ADJOINTS
1794-1810 J.-L. Baudelocque.
1811-1822 • Désormeaux.
Cette école, créée surtout pour donner des officiers de santé capables aux armées et à la flotte, ne fut pas pourvue de clinique obstétricale.
Mais la Convention, après avoir songé à transporter les femmes enceintes de l’Hôtel-Dieu auprès des Enfants de la Patrie déjà établis au Val-de-Grâce, fit arrêter les travaux, et, le io vendémiaire an IV, un projet de décret fut adopté en ces termes:
(( La Convention nationale décrète que l’établissement de santé, déjà commencé au Val-de-Grâce, sera transporté à la maison de la Bourbe et à l’ancien Institut de l’Oratoire. »
La Maternité était créée ! Mais elle était alors installée rue d’Enfer, dans les bâtiments de l’Oratoire.
Le ier octobre 1 8 1 4 seulement, la maison d’accouchements et l’école des sages-femmes furent transportées dans l’abbaye de Port-Royal, où elles sont encore à l’heure actuelle et où nous sommes aujourd’hui.
Ainsi, à partir de 1794? enseignement théorique donné à la Faculté aux étudiants et aux sages-femmes pendant un semestre, le semestre d’été. Aucun enseignement clinique.
Seules, les élèves sages-femmes de l’Assistance publique, internées à la Maternité, recevaient dans cette magnifique école créée, on peut le dire, parMme Lachapelle, une instruction obstétricale complète, c’est-à-dire théorique et pratique. Lé premier accoucheur en chef fut Baudelocque; celui qui l’a quittée hier s’appelle Tarnier.
Lachapelle, Baudelocque, Tarnier!
Ces noms suffisent à vous faire comprendre comment, depuis le commencement de ce siècle jusqu’à nos jours, tant de générations de sages-femmes remarquablement instruites sont sorties de cet établissement et à vous convaincre que la réputation de cette grande école n’est point une réputation usurpée.
Mais tandis que les élèves sages-femmes de l’Assistance publique recevaient cette instruction idéale, les élèves de la Faculté, étudiants et sages-femmes, en étaient réduits à la portion congrue. L’enseignement théorique leur était donné souvent avec
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éloquence — les noms que je vous citais tout à l’heure en sont la preuve — mais il était insuffisant et doublement insuffisant. L’enseignement était théorique, et il n’était donné que pendant un semestre.
Quant à la clinique, les élèves ne pouvaient l’apprendre que dans des cours et établissements particuliers. Ce fut le beau moment des professeurs libres.
Je vous demande la permission, pour bien vous faire comprendre la situation des étudiants qui désiraient apprendre les accouchements à cette époque, de vous lire une page deSiebold, dans laquelle il donne la relation d’un voyage qu’il fît à Paris en 1 83 1 , et une page écrite par Velpeau en 1 835 :
Par contre, je fus peu satisfait de l’état des choses concernant ma spécialité à Paris. Je fus très désagréablement impressionné par les affiches placardées à tous les coins des rues et annonçant des cours d’accouchement par tel ou tel professeur. J’avais été très froidement reçu par les Français auxquels je me présentais comme professeur d’accouchement en Allemagne, jusqu’à ce qu’un de mes amis me conseillât de m’annoncer en qualité de professeur de la Faculté de médecine deMarbourg. Dès lors, je fus généralement accueilli avec bienveillance. Cela se comprend : à Paris, tout le monde est professeur. Il y a des professeurs de danse, d’escrime, d’écriture et des professeurs pour les chiens. J’en ai rencontré de ces derniers sur le pont Neuf, où ils stationnaient avec leurs élèves qu’ils mettaient en vente après les avoir éduqués. A cette époque, Paris n’avait pas encore d’établissement public où les étudiants en médecine pussent aller étudier les accouchements. Ce fut Paul Dubois qui, en 1835, organisa le premier l’instruction pratique. Jusque-là, la pratique s’apprenait dans des salles dites d’accouchement, où des femmes pauvres prêtes à devenir mères étaient amenées par des sages-femmes. Aussitôt après leur délivrance, on les emmenait. Même des sages-femmes annonçaient par des enseignes, des écriteaux, des écussons, qu’elles tenaient des cours d’accouchement à l’usage des étudiants. J’ai copié une de ces annonces qui m’avait frappé. Elle était ainsi conçue :
« Madame Dutilleux, maîtresse sage-femme jurée, reçue, par la Faculté de médecine de Paris, enseignant avec autorisation depuis nombre d’années la chirurgie des accouchements pour messieurs les élèves en médecine, tant nationaux qu’étrangers, continue ses cours journaliers de théorie et de pratique pendant toute l’année scolaire. Madame Dutilleux continue aussi de recevoir comme pensionnaires les dames enceintes à toutes les époques de la grossesse. Elle est visible tous les jours dans son cabinet, rue de Paon, n° 2, depuis dix heures du matin jusqu’à une heure. »
A ma question pourquoi on manquait d’un établissement aussi nécessaire aux
étudiants, sans lequel toutes les leçons ne pouvaient être que théoriques... on me répondit à plusieurs reprises : « C’est contre la moralité ! » La moralité et Paris !...
D’un autre côté, Velpeau s’exprime ainsi :
Ainsi la tocologie est enseignée à Paris au xixe siècle comme elle l’était au XYiie et au xvme siècle, après Baudelocque, comme au temps de Mauriceau, de Levret, ou de A. Petit ! Toutes les avenues de la pratique d’une science si essentielle pourraient-elles être encore longtemps fermées aux élèves, en France, quand elles leur sont si libéralement ouvertes partout ailleurs ! Non ; il n’est pas possible qu’un fait qui contraste d’une manière si tranchée avec l’enseignement des autres branches de la médecine se maintienne davantage parmi nous. Quelque chose de mieux que ce qui existe se prépare déjà. Une clinique active, confiée à un nom illustre, à un maître capable, va enfin être établie près de la Faculté de médecine par les soins de son habile doyen ; mais ce n’est point encore assez. Notre pays et sa métropole doivent une institution plus vaste et plus complète au siècle actuel. Il faut que les portes de la Maternité s’ouvrent aux étudiants en médecine, et que plusieurs professeurs fassent des cours libres dans cette maison. Qu’un accoucheur ait en outre un enseignement public à l’hôpital Saint-Louis; qu’on en place un encore et surtout à l’Hôtel-Dieu; qu’il y ait dans la capitale de quatre à six cliniques tocologiques, comme il y en a de douze à quinze pour la médecine, et bientôt, j’en ai la conviction, l’art des accouchements reprendra chez nous la prééminence qu’on ne lui contestait point il y a vingt-cinq ans, et que la France ne doit pas perdre, placée comme elle l’est plus que jamais à la tête des nations scientifiques et libérales.
Cependant une chaire de clinique avait été décrétée en 1823, lors de la réorganisation de la Faculté, et Deneux en avait été nommé titulaire; mais cette chaire ne fut jamais pour Deneux qu’une chaire virtuelle, elle n’exista jamais de fait.
Ce fut en 1 834 seulement que la première chaire de clinique obstétricale fut créée et mise au concours. Paul Dubois fut nommé professeur le 20 mai, et le ier décembre de la même année avait lieu l’ouverture de sa clinique obstétricale à l’hôpital des Cliniques.
Dubois occupa cette chaire jusqu’en 1862, époque où il prit sa retraite et fut remplacé par Depaul de 1862 à 1 883 .
M. Pajot passa de la chaire de théorie à cette chaire de clinique et vint achever là sa brillante carrière professorale. Il y resta jusqu’en 1887 et prit sa retraite.
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M. Tarnier, délégué dans les fonctions de professeur de clinique, fut définitivement nommé le 16 février 1889.
Dans cette clinique furent admis les étudiants français et étrangers et les élèves sages-femmes, ceux-là le jour, celles-ci la nuit.
Le professeur avait pour collaborateurs un chef de clinique, une sage-femme en chef et une sage-femme en second. Les élèves purent alors voir et faire des accouchements.
Mais étant donnés le nombre croissant des élèves et celui stationnaire des accouchements effectués àla clinique, les matériaux devaient bientôt se montrer insuffisants. De nouvelles et justes réclamations s’élevèrent, professeurs et élèves demandant une réorganisation ou une adjonction en rapport avec les nécessités de cet enseignement.
En 1880, M. Yulpian, doyen de la Faculté, prononçait les paroles suivantes le jour de l’inauguration de la nouvelle clinique d’accouchement, en présence de M. Dumont, directeur de l’enseignement supérieur :
Nous recevons, chaque année, environ six cents docteurs en médecine. Il est impossible qu’un aussi grand nombre d’aspirants au doctorat — auxquels il faudrait joindre les aspirants au titre d’officier de santé et nos élèves sagesfemmes — puissent s’initier, dans un seul service de clinique, à la pratique des accouchements. Quels que soient les autres moyens proposés pour remédiera un état de choses aussi profondément regrettable, la nécessité s’imposera, un jour ou l’autre, de doter la Faculté de médecine d’un second service de clinique obstétricale. De toutes les chaires nouvelles que l’on puisse réclamer pour notre Faculté , c'est assurément , selon moi, celle dont la création répondrait le mieux à un besoin urgent de l’enseignement médical professionnel.
