‹ Clotilde de Lusignan ou, Le beau juifChapitre 21 sur 23 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

li est, en son printemps, une fleur qu'on ignore. . Oni, tont plein de désir^^mon coenr est vierge encore. Etcomme ces cristaux qui n'ont rien réfléchi , De trésors de'daignés il se trouve «nrichi : Ah ! si i'ainiais !. . . je sens que je trace l'image D'an amour gracieux , ardent et point sauvage ;

Tel je Ttfax l'inspirer

On doit sentir que le prince était au comble de la joie au milieu des graves occupations qui l'assaillaient, et bien que dans Casin - Grandes chacun pliât sous le faix pour le travail, Jean Il'u'était pas le moins affairé.

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Aussi, ce soir il ne dit rien à Clo~ tilde, qu'il ne voyait ordinairement qu'aux heures des repas , puisqu'ils les faisaient ensemble, et la jeune fille restait toujours la soirée presque entière après le souper; mais cette fois la manie du bon prince l'emporta sur son amour pour sa fille.

. — Laissez-moi, ma bien-aimée, lui dit-il, je suis accablé d'affaires, avec cette guerre à soutenir. D'après le ton de Jean II , on l'aurait pris pour un puissant monarque.

— Plaise au ciel que vous soyez victorieux , mon père , répondit Clotilde à Jean II, d'un ton presque plaintif.

— Vous êtes toujours rêveuse,

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nia fille ? car si je pouvais apercevoir votre figure , j'y verrais une expre-ssion inaccoutumée...

• — Qui vous le fait penser, mon père ?. . .

— Mais* vous parlez plus rarement et avec plus de circonspection; maintes fois vous oubliez de répondre ou d'achever votre pensée ; vous soupirez de manière à me faire croire que votre peine est presqu'un plaisir; enfin, il est des mots que vous ne prononcez qu'en tremblant, votre accent annonce une idée fixe.

Je suis vieux, ma fille , et c'est pour cela que je puis deviner l'intérieur par les dehors; ^ et je pressens les sentimens, comme cet Arabe les

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gens de sa tribu par l'impression de leurs pieds , et d'autres circonstances nulles pour les autres.

— Mon père, je vous assure. , .

— Ne jurez rien ! une autre fois nous causerons plus à foad de tout cela... Va, tu seras heureuse, car je t'aime plus en père qu'en monarque... Adieu ma fille.

— Adieu mon père ! . . . etClotilde embrassa le front vénérable du vieillard, en tàcbant d'arrêter les palpitations de son cœur ; si Jean II pût les entendre , du moins, il ne vit pas la pâleur de sa fille , qui se retira à pas lents, la mort dans l'âme. — u Saurait-il mon secret?... » se ditelle en rentraut dans ses appariemens.

Toutes ces circonstances, ces obstacles , le peu d'espoir , le défaut de bienséance , le soin des convenances , ne faisaient qu'irriter et augmenter l'amour de Clotilde . . .

Enfin (i)^ quant la nuict eust toilu la lumière , la gente hachelette feust ouvrir la fenestre avec une tant brusque hastiuité que nous cuyderions icelle s'estre ébaudie tout le iour à ramentvoir en son espérit les doulces mirificques et gratieulses perfections de son gen-

(i) Le morceau qui suit est copié littéralement sur le manuscrit ; il m'a semblé si facile à comprendre , que je n'ai pu me résoudre à en priver ceux qui aiment la naïveté de notre langue antique.

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til Hébrieuy quantes fois^ que ce transon de bonne chière d^amour^ Vayt affriolée à s^aduouer sapassion , d^ autant, que Venuie l'en chastouilloyt sans V espouuanter , comme quant Vamour yssït de prime abord dans son cueur.

Si veit'clle la foie de son âme?,., et sa malesuadefaim d'amour s'esueigla en sursault danssapoictrine.

Ores Nepthaly, pour la prime fois de sa vie 3 hoyt, à pleins guo~ de^z y en la coupe Jolyette ou boylient tous hommes franchement , lihrement , hardiment , sans rien payer; aussi ne V espargnent? . . ..

Icelle coupe ha source viue et i>eine perenne y V espoir y gist au fons , et, aulcuns V expuisent-ils

jusqu'à la lie? Si ha -t -elle incluz la maie mort, la uie, la ioyeuse et aëlée fortune , le malheur y voire les crimes et les ifertus y et , selon la dille par où Fon boyt, est-on ung beat ou ung paoure , ung vertueux ou ung criminel? L^ H ébrieu s'y enyura,pour ce qu'il comprint que la paourette V aimait.... Il Vesguarde saiLS dire ung seul propous ,- peu s*enfault qu'il nochoyt ébaudi?...

Heureux prime-vère des amours I. .

L'amour est semblablement à ung fruict y il ha dessuz et dessoubz une flour délicate : si s'efface-i-elle au r^guard? tant est fugitif ue sa gratieulse beaulté. En icelle flour , sont les primes aer-

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mentz , accordz , esguards , gualans deviz y et petitz guerdons.

