‹ Clmence d'Isaure, bienfaitrice de Jeux FlorauxChapitre 3 sur 12 · LE D · texte numérisé non relu

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femme célèbre.— Il n’est pas étonnant que Catel n'ait point trouvé le nom de Clémence dans les poésies des treizième et quatorzième siècles, puisque, selon l'opinion la plus probable, ce n'est qu'au quinzième qu'elle a paru. — Je consacrerai plus bas un article partieulier à l'inscription tumulaire placée sur le sépulere d'Isaure.

Pierre de Cazeneuve , dans son Traité de l'Origine des Jeux Floraux , imprimé en 1659, ne parle point de dame Clémence. Son livre est divisé en deux parties: dans la première, il traite de l'origine et des progrès de la langue romane ; dans la seconde, il parle de l'institution du Gai Savoir au quatorzième siècle. Son livre fat publié par Tornier, son neveu, et dédié aux capitouls de 1659. Cest dans son épître dédicatoire que, croyant sans doute flatter les prétentions de ces magistrats, l'éditeur avance : « Que le crédit que la fabuleuse Clémence avait usurpé dans le Capitole, engagea son oncle à élever la gloire des capitouls sur les ruines de cette invention chimérique. » Cette assertion est entièrement gratuite, et rien n'indique, dans l'ouvrage de Cazeneuve , qu'il ait eu quelques doutes sur l'existence de Clémence. Son intention a été de parler de l'institution primitive des sept troubadours. L'éditeur a placé à la fin du livre de son oncle les passages de Catel relatifs à Clémence Isaure; mais cette insertion est entièroment étrangère à Cazeneuve. | |

Germain de Lafaille, dans ses Annales de Toulouse, (t. L, p. 63), met en doute l'existence de Clémence Isaure. L'erreur dans laquelle il est tombé sur ce point, ainsi que tous les autres auteurs qui ont

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suivi ce sentiment, vient de ce qu'ils ont confondu l'institution primitive du Gai Savoir, en 1323, avec la restauration de cette compagnie par les libéralités de Clémence, au quinzième siècle. Il était, en effet, très naturel qu'ayant sous les yeux. une relation authentique de l'institution primitive de cette compagnie, dans laquelle il n’est fait aucune mention de Clémence, ils aient eu des doutes sur son existence, surtout lorsqu'on l'a représentée avec le titre de fondatrice, ce qui ne pouvait nullement s'accorder avec l'institution des sept troubadours. Toutefois, Lafaille avoue qu'il a existé

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une tradition favorable à Clémence, tradition qui, d’après lui, n'a pris naissance que vers le milieu à seizième siècle. Cet aveu me parait infiniment précieux. Comment, en effet, supposer qu une tradition de cette nature ait pu s'ét fable sur un personnage imaginaire? Lafaille fait ici allusion au passage du Registre rouge rédigé en 1550, étant chancelier méssire Pierre Dufaur, dans. lequel il est dit formellement que le collége de la Gaie Science a été fondé en Tholose par feue dame Clémence de bonne mémoire. Ce passage pourrait bien commencer, il est vrai, ce qu’on appelle la tradition écrite; mais cette tradition écrite suppose évidemment une tradition orale beaucoup plus ancienne, constante et non interrompue. Si cette dernière tradition n'avait pas existé, comment, en 1550, aurait-on parlé de feue dame Clémence de bonne éme

En 1715, M. Simon de Laloubère publia son Traité sur l'Origine des Jeux re Voici comment il s'exprime sur la question qui nous occupe : « Mon dessein n’est pas, en recherchant l'origine des Jeux Floraux de Toulouse, de réfuter ou d'établir l'opinion vulgaire qui attribue la fondation de ces Jeux à une fille nommée Clémence Isaure ». Il faut ici distinguer deux choses: l'existence de Clémence en elle-même et sa qualité de fondatrice des Jeux Floraux. Laloubère ne s'occupe pas de la première, et il ne se déclare ni pour ni contre la seconde.

En 1777, parurent les Annales de Toulouse, par Durozoi. C'est au deuxième volume de cet ouvrage qu'il parle des Jeux Floraux et de Clémence Isaure. Il s'efforce d'établir l'existence de cette femme et de détruire toutes les objections de Catel. Dans les notes de ce volume, Durozoi en consacre une très étendue à EXpOser toutes les preuves positives en faveur de Clémence.

M. Raynal, avocat au parlement, a. consacré un très long : arücle, dans son Histoire de Toulouse, aux Jeux Floraux et à Clémence (de la page 123 à la page 134). Il adopte les conclasions suivantes : Clémence Isaure a réellement existé, mais elle n’est pas la fondatrice des Jeux Floraux , en donnant ce nom au Gai Consistoire de 1393.