Quelques jours après, M. J. Ferry, ministre de l’instruction publique, demandait l’avis de la Faculté sur l’utilité, le plus ou moins d’urgence, de la création de certaines chaires qui avaient été sollicitées et qui étaient au nombre de six, parmi lesquelles figurait en deuxième ligne la seconde chaire de clinique obstétricale.
Or, à la demande du ministre, au vœu du Doyen si clairement
PINARD
exprimé dans son discours prononcé à l’inauguration de la nouvelle clinique, il fut répondu par la Faculté (dont les professeurs s’étaient réunis pour délibérer sur ce sujet) que l’utilité et l’urgence de la création d’une deuxième chaire de clinique obstétricale ne se faisaient nullement sentir. Ce fut le professeur de clinique d’alors qui fit émettre ce vote !
En 1881, avec l’autorisation du Doyen, je publiais sur le fonctionnement de la clinique les renseignements suivants :
« En 1875-1876, pendant que j’étais Chef de clinique, 1 35 élèves examinaient des femmes pendant la période scolaire :
2 élèves examinèrent des femmes 5 fois 5 — — — 4 —
Les autres élèves inscrits sur mes cahiers ne répondaient pas à l’appel. Pourquoi?
Les uns ne venaient pas par insouciance, je le reconnais; les autres, et le plus grand nombre, parce qu’après être venus pendant un mois sans pouvoir examiner une femme, ils s’en allaient découragés et ne revenaient plus.
Et alors quel est le résultat de cet état de choses ? Il est désastreux à tous égards.
Désastreux pour les élèves lorsqu’ils abordent le cinquième examen.
Bien plus désastreux encore pour les femmes qui sont soignées par des médecins qui ont pu traverser cette filière avec succès, et qui, cependant, ont tout à apprendre au point de vue obstétrical.
Et nombre d’élèves sont reçus docteurs qui n’ont jamais examiné une femme ni assisté à un accouchement ! — Cela est monstrueux, mais cela est ainsi » (1).
C’est à ce moment qu’un cours complémentaire d’accouche-
(1) De l’enseignement clinique obstétrical à la Faculté de médecine de Paris. Progrès médical , 1881, page 419.
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ments, cours théorique et pratique, fait par un agrégé, fut institué.
C’était un acheminement.
Enfin, à la retraite du professeur Pajot, la Faculté demanda que la chaire de théorie fût transformée en chaire de clinique, et que les cours théoriques fussent faits par les agrégés en exercice et toute l’année.
Ce vœu fut ratifié par le Conseil des Facultés et par le Ministre, cette transformation fut décrétée, et on arrêta que l’installation de cette chaire aurait lieu à la Maternité.
Je vous ferai grâce de la série de difficultés qui précède toute installation en général, mais qui fut particulièrement pénible à propos de celle-ci.
Il fallut toute la ténacité, tout le dévouement deM. Brouardel, l’appui deM. Tarnier, l’esprit si bienveillant et si largement ouvert au progrès de M. Peyron, directeur de l’Administration générale de l’Assistance publique, pour arriver à installer cette deuxième clinique, ouverte officiellement aujourd’hui.
Je serais injuste et ingrat si je n’adressais à M. le Ministre de l’instruction publique, à M. le Recteur de l’Académie, au Conseil municipal et au Conseil de l’Assistance, mes plus vifs et mes plus sincères remerciements, car c’est grâce à l’opiniâtreté des uns et au bon vouloir des autres que cette réalisation put avoir lieu.
Deux cliniques obstétricales, des cours théoriques faits pendant toute l’année à la Faculté — vous savez avec quel talent — parles agrégés en exercice, des manœuvres obstétricales sur le mannequin pendant le semestre d’été, voilà ce que la Faculté met à votre disposition.
Vous avez de plus, pour vous instruire, les services d’accouchements créés dans les hôpitaux en 1882, au nombre de sept à l’heure actuelle, qui vous sont libéralement ouverts, et où les chefs de service mettent largement chaque jour leur expérience et leur savoir à votre disposition.
Ne suis-je pas autorisé à vous dire que la réalité dépasse les vœux et les espérances de Velpeau ?
Aussi, me mettant pour quelques instants (mais pour quelques instants seulement) en dehors de la Faculté, puis-je vous affirmer que, si dans le siècle prochain, un émule de M. Liard vient dépouiller les archives, il trouvera à chaque pas la preuve de F esprit de réformes, de progrès, de sollicitude constante pour les élèves qui anime la Faculté de médecine.
Si l’évolution a été lente au début, que de conquêtes en quelques années !
Il a fallu du temps pour faire comprendre à tous l’importance de l’obstétrique ; laissez-moi vous dire qu’il en faudra beaucoup encore pour que chacun soit convaincu des difficultés qu’on rencontrera toujours pour l’apprendre.
Même avec tous les matériaux qui sont à votre disposition, il vous faut, si vous ne voulez pas être nuisibles, si vous voulez être utiles dans la pratique, il vous faut déployer, je vous le dis sans détour, une ténacité, une énergie, une persévérance peu en rapport avec les mœurs de la grande majorité des étudiants actuels.
Non, messieurs, on ne peut apprendre les accouchements comme on apprend la médecine et la chirurgie.
Oui, certes, il y a des points de commun ; la théorie obstétricale s’apprend comme on apprend la pathologie interne et la pathologie externe, mais la clinique obstétricale ne s’apprend pas comme on apprend la clinique médicale ou la clinique chirurgicale. L’obstétrique opératoire ne peut s’apprendre comme on apprend la médecine opératoire.
En effet, vos maîtres éminents vous ont dit comment vous deviez apprendre la clinique médicale et la clinique chirurgicale.
Ils vous ont appelés, ils vous appellent le matin, ils vous convient à suivre régulièrement leurs visites, à voir examiner et à examiner vous-mêmes les malades. Et quand, à cette visite du matin, vous vous êtes montrés assidus et zélés, on ne vous en demande pas davantage.
Ici, au contraire, nous vous disons, quand bien même vous
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viendriez régulièrement le matin, quand bien même vous auriez, pendant ce temps, vu examiner et examiné vous-mêmes un grand nombre de femmes enceintes, en travail ou accouchées, vous ne sauriez pas les accouchements, vous ne seriez pas des accoucheurs.
Vous pourriez apprendre la grossesse, vous pourriez savoir ce qu’est une femme enceinte, vous arriveriez à connaître les suites de couches, mais voilà tout. Si ces notions sont indispensables, elles sont insuffisantes.
Tous les matins, je pourrai vous montrer des grossesses à tous les âges, je pourrai vous montrer des grossesses normales et pathologiques, des suites de couches dans leurs manifestations les plus diverses. Je ne pourrai vous montrer l’accouchement daus toutes ses périodes. Je pourrai vous montrer, suivant les caprices du hasard, des femmes en travail ; mais, sauf exception, je ne pourrai vous montrer, quelle que soit la durée de ma visite, une parturition complète. Et cependant c’est cette parturition complète que vous devez connaître. Tout en restant naturelles, le plus souvent les parturitions ne se ressemblent guère, et vous devez vous être familiarisés avec la plupart d’entre elles.
S’il est des femmes qui accouchent en quelques heures, il en est dont le travail exige plusieurs jours et plusieurs nuits.
Il faut que vous sachiez reconnaître le premier début de cet acte, et quand le travail sera franchement déclaré, quand vous devrez suivre pas à pas l’accomplissement de cette fonction naturelle, mais douloureuse, que de choses à surveiller, à prescrire, à exécuter, suivant telle ou telle période !
Vous avez la responsabilité des deux existences qui sont en jeu; de là une observation attentive, sagace et persistante.
J’ai lu dans un livre récemment couronné par la Faculté et dont je ne puis et ne veux dire de mal, puisque je n’en pense que du bien, que la propreté et la patience suffisaient presque, dans les accouchements naturels.
Gela est bon, en effet, cela est nécessaire, indispensable, mais cela est loin d’être suffisant.
Pendant le travail de l’accouchement, non seulement vous devez être propre, aseptique, comme nous disons à l’heure actuelle, non seulement vous devez être patient, mais vous devez, dans la plupart des cas, posséder des qualités qui vous permettent de lutter victorieusement contre l’ entourage, contre la parturiente, contre vous-même.
Je m’explique.
Vous aurez à lutter contre l’entourage, dis-je. En effet, vous ne serez pas seul avec la parturiente, ses proches sont près d’elle, et les manifestations plus ou moins bruyantes de la douleur de celle-là retentiront presque toujours sur ceux-ci. Leurs physionomies anxieuses vous interrogent sans cesse, et bientôt vous serez incité à faire quelque chose pour atténuer, amoindrir ou faire disparaître les souffrances. Désir légitime s’il en fut, mais que vous ne pouvez exaucer. Vous seul devez juger ce qui est nécessaire, saisir les indications et y répondre, satisfaire à ce qu’exige la situation de la mère et de l’enfant, sans jamais faire entrer en ligne de compte, quand il s’agit de prendre une détermination, l’effarement ou l’angoisse de ceux qui les entourent.
Vous avez à lutter avec la parturiente.
Vous savez, en effet, que l’accouchement sans douleur est un mythe ; cela se dit , cela ne se voit pas . T oute femme qui accouche est une femme qui souffre. Quelques-unes souffrent moins, d’autres souffrent davantage, mais restent silencieuses ; celles-ci sont l’exception. Le plus souvent vous verrez les pauvres femmes en travail s’agiter et se tordre, se lamenter et se désespérer. A cette agitation physique correspond le plus souvent une dépression morale profonde. Constamment vous serez interrogé par ce visage suppliant. Vous aurez, pendant des heures, pendant des jours, à répondre que la fonction s’accomplit plus ou moins lentement, mais naturellement.
