douloureuses, et précédé de céphalalgie et do congestion de In race; depuis cinq rnoif ce nui avait cessé.
Cet homme atHrnic n'avoir pa> tliil ahus des boissona alcooliques, et s» digestions étaient régulières. Il y n cinq mois, c'est-à-dire précisément à l'époque où le flux hémorrhoïdal cessa, il s'aperçut que ses pieds étaient le siège d'une tumélaction œdémateuse qui au bout d'un mois était montée jusqu'au! mollets. Depuis la même époque, ses Torccs avaient décliné et il avait de lu peine 1 marcher; sous l'inlluence ilea fric-
mtnt pour reparaître quand il suspendit l'emploi de cette médication.
Trois mois après le début de ces nccidenlA^ l'cedèine avait gagné le haut des cuisses : il eetlE époque, il remarqua que son venlre se tuméCait, et en même temps il (cnlit des douleurs dans la r^on ombilicale : l'appétit déclina, il maigrissait, il avait souvent des nausées, et plusieurs Tois il eut des vomissemenU.
A son entrée i i'Hôtcl-Dieu, nous constatâmes qu'il avait le teint jaune, les membres inrérïeurs ledémaliés. In langue était humide, l'appétit avait beaucoup diminué. miis il n'était pas aboli; les fonclions do l'intestin s'accomplissaient d'une manière
L'abdomen était le siège d'un épanclioment ascitique, il était vidumineui, mëtéorisé. tcudu; iljavuîtjur les côtés, il droite surtout, une mntilé qui se déplaçait suiiant In position du malade.
Dana la région bjpocondriaquc, on sentait une résistance obscure, mal circonscrite ; la pression éveillait une sensibilité anormale, les secousses impriméei au tronc j produisaient un bruit de succussïon. Il y avait de la constipation, les évacuations étaient solides, peu colorées, on n'observait pas sur le ventre de veines dilatées.
Les urines n'étaient pas albumineuses. la suif était modérée, le «ommeil était bon.
Cendant le séjour d'un mois qu'il fil à l'hûpilal, les troubles digestifs s'accentuèrent de plus en plni : les tomisscments revinrent plus souvent sans être quotidiens. Il avait de IrJs- fréquent! rapports, et des douleurs ombilicales et hïpogastriques; les premières, dans les derniers jour), prirent le caractère lancinant; l'ixdème cependant diminua, mais la perte d'appétit, l'amaigrissement, la faiblesse Drcnt des progrès incci-
i'ai TU chez plusieurs malades les premiers symptilmes de l'afTectioii cancéreuse précodés d'hémorrhagies par le nez, par l'ulérus, pur limamelon chez une dame qui eut des tumeurs carcinomnteuses multiples. Je si^ale en passant, sans lui donner une sî^iHcation spéciale, M phénomène qui peut précéder d'ailleurs d'autres évolutions diathésiques; c«s hémoiThagies sont peut-élre une manifestation de €«tlc
«pli, L« wlln, nrtt et loliilei, turent unt; lou toute* noim, dant les dernien joure «II» devinrent liquidci; \vt tamiuf^ments cc«>irent, le ventre devint pea leniible h In preuiun. le pouli l'alTublit de plui en plut, et le uiklade tuccambu.
Autaptie. — L'épiptoon cal très-courl, et l'npe du ciMoa esl trèr-pelit ; l'eslomaï, ^nnrmjmenl dilalë, descend jusqu'au pubii et rouvre pri-iquo loulc l'i^tentlue Ae \a m'M abdominale.
Le duodénum oRre i sa partie «upérieure nne dilatation telle qu'au preinier abunt ou la prendrait pour une portion de l'eilotnac. .\ ta partie ■upéricure, celle ainpou|[> meturc environ 11 centimètres de circonrùrence, tandis qu'au-dettnus on n'en trouic plui que A. Au tiiveau de cette dilalation, on trouve dans la cavité de l'inlcstiu utic tumeur à turTacc blanchAtre, inégale, mamelonnée, prétenlant comme des t'irconvoUitians, d'une consistance lardaece, sans vaisseaux bFcn apparents ; celle tumeur a ilan-i certain* point* 1A k 16 millimètret d'épaîtseur, dans d'autres elle n'en a que d a T.
Elle EM tituiic à 8 centîmêtrot environ de l'oriHce pj'lorique; entre cet oriflce i>i i» production morbide, les valvules connivenlet sont complëlemenl elTBCCes.
La surface de la muqueuse duodcnnle oITre une tuinte noire qui t'enlève par le gmltu^e. Vert sa partie moyenne, dans l'étendue de 2 centimètres i/3, eTitlcnt des Mîllic» blanchAtre* en Forme de cbampignons, qui olD'ent une dureté iquirrheuse et crient tout le SMpel ; elles reparaissent dans le voisinage de la région pyloriqur, et la limile de eeUe altération n'cit poi nettement tranchée.
L'ouverture pylorique e>l considérablement dilatée, et a 13 ccntimèlres 1/2 de cir- •ronlérence. L'eilomac a 38 ccnlimélrei de diamètre verlîcat. Sur la surface interne, lisse et pdie, se dessinent les saillies des libre* luutculaires, et quelques rnret arborisations latculaires; la mcnibrnne muqueuse est plut molle dans le grand cul-de-isc que dam le petit cul-de-sac, et la paroi gastrique est amincie.
Le ca.nal cholédoque a une cpaineur double de celle qu'il présente dans l'élst tiorsa], et vient s'ouvrir au louimcl d'un mamelon blancbUlre, plus volnniineui que l« saillie normale qui correspond i l'ampoule de Vater, mai* qui ne semble pas cependant d'une manière bien évidente participer n In dégénérescence des parliez TOtsiaes.
A l'entrée du jéjunum eti un noyau cancéreut semblable à ceui que nous avons ilémtt dans le duodénum; tout l'intcitin olfri; une teinte noirilre plus foncée ver! lu partie supérieure, qui diminue par le lavage, et disparail quand on le racle uiec le dos ■l'un icapel. L'iléon est grititre, et rétréci dans un point tans alUrnlion appréciable de ton tissu.
Le foie oITre un volume peu considérable et une coloration d'un brun pâle : dans sua intérieur, Ici conduits biliaire* lont dilatés et épaissis, ils se distinguent par une coloration Jauniltrc entourée d'un cercle verdUre; ce* circonttancet permettent de euppo-