‹ Clinique médicale. v. 2, 1875Chapitre 57 sur 67 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Le traitement adopté par mes collègues et par moi consista essentiel*?

(1) Cette note sur le traitement de la suette est presque entièrement extraite de la partie du mémoire qui a>ait été rédigée par MM. Landouzy et Barthez.

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Icment en moyens hygiéniques, aidés de quelques médications qui s'adressaient aux symptômes les plus saillants de la maladie.

De ces sympU^mes, le plus considérable était évidemment cette transpiration excessive qui en est la manifestation caractéristique. Sans chercher à la provoquer ni à Taugmenter, nous nous efforçâmes de prévenir les imprudences qui pouvaient en amener la brusque suppression. Cette suppression, en effet, a été plusieurs fois suivie d'accidents redoutables. Nous eûmes à combattre le préjugé qui portait les malades à rester enfermés sous des rideaux épais, accablés soMl^oids de nombreuses couvertures, au milieu d'une atmosphère fétide.

Nous avons eu soin de faire renouveler l'air des chambres, de ne laisser sur les malades que les couvertures commandées par la saison, et d'ordonner qu'on les changeât de temps en temps de linge et de lit avec toutes les précautions qui pouvaient mettre à Tabrid'un refroidissement. Ainsi on choisissait pour ces changements le moment où la sécrétion sudorale était arrêtée ou diminuée. Des serviettes chaudes enveloppaient le malade pendant qu'on lui ôtait sa chemise humide et qu'on lui en passait une autre ; puis on le tmnsportait dans un lit voisin, dans lequel on le laissait, jusqu'à ce qu'un nouveau changement devint nécessaire (1).

A l'épigastmlgie nous avons opposé les sinapismes, les Tésicatoires, les épithèmes calmants, en môme temps qu'à l'intérieur nous donnions des potions éthérées, opiacées. Plusieurs fois nous avons eu recours à des applications de sangsues, quand l'état du pouls et de la constitution le permettait; et cette médication nous a paru agir d'une manière favorable sur la douleur et sur la dyspnée qui l'accompagnait, « Nous avons encore quelquefois appliqué des sangsues en très-pelit nombre sur le haut des cuisses pour rappeler le flux menstruel, quand

(1) Dans le cours de ce travail J'ai parlé des caractères chimiques des sécrétioDS cutanées. Si l'on applique du papier de tournesol sur la peau pendant la transpiration, le liquide exhalé donnera des réactions variées suivant les régions soumises à cet examen : sur la poitrine, par exemple, le papier rougira ; dans les régions où il existe un grand nombre de foUicules sébacés, comme dans l'aine, dans Taissellc, tantôt U réaction acide sera très-faible, tantôt même la teinte bleue se prononcera davantage, suivant que la transpiration sera plus ou moins abondante; sur le nez, on obtiendra habituellement un mélange de taclies rouges et bleues, ducs à l'.iction difîérenlc de la sueur et du fluide sébacé. Il importe donc, dnns lesexpéricncc<:, de distinguer la réaction chimique déterminée par la sueur, de celle que produit la sécrétion folliculaire, puisque, dans l'état normal^ l'une est acide et l'autre alcaline.

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son apparition paraissait entravée par le désordre fonctionnel qui accompagnait l'invasion do la maladie.

Nous avons prescrit des sangsues à l'anus dans des cas où des phénomènes de congestion encéphalique semblaient en présenter l'indication.

Chez aucun de nos malades nous n'avons pratiqué la phlébotomie, qui avait été mise en usage par plusieurs médecins de la localité, sans qu'ils en eussent retiré aucun avantage.

Pour apaiser la soif et réparer les liquides dont l'organisme faisait une si grande dépense, nous dontiions des boissons aqueuses, ou des liquides nutritifs, tels que limonade, eau d'orge, bouillons, lait, petitlait, infusés aromatiques suivant le goût et les instincts des malades ; nous leur recommandions de boire peu à la fois et des boissons à peine tièdes pour ne pas augmenter l'activité sécrétoire de la peau.

Aux troubles encéphaliques nous opposâmes surtout les vésicatoires, les sinapismes, et, comme je l'ai dit plus haut, dans quelques cas, les sangsues à l'anus.

La constipation a été une complication presque constante de la suette pendant cette épidémie. Elle a persisté quelquefois plus de huit jours sans inconvénients notables et sans influence appréciable sur la marche de la maladie. Elle n a cédé, chez quelques malades, que quand ils ont pu se lever et prendre de l'exercice ; ordinairement on lui opposait avec succès des lavements laxatifs.

Tirant parti des moyens que nous avions sous la main, nous composions ces lavements avec du lait et de la mélasse, de l'huile, de l'eau de savon, de l'infusion de mercuriale ou de l'eau salée. Quand ces moyens échouaient nous avions recours à des laxatifs doux ; nous n'en avons fait usage que pendant la convalescence ou dans la période de déclin. Nous eussions craint, pendant la période d'élat, de troubler par une révulsion sur l'intestin le mouvement périphérique qui semblait une crise de l'action morbide, et d'exaspérer l'épigastralgie, qui était un symptôme si pénible de cette afl*ection.

Si j'avais à lutter de nouveau contre cette maladie, tenant compte de ces paroxysmes si nettement dessinés et à physionomie pernicieuse, j'essayerais le sulfate de quinine, qui a été proposé par le docteur I5arr(% de Montpellier; je le ferais prendre en lavement, ou parla bouche, si l'état de l'estomac ne paraissait pas s'y opposer.

Pour le régime, nous nous sommes restreints aux boissons alimentaires. Les troubles gastriques nous firent reculer devant les toniques et les alcooliques, qui paraissaient indiqués pour relever les forces épuisées

par les pertes excessives que l'organisme avait subies ; nous nous cx)ntentions de les administrer quelquefois en lavements.

Telle fut la direclioh thérapeutique que j'adoptai de concert avec mos collègues : MM.Barlhez et Landouzy. Nous n eûmes pas à nous en repentir, et nous n'eûmes à enregistrer qu'un très-petit nombre de décès. Il faut convenir que quand nous arrivâmes, l'épidémie avait atteint son apogée, et bientôt elle déclina. L'impression morale produite par noiro arrivée a dû contribuer à ce résultat. Nous trouvâmes ces malheureuses populations affolées par une panique telle que dans quelques localil»'s les maires avaient pris la fuite. Des médecins, les uns avaient été atteints par l'épidémie ; les autres habitaient des communes éloignées et ne pouvaient suffire ?i la tâche. Notre présence, notre- intervention mise jour et nuit à la disposition des malades, raffermirent les courages et furent certainement le plus efficace des antispasmodiques.

Il appartient à l'avenir de fixer la méthode de traitement la mieux appropriée à cette maladie. Comme on'a rarement l'occasion de Tobserver, nous avons pensé que nous devions apporter notre contribution à son histoire, et exposer la ligne de conduite que nous avons suivie, inspirés par Tcxpérience de nos devanciers et par nos propres obser^^alions.

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