L’agitation sera quelquefois poussée à l’extrême : ce ne sont plus des plaintes, ce sont des supplications poignantes, quelque-
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fois même ce sont des injures ! Et sachant que, dans la profondeur de l’organisme, tout s’effectue physiologiquement, naturellement, vous devez rester calme. Vous dépenserez le plus souvent en pure perte votre éloquence, si toutefois vous en avez, ce qui n’est pas nécessaire (car j’ai souvent regretté de n’être pas sourdmuet); et vous attendrez, et vous patienterez.
Mais vous admettrez avec moi que cette patience n’est pas la patience naturelle, mais une patience voulue, j’allais dire une patience scientifique.
Vous avez à lutter contre vous-même.
Ainsi que je viens de vous l’exposer brièvement, près d’une parturiente, vous avez à vous occuper et à vous préoccuper constamment d’elle et de son enfant ; vous avez à surveiller incessamment les progrès du travail, vous avez à chercher ce qui peut favoriser l’accomplissement de cette fonction, vous avez à lutter contre les anxiétés légitimes mais importunes de l’entourage ; vous avez à triompher des supplications de votre cliente, et tout à l’heure vous aurez à lutter contre vous-même.
Ce n’est pas l’impatience ordinaire que vous aurez à vaincre, mais vous aurez à vous raidir contre un sentiment bien autrement puissant.
Comme on l’a si bien dit : « Tout homme a la religion de la souffrance», et bientôt, sous l’influence de ce sentiment, si vous n’y prenez garde, l’accoucheur va disparaître et l’homme seul restera. Et cet homme qui est là, fatigué par de longues heures, par la responsabilité qu’il encourt, énervé par les supplications des uns et les cris des autres, cet homme ne voit plus qu’une chose, ne veut plus qu’une chose : la cessation des souffrances, et il va tout faire pour cela.
Que d’interventions prématurées n’ont pas reconnu d’autres indications ! Que de désastres en sont résultés !
Ce tableau n’est pas chargé, noirci à dessein, et il ne représente que l’accouchement plus ou moins long, plus ou moins pénible, mais naturel.
Que sera-ce s’il survient un accident, si vous avez à lutter
contre une complication? Il ne vous faut plus seulement du calme, du sang-froid, de la décision; il vous faut une âme d’airain.
Un accident survient ; le plus souvent, aucune manifestation extérieure ne trahit son existence : vous seul savez que l’une des deux existences qui vous sont confiées est en danger, quelquefois les deux. Il faut par un mot, par un geste, essayer de le faire comprendre aux personnes qui vous entourent sans les effrayer ; il faut prendre de suite une détermination. Vous ne pouvez ni consulter vos auteurs, ni vous éclairer des conseils d’un confrère, ni faire partager votre responsabilité. Il vous faut agir seul, souvent au milieu de la nuit, sans aide quelquefois ; il faut suppléer à tout, et dans ces conditions pratiquer, non pas à ciel ouvert, mais dans les régions profondes et cachées, l’opération d’où dépend peut-être le salut de deux existences, n’ayant pour guide et pour flambeau que le souvenir de ce que vous aurez vu faire ou fait vous-même dans le cours de vos études !
Comprenez-vous maintenant pourquoi je vous disais que l’obstétrique ne s’apprend pas comme la médecine et la chirurgie? Comprenez-vous pourquoi vous ne passerez jamais trop, je pourrais dire jamais assez de journées et de nuits dans une salle de travail ? Voyez-vous les raisons pour lesquelles vos maîtres les plus expérimentés et les plus habiles, c’est-à-dire connaissant mieux que personne les difficultés que vous aurez à vaincre, les luttes que vous aurez à soutenir, les heures angoissantes que vous aurez à traverser, ont sans cesse réclamé tout ce qui est nécessaire pour vous instruire et vous familiariser avec ces situations difficiles et dangereuses?
Comprenez-vous combien vous devez, combien nous devons être pour eux remplis de gratitude ?
Si vous n’éprouvez aujourd’hui ce sentiment de reconnaissance, vous l’éprouverez plus tard, j’en suis sûr, et cela le premier jour où, grâce à l’expérience que vous aurez acquise dans une clinique, vous serez sorti victorieux d’une situation semblable à celle que je vous dépeignais tout à l’heure.
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La Faculté, après de long-s efforts, est parvenue à mettre entre vos mains les éléments qui vous sont nécessaires pour apprendre les accouchements.
Peut-être nos arrière-neveux trouveront-ils ces moyens insuffisants et feront-ils plus et mieux ; c’est probable, on peut même dire que c’est certain.
Mais, aujourd’hui, un grand progrès est en voie d’accomplissement. Vous avez deux cliniques obstétricales qui vous sont larg-ement ouvertes et où vous trouverez constamment tous les matériaux nécessaires à votre instruction. L’une est dirig-ée par M. Tarnier, notre maître à tous : c’est assez vous dire ce que vous trouverez là.
L’autre m’est confiée.
Ayant un pareil modèle à suivre, étant entouré de collaborateurs aussi intellig-ents que dévoués, j’espère ne pas faillir à ma tâche et me montrer dig-ne de mes Maîtres, digne delà Faculté qui m’a choisi, dig-ne delà situation qui m’est confiée.
C’est vous dire que tout ce que j’ai de volonté et d’énerg-ie, tout ce que je possède en un mot, je le mettrai avec bonheur au service de cette belle science que j’aime tant et de tous ceux qui veulent l’apprendre.
DE L’ASSISTANCE DES FEMMES ENCEINTES (1
Mesdames, Messieurs,
Si j’ai la mission de vous parler, ce soir, de la situation actuelle des femmes, pendant et après leur grossesse, je ne vois que deux raisons ayant pu me valoir cet honneur. La première, c’est que, depuis tantôt vingt ans,, je suis témoin, chaque jour, de spectacles lamentables et de misères inouïes ; la seconde, c’est que j’ai l’immense désir de les voir disparaître le plus tôt possible. C’est en m’appuyant sur ces deux raisons, que j’espère trouver la force et les moyens nécessaires pour n’être pas trop au-dessous de la tâche qui m’est confiée : c’est assez vous dire que vous n’allez pas entendre un orateur, mais un simple narrateur.
Je commence par poser une question qui va paraître à la plus grande partie de l’auditoire extrêmement naïve — sinon ridicule. Je crois cependant devoir la poser. Qu’est-ce qu’une femme pendant la grossesse ? Il faut bien prononcer ces mots, puisque vous êtes venus entendre une conférence sur l’assistance des femmes enceintes.
Une femme enceinte ! — Ces mots généralement excitent le sourire, quelquefois la risée. La vue d’une femme enceinte produit le même résultat ; observez dans la rue une femme dont l’état de grossesse ne peut être dissimulé, vous verrez presque toujours les passants, petits et grands, se retourner et sourire.
(1) Conférence faite à la Sorbonne, le 9 mai 1891.
Examinons donc si la situation d’une femme enceinte doit toujours inspirer le rire ou même le sourire.
Je ne vais pas ici, croyez-le bien, vous faire un cours de médecine, mais encore ai-je besoin de me demander ce qu’est la femme, et ce qu’elle devient, pendant toute la durée de cette merveilleuse et suprême fonction.
Mon Maître, le professeur Tarnier, a dit justement : « La grossesse est un état physiologique par excellence », et il a eu raison de nous mettre en garde contre cette manière de Voir et de dire, qui consiste à croire que la grossesse est une maladie de neuf mois.
Oui, c’est un état physiologique par excellence, mais il n’en est pas moins vrai que cet état fonctionnel crée chez la femme quelque chose de tout particulier, que je vous demande la permission d’esquisser à grands traits. Quel est l’état de corps et d’esprit, quelle est la situation de la femme grosse pendant les premiers mois, pendant cette période qu’on peut appeler période cachée ? Généralement, — je ne parlerai pas des exceptions, je n’en dirai rien ce soir, — la femme subit, pendant cette période, une dépression physique et morale plus ou moins accusée. Beaucoup d’entre vous le savent bien mieux que moi, la femme traverse une période dont la caractéristique est la langueur et la désespérance.
Je n’insisterai pas sur d’autres symptômes que vous connaissez tous. Un peu plus tard, quand la grossesse ne peut plus être dissimulée, des phénomènes d’ordre mécanique ne tardent pas à se manifester. La station debout devient fatigante, la marche est plus ou moins difficile, souvent pénible ; l’attitude se modifiant, il en résulte une démarche traînante particulière qui, tout en n’étant pas toujours disgracieuse, n’en occasionne pas moins un surcroît d’efforts pour toute espèce d’exercices. De là, chez la femme, qui veut ou qui est forcée de se livrer au travail, une impuissance particulière, une impotence fonctionnelle d’ordre spécial. Enfin, j’ajouterai que, pendant toute la durée de la grossesse, l’impressionnabilité de la femme est plus
DE L’ASSISTANCE DES FEMMES ENCEINTES
vive que jamais, et je ne serai démenti par personne, en disant que les vibrations qui émanent des profondeurs de son être ne sont pas toujours harmoniques.
