EN DÉSHÉRENCE
La vie et ses frissons de forêt fraternelle O carillons ailés d'une Pâque éternelle
L'arbre des âmes frissonnant Au souffle aveugle et qu'on redoute Au souffle dur d'un froid Néant L'arbre maigre au bord de la route Des Pourquoi jamais résolus, Oh la si lente lente danse De feuilles — la chute au silence D'irréductibles Absolus,
Pleurez le nocturne de l'Être Noires campanes des Peut-être.
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Un renouveau d'âme rit dans les frondaisons Enfin sauves de trop identiques hivers Il peut ressusciter le soleil des saisons De joie et réchauffer d'intimes univers Le Pan vivace acclame en grande claironnée Un réveil vermeil et de rêves couronnée Aux champs natals la Chimère va débridée : Pour ses coups d'aile pour le seuil d'Éden atteint Pour l'aube triomphale d'un rose matin Sonnez campanes de l'Idée.
Nous avons oublié la haine Plaine morne où dorment nos morts Et la blessure est plus lointaine Que ravivaient nos longs remords, Parce que l'extase est première Dans la douceur de sa lumière Véridiques nous détendons L'arc aux sagettes de mensonge :
Murmurez des chansons de songe Albes campanes des pardons.
Sera-ce la minute celle
Des ferveurs d'unique désir,
La félicité de saisir
Et d'étreindre l'universelle
Idole qui glisse et s'enfuit
Aux retraits vagues de sa Nuit,
La musicale mandragore
Aux parterres de vieille flore ?
Sonnez les pourpres de grand jour Rouges campanes de l'amour.
Face obscure enclose au mystère Astre de paix des temps prochains, Renaîtra la gaîté des sphères Sauvées des siècles assassins ; O l'artifice et l'aventure D'un albe graal reconquis Et la grande accalmie future Après les cycles accomplis :
Étoilées vos molles cadences Vertes campanes d'espérance.
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L'Esprit se libérait de sommes accablés Et c'était un navire impatient du large De siller les flots noirs bombés ainsi des targes De tanguer aux remous de rêves révélés, Puis des rhjtmes volaient vers les cieux impeccables Et rompues les ancres d'ennui largués les câbles De regrets englouties les lourdes passions, Et parmi le trésor des pensers mis en gerbes Voici que bruissaient de larges carillons Campanes d'or gloire des verbes.
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Le réseau trépidant d'àmes essentielles
Voulut s'innover en simplesse
Et filigrane épars s'unir en une tresse
Où se tordraient en vain des chimères rebelles
liistinct sourd à la chair et moins faillible qu'elle
S'incarner en reliques avouées
Qu'un souvenir adore aux tabernacles
Et le péri] des voûtes fatiguées
Ne pourrait prévaloir en tuant le miracle
La loi fut de mêler à l'âme antérieure
Ce pur moment de prime extase
Un rayon d'autrefois consacra l'hypostase —
Bt les dieux souriaient des époques meilleures.
Un très-vieux hymne chante en moi
fragments d'une âme surannée
y reviennent les printemps morts
c'est la sonde apriline ramenée
du fond des mers enténébrées
où l'être antérieur s'oublie et dort.
Immanence des voix ancestrales
chœurs en deuil aux fêtes d'un triste roi
de profundis agenouillés dans l'ombre de ses cathédrales
mais aussi de notre natal pays des palmes
de nos hauts plateaux aimes et calmes
sourd l'arôme pers des grands bois —
un très-vieux hymne chante en moi.
Et d'abord se teinte un lointain si loin
de la douceur embrumée d'un mystère
perdu dans le gris dans le fané, moins
qu'une vie l'inconscient s'éclaire
à la nébuleuse de pérennel instinct —
albes voix de flûte au brouillard mélodieux du loin,
Puis Idée aurorale ascendant vers la gloire
de l'astre qui féconderait un sol mur pour ses chauds baisers
et coruscante nait la forme en les moires
des virides sommets embrasés —
voix bleues des violons aux purs sommets de gloire,
Telle tribu princière en ton berceau des palmes de Pàmyr
adorante sous le soleil jeune tes vœux
s'irradiaient s'épandaient vers tes fils enclos en le devenir
ô mère, bénie l'étincelle encore de tes feux —
cuivres pourpres qui clangoraient en l'Eden du Pàmyr,
Telle l'âme inquiète l'âme en quête de moi
se veut parfois sauve de l'aujourd'hui sauve de ses ornières
et se détourne vers un jadis-futur qui serait sa loi
et s'aspire simple à toujours de l'orbe de simple lumière
où se récréer son âme première —
Un très-vieux hymne chante en moi.
