‹ Clotilde de LusignanChapitre 17 sur 38 · II · texte numérisé non relu

II

convertit en peur !...

Dans ce corps entrèrent les deux valets de Kéfalein , deux de l'èvéque , les quatre de Monestan, le secrétaire des ministres et ses deux scribes ; on y joignit huit palefreniers , les trois hommes du chenil, les deux sous-cuisiniers, six jardiniers et quatre ouvriers , le fauconnier avec ses quatre oiseleurs , et l'officier de bouche qui sonnait les repas; en tout quarante hommes.

Le docteur Trousse se mit en rechignant à leur téte, et fut se placer à l'opposite deCastriot, en cherchant à ranger ses soldats sur une seule ligne; mais il feignit de ne pas le pouvoir, afin qu'on le destituât.

Il est impossible de rendre la joie de Févêque en assemblant ces bataillons et en les voyant en ordre de bataille.

— Le troisième corps, s'écriat-il en regardant Monestan, sera composé de....

—De quoi? dit Monestan en lui montrant les quarante vieillards qui restaient; maître Taillevant ne peut pas combattre, M. l'abbé Simon non plus.

— Vous avez raison , reprit l'évèque , mais alors nous prendrons tous ceux qui sont au-dessous de soixante ans, et j'en vois à peu près quinze ; nous y incorporerons les gens de la ferme de Casin-Grandes, au nombre de douze , et le garde-chasse avec ses gardes particuliers formeront un effectif de trente hommes dont maître Bombans prendra le commandement, et l'on donnera le nom de corps des vieillards à ce bataillon.

— La cavalerie maintenant, s'écria Kéfalein, c'est le plus essentiel.

Les ministres se dirigèrent vers les écuries , el l'on y compta :

i° Les seize chevaux de Kéfalein, y compris Vol-au-

vent , ci 16

a° Les trois chevaux du prince , ci 3

3° Sept , employés aux charrois des grains , fumiers, etc.,

ci 7

4° La haquenée de la princesse Clotilde , ci i

5« Les neuf chevaux appartenant aux piqueurs, à Vé-

rynel , grand écuyer, ci 9

6° La jument de Monestan , le cheval entier de iévôque,

le ri eux cheval volé par l'intendant, et la mule de Trousse, en tout quatre , ci 4

Ce qui donna , comme on Toit , la masse équestre de quarante chevaux à pourvoir.

Kéfalein avait ses dix néophytes que Ton avait compris dans le dénombrement des fantassins; ainsi restait trente chevaux : mais le connétable recruta Tévéque en qualité de lieutenant, hait piqueurs, le commandant des chasses , le grand écuyer Vérynel, deux écuyers et les six demi-seigneurs cypriotes qui formaient au besoin la cour du prince, ce qui ne laissa plus que onze chevaux vacants; et Kéfalein frémit à l'idée de voir sa cavalerie incomplète, lorsque les deux vieux serviteurs que Ton décorait du nom de pages du roi , vinrent s'offrir à ses regards et sur-le-champ furent enrôlés bon gré mal gré.

— Encore neuf chevaux , M. Tévéque ! s'écria Kéfalein avec l'accent de la plainte.

— Et vous oubliez nos deux courriers , répondit Hilarion.

— Il en resterait toujours sept , observa le triste connétable en poussant un long soupir.

— Hé ! ne faut-il pas songer aux chevaux de remonte en cas de chevaux tués !...

À ces mots le visage de Kéfalein s'épanouit comme une rose au soleil.

— Ainsi , continua l'évéquc , en récapitulant nos

ss.

forces , nous avons cent huit hommes d'infanterie , et trente-trois de cavalerie ; eh bien , dit-il en se frottant les mains et regardant Monestan avec un air marlial , Ton peut encore se défendre avec cela contre cinq cents hommes d'armes.

— Ce n'est rien, monsieur, observa Monestan, il...

— Comment ce n'est rien , interrompit brusquement l'évéque, c'est le commencement de trente mille, de cent mille hommes, et c'est beaucoup, si l'on fait attention que nous avons des murailles de douze pieds d'épaisseur derrière lesquelles nous combattrons.

— Monsieur, je voulais dire, reprit Monestan avec douceur, qu'il faut les armer.

— C'est juste, répliqua l'évéque, qui dans son extase oubliait le plus essentiel.

— Mattre Hercule Bombans, dit Monestan, vous ne nous avez jamais découvert l'endroit où étaient les armes que le comte Hugues de Lusignan a déposées dans ce château.

— Monseigneur, dit l'intendant en balbutiant (car il les avait vendues) , je les chercherai , et vous les trouverez pour demain.

— N'y manquez pas , vous en répondez sur votre tête , s'écria l'évéque , il doit s'y trouver les armures des cent chevaliers de Hugues , sans compter celles de ses autres soldats.

— C'est vrai, monseigneur, mais je ne sais plus dans quel souterrain elles sont amassées; je le répète , demain vous aurez des armes.

— Demain donc !... dit Castriot d'un air qui convertit le jaune de la figure d'Hercule Bombans en un blanc mat.

— Que Ton ait soin , observa le premier ministre, de publier dans tout le marquisat que les vassaux peuvent se réfugier ici avec leurs troupeaux, leurs meubles et leur argent.

— Ne serait-il pas prudent , dit Pévêque , de ne pas recevoir les femmes ; leurs maris les conduiront à Âix ; il ne faut pas se charger de bouches inutiles » en cas de blocus.

— Vous observerez cela dans les villages , dit Monestan au crieur, qui partit sur-le-champ.

Les ministres se retirèrent sur le perron, et contemplèrent l'agitation qui régnait dans les cours ; ils y mirent le comble en déclarant Casin-Grandes en étal de siège ; défendant à chacun d'en sortir sans permission ; et ordonnant de hausser le pontlevis , et de mettre un Cypriote dans la petite tourelle d'observation, afin de savoir ce qui se passerait dans la campagne : ils appelèrent avec eux Bombans, afin de se concerter avec lui sur les moyens d'approvisionnement , et la quantité d'argent nécessaire pour y subvenir. Vérynel fut nommé commandant de la place; le prince approuva tout, et se renferma avec ses ministres pour discuter le plan de campagne.

Aussitôt que Bombans eut termine ses opérations avec les ministres, il enfourcha son cheval hors d'âge, et le fit trotter vers la ville d'Aix. Trois ma-

tifs dirigeaient l'avare de ce côté : le premier était d'éviter la corde ; le second , de sauver son trésor qu'il allait confier aux mains du trésorier du comte de Provence ; et le troisième, d'acheter à prix d'or des armes pour le lendemain... Il s'arrangea de manière à gagner la somme nécessaire à cet achat sur les approvisionnements qu'il avait à faire pour le siège. Laissons-le calculer, combiner, en trottinant sur la route, et revenons à la princesse ! . . .

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