Je n’insisterai pas davantage pour vous faire comprendre que tout concourt, pendant cette première période de la maternité, à rendre la femme plus faible ; tout chez elle appelle l’appui, réclame la protection, car elle est vraiment, dans la pleine et large acception du mot, dans une situation intéressante.
Gela étant dit, je me pose cette autre question : A l’heure actuelle, comment se passe la vie d’une femme enceinte?
11 semble bien difficile de répondre tout d’abord à cette question, car chaque femme a une situation sociale particulière, situation séparée d’une autre par des nuances qui peuvent varier à l’infini. Mais, abandonnons le chapitre des nuances, voyons les choses plus largement, sans abandonner toutefois la réalité. En groupant les femmes enceintes, on peut les ranger dans trois catégories :
Les femmes enceintes entourées, protégées comme elles doivent l’être ;
Les femmes enceintes entourées, mais insuffisamment protégées ;
Les femmes enceintes n’ayant m entourage, ni protection, c’est-à-dire les femmes enceintes abandonnées.
A la femme qui appartient à la première catégorie, rien ne manque, ni les ressources matérielles, ni l’appui moral.
Les premiers symptômes de sa maternité probable vont être pour elle, dans la pluralité des cas tout au moins, la cause d’une immense joie. Dès que la dépression se montre, jaillissent du cercle familial tous les encouragements imaginables. Chacun la réconforte : elle est choyée, adulée, gâtée, dirai-je volontiers, s’il était possible de jamais entourer la femme de trop de soins, de sollicitude et de tendresse.
Et, malgré cela, il lui faut bien souvent, à cette privilégiée, la perception nette de signes matériels lui annonçant la certitude
de la maternité, pour faire cesser sa période d’abattement, j’allais dire cl’ écœurement .
Alors, la dernière phase va s’accomplir dans les meilleures conditions. Peu importe que, chez elle , le centre de gravité se déplace, l’effort n’est pas nécessaire, le travail n’est pas indispensable. Elle prend telle attitude qui lui convient, tel repos qui lui semble bon. Elle se lève quand celalui plaît, se promène ou se repose, suivant qu’elle en a l’intention ou le besoin. Elle a, en un mot, le loisir du mouvement ou du repos. Enfin, les soins éclairés et nécessaires vont constituer pour elle une prophylaxie puissante contre presque tous les accidents.
Telle est la situation de cette femme pendant sa grossesse : telle est la situation idéale pour toute femme enceinte.
Passons maintenant à notre deuxième catégorie.
Ici la femme est encore entourée, mais la protection et l’assistance sont plus ou moins insuffisantes.
Elle a l’appui moral : le père de son enfant et d’autres enfants déjà sont là. Les regards de l’un, les sourires des autres lui suffiront pour traverser la première période; mais le travail est nécessaire et d’autant plus indispensable qu’aux charges actuelles va s’en ajouter une nouvelle. Alors elle travaille jusqu’au terme de sa grossesse, alors surtout qu’il lui faut plus de temps pour accomplir la même besogne..
Mères déjà chargées de famille, femmes besogneuses, créatures vaillantes et courageuses, elles vont jusqu’à la fin, sans s’inquiéter de tel symptôme qui va constituer pour elles une infirmité, ou de tel autre qui va menacer leur existence. C’est parmi celles-là que se trouvent les malheureuses que nous voyons venir trop tard dans nos Maternités, et qui payent de leur vie le temps qu’elles ont encore voulu passer à la maison, pour laver le linge que le mari mettra le dimanche, ou que les enfants doivent mettre la semaine suivante ! Je n’exagère rien, je raconte simplement. Si, dans cette catégorie, les femmes ont l’appui moral suffisant, déjà, vous le voyez, la protection, l’assistance leur font défaut. On peut faire abstraction de leurs peines et de
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leurs fatigues, puisqu’elles ont l’énergie suffisante pour traverser la durée de la grossesse sans se plaindre ; mais on ne peut méconnaître que le travail forcé dans ces conditions produit souvent des infirmités incurables, et — ce qui est pire encore — que l’absence de soins engendre des accidents qui auraient pu facilement être conjurés et vont tuer ces malheureuses.
J’espère que les temps sont proches où l’on voudra changer cette manière d’être et de faire, où la société songera à faire l’économie de tant de vies si précieuses qui pourraient être facilement conservées.
Nous arrivons maintenant aux femmes enceintes abandonnées.
Chez celles-ci, on peut le dire, dès que la première manifestation de leur état probable se montré, le rêve fait place au cauchemar ! Une angoisse incessante vient se joindre à la dépression physique et à la désespérance, qui atteignent, je le répète, toutes les femmes à ce moment, et celles-ci plus que les autres. Après ces quelques mois d’une vie de supplices, les premières constatations matérielles, qui font et devraient toujours faire tressaillir de joie toutes les femmes, ne sont pour ces malheureuses que la confirmation la plus accablante de leur infortune !
Jusque-là elles ont pu tout cacher : leur état physique et leur état moral. Maintenant, malgré toutes les constrictions, tous les artifices, la dissimulation n’est plus possible. Que vont-elles devenir, que deviennent-elles?
Je vais vous le dire, et cet exposé ne sera pas long, car leur histoire est presque toujours la même.
Domestiques, bonnes à tout faire, ouvrières employées dans les usines ou dans les magasins, dès que leur situation se découvre, on les congédie. Elles voudraient travailler, elles ne le peuvent plus. Renvoyées de l’usine, de l’atelier, du magasin, de la ferme, delà maison : ici, parce que leur état ne leur permet plus de remplir les conditions de travail exigées d’elles ; là, parce qu’elles seraient un exemple déplorable pour leurs compagnes ; ailleurs, parce qu’elles deviendraient une honte pour leur entourage ou leurs parents, chassées par leur famille bien souvent,
ces femmes sont jetées sur la voie publique comme indignes !
Errant de place en place, expulsées de partout dès qu’on s’aperçoit qu’elles sont enceintes ou qu’elles sont incapables de remplir la besogne pour laquelle on les paie, ce ne sont plus seulement des abandonnées, ce sont des repoussées.
Habitant la province, elles n’ont plus qu’un désir, quitter leur pays, aller dans une grande ville où elles pourront se cacher et peut-être trouver asile et protection. Je n’ai pas besoin de vous dire, à ce point de vue, quelle attraction a pour elles la capitale! Elles y accourent de tous les coins de la France ; j’en ai vu qui sont venues à pied de la Rochelle, de Brest et d’ailleurs, marchant tout le jour, et couchant la nuit dans les fossés de la route !
Où peuvent-elles aller en effet ? Y a-t-il dans un seul département un asile dont les portes s’ouvriront pour elles ? Elles savent, de plus, ou elles ne tardent pas à savoir que les femmes ayant fait preuve de fécondité sont reçues et traitées d’une façon particulière, lors de l’accouchement, dans la plupart des Maternités de province. Mon collègue et ami le Dr Napias, depuis 1887, nous a renseignés sur ce point. Après avoir montré l’hor* rible et dangereuse promiscuité qui existe dans ces lieux, il ajoute : « Très souvent la partie de l’hôpital qui leur est réservée ne s’appelle ni Service d’accouchements, ni Maternité, cela s’appelle la Gésine ! »
Arrivées à Paris, que deviennent-elles ?
Elles vont frapper à la porte de nos Maternités, et ces portes ne peuvent non plus s’ouvrir pour elles ; les lits sont occupés par les femmes accouchées.
Tous les jours nous sommes obligés de dire : « Nous ne pouvons vous recevoir, vous viendrez au moment de votre accouchement. » Et quelquefois elles ont un mois, deux mois, trois mois à attendre ! Elles accueillent ces paroles sans révolte, mais comment peindre le découragement, l’accablement, le désespoir morne de ces malheureuses ! Elles renouvellent le lendemain leurs tentatives infructueuses, vont frapper à la porte de toutes les Maternités et partout reçoivent la même réponse.
DE L’ASSISTANCE DES FEMMES ENCEINTES
Cependant il y a quelques privilégiées : celles qui sont véritablement malades sont reçues chez nous ou trouvent quelquefois un lit à l’hôpital .
Quelques chefs de service, par commisération , en admettent une ou deux dans leurs salles, où elles sont placées dans un milieu qui les expose à toutes les maladies contagieuses.
D’autres sont accueillies dans quelques asiles ouverts par la charité privée. Dans les uns, elles ne peuvent rester que la nuit ; dans d’autres, au prix du logement insalubre qu’on leur donne et de la nourriture insuffisante qu’on leur octroie, on les fait travailler du matin au soir — et l’hiver, sans feu. J’ai visité presque tous ces asiles, car ils ne sont pas nombreux, j’ai des renseignements sur tous, et, sauf un, où une dizaine de femmes sont à peu près dans des conditions convenables, dans les autres, les femmes sont, à tous les points de vue, dans de plus mauvaises conditions que des prisonnières ! Et celles-là sont des privilégiées ! Quant aux autres, elles vont échouer où elles peuvent, et le plus souvent, dans des taudis infects où elles se nourrissent avec juste assez de pain pour ne pas mourir de faim. Et encore sont-elles forcées de se dépouiller de leurs vêtements pour payer ce logement et cette nourriture : les boucles d’oreilles, la chemise, les bas, les jupons vont successivement au Mont-de- Piété, et ces femmes nous arrivent en travail, quand nous ne pouvons plus ne pas les recevoir, avec une robe pour tout vêtement, et quelle robe !
Tous ceux qui ont fréquenté les Maternités savent que je n’exagère pas.