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En 1774, Charles de Lagane publia, comme je l'ai dit, un dis-

cours touchant les Jeux Floraux et dame Clémence. Ce discours est divisé en deux parties. Dans la première, l’auteur s'efforce de prouver que le corps de ville à toujours fait les frais des fleurs et de la fête de Mai; dans la seconde, il cherche à détruire les arguments sur lesquels est appuyée l'existence de Clémence. Le travail de M. Lagane n'est que celui de Catel amplifié et délayé. Je l'ai lu avec la plus grande attention, et J'ai trouvé dans cet ouvrage des passages remarquables qui me paraissent prouver invinciblement l'existence de la restauratrice de nos Jeux.

: . Dans le quatrième tome de l'Histoire des Institutions de la ville de Toulouse , le savant M. Du Mège a retracé les faits qui ont rapport à l’Académie des Jeux Floraux. Il ne met nullement en doute l'existence de Clémence Isaure; il la suppose incontestablement prouvée, puisque à la page 349 il affirme que dame Clémence nous a laissé un recueil de vers en langue romane.

Dans le troisième volume de son Histoire de Toulouse, M. d'Aldéguier .consacre plusieurs passages à l’Académie des Jeux Floraux. Cest au chapitre IE du livre 8° qu'il attaque avec une haute inconvenance l'existence de cette femme. Pour donner ici une faible idée des inexactitudes de cet historien, il affirme (page 330) que Laloubère ne parle en aucune manière de la muse toulousaine, tandis que cet auteur commence précisément son ouvrage en nommant cette bienfaitrice des Jeux Floraux. Dans ses notes au chapitre I°, il croit infirmer la force des témoignages des poètes qui ont chanté Isaure, en disant jusqu'à satiété que tous leurs vers sont détestables. |

Quant aux historiens modernes de l'Académie, ils ont tous soutenu l'existence de Dame Clémence, quoiqu'ils n'aient pas été toujours d'accord sur l’époque précise où elle a vécu. Nous possédons trois histoires de PAcadémie ; la première composée par M. de Ponsan; la seconde, retracée dans le mémoire de l’Académie , en réponse à Charles de Lagane, en 1775; la troisième, composée par M, Poitevin Peytavi, publiée en 1815.

Si Catel a été le premier à attaquer l'existence de Clémence Isaure , Dom Vaissette a paru au milieu du dix-septième siècle pour être son défenseur, Ce savant bénédictin, pour qui l’histoire n'avait point d'obscurité, qui distinguait avec tant de sagacité le vrai du faux,

: qui travaillait pièces en main, semble avoir dirimé toute la contro-

verse par ce passage remarquable inséré dans le quatrième tome de son fistoire du Languedoc, page 198 : « L'Académie reçut un nou- » veau lustre vers la fin du quatorzième siècle ou au commencement » du suivant par les libéralités d’une dame toulousaine nommée Clé- » mence d'Isaure, qui, voulant signaler son goût pour les belles- » lettres, fonda par son testament de quoi fournir aux frais des » trois fleurs qu’on distribuait tous les ans, et donna à l'Hôtel-de- » Ville des fonds suffisants. pour cet entretien. Les capitouls et les » habitants de Toulouse, par un motif de reconnaissance, woulurent » faire ériger au miliea du seizième siècle une statue de marbre blanc » sur le tombeau de cette dame qui avait été inhumée dans l'église » de la Daurade; mais, pour lui faire plas d'honneur, ils placèrent » celte Statue en 1557 dans une des salles de l'Hôtel-de-Ville, où » l'assemblée des sept mainteneurs des Jeux Floraux avait été trans- » férée, et où on voit encore cette statue qu’on couronne de fleurs tous » les ans le 3 de may, jour de la distribution des prix. » Dom Vaissette reproduit à peu près ces mêmes termes dans la note dixneuvième qu'il a ajoutée au texte et dans laquelle il réfute les asserlions de Catel. Sans doute, en composant ce fragment de son histoire, le savant bénédictin a profité des notes et des éclaircissements qui lui furent communiqués par M. de Ponsan; mais il est impossible d'admettre que Dom Vaissetie se soit servi de ces documents sans les avoir examinés avec le plus grand soin et sans les avoir soumis à toute la sévérité de sa critique.

Tels sont les témoignages des historiens de Toulouse ou du Languedoc sur Clémence Isaure. :

Je passe maintenant à l'exposition de quelques faits incontestables et qui nous offrent des principes de solution pour certaines difficultés proposées.

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