Cette mysticque et sacrosaincte doulceur s' euapore comme ung refue , se déflore com,ine ung mirouer , ainsy qu'un Jruict ta-stoniié gist descouloré . . . . Ores l'amour de Clotilde et de l'Hébrieu fia encores sa fleur , point n^est gasté ; la bachelette nha qu'une paour , si est-ce que Nephtaly ne soict tant plein de feaulté et cofifict de respect qu' il faille à dire:

j'aime ! . . . .

Tant meslent-ils leurs doulx reguards sans estre mesnagers , que semblent ils se sugcer leurasme? ...

et ils se baignent en leur allaigresse, sauourent cette mélodieuse har

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inonie de leurs cueurs, seguardanty comme d'unforfaicty de rom,prele silence de la nuict argentée à la fauueur de Diane : et, la dive amante d' Endymion espand auec complaisance ung faisceau de lueur autour d*eulx.

Clotilde mignonement s^accoul' da sur Vappuyz de lafenestre ogifite ; Diane jalousa l'iuoire de ses bras rondeletz. Ores Nephtaly ne pouuant retrayre son heur, il print son beau luth et feisi sursaulter sa gente maîtresse aux primes parolles de la chorde. L'aer s'esmut doulcettement , en pourchassant les carmes suiuans sur les aesles des mutz zéphjres de la coite nuict.

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Au fous de sa pensée , Au fons (le ses ennuicts , A toy -s'est addresse'e La clamour , jours et nuicts,

De l'He^riea.

Escoute sa voi plainctifue , Las !. . . n'est-il pas sayson , Qae l'aureille entenlifue Soyct à celte orayson De l'Hébrieu.

Si restes rigoreuse

Déniant ang regaard!

La maie mort henreuse Fe'rira de son dard Ton HeTïrieu.

11 l'esguarde encore Soir, matin, sans seioar ; Pluz matin que l'aurore Assise au poinct du iour, Est l'Hébrieu.

aSo CLOTllDE

Seroit content de peu , Oai . . . peu le eonsol« !.. « Prins ung peu de ce feo , Qui tant nous aiTriole , Pour l'Hebrieu! . . .

Qui n'a pas entendu, dansle calme des nuits, une femme entourée des doux feux de Diane , et assise sur un rocher, ou sous un saule , ou sur le bord de l'onde , faire rendre à une harpe quelques sons plaintifs comme ceux d'une tourterelle , ne peut se figurer l'extase angélique des deux amans solitaires ; car, le doux fruit d'amourette veut être cueilli furtivement... Des larmes roulèrent sur la joue de Clotilde ; larmes que le Juif eût voulu pouvoir sentir répandre sur son sein, brûlant de dé-

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sirs qu'il n'osait avouer... Toutefois il répète avec la voix de rame ,

Prins ung peu de ce feu Qui UDt nous affriole, Pour l'Hebriea.

— Nephtaljj répondit Clotilde, un peu, c'est tout!...

— Je le sais ! . . .

— Et cependant, reprit -elle, l'enfer et le ciel ne sont pas plus éloignés que nous le....

— Je le sais... mais, un seul de vos regards n'est-il pas plus fort que le destin!,..

— Qu'espérez-vous donc?... ditelle toute émue et sans oser respirer.

— Hclas! ma vie n'est-elle pas

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un crime?... et n'est-ce pas un nouveau crime que d'espérer?...

— Vous ne serez pas seul coupable!...

A peine ce mot eut-il passé, de son cœur , sur ses lèvres de corail , que Clo tilde aussi pâle , aussi tremblante , aussi confuse que si elle eût abjuré la foi de ses pères, ferme brusquement la croisée , tire le rideau et se réfugie dans son lit virginal, bien tourmenté depuis que le cœur de la jeune fille n'est plus vierge.

— Hé quoi î je l'aimerais, se ditelle? un Juif!... Et quand cela serait, puis-je l'épouser ? L'épouser?...

il faudrait que nous fussions seuls sur la terre ! . . .

Mais bientôt un malin démon ou un ange, je ne sais lequel des deux , l'entraîna vers une autre perspective , et lui fit oublier la raison— «Mon cœur l'a choisi!... »

fut la dernière pensée de la jeune fille , et même pendant son sommeil d'innocence , la figure , les formes du Juif, rendues plus belles par le prisme de l'imagination des rêves, vinrent tourmenter son âme qui se débattait encore sous les derniers coups du dieu des caprices. . .

L'aurore, pure et belle comme l'aurore de leurs amours, fît voira Clotilde des fleurs nouvelles : sourire d'intelligence récompensa le

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bel Israélite ! ô doux sourire d'yeux, de bouche et de tête ! doux messager de bonheur, tu renfermais tout ce que peut dire l'amour de plus tendre et de plus significatif? Aussi Nephtaly , satisfait de ce sourire encyclope'dique, quitta son poste périlleux en s'agenouillant et tendant ses mains tantôt vers le ciel , tantôt vers Clotilde,sa seconde divinité...

Dès-lors,la]eune fille s'abandonne au torrent qui l'emporte — en s'écriant comme les Croisés : — i<Dieu le veut!... » — Et elle se couronne en espérance des my rthes et des lauriers de l'amonr... Malheureuse!., que de peines !... 'Mais n'anticipons pas!»..

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