Vous ne serez donc pas étonnés d’apprendre que, dans le refuge-ouvroir créé par la Ville de Paris pour les femmes sans travail et qui fonctionne, rue Fessart, depuis l’année dernière, le plus fort contingent est fourni par des femmes enceintes parvenues déjà au sixième mois delà grossesse.
Vous le voyez, l’établissement destiné à recevoir ces femmes à qui le travail est défendu ou n’est plus permis, à qui des soins sont absolument nécessaires, cet établissement n’existe pas.
PINARD
La société reste indifférente, et elle ne se doute pas qu’en agissant ainsi, elle est barbare et cruelle, non seulement pour la femme, mais encore pour l’enfant.
Car, quelle que soit son origine, l’enfant que ces malheureuses portent dans leur sein, cet enfant est-il coupable ?
Et cependant, il n’est pas un coupable, il n’est pas un prévenu, je dirai qu’il n’est pas un condamné à mort qui ne soit mieux traité que lui à l’heure actuelle. Voilà où nous en sommes.
Il est extraordinaire de voir, dans un siècle humanitaire par excellence, comme le disait avec raison notre Président tout à l’heure, où l’on s’efforce plus que jamais de soulager les misères et les infortunes, de voir, dis-je, une telle lacune, une telle monstruosité exister encore ! Oh ! nous n’avons rien à envier au moyen âge à ce point de vue. Et certes, dans les mêmes conditions, l’animal est moins à plaindre que la femme.
Le fermier n’attelle pas sa poulinière à sa charrette quand il en attendun poulain; il l’entoure de soins attentifs. A la vache qui va lui donner un veau, il ne demande plus de lait depuis quelques mois, et il lui offre une nourriture abondante et choisie, et il semble naturel à cet homme de jeter sa fille de ferme sur le chemin quand elle est enceinte ! Il ne croit pas que cela soit monstrueux ; il trouve cela tout simple.
En montant ce soir une côte pour venir ici, je voyais un cheval de renfort mis là, par la Société protectrice des animaux, pour aider les autres chevaux dans la montée. Gela est bien, j’approuve la Société protectrice des animaux ; mais, cela montre aussi que j’avais raison d’affirmer tout à l’heure que les animaux sont mieux traités que la femme enceinte abandonnée.
Car, celle-ci ne rencontre personne qui la soutienne, qui lui tende la main dans le calvaire qu’elle doit gravir. Tout est étrange à ce point de vue dans nos mœurs actuelles.
Je vous ai dit tout à l’heure que bien souvent les femmes enceintes étaient répudiées, même par leurs propres familles, sous prétexte de morale. Eh ! bien, je vais vous donner un autre exemple de cette manière d’envisager les liens du sang.
DE L'ASSISTANCE DES FEMMES ENCEINTES
Ce matin, fut reçue dans mon service une pauvre fille, arrivée à Paris depuis quelque temps, pour y cacher sa grossesse . Elle avait épuisé le petit pécule qu’elle avait économisé ; il lui restait 2 5 centimes. Ne pouvant plus payer son hôtel, elle avait frappé en vain à la porte de toutes les Maternités ; exténuée, malade, elle s’était affaissée sur un banc du boulevard, où des sergents de ville la recueillirent, et, voyant sa situation, l’amenèrent chez nous. Je l’interrogeai devantmes élèves, afin de* savoir comment elle était arrivée à ce degré de dénûment et d’abandon. Elle me raconta qu’elle était femme de chambre et que, dès qu’on s’était aperçu de sa grossesse dans la maison où elle travaillait, on l’avait renvoyée. — Eh ! bien, lui dis-je, le père de votre enfant vous a donc abandonnée ?
— Oh ! dit-elle, je crois bien, c'est le frère à Madame.
C’est le frère à Madame! Que de fois ai-je eu des réponses du même genre, et qui m’ont démontré que la cause de la maternité se trouvait dans l’entourage de Madame, et souvent en était très rapprochée, que la cause de la maternité était dans la maison même d’où on venait de l’expulser ! Vous voyez combien sont puissants les liens du sang ! Voilà comment agissent les individus ; voilà ce que fait la société. — On appelle cela de la civilisation !
Tenez, tout dernièrement, j’applaudissais avec enthousiasme, ici même, comme on applaudit à tout ce qui est beau et grand, le capitaine Binger nous racontant ses explorations. Je voyais la civilisation pénétrant dans le centre de l’Afrique, et je constatais avec tristesse, que les femmes sauvages ayant fait preuve de fécondité auraient tout à perdre, en recevant les bienfaits de cette civilisation.
Oui, ce que fait à ce point de vue .notre société actuelle est inférieur à ce que font toutes les tribus sauvages !
Et ce qui est remarquable, étonnant, mais non pas, au fond, incompréhensible, c’est que nous n’ayons pas plus souvent de crimes à déplorer, c’est que les cadavres de ces malheureuses ne soient pas plus nombreux dans la Seine !
Généralement, les malheureux, les désespérés mendient ou se tuent. La femme enceinte ne 'mendie pas ; elle se cache et elle ne se résout au suicide que rarement. Il faut certainement qu’il existe chez elle — et cela existe heureusement — quelque chose de surhumain pour lui faire supporter ses abominables souffrances. Ce quelque chose, j’en parlerai dans un instant.
Ah ! quand le crime existe, la société daigne s’occuper de ces femmes. Vous avez faim, vous avez froid, vous êtes sans asile,, la société ne s’occupe pas de vous ; vous êtes une femme enceinte, la société n’a ni argent, ni asile. Oh! si vous voulez faire disparaître votre grossesse, si vous tuez votre enfant, la société est riche pour vous poursuivre, elle a des prisons pour vous recevoir !
Mais, ce crime que vous allez punir, n’est-ce pas vous, souvent, qui l’avez préparé ? Je ne crains pas d’affirmer que, quand le crime est commis au moment de la naissance, il a été préparé, dans la pluralité des cas, par les souffrances endurées pendant la grossesse. Je vais vous en donner la preuve.
Depuis six ans, j’ai eu dans mon service quatre femmes ayant tué ou voulu tuer leur enfant. Ces quatre femmes étaient fillesmères. Deux sont accouchées dans des hôtels borgnes où elles avaient séjourné pendant quelques mois. Arrivées à Paris avec quelques effets dans leur malle, celle-ci s’était vidée en faveur du Mont-de-Piété. Lors de l’accouchement, ces malheureuses mirent leur enfant dans ces malles. La troisième arriva dans le service en travail : elle était épuisée et pouvait à peine parler ; elle accoucha quelques instants après, et dans la nuit même, elle étouffa son enfant. A son arrivée, elle n’avait pas mangé depuis trois jours.
La quatrième, en se présentant à nous, n’avait pas de chemise. Elle essaya d’étouffer son enfant, pendant la nuit qui suivit son accouchement ; mais elle fut surprise avant que ses mains, crispées autour du cou du nouveau-né, eussent pu déterminer l’asphyxie complète. Cet enfant, qui avait la figure violette et tuméfiée, put être ranimé. Quant à la mère, sous l’influence des conseils
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qui lui furent donnés, et surtout des soins dont elle fut entourée, elle nous fît assister à la plus belle des réhabilitations. En effet, cette femme donna, quelques jours après, le sein à son enfant; elle se prit bientôt à l’aimer, et, restée dans le service comme nourrice, elle soignait douze enfants par jour et en allaitait plusieurs en même temps que le sien. Jamais je n’eus de meilleure nourrice.
Vous le voyez, ainsi que je le disais dernièrement à la Société de Médecine publique et d’Hygiène professionnelle, la misère seule, la misère atroce, que cette femme avait endurée pendant quelques mois, l’avait poussée à commettre le plus grand des crimes !
N’ai-je pas le droit de dire après cela : Interroge-toi, société, avant de frapper cette femme, et demande-toi ce que tu as fait pour elle !
Je pourrais vous donner d’autres preuves; je m’arrête. Il suffit, je pense, que de pareils faits soient connus pour qu’ils disparaissent. Gomment ? je vous le dirai dans un instant. J’ai hâte d’arriver à un sujet moins pénible et d’envisager comment ces femmes, parvenues de cette façon à la fin de la première période de la maternité, vont traverser la deuxième, celle de l’accouchement.
Je ne parlerai pas de ce qui se passe en province ; comme je l’ai dit tout à l’heure, le docteur Napias nous a montré tout ce qu’il y avait à faire à ce point de vue. Je ne m’occuperai que de ce qui se passe actuellement à Paris.
Aujourd’hui, lorsqu’une femme demande secours et assistance au moment de son accouchement, elle voit les portes de nos Maternités s’ouvrir devant elle. Presque toutes les femmes y sont accueillies et recueillies, et dans quelques années, on pourra dire toutes, car la grande Ville, toujours généreuse, aura achevé son œuvre.
L’année dernière, dix mille femmes (exactement 9,996) ont reçu les soins de l’art et les secours de l’assistance pendant leur accouchement dans les Maternités de Paris. Si je compare
la situation de ces femmes, pendant leur séjour dans nos Maternités, à celle des femmes qui accouchent chez elles au milieu de la richesse et de l’aisance, je ne serai démenti par personne en disant : au point de vue des soins, les premières n’ont rien à envier aux dernières. Il y a des femmes riches qui, au moment de leur accouchement, sont aussi bien soignées que celles qui accouchent dans nos services d’accouchement ; il en est qui le sont moins ; il n’en est aucune qui le soit mieux.
