‹ Clovis et les MérovingiensChapitre 15 sur 150 · Suétone, In Califfulaf · texte numérisé non relu

Suétone, In Califfulaf

même le commandement de quatre légions avec Âulius Plautius et Yespasien pour lieutenants.

La guerre dura près de sept années au milieu des plus graves accidents et des plus sauvages épisodes. Les Romains avaient trouvé une résistance opiniâtre. Les femmes, les enfants des Bretons combattaient avec une fureur infernale. Les chants des Druides, les cérémonies sacrées les excitaient à la lutte. Sueton Paulinus, le successeur de Yespasien, comprit qu'il n'y aurait de pacification possible que lorsque le druidisme disparaîtrait du sol : le principal foyer de la religion sacrée était Tîle d'Anglesey, couverte de forêts de chênes et d'antres profonds et de pierres gigantesques. Les Druides s'y étaient réfugiés comme dans un asile impénétrable. Paulinus ordonna à la cavalerie germaine de traverser le petit détroits Un spectacle à la fois sombre et grandiose s'offrit à leurs yeux étonnés. Les Druides groupés sur le rivage, les mains levées vers le ciel, invoquaient le Dieu des batailles pour repousser l'ennemi; leurs femmes échevelées, vêtues de deuil, promenaient des flambeaux allumés pour invoquer les divinités infernales. A ce spectacle, les cohortes romaines hésitèrent un moment. Paulinus leur fît honte en poussant lui-même son cheval jusque dans les flots : les vétérans alors abordèrent le rivage : ce fut un massacre sans pitié ; les Romains avaient compris que de ce foyer sacré venait la résistance des Bretons; ils voulurent l'anéantir en une

1. On trouve dans la vie «l'Agricola, par Tacite, les plus curieux détails sur cette expéditloo dans la Grande-Bretagne. {Agricolay 18-24.^ Tacite dit que Londres, à cette époque était, déjà une ville célèbre par son négoce : « Copia uegociatorum et commeatum maxime célèbre. »

seule fois : la forêt de chênes antiques fut abattue à coups de hache, les autels de pierres brisés; les Druides et les Druidesses livrés au licteur. Par un acte du Sénat, les iles bretonnes furent réunies à l'Empire romaine Désormais la province de Bretagne resta paisible : si ledruidisme ne disparut pas entièrement, il dut se cacher comme un culte proscrit.

Ainsi du côté de la Bretagne, les frontières de la Gaule romaine assuraient leur repos par la conquête de Tile des Bretons ; mais sur la Meuse, le Rhin, les Germains s'agitaient toujours. Les empereurs n'avaient jamais essayé de conquérir la Germanie qui leur inspirait une certaine terreur et de la réunir à l'Empire ; des forêts profondes, des lacs glacés, des marais immenses, des populations pleines d'énergie et de courage, leur semblaient des obstacles insurmontables, devant lesquels Germanicus même avait hésité. La politique des empereurs dès lors fut de fonder sur le Rhin des colonies militaires, des postes de vétérans avec des têtes de pont assez fortes pour préserver les Gaules de toutes les tentatives d'invasion. La colonie militaire de Cologne fut destinée à protéger le Rhin' : Galba pouvait dire sans forfanterie que les Gaules étaient aussi paisibles, aussi assurées que l'Italie. Le génie des Gaulois se développait; la langue latine était aussi bien

1. Aussi les poètes (lisent que Claude avait réuni les deui mondes et placé l'Océan dans l'empire romain :

« Atnunc Occanus geminos interluit orbes.

« Pars est imperii; terminus ante fuit. »

2. Les Romains ne possédèrent jamais que la Basse-tiermanie : c'est à Cologne que Vitellius fut proclame.

parlée à Lyon, à Vienne, Autun, Nîmes *, Arles, Marseille que dans Rome ou le Tusculum. Les monuments qui restent debout constatent l'élégance des arts dans les Gaules : à Nimes, les temples consacrés à Jupiter, à César, à Diane, à Vénus le disputaient à tout ce que l'art grec et romain avait produit de plus parfait ; l'amour du paganisme était ardent comme les dévouements aux Augustes : sous les arcs de triomphes d'Orange, de Vienne on se serait cru à Rome; les dédicaces étaient nombreuses ; les tombeaux semés sur le sol comme dans la voie sacrée ; Vienne conserve encore les vestiges d'un hippodrome.

Les théâtres étaient remplis d'une foule applaudissant aux mimes, aux histrions : les cirques donnaient le spectacle des gladiateurs. Les arènes d'Arles, de Nimes, d'Orange le disputaient au cirque de Titus. Autour des autels, mille victimes tombaient immolées en l'honneur des dieux. Les jeux, les pantomimes répondaient à la richesse publique : à Autun, les repas publics durèrent huit jours lors du triomphe d'Auguste. Les vêtements des citoyens n'avaient plus rien de cette simplicité primitive des antiques Gaulois ; les mœurs étaient légères comme le caractère , national ^. Marseille, Antibes, Fréjus, les ports des Gaules, étaient remplis de marchandises venues de l'Asie. Marseille avait consacré sa vive foi pour le culte de Diane, dans un temple élevé sur les bords de la mer ; les flots venaient se briser contre ses murailles de marbre. Le luxe des Mar-

1. Les Bénédictins, dans Vllistoire littéraire de la France ^ ont consacré tout un volume à la littérature des Gaules.

2. Comparez toigours Valésius, Notitia Gallix, avec la belle préface des Bénédictins dans Hist, rerum gcMicar,, tome I.

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seillais était en proverbe. Une loi d'Auguste proscrivait les sacriiices des victimes humaines que les Carthaginois avaient légués à Marseille et que les prêtres continuaient dans la forêt de chênes sur la colline sacrée (depuis consacrée à la Vierge de la Garde).