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Récurrence d'un monotone aux étangs morts des jours
inéluctable roulis d'accords banals qui reviennent
et le mensonge des clartés diurnes et toujours
la foule folle en rage en malédictions autour
de l'Idole aimée dont les yeux fixes nous retiennent.
Balancez vos vagues balancez marées quotidiennes l'heure ne sera plus jamais des calmes méridiennes.
Où l'hermétique labeur où se guérir du frisson fiévreux des jours où le climat de fécondes languitudes en qui tous les lassés natals se revivront ?
O vagues mornes taisez vos inquiétudes.
L'asile — caresses d'invisible sur les fronts
Paix tiède et cloches d'ombre aux solitudes
Et châteaux dans les nuées roses d'un soir que nous avérons.
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O magie erratique un soir spirituel
Tu t'arrêtais aux profondeurs d'àme étonnée —
Le ciel était légendaire le ciel
Se pâmait en la féerie automnale des nuées
Le monde intérieur connut son mode essentiel
Arabesque mystique d'intime illusion
Arche septicolore et sans cesse muée
Par ce doux soir de mansuétude et d'abandon
Illusion-Nature et quelle vraie — aucune Ecroulement de Tout aux gouffres ignorés O magie ton chant seul affronte les rancunes De la Maïa stérile et de l'Adam bravé
Prestige des hasards orgueil fort des sciences
brûlure de conscience essaim bruissant des systèmes et ce leurre satanique sème l'ivraie menteuse des sapiences — disperse-toi fumée amère d'un triste fanal
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En la débâcle d'apparences résurgent les origines
aux décors voyageurs rien qu'un murmure qu'on devine
le seul épanchement d'Etre primordial —
chante orchestre mystérieux de sources cristallines
ritournelle rieuse et ralentie
ritournelle des tourterelles
sous les soyeuses mousses assoupies
chuchotements des chanterelles
entrelacs d'argent lunaire aux ramures
et ce roucoulis nocturne si défaillant
héraldiques et fins comme mâtures
des peupliers peureux palpitent dans le vent —
un joyau rare en l'écrin radieux ses yeux ont des éclairs de gemme fabuleuse lazulis précieux ses yeux — ah vaine et terne soudain la folle amoureuse et puis je dirai le lierre les pierres et les puits tranquilles où l'eau sommeille je dirai les rutilances de la rivière miroir et moire smaragdine qu'un juillet ensoleille l'église et des prostrations de prêtres en prière pour le grand Rêve promis j'allumerai des tendresses vierges en cierges
« Mais la viole échappe à tes mains glacées pourquoi ce silence n'est-il des gammes encor » — ah toutes les cordes chanteuses sont brisées et vois ce squelette le rire de sa bouche édentée — Chimérique magie —
Ah c'est la fin et c'est la Mort
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« Écouter appeler la fée énamourée
Ah ! quelqu'une est venue et son parfum demeure
Savoir là-bas cette fée adorée
Une est venue qui reviendra sans doute tout à l'heure. »
Non tu dois fuir cette senteur d'énervante verveine
Un jour vers la paisible obscurité des chapelles prochaines
Y reprendre tes ex-voto trophées d'antiques armures.
« Les visiter sans cesse en sortir effaré Leur solitude fraîche irrite ma blessure J'aime mieux la forêt et ses troubles fourrés,
J'y serai le dévot de fragiles déesses Crédule à tout miracle de leur beauté Ivresse ô leurs voix ô caresse Chœur ondoyant de larges voluptés,
Les feuillures frémissantes de la forêt complice
Diront des mots mystérieux
O lys calices de délices
Déesses — et les gouffres souriants d'étoiles de vos yeux ! »
Entends-moi — cette fois l'illusion a menti
Au fond de ces abîmes gisent des amours-cadavres
Et le noir clocher qu'instaure l'Ennemi
Te répétera le glas qui dès longtemps te navre,
Dualité ô détresse et poignance
Ton chemin s'éperdrait en vieillesses fébriles
Va plutôt vers les grands blés de saine amertume et d'ignorance
Grains égrenés d'un culte triste mais non débile.
Allons il faut finir ce fol pèlerinage —
Endurer la cuisson de mes genoux sanglants
Au seuil d'église unique et cherchée dès longtemps
Me sera doux après l'affreux voyage
Et je ne verrai point tant mes yeux seront las
Quel chante et quels servent la messe,
Je prendrai sans bruit le coin honni qu'on laisse
Aux lépreux de savoir — et là priant tout bas
Songeant aux cycles de naguère
Je rêverai comme rêvent dans leurs niches les saints de pierre,
Nulle ne me saura qui pourtant souriait
Aux fredons amoureux de ma flûte magique —
Un tisse le jour et la nuit défait
La trame d'âme inane et qu'il abdique,
Tel moi défiant leurs prières
Des bonheurs passés je maintiendrai la ruine
J'oublierai leurs bleuâtres clairières
Pour rebâtir la cellule où mes chimères me câhnent,
Et des cloches auront des tintements approbateurs
Et des cloches s'épandront en neige rêveuse au ciel de mon cœur.