Oh ! si tout à l’heure j’étais douloureusement ému, en vous racontant ce qui se passe chez les femmes enceintes, laissezmoi vous dire combien je suis heureux de vous exposer les magnifiques résultats auxquels on est arrivé pour les femmes accouchées.
En i864? un homme disait: « Si les Maternités étaient bien établies à Paris, on empêcherait de mourir plus de 5oo femmes par an. »
Eh bien ! cet homme qui, quelques années auparavant, avait démontré avec une précision mathématique pourquoi ces femmes mouraient ; cet homme qui avait conservé un si poignant chagrin des premiers désastres qu’il avait contemplés et qui souffrait chaque jour de ceux qu’il constatait encore, cet homme voulut, au plus vite, faire disparaître une pareille calamité.
Il se mit à l’œuvre avec la ténacité qui le caractérise, avec l’amour et l’ardeur d’un philanthrope, avec la conviction que chaque jour de retard équivalait à la mort de plusieurs femmes fauchées sur ce nouveau champ de bataille.
S’appuyant sur ses démonstrations scientifiques, accueillant avec enthousiasme celles des autres, mettant à profit les découvertes de ces bienfaiteurs de l’humanité qui se nomment Pasteur, Chauveau, etc., il réclama l’application de toutes les méthodes prophylactiques, et il créa et fit créer des Maternités bien organisées; il a eu, certes, des collaborateurs ardents aussi, zélés, généreux, je ne les oublie pas; mais, c’est grâce à ses persévérants efforts que j’ai pu prononcer les paroles que je répète, à
DE L’ASSISTANCE DES FEMMES ENCEINTES
savoir que, Tannée dernière, les dix mille femmes qui sont venues accoucher dans les Maternités de TAssistance publique y ont trouvé ce que peuvent donner la fortune la plus grande et le dévouement le plus complet.
Eh bien ! cet homme qui, à ce point de vue, a presque réalisé un idéal, cet homme qui peut et doit être si fier de son œuvre, j’ai aujourd’hui, dans les circonstances particulières où nous sommes, le droit et le devoir de le nommer, c’est mon Maître, c’est notre Président d’honneur, c’est le Professeur Tarnier ! ! ! {Une longue ovation est faite au Professeur Tarnier .)
Que je vous suis reconnaissant, Mesdames et Messieurs, d’avoir fait cette ovation si bien méritée ! !
Parmi les collaborateurs auxquels je faisais allusion il y a un instant, je dois citer M. Peyron, directeur de TAssistance publique à Paris, dont je ne puis dire ici tout le bien que j’en pense puisqu’il est présent. Je me contenterai de dire qu’il a mis au service de cette œuvre, comme au service de tant d’autres, son amour pour le bien et l’appui de sa haute influence. Le Conseil supérieur de TAssistance publique ne fut pas moins favorable à ces réformes. Quant au Conseil municipal, nous ne le remercierons jamais assez. Car, en somme, il faut qu’on le sache, malgré tous les efforts dont je vous parlais tout à l’heure, malgré toutes les bonnes volontés, tout serait resté à l’état de projet pendant bien des années encore, si le Conseil municipal n’avait pas voté les sommes nécessaires. Et ces sommes sont considérables ! Malgré l’énormité de ces dépenses, en face des résultats obtenus, le Conseil, toujours guidé par la plus belle philanthropie, ne refuse pas et ne refusera pas les sommes qui sont encore nécessaires pour parachever cette belle œuvre. C’est avec empressement que je saisis cette occasion pour lui exprimer toute ma gratitude.
Mais alors, dira-t-on, si les femmes qui réclament les secours de l’assistance, au moment de leur accouchement, sont placées dans d’aussi bonnes conditions, toutes les femmes voudront y participer.
Ce serait une profonde erreur d’envisager ainsi les choses.
Ces femmes trouvent bien, dans nos Maternités, les secours de l’art et les secours de l’assistance, mais il est une chose qui leur manque et leur manquera toujours, l’entourage de la famille.
Je dirai plus, et cela va probablement vous étonner, ces femmes qui sont dans de si bonnes conditions, pour traverser la deuxième période de leur maternité, qui sont entourées de soins matériels qu’elles ne connaissaient pas, ces femmes n’ont généralement qu’un désir, celui de nous quitter le plus vite possible; et, en fait, elles nous quittent presque toutes avant leur rétablissement complet. Pourquoi, demandez-vous? — Parce qu’elles songent au lendemain, parce qu’elles vont traverser la troisième période de leur maternité, troisième et dernière étape, qui n’est souvent pas moins pénible que la première.
Oui, malgré nos observations, ces femmes sortent prématurément. Les unes, parce qu’elles ont d’autres enfants qui sont au Dépôt, c’est-à-dire aux Enfants-Assistés (et la population de Paris n’aime pas ce Dépôt, craignant toujours pour ses enlants une contagion quelconque, malgré les efforts faits par l’Administration et les Chefs de service pour rendre cet asile moins pernicieux); les autres parce qu’elles ont des enfants en garde. Or, cette garde des enfants coûte, à Paris, de 5o centimes à i fr. 75 par jour : c’est beaucoup pour ceux qui n’ont pas grand’ chose. Ou bien, et cela arrive souvent, les enfants sont chez les voisins. Oui, l’on ne saurait croire combien le Peuple de Paris, qu’on calomnie si souvent, a de générosité et met en pratique la vraie solidarité ! Les familles demeurant sur le même palier, elles-mêmes chargées d’enfants, n’hésitent pas à en prendre un, deux, trois, suivant les circonstances, pendant que la mère, leur voisine, ira accoucher. Et cette femme, quelquesjours aprèsson accouchement, sachant que ses voisins enrecueillant ses enfants se sont imposé de lourds sacrifices, se hâte de rentrer chez elle et de reprendre sa famille et, quoi que nous disions, elle s’en va.
A côté de ces mères de famille qui ne constituent que le tiers
DE L ASSISTANCE DES FEMMES ENCEINTES
de nos accouchées, il y a les femmes et les filles abandonnées que nous retrouvons ici. Les unes, plus vaillantes, nous disent : Je m’en vais, parce que je veux travailler pour gagner les mois de nourrice de mon enfant. Déjà celles-là n’ont pas le droit d’allaiter elles-mêmes leur enfant.
Il y en a d’autres enfin, moins courageuses peut-être, plus déshéritées de la nature et de la fortune encore, qui n’ont pas le premier sou , suivant l’expression vulgaire, mais vraie, et qui ne peuvent songer à mettre leurs enfants en nourrice. Ce sont celles-là que nous trouvons avec les yeux rougis le matin, à l’heure de la visite, et qui se taisent quand nous leur demandons pourquoi elles ont pleuré. Elles n’osent même pas dire tout haut qu’elles vont abandonner leur enfant. Et elles s’en vont, comme j’en ai vu ce matin encore, serrant convulsivement leur nouveauné dans leurs bras et, le couvrant de leurs larmes, elles se dirigent en chancelant vers le bureau d’abandon.
Eh bien ! oui, où voulez-vous qu’elles aillent? Qu’est-ce que la société leur offre ? Le bureau d’abandon ou les tours, dont on annonce le rétablissement ? Le tour, voilà ce qu’on offre à ces femmes ! Ainsi, une femme aura passé par toutes les angoisses de la grossesse, aura supporté les douleurs de l’enfantement, et cette femme qui a subi de telles épreuves n’aura pas le droit d’être mère ? Et la société, ou plutôt ceux qui préconisent cette chose monstreuse qu’on appelle les tours, vont lui dire : « Mets ton enfant au tour et la morale sera satisfaite. »
Gomment, ce qu’il y a de plus beau dans l’espèce humaine, cet amour maternel si grand, si profond, qui se traduit à tout âge, qui fait que la petite fille berce sapoupée avant desavoir marcher, qui fait pleurer de désespoir les femmes qui ne peuvent être mères, cet instinct si puissant, vous en faites table rase ! Mais vous ne savez donc pas ce que peut faire une femme qui ne veut pas abandonner son enfant ! Je vais vous l’apprendre. Vous avez lu les Misérables , et vous vous rappelez ce que fit Fantine, lorsqu’elle n’eut plus de dents à se faire arracher, pour envoyer l’argent qu’on lui demandait pour son enfant. Vous vous êtes dit
certainement que notre grand poète avait dépassé la mesure, que ce n’était pas possible, que c’était une fiction ?
Eh ! bien, je vais vous montrer que cette fiction peut être égalée, sinon dépassée, par la réalité.
Il y a quelque temps, — je ne puis préciser, le fait s’étant passé publiquement, — une femme vient dans mon service, très malade. Elle arrive, sachant qu’une opération est nécessaire, qu’il faut l’endormir et qu’elle peut mourir.
Alors, avant de respirer le chloroforme, elle nous dit : Prenez mon porte-monnaie, vous trouverez de l’argent et une adresse; si je meurs, vous enverrez cet argent à l’adresse, car c’est pour payer le mois de nourrice de mon enfant. Cette femme ne mourut pas et nous raconta son histoire, qui fut vérifiée et reconnue vraie. Cette histoire la voici :
Jeune fille de magasin, elle vint accoucher à la Maternité. Elle était abandonnée, naturellement. Huit jours après son accouchement, elle sort de la Maternité. N’ayant aucune ressource et ne voulant pas abandonner son enfant, elle va frapper à quelques portes amies, ou qu’elle croyait telles ; partout on lui refuse ce qu’elle demandait, c’est-à-dire l’argent nécessaire pour payer le premier mois de nourrice. A la fin de la journée, savez-vous ce qu’elle fit ? — Elle fit ce que fit Fantine !
