LE RITUEL
Dans un album Mourait fossile Un géranium
Cueilli aux Iles
Jules Laforgue.
Ainsi fleur délaissée en la paix des eaux mortes Ainsi l'ombre qui dort vers les branchages flous S'émeut encore un -peu du frisson bleu qu'apporte Ta mélodie ailée au vol des autans fous
— Fleur d'ultime regret qui s'afflige et se fige
Ta corolle saignait comme un couchant — ta tige Un thyrse fragile où mon désir s'enroulait Et ton âme un parfum si languide voulait Sur les flots enlunés chanter sa cantilene
Ecartez écartez ces rameaux murmurants Dont le reflet menteur miroite et tremble et rend Moins intime et moins vraie ta royauté sereine
Régnez le Noir un ciel lunaire et du silence
— Sur Veau nocturne oiije suis mort tu te balances
Pour toi seule écloront mes rhytmes caressants 0 pallide et frigide en Vétang lactescent
Hiver pauvre printemps flave été de soudaines flammes
Automne — ah! l'automne en pâles frissons
La théorie ambule au cloître las des âmes ;
Passez et repassez ombre ce jour lueur demain saisons
Faces tristes et le morne de vos paroles indécises
Faces douces noyées d'une douceur d'incertain
Et vos démarches glissées et le bruit de vos ailes grises
Soirs baignés de mélancolie éveil désolé des matins....
Des paysages paraissent à vos gestes monitoires — Oh ! pourquoi si vieilles toutes les vieilles histoires ? - Ciel d'acier mort le gel la neige un crépuscule violet Plaine viride où s'évague le haut murmure des forêts Nuit sur la mer brise amère et les flots en refrains câlins L'or frémissant du lac que baise un soleil à son déclin —
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Direx-vous le secret de vos métempsychoses Saisons d'âme dont l'apparence ment ?
Tout change en l'Esprit et c'est même chose : Un moulin tourne à vide et grince affreusement
Un moulin tourne aux souffles puérils de vos caprices
Des cloches folles clapotent dans l'ombre
Et de grands bras affairés sombrent
Aux ténèbres où vos vouloirs aveugles s'accomplissent ;
Vous allez semant des fleurs étiolées Pétales d'àme inassouvie D'un Nul guetteur tôt dévorées — Un moulin tourne et c'est la Vie
Des cloches sonnent à toute volée Notes que boiteux vos essors Le bronze est fêlé la corde est cassée Un moulin tourne et c'est la Mort.
Et pourtant il pleut à toujours des fleurs Ah de si vaines vaines fleurs !....
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Régions aux mirances d'initial reculées
régions immaculées ù la sérénité du Blanc !
Ici des citernes creusées
en la mémoire pour les soifs et nul désir et nul relent
d'arôme d'un oasis de jadis quand s'attardaient les caravanes —
les sables ont bu l'onde et l'Ennui plane,
mais au plus secret c'est le parterre vénéneux
où des calices versent le sommeil et l'inane
d'Etre et l'apaisement — ô soirs de Tout retraits ombreux...
Ah cette hantise encore me poigne
des puits frais et des palmiers adulateurs,
ô buée transparente où se débat et puis s'éloigne
l'Œuvre parmi les émaux fabuleux et les fanaux trompeurs
formes saltatrices pâles longuement
en l'espace initial étoile de feux d'or —
et rien après qu'un silence béant
dans l'ombre moite où l'oasis s'endort,
sauf ces palmiers frôlés et de dangereux calices ouverts —
des cris de bête fauve effarent le désert....
Un instant j'ai connu ta gloire orientale ô vierge Idée en ton berceau de fleurs maudites, mais quelle l'hyène fausse et veule qui détale par les grands sables roux où l'Inconnu se gîte ? toi c'est toi dérobant les lambeaux d'un Passé c'est toi crainte des mages et profane aux mystères de pure symphonie en les aimes sanctuaires —
Or sous l'âpre Nuit dardant ses souffles glacés
je gis plaintif et seul, et ces fleurs de mort qui neigent froid linceul ! —
Ah ! fol bouquet endormant au balancé des palmiers odorants, le parterre est constellé de mortelles tubéreuses —
ô sables mouvants laissez loin d'ici je sais des Thulés
et je m'évade du péril de vos dunes onduleuses —
pleine Lune là-haut labarum Idée
tu briseras les matrices grossières
pour conduire mon rêve aux rêves d'Iles fortunées....
Vous fleurs en la geôle de vos poussières Régnez souffrantes Vivez mourantes.
S'imposer un précepte de dédains
Hélas s'il faut s'en attrister ainsi que d'un blasphème -
Ces fleurs ont la senteur de baisers féminins
C'est l'attouchement frôlé des mortes que j'aime ;
Ah 1 laissez le bienfait des tendresses recluses Qu'importe son ombre si l'extase est de la plus tendre Je veux les revivre comme un enfant s'amuse Aux images d'un livre qu'il ne peut comprendre,
L'une après l'autre sort de son cadre et s'érige
En lente cariatide d'un palais imprécis :
La reine de Saba — parmi sa robe féerique voltige
Un peuple miroitant d'oiseaux de paradis,
La Polymnie s'accoude à la margelle
Du puits où bouillonne l'eau cadencée des Verbes
Si vieillie mais du fard des siècles encor belle
Œil de douleur qu'un secret exacerbe,
Brunehilde empoigne les crins du cheval Grane
Et le traîne au bûcher qui brûlera les dieux,
L'Hérodiade perverse et profane
S'effare du chef blême soudain radieux,
O mortes c'est votre symbole que je veux Fleurs rénovées du parc des souvenances Groupe au balcon d'un palais nuageux O magiciennes ô voix chères du silence
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Imparité de crépuscules ! — Des jours pourtant tu les croyais semblables Adverse la vision t'en demeurait délectable La sinistre vision c|ue du sang macule !