Ce que l'Italie avait perdu en politesse, en civilisation après le siècle d'Auguste, la Gaule semblait l'avoir gagné. Les sénateurs, les patriciens, les poètes abandonnaient Rome pour s'établir au milieu de la Province^ et même dans le centre des Gaules, à Lyon si lettrée, à Vienne le séjour du préfet, à Autun la ville savante, et même à Lutetia parée de ses jardins en espaliers qui plus tard fut tant aimée par le César Julien.

Au milieu de cette société si remarquable par les arts, si forte par l'administration retentit tout à coup une doctrine nouvelle qui apparut simultanément dans la république grecque de Marseille, dans la cité impériale d'Arles et à Lyon, le centre de la science des idées académiques. Marseille avait des rapports avec l'Orient, ses navires parcouraient toutes les mers ; on s'explique comment la prédication chrétienne put s'introduire sans bruit, sans éclat* . Arles, située pi*esque à l'embouchure du Rhône, ville de luxe et de plaisir, avait, elle aussi, des rapports réguliers avec Rome ; et Lyon n^était-elle pas la première municipe des Gaules? Une légende vénérée par les peuples méridio-

]. SaiDt Ëpiphane dit que saint Luc, disciple de saint Paul, vint prêcher le christianisme dans les Gaules (saint Epiph., hœres, 51, dans l'édition de Petav., p. 430; Concil, Gall., tome I, p. 148). Cependant Sulpice Sévère <lit que la prédication commença plus tard : « Tum primum intra Gallias martyria Tiaa, aerius, trans Alpes Dei religione suscepta. » (Ut. H.)

naux raconte que saint Lazare, le ressuscité du tombeau; Madeleine et Marthe, les saintes femmes du Christ, débarquèrent à Marseille. Lazare en fut le premier évéque ; il est ainsi indiqué par la Gallia chrisiiana et accepté par les traditions de TÉglise. Sainte Marthe vint à Arles en suivant le Rhône jusqu'à Tarascon : une pieuse chronique raconte encore que de ses pieds meurtris, Marthe foula un monstre hideux qui désolait la contrée. Ce dragon aux écailles verdàtres, aux ailes horribles était-ce le symbole du paganisme vaincu ? ou bien un fléau dissipé par la prière ? Madeleine la pénitente se retira dans une solitude que les pèlerins visitent encore. Au pied des Petites-Alpes, après avoir contemplé Saint-Maximin, la colonie romaine, on trouve une forêt de chênes touffus; à travers les sentiers creusés par les torrents, on s'élève jusqu'à une grotte façonnée dans le roc ; l'eau filtre à travers les crevasses et le vent agite les vieux arbres : la tradition veut que Madeleine soit restée là jusqu'à sa mort, couchée sur la mousse', une croix dans ses mains et le corps couvert par sa chevelure.

La prédication du christianisme au midi des Gaules n'avait pas été jusque-là assez éclatante pour exciter l'attention des magistrats. Les premiers chrétiens de Marseille se réunissaient aux grottes du bord dé la mer non loin du temple de Diane. Dans la province Lyonnaise, apparaît un

1. J'ai visité la basilique de Saint-Maximin, un des grands mooumenU de Tart au moyen àgu : il y existe des tombes romaines. Je suis monté plusieurs fois à la grotte de Sainte-Madeleine. Notre Provence est pleine de r chesses antiques.

disciple de saint Polycarpe* du nom de Pothin, élevé au titre d'évèque de Lyon. Saint Pothin accourait de l'Asie avec une troupe de disciples qui s'établirent dans le lieu élevé qu'on appelle Fourvière (Forum^Vetus). Lyon avait dédié à Auguste un vaste temple, monument de gratitude des cités de la Gaule ^ Tous les ans des jeux solennels étaient célébrés en l'honneur du prince.

Tandis que les libations se multipliaient parmi les magistrats et le peuple on entendit ce cri poussé par la multitude, < Les chrétiens aux bétes. » Il nous reste un témoignage contemporain sur une scène sanglante du prétoire de Lyon : à cette époque, les fidèles s'envoyaient les uns aux autres la confession de leurs actes pour s'encourager dans la persécution. Les chrétiens de Vienne écrivaient à leurs frères d'Asie et de Phrygie ' les détails d'un gran<^ martyr : Symphorien , citoyen romain , fils de Faustus d'une race de patriciens , avait été entraîné vers les doctrines chrétiennes, et les professait hautement dans la ville d'Autun, puis à Lyon* si fervente pour le culte d'Apollon, de Cybèle et de Diane. Une procession bruyante saluait de ses acclamations le char de la mère des Dieux, et Symphorien ne voulut point brûler l'encens sur le trépied sacré : à tous il répondait • Je suis chrétien. > Traduit

1. Saint Polycarpe vîDt à Rome l'année 158 de J. C. {Chron. Alexani, ad ann. 158.)

2. Là modeste église d'Âijsoai est bâtie sur les ruines de ce temple : la tradition veut que ces martyrs y aient 6té enterrés. Je me trouvais là seul curieux k visiter ces cryptes comme à Saint-Victor de Marseille.

3. Le père Longueval, dans son Histoire de V Église gaUieane, Ta donnée tout entière ; Tillemont Ta annotée.

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