Une pourvoyeuse lui offrit le premier mois. Elle accepta le marché de cette façon et put payer la nourrice.
Ah ! je laisse à d’autres le soin de chercher ici où finit le sublime et où commence l’infamie ; je me contente de constater que, pour rester mère, pour ne pas abandonner son enfant, pour éviter le tour , cette femme n’a reculé, ni devant la fange, ni devant l’ignominie ! Et vous, mères, qui êtes ici, si l’on vous disait : Il faut abandonner votre enfant, ou l’un de vos enfants, vous ne le verrez plus, vous ne saurez ce qu’il deviendra, que répondriez-vous ? Je le sais — du plus profond de vos entrailles monterait ce cri : J’aime mieux qu’il meure !
Comment des hommes, bons, généreux, et je sais qu’il y en a beaucoup parmi ceux qui préconisent le rétablissement des
DE L'ASSISTANCE DES FEMMES ENCEINTES
tours, n’ont-ils pas songé à cette chose abominable, contre nature : une mère abandonnant son enfant ?
Je sais bien que plusieurs n’ont en vue que les femmes qui seront heureuses de mettre ou de faire porterleur enfant au tour pour sauver leur honneur ! mais, celles-là sont l’exception, heureusement. Il faut bien qu’on le sache, la plupart des femmes abandonnées n’ont pas peur de la maternité, elles ne demandent que ce qui est nécessaire pour élever leur enfant. Aussi, ai-je été heureux de lire dans le beau discours prononcé dernièrement à l’Académie par un homme qui a passé sa vie à faire le bien et qui est cependant partisan du rétablissement des tours, M. Marjolin, une phrase qui commence ainsi : « Oui, le tour est une des institutions les plus tristes de la société. » Les tours, jugés de cette façon, par M. Marjolin, cela nous suffît, ils sont condamnés. Et comment ne le seraient-ils pas ?
Admettons qu’ils soient rétablis et que les enfants y soient portés en foule, comme cela ne manquerait pas d’arriver. Que vont devenir ces enfants ? Vous les donnez à l’Assistance publique ; c’est bien, mais est-ce que cette Administration — que M. le Directeur général me pardonne — peut remplacer la mère ? Par qui peuvent et doivent être élevés les enfants ? Par les femmes en général et par leur mère en particulier. Et la preuve est dans ce fait que, dès que l’Assistance publique a des enfants abandonnés, elle cherche d’autres mères pour les leur confier. Et alors, on arrive à créer une industrie qui est en elle-même monstrueuse.
Vous placez ces enfants chez des femmes en qui vous éveillez l’amour du gain aux dépens de l’amour maternel. Leur enfant à elles va être frustré, de par vous, et je vous dénie ce droit. Mais je m’arrête, ne voulant froisser personne, je me contente de dire qu’il m’estimpossible, à moi, de considérer comme une chose normale, comme une chose morale, l’élevage des enfants descendu au niveau d’une industrie; or, les nourrices mercenaires ne font guère autre chose. Par conséquent, si vous voulez faire quelque chose de bien, de grand, qui ne puisse qu’aider et non
entraver l’accroissement de notre population, donnez à toutes les femmes qui le désirent le moyen et le droit d’être mères.
Je sais que toutes ne pourront pas allaiter leur enfant; mais j’espère qu’on fera pour elles ce qu’on a fait pour les femmes accouchées et ce qu’on va faire bientôt pour les femmes enceintes. Je sais que M. Tarnierse propose de réaliser, à bref délai, le projet qu’il a proposé à l’Académie, il y a quelques années déjà, et qui consiste à instituer un établissement modèle où serait étudié l’allaitement artificiel, établissement qui indiquerait ce qu’on doit faire quand on est obligé de recourir à ce moyen.
Mais, je ne veux pas prolonger cette conférence indéfiniment.
De ce que je vous ai exposé, il résulte qu’aujourd’hui, si la femme, ayant fait preuve de fécondité, est secourue lors de son accouchement, elle n’a ni protection, ni secours pendant sa grossesse, quand elle est abandonnée.
Chose invraisemblable, mais vraie cependant, la société n’a pas songé encore à combler cette lacune.
Aussi la Fondatrice de la Société l’Allaitement maternel — Société qui a secouru depuis sa fondation cinquante-sept mille mères, — cette Femme, qui, pour l’œuvre dont je viens de parler et pour bien d’autres aussi, n’a ménagé ni sa fortune, ni sa santé, cette Femme, dont je ne dirai jamais assez de bien pour ceux qui la connaissent, cette grande bienfaitrice, que je neveux pas faire souffrir plus longtemps, en parlant d’elle, a voulu faire plus encore.
Connaissant la lacune que je viens de vous signaler, elle a résolu de commencer à la combler. « Fondons, a-t-elle dit, un établissement où les femmes enceintes abandonnées seront recueillies et soignées. Ce premier sera suivi d’autres, car il n’est pas possible que cet état de choses persiste plus longtemps. » Alors, avec cet ardent amour du bien qui la caractérise, avec cette foi qui ne connaît pas d’obstacles, elle s’est mise à la tâche.
Elle a demandé au Comité de la Société de l’Allaitement maternel d’adopter cette nouvelle œuvre, et a enlevé le vote de ce Comité; j’en remercie ici son président.
DE L’ASSISTANCE DES FEMMES ENCEINTES
Elle s’est adressée au Conseil municipal, sachant que, quand il y a une bonne action à faire, on ne frappe jamais en vain à sa porte, n’ignorant pas que depuis quelque temps déjà le Conseil s'efforce d’entrer dans la voie quelle s'est tracée; elle rencontre une Commission favorable et dans l’un des membres du Conseil un appui aussi éclairé que puissant. Personne n'ignore, en effet, que M. Strauss s’occupe, depuis des années, des questions d’assistance avec une sollicitude particulière ; et il suffirait, pour en être convaincu, de lire le beau rapport qu’il présenta l'année dernière, au Conseil général de la Seine, sur le budget des enfants assistés.
Elle obtint de la municipalité de Paris la concession d’un terrain, je ne puis pas dire la location, et de plus., une subvention.
Elles’adressa àM. Tarnier qui accepta la Présidence d’honneur de l’œuvre, c’est assez dire qu’il lui donnait son appui.
Elle a su donner des collaborateurs profondément dévoués à sa cause et parmi eux je dois citer en première ligne le docteur Barbézieux, qui ne ménage rien de ce qu’il possède pour la réussite de l’œuvre.
Elle a même trouvé, chose rare, — et j'en demande pardon à mon éminent ami, M. Emile Trélat — deux architectes de grand talent, MM. Bapaume et Maurice Yvon, qui ont bien voulu faire le plan du nouvel établissement, et qui, en le dressant, se sont beaucoup plus occupés des femmes enceintes que des pierres de taille, c'est-à-dire qu'ils ont tout sacrifié à l’hygiène et à l’économie.
C'est ce plan qu'on est en train d’exécuter, 2o3, avenue du Maine, sur le terrain concédé par la Ville et où bientôt, si l'argent ne nous fait pas défaut, quarante femmes enceintes pourront être recueillies et soignées.
C’est pour nous aider à réaliser le rêve de Madame Léon Béquet (née de Vienne), que nous vous avons convoqués à cette réunion, et je suis sûr à l'avance que vous nous aiderez.
D’ailleurs, en vous voyant si nombreux, je suis plein de confiance ; votre présence ici est déjà une preuve de sympathie pour l'œuvre. Vous nous donnerez par patriotisme, car vous
savez combien la maternité doit être protégée, étant donné le minime accroissement de notre population, et vous n'ignorez pas — bien que je ne veuille pas entrer dans cet ordre de questions — que les femmes qui ont le plus d’enfants sont celles qui ont le plus besoin d'assistance. — Vous savez que mon collègue et ami, le professeur G. Richet, vient de démontrer mathématiquement qu'une femme de Montmartre est quatre fois plus féconde qu’une femme des Champs-Elysées.
Vous nous donnerez donc par patriotisme ; vous nous donnerez aussi, mus par le désir de faire le bien, de faire disparaître une classe de malheureux, j’allais dire de victimes, et aussi pour ne plus être exposés, comme vous l’êtes encore ce soir, à rencontrer une de ces infortunées se dirigeant, en rasant les murs, vers l’asile de nuit de la rue Saint-Jacques.
Vous ferez plus encore, ou du moins laissez-moi caresser cet espoir. J’espère que, touchés par l’exposé que je viens de vous faire de la situation de tant de malheureuses, souffrant comme nous de leurs souffrances, vous allez devenir des apôtres.
J’espère que, grâce à vous, un courant puissant d'opinion va s’établir et que, l’initiative privée s’unissant au bon vouloir des assemblées communales, départementales, gouvernementales, il en résultera une communauté d'action si efficace que, dans quelque temps, les deux pavillons du Refuge-Ouvroir auront prospéré, multiplié et qu’on en rencontrera, à Paris, dans chaque quartier; en province, dans chaque chef-lieu de département.
