‹ Clovis et les MérovingiensChapitre 126 sur 150 · Wd., lib. II, cap. v · texte numérisé non relu

Wd., lib. II, cap. v

arriva la nuit à Ravenne pour éviter les honneurs, et néanmoins son entrée fut un triomphe : le peuple, les patriciens, les clercs, lui donnèrent à Tenvi des marques de leur vénération. L'impératrice Placide lui envoya un riche bassin d'argent plein de toutes sortes de rafraîchissements ; il distribua ce qu'il contenait à ses serviteurs, et garda le bassin pour le besoin des malheureux; comme leçon de pauvreté et d'humilité, il donna en présent à l'impératrice un pain d'orge sur une assiette de bois. Il eût obtenu la grâce des Armoriques, si ces peuples toujours indisciplinés n'y avaient mis obstacle par une nouvelle révolte •.

Saint Germain s'alita à Ravenne, l'antique cité impériale; la ville en fut désolée ; l'impératrice alla elle-même visiter l'évéque, qui la supplia comme seule grâce de renvoyer ses dépouilles à l'église d'Auxerre*. Acholius, préfet du palais, fît embaumer le corps du saint, et l'impératrice le revêtit d'habils précieux. Pendant la route, on aplanissait les chemins, on réparait les ponts : quand on arrivait dans une ville, on déposait le corps dans l'église et on célébrait l'office *. La vie do saint Germain d'Auxerre nous peint ce qu'était la puissance d'un évéque dans les Gaules : magistrat et négociateur dont la voix parlait à tous. On conserva longtemps le suaire dont le couvrit l'impératrice : c'était un drap de soie de couleur violette mêlée de jaune, orné de pierres précieuses et parsemé de roses, et de huit aigles à une tête qui portent des colliers, les ailes à demi déployées.

Le compagnon de saint Germain dans ses légations fut toujours saint Loup, de race encore gallo-romaine ; né au midi des Gaules, et sénateur, il avait épousé la sœur de saint llilaire de Poitiers. Un moment retiré dans le monastère de Lérins, il fut élevé à l'évêché de Troyes. De cette ville antique, saint Loup partit pour prêcher l'Évangile en Germanie. A cette époque, les bandes d'Attila traversant le Rhin s'avançaient par Trêves, Tongres, Arras, Cambrai et

1. Constant : Vita German.j lib. II, cap. vu, viii et xvi. Il résulte de ce passage de la vie de saint Germain que les empereurs d'Occident avaient encore une certaine puissance dans les Gaules.

2. Saint Germain mourut le dernier jour de juillet de 448, après trente aos et vingt-cinq jours d'épiscopat.

3. Hittor. Episcop. Altisiodor, BiW. Nov. Labb., t. I,p. 417. — Vita G€rman,y lib. II, cap. xiv.

Reims, jusque dans les environs de Troyes ; Tinvasion était victorieuse. Saint Loup députa vers Attila quelques citoyens du sénat pour le fléchir en faveur des habitants de Troyes ; ce barbare fit massacrer ces envoyés. L'évoque partit lui-même pour le camp des Huns, s'offrit comme une victime expiatoire de tout son peuple. D parla avec l'autorité qui inspire le respect de tous. Loup toucha Attila, et l'orage, détourné de Troyes, alla fondre sur Auxerre, qui, par la mort de saint Germain, avait perdu sa plus sûre défense. Langres, Besançon, eurent le même sort et furent ravagées. A l'énergie de caractère, saint Loup joignait un grand goût pour les ouvrages d'esprit. Selon Sidoine Apollinaire, on ne redoutait pas moins sa censure savante, que la fermeté de ses résolutions'. Arbogaste, un moment empereur, s'étant adressé à Sidoine pour

avoir quelques explications de l'Ecriture, celui-ci le renvoya à saint Loup comme à la renommée de sagesse et de science parfaite*. Attila, par estime pour l'évoque, l'emmena avec lui jusqu'au Rhin. Saint Loup fît ses efforts pour lui donner la lumière et la vérité.

Cette invasion d'Attila révèle donc les évoques comme les plus dévoués citoyens. Voici de nouveaux traits : saint Agnan, à la première nouvelle de l'irruption des Huns, fit le voyage d'Arles pour appeler le secours d'Aëtius, qui commandait pour l'empereur dans la province. L'armée romaine en marche, Agnan revint en toute hâte à Orléans pour diriger la défense de la cité. L'évêque démontra au roi Theodoric (Visigoth) la nécessité de s'unir aux Romains contre le grand Barbare. Les deux armées marchèrent avec un courage héroïque sur Orléans; les citoyens s'étaient bien défendus; ils avaient arrêté la marche d'Attila par leur formidable résistance. Saint Agnan, à la tête des clercs, portait des reliques en procession autour des remparts, exemple emprunté des Grecs. L'évêque voulut aussi essayer les négociations ; il vint trouver Attila jusque sous sa tente : le front abaissé, il demanda des conditions favorables. Mais l'héroïque défense d'Orléans avait rendu Attila implacable ; l'évêque fut renvoyé avec mépris. De retour à la ville, il fît mettre son peuple en prière, et saint Agnan, inspiré, s'écria devant la multitude : « Ne voyez-vous rien au loin ? ■ Deux fois il répéta cette question. A la troisième on lui dit qu'on apercevait

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