‹ Clotilde de Lusignan ou, Le beau juifChapitre 17 sur 23 · lO · texte numérisé non relu

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place du monarque et de sa fille.

Ces derniers se placèrent sous le dais rouge, dans le liaut bout de la table : personne ne se mit à côté do Clotilde ; si ce n'est que le chevalier noir, ne voulant point manger, se posa doucement, sur une escabelle, à l'angle de la cheminée ; il prit sa tête entre sa main droite , et, l'appuyaut sur un de ses genoux qu'il croisa sur l'autre , il parut plongé dans une rêverie profonde ! ... A gauche du monarque était Monestan , venait ensuite l'évêque, juis le Mécréant, qui s'assit derrière le "iche dressoir , en ayant le connétaUe à sa gauche...

Le reste de la cour se tint de-

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bout , dans une attitude respectueuse.

Clotilde aidait son père à manger, en lui poussant avec adresse chaque chose sous sa main ; elle lui versait à boire , coupait son pain, et tous ces soins délicats étaient empreints de trop d'amour filial , pour ne pas faire penser qu'elle serait une tendre épouse... Certes le monarque avait besoin de ces attentions, car il ne s'occupait que du chevalier noir , et lorsqu'il eut bu , laissant la moitié de son via dans le hanap :

— Présentez le resteau chevalier?

dit-il à sa fille.

Clotilde le lui donna; l'éfranger

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s'arrangea pour toucher les doigts de Clotilde en le prenant, et il les pressa tout doucement; lajeune fille rougit.

— Sire !... s'écria l'e'tranger , c'est trop d'honneur et trop de plaisir; en vous voyant, on se croit à la table des dieux , et servi par Hébc.

Il rendit le hanap en tremblant, et Clotilde remarqua ses yeux briller à travers la visière serrée !... Un froid mortel se glissa dans les veines de la jeune vierge , en pensant que le beau Juif mourrait de chagrin en apprenant son mariage! ...Le chevalier reprit sa position mélancolique.

Après le premier moment de silence qui sert de préface à tous les

repas , l'évêque fit la demande suivante au Me'crëant :

— Dans quels pays avez-vous porté vos armes ? sire chevalier.

— En France seulement , répondit Enguerrj.

— C'est un très-beau métier î continua l'évêque.

— Hélas! dit Monestan, on désole la terre, au lieu de la cultiver! .... Les hommes vont mourir en des pays qui neles virent point naître! . . .

que de larmes ont coulé! que

de larmes couleront encore dans cette vallée où la guerre les sème à chaque combat.

— Monestan , reprit le roi , la guerre est nécessaire ; c'est une

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maladie de la masse humaine , et une maladie salutaire : la guerre est juste quelquefois ! lorsqu'on dépouille un prince , ne doit - il pas chercher à reconque'rir son royaume ?

— Puis, dit re'vêqne , si tous les hommes vivaient , la terre ne pourrait les contenir.

— Croyez-vous, s'écria Monestan , que le seigneur ne l'ait pas prévu? la terre est assez fertile !....

— Ou plutôt les combats assez fréquens , dit Eiiguerrj, en vidant son hanap.

— Oui, continua l'évêque, en soutenant le Mécréant, pour lequel il avait un faible.

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— C'est lin point douteux , reprit le prince , et vous avez tort tous les deux : les combats n'ont pas toujours déchiré le monde, et alors la terre suffisait aux besoins des hommes , et ce , par le moyen des maladies contagieuses et partielles , dont l'éternel laissa le germe chez nous : une profonde sagesse préside à nos maux comme à nos biens.

— C'est autoriser la guerre , dit Enguerrj.

— Je ne le pense pas , répondit le prince.

— Cependant l'éternel est appelé le dieu des armées , observa l'évêque.

— Non pas dans l'Evangile , répliqua prestement Monestan.

— Cela ne prouve rien , reprit le prince ; Dieu n'a jamais autorisé la guerre, et si les rois étaient tous prudens, ce fléau n'existerait pas.

Les trois ministres se turent, et firent un signe au IMécréaut prêt à répondre. En eflet , on aurait parlé de faire de la toile, le bon prince eût été le meilleur tisserand ; de cavalerie, c'était le meilleur cavalier; de politique, de guerre, de religion, il connaissait tout à fond ; se fâchait de ne pas parler le premier , et contredisait chaque rai- Sronnement , en croyant avoir con-

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vaincu lorsqu'on se taisait par respect.

C'est une maladie commune à tous les grands , à tous les rois , et j'ai vu beaucoup d'hommes qui sont empereurs sur cet article. . .

— Comment avez -vous trouvé notre forteresse ? demanda l'évêque.

— Que trop fortifiée , répondit le Mécréant avec humeur.

— Un château ne l'est jamais assez, dit le prince.

— Sire , il l'est toujours trop pour ceux qui l'assiègent! . . observa le Mécréant, en achevant, pour la seconde fois , de vider sa quarte de vin d'Orléans.

— Au contraire, continua le mo-

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