Oui, j’espère que la fin de ce siècle verra se réaliser ce magnifique projet qui avait été décrété il y aura bientôt cent ans — le 28 juin 1793, — et cela, grâce à vos efforts et à cette cohésion de forces qui ne veulent que le bien, comme le disait M. le Président en ouvrant la séance.
Et alors il nous sera permis de dire : Sur cette chère terre de France , toute femme, aujourd’hui, peut être mère.
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Messieurs,
Vous n’ignorez pas certainement qu’à l’heure actuelle, à Paris, les femmes enceintes privées d’aide et de protection, les femmes enceintes abandonnées, peuvent être admises, quelle que soit leur situation sociale, quelle que soit leur nationalité, dans des établissements spéciaux dits : Refuges ou Asiles des femmes enceintes.
Le premier établissement de ce genre, du à l’initiative de Mme Béquet de Vienne, est connu sous le nom de Refuge de l’avenue du Maine, et fonctionne depuis 1892. Quelque temps après, la Ville de Paris ouvrait l’asile Michelet, rue de Tolbiac; et je ne doute pas qu’avant longtemps l’œuvre ne soit parachevée, par la multiplication et l’agrandissement de ces établissements. Chose désirable à tous égards et rendue plus urgente encore, si c’est possible, par la connaissance des résultats déjà obtenus.
Je neveux point insister aujourd’hui sur les immenses services rendus à ces pauvres femmes par la création de cette belle et nouvelle assistance, qui non seulement donne à ces déshéritées le logement et la nourriture, leur apporte la consolation et la quiétude, mais encore leur assure les soins spéciaux que réclame leur état de grossesse. — Soins spéciaux qui font disparaître la plupart des terribles accidents observés auparavant chez ces
(1) Communication faite à V Académie de médecine, séance du 26 novembre 1895. Annales de Gynécologie, décembre 1895.
abandonnées. — Je viendrai un jour vous démontrer, chiffres en mains, les cas dans lesquels, en faisant disparaître en particulier l’éclampsie et les mauvaises présentations, on a empêché les femmes de mourir et on a permis aux enfants de naître, et je vous donnerai le nombre de ces vies humaines économisées.
Je désire simplement, aujourd’hui, m’occuper àn produit de ces femmes, c’est-à-dire vous exposer les résultats obtenus dans ces conditions chez les enfants de ces femmes. Résultats prévus — dira-t-on peut-être — je ne dis pas non, mais qui n’en sont pas moins importants à constater.
Presque toutes les femmes recueillies et soignées au Refuge de l’avenue du Maine viennent accoucher dans mon service, à la Clinique Raudelocque. Or, nous n’avons pas tardé à reconnaître que la plupart des enfants de ces femmes étaient remarquables parleur développement. Et chaque fois que dans ma visite, je m’arrêtais près d’un berceau pour faire constater combien l’enfant qui y reposait était beau, presque toujours quand je demandais l’origine, on me répondait : c’est un enfant du refuge ou c’est un enfant du dortoir. Ce qui voulait dire : c’est un enfant dont la mère a été soignée et recueillie soit au refuge, soit au dortoir de la Clinique.
Le résultat de cette observation, superficielle je le veux bien, mais constamment répétée, a déjà été consigné dans un des éloquents rapports faits chaque année sur le Refuge de l’avenue du Maine, par un de nos plus éminents et aimés collègues, qu’on retrouve toujours à la tête des bonnes œuvres : j’ai nommé M. Cadet de Gassicourt. Mais, dire qu’un enfant du refuge est beau, qu’il est vigoureux, cela est bien, mais cela m’a semblé insuffisant, et j’ai cherché, par une observation plus attentive, à déterminer la véritable signification de ces termes. Ce sont les résultats de ces recherches que je vous apporte, les voici :
J’ai 'comparé les enfants des femmes venant accoucher dans mon service directement, c’est-à-dire ayant pour la plupart continué à travailler pendant toute la durée de leur grossesse, — la première contraction douloureuse faisant cesser leurs
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occupations, — avec les enfants des femmes reposées et soignées soit aux refuges, soit au dortoir. Cette comparaison n’est pas facile à établir, et si les éléments de chaque terme présentent le même degré d’analogie, ils ne présentent pas toujours le même degré de similitude. C’est ainsi que, parmi les femmes qui viennent directement de chez elles, pour accoucher dans les services d’accouchements, il en est un certain nombre qui se trouvaient dans des conditions hygiéniques convenables, parmi beaucoup d’autres se trouvant en état de surmenage.
Demême, l’influence du repos et de l’hygiène chez les femmes du dortoir et du refuge doit nécessairement varier et être enrap^ port direct avec la durée du séjour, et ce séjour est loin d’être le même pour toutes les femmes.
De là, la difficulté de réunir dans chaque catégorie devant être opposée, des éléments absolument semblables.
Quoi qu’il en soit, j’ai pu, en éliminant les cas considérés comme pathologiques, comparer le poids des enfants chez 5oo femmes reposées et soignées, soit au refuge (i), soit au dortoir, et le poids des enfants chez 5oo femmes ayant travaillé jusqu’au moment de leur accouchement, et voici ce que j’ai trouvé:
500 femmes, ayant travaillé jusqu’au moment de leur accouchement, ont donné :
Poids d’enfants : 1,505,000 grammes ; par enfant, 3,010 grammes.
500 femmes, ayant séjourné au moins dix jours au refuge, ont donné :
Poids d’enfants : 1,645,000 grammes ; par enfant, 3,290 grammes (140,000 grammes en plus).
500 femmes, ayant séjourné au dortoir de la Clinique Baudelocque, ont donné :
Poids d’enfants : 1,683,000 grammes ; par enfant, 3,366 grammes' (178,000 grammes en plus).
Je ne puis mieux faire que de comparer ces chiffres avec ceux constatés par M. Tarnier.
M. Tarnier a recherché le poids moyen des enfants des femmes
(1) Les 1,500 fiches du refuge de l’avenue du Maine ont été rédigées par le Dr Barbezieux, médecin du refuge, qui a bien voulu me les communiquer ; je ne saurais trop l’en remercier.
PINARD
accouchées à la Maternité, pendant une période de seize ans, et nous lui devons les données ci-dessous :
Poids moyen de 3,794 garçons issus de primipares : 3,146 grammes.
Poids moyen de 3,159 filles issues de primipares : 3,101 grammes.
Poids moyen de 4,025 filles issues de multipares : 3,120 grammes.
Poids moyen de 4,623 garçons issus de multipares : 3,372 grammes.
Ces résultats nous donnent l’explication du chiffre plus élevé obtenu chez les enfants des femmes du dortoir que chez les enfants des femmes du refuge.
Nous voyons, en effet, l’influence de la multiparité. Or, chez les femmes du refuge, la proportion des primipares est bien plus considérable :
69 primipares pour 3 1 multipares.
Tandis qu’au dortoir la proportion est de :
45 primipares pour 55 multipares.
Ce n’est donc pas la différence de soins, mais la différence de population qui est cause de la différence des poids.
Si la statistique de M. Tarnier donne comme moyenne d’ensemble un chiffre un peu plus élevé que le mien, cela tient probablement à ce que, parmi toutes les femmes accouchées à la Maternité, il s’en trouvait un certain nombre ayant séjourné un temps plus ou moins long au dortoir de la Maternité.
Je ne me suis pas contenté de rechercher et de comparer les poids des enfants chez les femmes soignées et chez celles qui ne l’ont pas été, mais encore, j’ai essayé de comparer la durée de la grossesse chez les unes et chez les autres.
Ce point-là est particulièrement délicat et difficile.
En effet, comment évaluer la durée delà gestation dans l’espèce humaine ?
Je n’ai trouvé qu’un moyen pouvant renseigner sur ce point, moyen qui consiste à évaluer le laps de temps qui s’est écoulé entre les dernières règles et l’accouchement. Ces deux points de
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repère bien établis, et les causes d’erreur étant les mêmes chez les unes et chez les autres, une comparaison significative peut s’ensuivre.
Et le dépouillement des observations, fait à ce point de vue, m’a donné la proportion ci-dessous :
Chez 1,000 femmes, ayant travaillé jusqu’au moment de l’accouchement, le temps qui s’est écoulé entre les dernières règles et l’accouchement a été :
de 280 jours et plus 482 fois.
de 270 — à 280 279 —
au-dessous de 270 — • . . . 239 —
Chez i,ooo femmes, ayant séjourné au refuge ou au dortoir, le temps qui s’est écoulé entre les dernières règles et l’accouchement a été :
de 280 jours et plus 660 fois.
de 270 — à 280 214 —
au-dessous de 270 — 126 —
Je n’insisterai pas sur l’éloquence de ces chiffres. Nous savons maintenant ce qu’il faut faire pour que la période d’incubation ne soit pas troublée et pour que le développement de l’enfant soit aussi parfait et aussi complet que possible.
Naître prématurément n’est point une chose indifférente; et s’il est bon pour tout citoyen de posséder un casier judiciaire vide, il n’est pas moins utile de posséder, pour bien agir dans la vie, un casier utérin vierge de tout accident.
Ces données nous montrent à tous ce que nous avons à faire, si nous voulons une population forte et vigoureuse, et si nous applaudissons aux efforts faits pour secourir les faibles et les malades, il me semble que votre reconnaissance ne doit pas être épargnée à ceux qui ont trouvé et créé le moyen d’empêcher les mères de souffrir et de faire naître d’aussi vigoureux enfants.