‹ Clovis et les MérovingiensChapitre 16 sur 150 · Autun devait son nom à Auguste : Àugustodunum · texte numérisé non relu

Autun devait son nom à Auguste : Àugustodunum

au prétoire de Lyon, il fut interrogé. « Tu es chrétien et c'est pour cela que tu as refusé avec mépris d'adorer la mère des Dieux? — Je vous le dis, répondit Symphorien, j*adore le Dieu vivant qui règne au ciel. — Symphorien, tu es citoyen romain, continua le préteur, ne crains -tu pas d'être frappé pour le crime de rébellion aux ordres de l'empereur : voici la statue de Cybèle, offre de l'encens sur Tautel d'Apollon et de Diane ornés de fleurs. » Symphorien répondit avec audace : Voyez la fureur fanatique et la folie de ces corybantes qui frappent des cymbales et qui jouent de la flûte dans leurs fêtes. Qui ne sait que votre Apollon a conduit les troupeaux du roi Admète, qu'il a su contrefaire <}ans l'antre de Delphe la voix et la forme des démons et le mugissement des bœufs pour mieux séduire par ses oracles. Pour Diane, n'est-elle pas le démon du midi : elle court dans les rues, dans les forêts pour dresser ses embûches et c'est de là qu'on la nomme Trèvia. » En écoutant ces audacieuses paroles, la multitude demanda le supplice de Symphorien qui eut la tête tranchée hors les murs de la ville*. A quelques années de cette persécution, on vit briller l'école scientifique du christianisme personnifiée dans saint Irénée qui appartenait par son origine à la philosophie orientale ; la renommée de l'académie de Lyon l'avait attiré , car les jeux littéraires de la cité en faisaient la rivale d'Alexandrie^. Saint Irénée çut la dignité d'évéque : ses

1. AutuD. Le martyr de s&int Symphorien est placé par les BoIIandistes le 22 août. D. RulDart, Sincer, martyr. BoUandin., 22 Aug,

2. Juvénal parle des jeux littéraires de Lyon, un peu périlleux pour les Tain eu s :

n Palleat ut nudis pressit qui calcibus anguem, • Aut Lugdunensem rethor dictunis ad aram.»

écrits en résumant la philosophie chrétienne des premiers siècles sont particulièrement destinés à combattre les doctrines transcendantes des gnostiques. Gomme les gnostiques se donnaient une perfection particulière et une science d'illumination, ils auraient pu corrompre l'enseignement sérieux et pratique du christianisme ^ Après saint Irénée coomience la mission épiscopale de sept diacres dont les noms sont restés comme une tradition nationale : Denis, Catien, Trophime, Sergius-Paulin, Saturnin, Austremoine et Martial; tous très -avancés dans les sciences et dans les études des écoles d'Asie , ils se chargèrent d'éclairer l'Occident. Le diacre Denis vint à Lutèce, groupe de maisons en pierre et en bois ; ses habitants adoraient la déesse Isis avec ferveur. Denis prêcha deux années : il établit des évèques, ses disciples depuis la Seine jusqu'à la Belgique; il fut martyrisé*.

Au midi Sergius-Paulin, le fondateur des ^lises de Nimes, de Béziers, d'Avignon se consacra surtout à Narbonne, la colonie romaine déjà distinguée entre les municipes. Austremoine porta sa prédication parmi les. villes d'Auvergne, population si profondément empreinte du sang romain'. Martial choisit Limoges pour entreprendre une lutte contre les idoles et les temples : Gatien vint à Tours, lieu de délices, de pompes et de fêtes; la beauté du climat avait favorisé tous les sensualismes. Saturnin habita Tou-

1. Saint Irénée était à la tête do Téglise des Gaules : « Parœciaram per Gilliam quibus praeerat Ircnsus. »

7. Doux premières basiliques furent bâties à Paris en son honneur : Saint- Denis d<j la chartre {de carcere), Saint-Denis de p<usu (passu, souffrance).

