‹ Clinique obstétricaleChapitre 22 sur 65 · CONDUITE A TENIR QUAND LE FŒTUS EST MORT · texte numérisé non relu

CONDUITE A TENIR QUAND LE FŒTUS EST MORT

Le fœtus est putréfié, considérablement augmenté de volume par une infiltration gazeuse ; il pèse 3030 grammes. La tête vidée, aplatie, mesure dans son diamètre bi-zygomatique, le seul qui ait subsisté, 7 centim. 1. Vous pourrez voir cette tête au musée de la Clinique ; la perforation a porté sur le bord supérieur du pariétal antérieur et la suture sagittale. Le diamètre bi-acromial, réduit au maximum, mesurait 9 centim. 5. Ce n’est donc pas le diamètre quia rendu si difficile l’extraction du tronc, mais bien le volume du ventre. Les annexes du fœtus ne présentaient rien de particulier.

Nous avons vu qu’à sept heures du matin, cette femme avait une température de 39°, 1; immédiatement après l’extraction du fœtus, à sept heures trente, la température est tombée à 38°, 4. Deux heures après, sur le conseil de M. Yarnier, suivant la méthode que nous avons préconisée ensemble, il y a quelques années, on veut soumettre la femme à l’irrigation continue, mais à peine la canule est-elle dans l’utérus que la femme est prise de mouvements convulsifs, suivis d’un coma assez prolongé. Il s’écoule immédiatement des organes génitaux une notable quantité de sang pur. La canule est tout de suite retirée. La respiration et le pouls sont fréquents. Le visage est couvert d’une sueur froide. La femme est dans un état des plus inquiétants. On l’entoure de linges chauds ; elle reçoit six piqûres d’éther et reprend enfin connaissance une demi-heure après le début des accidents. L’utérus, resté inerte jusqu’alors, se rétracte.

L’état général reste très grave; à onze heures et demie du malin la température est à 35°, 6 et à 35° à une heure. Il y a de l’agitation, du délire, de la dyspnée, des sueurs froides. On fait de nouvelles injections d’éther, on administre des grogs et de la caféine. A quatre heures, la température remonte à 36°, mais l’agitation continue et se calme pour disparaitre à minuit. Depuis ce moment, ainsi que vous pouvez le constater eu examinant la courbe de la température, celle-ci est restée normale ; les suites de couches ont été physiologiques et cette femme nous a quittés très bien portante, il y a quelques jours.

Cette observation présente plusieurs points intéressants à étudier.

Nous devons rechercher, tout d’abord, quelle a été la cause de la mort de l’enfant, mort ayant précédé l’arrivée de cette femme dans notre service. Eh bien! nous retrouvons ici les conditions sur lesquelles j’ai déjà tant de fois appelé votre attention, conditions qui, en empêchant l’accommodation pelvienne pendant la grossesse, favorisent la compression du cordon au début du travail. Bassin rétréci, tête volumineuse restant suspendue au niveau du détroit supérieur, vaginant comme un bélier au moment de chaque contraction ; telles sont les conditions et les causes de la compression intermittente du cordon, dès le début du travail.

Que cette compression soit passagère, et vous aurez simplement le liquide amniotique vert, indice d’un état de souffrance de l’enfant, celui-ci continue à vivre. C’est ce que je vous ai fait remarquer bien souvent. Que cette compression intermittente soit prolongée l’enfant succombera, et il est hors de doute pour nous qu’il en a été ainsi dans le cas qui nous occupe. Vous voyez, une fois de plus, l’importance de la pénétration delà tête fœtale dans l’excavation, et son adaptation exacte au segment inférieur de l’utérus pendant la grossesse.

En second lieu, vous avez pu être étonnés, étant donnée la lenteur avec laquelle le travail s’est effectué, que nous n’ayons pas eu recours aux instruments dilatateurs dont nous disposons, pour hâter la terminaison de l’accouchement, afin aussi d’éviter les phénomènes de putréfaction et leurs conséquences. Cette dilatation du col pouvait être obtenue, soit avec le dilatateur métallique à trois branches de M. Tarnier, soit avec le ballon Champetier de Ribes. La tête était fixée par la tétanisation utérine ; je pouvais donc, d’abord, songer à dilater avec le dilatateur Tarnier, mais j’estimais que précisément, par l’écartement de ses branches, cet instrument mettait pour ainsi dire à ciel ouvert les parties fœtales, et, favorisant la pénétration de l’air entre ces dernières et la paroi utérine, pouvait par suite hâter et favoriser leur putréfaction. D'autre part, bien que la tête fût fixée, j’aurais pu peut-être refouler cette tête et gonfler dans le segment inférieur le ballon dilatai eur Champetier de Ribes, que nous employons habituellement et d’une façon si efficace. Vous pouvez évidemment vous demanderpourquoi nous avons exclu ce moyen de dilatation dans la circonstance actuelle.

C’est moi-même qui ai dicté à mon chef de clinique, M. Varnier, la conduite qui a été suivie, et après avoir examiné la femme, je le priai de pratiquer la crâniotomie, de vider le crâne de sa matière cérébrale, de pratiquer ensuite une injection antiseptique dans le crâne, de placer un pansement occlusif sur la vulve et d’attendre que, poussée par les contractions utérines, cette tête, devenue moins résistante, descendît plus rapidement

Page 1