Mais après tu la voulais tienne
Et ses fauves couleurs te firent délirer
Elle ! lotus cher aux mages altiers,
En ces reliquaires vermeils qui la détiennent.
Le couchant s'effiloque en nuages aigus Une lutte tragique épouvante les monts — Est-il le tien aussi ce soleil éperdu Rubescent en les mains horrides de démons ?
Et puis reconnais-tu cette langueur occidentale ? Les champs givrés sont teints d'un rose agonisant La forêt montagneuse a des voix augurales Peu à peu s'atténuant —
Étrange conflit d'ombre et de luisance Éternel et qui se passe en toi-même Et plus tard c'est la nuit claire comme tu l'aimes Toujours la lutte recommence ;
Aujourd'hui le ciel bas semble opprimer la terre Le ciel où roulent de vagues tonnerres
Grimace en éclairs railleurs —
C'est la géhenne de ton cœur,
Et demain peut-être un jardin de grands bleuets mystiques Où viendra butiner cette abeille la lune — Ciel propice ô jardin des grands bleuets mystiques Etoiles veloutées où butine la lune,
Il faut c'est la loi dure accepter ce partage Ne le maudis pas —
tu t'en 7nourrais davantage.
L'âme douce âme des campanes s'attristait dans la Nuit pâle
Un parfum tiède flotte étonné parmi les gloires florales
nuage fin spirale bleue de languide harmonie
note discrète et toi destin de l'Etre douloureux
en la pâleur lunaire de la nuit frêle effigie
penchée vers la froide stupeur d'un songe ténébreux
tu vas —
les allées sous tes pas sont des fleurs expirantes et le nocturne jardin où s'affligent des jets d'eau s'ofl're en massifs étoiles de blancs rh\'tmes musicaux mais tu t'enfuis rose mj^stique âme si tristement vaguante
Parterre incendié de l'or mourant des jours les fleurs disent l'adieu d'un cantique d'automne les lleurs en Une au lac où la mort fait séjour se mirent et se fanent vers leur miroir monotone onde ridée à peine et frissonnante de lents sillages
Barques pour La cueillir que proches du rivage retournez il est trop tard la fleur solitaire s'eff'euille les flots sont dormants et le lac s'endeuille d'un manteau d'ombre et de brume opaline
toi glisse par les roseaux chanteurs loin du bord revivre en l'unique Fleur au profond d'un grand soir d'or
Écoute maintenant cette plainte tu la devines
une âme désolée c[ui s'épeure et sanglote
c'est Elle-et-toi dans les roseaux éoliens qu'incite le vent
c'est toi toujours âme d'àme éternelle note
vouée à l'horreur sans échos d'un Néant
ô Nul ô degrés sourds c{u'il faut descendre —
De nos âmes en fleurs la Vie a fait des cendres
ah la Mort triomphe d'une jonchée de fleurs
et pourtant un faible accord se rêve et veut s'éveiller
ta plaintive chanson douce comme un baiser
ton rêve au jardin d'automne trempé d'une rosée de pleurs
ô phantôme de son cher sanglot de toi —
las c'est un râle -
mais lescampanes balancées d'un parfum d'âme embaumaient la nuit pâle
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Je te pardonne ton départ dame des roses
Dame des violettes dame des frêles musiques
Auréolée aussi d'acanthes helléniques
O toi le rayon tendre et la main qui dispose
Des guirlandes au reposoir d'un graal d'art ésotérique
J'affirmais ta brève parole
Un univers de dièzes diffusés
Ta bouche est la senteur et ton œil la corolle
O dame havre propice aux cœurs lassés.
D'amour et te garder ? non l'Art malade Veut s'ignorer au songe féminin — Intime chanson secrète ballade L'inane d'aimer scande le refrain
N'importe ta voix chantait aux sentiers mystiques Si double enfant et fleur innocente surtout Et tu savais les mots heureux ou maléfiques O soir inoubliable assombri tout à coup
Va j'ai connu par toi les rbytmes surhumains Dame tu me laissais puiser à tes trésors Un jour j'affronterai l'énigme d'où tu vins
Des violettes plein les mains
Les violettes de la mort
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Quelque âme venait quelque âme passait
une barque éperdue sur la mer oscillait —
et le vent la Nuit se meurt en grand' deuil
vers une plage là-bas où des arbres en fleurs s'effeuillent
« Tu fus la statue vivante à la proue d'un navire tes yeux cherchaient les terres ensoleillées espérante des flots changeants caressée ou cinglée tu sillais les mers d'un infini désir
mais ces souvenirs au retour — douceur souffrante ô souvenirs
envols bruissant doux passés au plus là-bas des lassés
vagues alenties venues mourir
sur une grève de la baie des trépassés —
trace à peine marquée et bientôt effacée »
C'était là-bas ah ! si là-bas un soir suprême
le port en les fleurs mortes qu'évitent les goélands craintifs —
si vieille histoire et toujours même :
une eau pâle s'endort sous des arbres plaintifs