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Nuit d'or et d'harmonie et d'encens et de deuil
Les orgues s'écoutent gronder, Cathédrale sévère où mendiant du seuil Un cœur psalmodie et n'ose pleurer Un cœur voit l'autel d'orgueil glorifier l'ombre Et les cierges s'embraser en braise sanglante... Allons vieux pèlerin redresse-toi dénombre Les sept douleurs du cœur de ton cœur chante Tes stations d'un Calvaire et le sombre Des jours soufferts en la forêt dolente.
« Hantise de mes insomnies Une évoquée à jamais endormie :
Au bleuté pensif de ses yeux onde alentie Des lilas délicats pleuvaient en grappes blanches Et ses mains et ses seins et les lys de ses hanches Illunaient mes insomnies ; Les grelots ont tinté de ta folle vèture O fée nuée de décevants satins Folle ta parole et plus folle ta parure — Un cierge s'éteint.
Douleur éparse aux mausolées Idées veuves par les allées Allées perdues de mes jardins, Ouvrez les grilles — consolées Les veuves raillaient mes dédains Laissez les fuir au tapage des fêtes,
Ah ! tôt connue la honte des défaites Nul ne veut de vous veuves voilées d'incertain Rentrez donc au domaine où vos tombes sont prêtes Un cierge s'éteint.
Note profonde on ne sait d'où venue
Et qui fait résonner une corde inconnue
Mariage mystérieux Ame amoureuse des nuances, Et l'Aurore magnétique s'élance Des pôles d'Etre au plafond propice des cieux
J'ai vu la féerie et je suis aveugle Où des Salammbôs incantaient un Moloch beugle Et dispersés tous les parfums et si lointains — Un cierge s'éteint. »
Silence au parvis silence à l'autel
Un cierge solitaire appâlit la ténèbre
Lueur ultime espoir mortel
Du triste culte qu'ils célèbrent,
Et le prêtre s'est tu de l'église maudite
Où maintenant la foule s'épeure et soudain
Parmi l'ombre des voix d'autrefois ressuscitent
Voix d'invisible qui proclament les destins :
Allez croyants d'un dieu défunt la messe est dite
« Ah ! tous les cierges sont éteints. »
Et ce phare œil obstiné hantait mes naufrages —
J'ai dit les barques pénibles
Sur l'improbable mer qu'oppriment les orages
J'ai dit ses flots haineux que des averses criblent.
O vous tous exilés des rades salutaires
Pilotes dont la voix s'enroue à crier terre —
C'est un nuage sale abolissant l'espace
C'est quelque vain débris parachevé d'écume
Puis rien — les gueules béent des horizons voraces,
Marteaux de désespoir sur l'Etre cette enclume.
« Oh ! grimpe au mât oh ! verras-tu nos Atlantides ? Un port pavoise-t-il ses vaisseaux paresseux Dormant au long des quais ombreux ?
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« Hélas ! je n'aperçois que charognes fétides Qui flottent pourchassées d'une meute de squales, Nos vieux cœurs vous savez jetés par dessus bord Nos cœurs nous suivent dont les bêtes se régalent Et la mer les soufflette et leur hurle à la mort Et toujours dévorés et toujours renaissants Et suintant la sanie d'amours putréfiés La houle les roule veules et verdissants, —
Ah ! la mer est torture aux cœurs sacrifiés.... »
Aventuriers de moi partis dès les aurores Longtemps vous chercherez par les Océans mornes L'ancestrale patrie que des cygnes adornent, Vous verrez des vagues et des vagues encore Sans aborder jamais les terres prétendues — Mais vous évoquerez l'illusion bannie Fleur en vous astre seul au fond des cieux ternis
Et guéris du tourment de vos courses perdues Un soir sans lendemain vous trouverez le port.
Ce phare fabuleux ressuscitait mes morts !
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Tant de détresses geignant aux fossés des routes l'armée vaincue a fui sanglante — abandonner les défaillants et se résoudre à l'exil vers quelque patrie étrange
Les cloches disaient demain la victoire mais un glas quelque part annonçait les défaites les cloches prédisaient une divine aurore mais un glas dans la Nuit pleurait de solitude
Les chefs — ils avaient chevauché sous les étoiles
— ah! cet espoir refrain dérisoire de leur chant de guerre des cadavres défigurés jonchent une plaine froide
Qui viendra recueillir la légende des héros morts ?