CONDUITE A TENIR QUAND LE FCETÜS EST MORT
et provoquât elle-même la dilatation. J’ai obéi dans cette circonstance aux indications que je vais vous énoncer. Je pensais que l’introduction et le gonflement du ballon Champetier, dans cet utérus déjà depuis un certain temps vidé de son liquide et contracturé, tétanisé, pourrait s’accompagner de rupture de cet organe, qu’il aurait fallu repousser dans l’utérus. J’ai obéi aussi, je veux vous l’avouer, aux sentiments de prudence dans lesquels j’ai été élevé, et j’ai été influencé par l’imprégnation classique. Mais, comme il faut qu’ici tout serve d’enseignement à nous tous, je dois vous dire que j’ai tiré de cette observation une leçon qui est la suivante : si par la conduite qui a été suivie, j’ai évité à cette femme le danger d’une rupture utérine, je l’ai exposée, par la lenteur qu’a eue le travail, aux dangers de cette septicémie qui se développe lorsque, l’œuf étant ouvert, le fœtus se putréfie, et se putréfie, vous avez vu, avec quelle rapidité.
Aussi, dans une circonstance identique, serais-je porté à modifier ma conduite de la façon suivante : à travers l’orifice du col dilaté, comme il l’était au moment où l’on a pratiqué la craniotomie, j’introduirais le perforateur du basiotribe Tarnier et j’exécuterais avec cet instrument la craniotomie telle qu’elle fut pratiquée; mais je ne m’en tiendrais point là : laissant le perforateur en place, j’introduirais prudemment — et la dilatation serait suffisante pour cela — la branche gauche du basiotribe Tarnier, et je pratiquerais ainsi le premier temps de la basiotripsie, c’est-à-dire le petit broiement ; puis, laissant mon instrument en place, lequel tiendrait solidement la tête diminuée de volume, j’exercerais des tractions lentes et soutenues qui auraient pour résultat de hâter la dilatation, en faisant agir la tête à demi broyée comme un véritable coin sur l’orifice du col. J’arriverais ainsi à provoquer une dilatation rapide, sans m’exposer à une rupture de l’utérus, et j’estime que je diminuerais aussi pour la femme les chances d’infection par son fœtus putréfié, en accélérant la marche du travail.
Vous avez vu, dans notre observation, combien cette putréfaction avait suivi une marche rapide. Aussi, immédiatement
PINARD
après l’extraction du fœtus, M. Varnier fît à la femme une injection intra-utérine avec la solution forte d’acide phénique à 5p. ioo et prescrivit que l’on fîtdeux heures après, une irrigation intra-utérine continue, telle que nous la pratiquons habituellement dans les cas de septicémie depuis plusieurs années, avec des résultats très satisfaisants. Or, vous vous souvenez de ce qui arriva : dès le début de cette irrigation, dès que la canule fut en place, la femme fut prise d’accidents généraux graves ; elle pâlit, son faciès se grippa, son pouls devint imperceptible, elle eut des mouvements convulsifs, et en même temps, fait qui ne manque jamais dans ces circonstances, du sang s’écoulait le long de la canule introduite dans l’utérus et cet organe était très mou. Eh bien ! j’ai tout à l’heure fait suffisamment la critique de ma propre conduite pour en adresser une petite à celle de M. Varnier. Je lui sais gré d’avoir, en présence des phénomènes septiques imminents, songé à faire immédiatement une injection intra-utérine avec un antiseptique énergique, l’injection d’eau phéniquée à 5 p. ioo; mais j’aurais renoncé à faire une nouvelle injection intra-utérine, parce que, dans les cas de putréfaction fœtale, l’utérus met un certain temps à reprendre sa tonicité, et je crois que ces phénomènes syncopaux, consécutifs à l’injection, dus à la pénétration du liquide de l’injection dans les vaisseaux de l’utérus, auraient pu être évités. Garce manque de tonicité, cet état flasque, cette paralysie de l’utérus, est, je l’ai signalé bien souvent, un des phénomènes qui accompagnent la putréfaction fœtale, et il faut bien le connaître.
Il faut, en outre,, que vous soyez prévenus de deux autres phénomènes qui accompagnent la putréfaction fœtale et qui se montrent sur le fœtus. Je veux parler, d’abord, de l’infiltration séro-gazeuse., de l’œdème considérable qui se manifeste chez le fœtus, et aussi de l’altération rapide de ses téguments. La conséquence de ce dernier phénomène, c’est que la peau perd toute résistance, se laisse déchirer à la moindre traction.
Vous aurez peut-être occasion de voir des faits comme celui dont j’ai été témoin, il y a quelques années, chez une femme qui