3. Clermont s'aititp\:û\Civitas Àrernnrum et j'plixs tard, Augusto Ne metum. Le nom de Clermont, Clartu mons, lui fut donné au moyen ùge.

louse sous le consulat de Dèce. La cité avait ses temples vénérés par la multitude et le plus brillant de tous, le Capitole : Jupiter y rendait des oracles. Ce fut contre son image que Tapôtre s'éleva avec une ferveur téméraire. Tandis que la multitude courait au pied de Tautel pour sacrifier un taureau à Jupiter, Saturnin apostropha le sacriGca • teur. Alors la multitude soulevée le signala comme Tennemi des Dieux, en s'écriant : « Saturnin aux bétes. i Par Tordre du préteur, Tévéque fut attaché à la queue d'un taureau furieux qui s'élança dans l'arène, bientôt ensanglantée de . ses chairs en lambeaux. Saturnin expira au pied du Capitôle*. Le dernier de ces missionnaires, Trophime, se réserva l'impériale cité d'Arles ' : il prêcha au milieu des temples consacrés à Vénus dont les statues admirables ornaient les places publiques, les arènes et les temples.

Les idées chrétiennes firent de rapides progrès dès le premier siècle parmi les populations gauloises et la foi grandit au milieu des obstacles. Alors s'élevèrent les premières églises ; longtemps les chrétiens n'osaient se réunir à la face du ciel. La Gaule eut aussi ses cryptes, ses catacombes, ses mystères; quelques ruines de ces antres pieux subsistent encore, la plupart sont taillés dans le roc' et soutenus par de grossières colonnes ; la lumière n'y pénètre

1 . « Acta Saturaini (Bollandistes). Saint Saturnin est yénéré à Toulouse sous le nom de saint Sernin, et dans beaucoup d'autres églises sous le nom de saint Savournin. Au Capitole on montre encore le lieu où le taureau 8*arréta.

2. A Arles, il existe de magnifiques débris de cloîtres sous rinvocation de saint Trophime.

3. Les plus anciennes de ces cryptes sont celles de Saint-Victor de Mar* seille, d'Aisnay, à Lyon , d'Agen et de Saint-Gervais, à Caen.

point. Le baptistère est à côté de Tautel et Tautel près de la tombe; quelques figures grossièrement taillées indiquent les mystères : le poisson symbole et anagramme en grec de Christ^ Fils de Dieu, le bon pasteur qui porte l'agneau sur ses épaules : la tombe du martyr est souvent l'autel luimême; quelques bancs de pierre sont comme le lieu de repos pour les fidèles réunis. Les chrétiens se donnaient le baiser de paix en célébrant leurs charitables agapes. Comme toutes le sociétés secrètes qui aspirent à renverser un pouvoir, le christianisme avait sa langue symbolique : chaque parole avait son sens caché, chaque sacrement, son but; la communion constatait la fraternité des hommes, tous appelés à une même table, le maître et le serf; la messe rappelait l'abolition des sacrifices humains par l'offrande perpétuelle d'un Dieu victime. Les premiers fidèles se cachaient sous le manteau d'un symbolisme impénétrable, se dérobant ainsi aux épouvantables édits de persécution ; les chrétiens des Gaules bravaient la mort avec hardiesse A Marseille, si dévote à Diane, un centurion du nom de Victor (le victorieux) renversa d'un coup de pied la statue de Jupiter ; il fut décapité au nom de l'Empereur. Aujourd'hui son buste antique, comme celui de Lazare, est porté en triomphe. La crypte de l'abbaye de Saint- Victor est taillée dans le roc où s'abritaient les fidèles persécutés.

Cependant les idées chrétiennes dans les Gaules ne se dé veloppèrent publiquement qu'après l'avènement de Constantin. L'église se trouvait déjà complètement organisée lors-

1 • Les cryptes de Saint-Victor formaient un tunnel sous le port et allaient à la basilique {Major), alors le temple de Diane.

qu'elle reçut la liberté. Elle fut assez forte déjà pour résister à la plus grande des crises, le gouvernement du César Julien dans les Gaules. Julien aimait sa Lutèce, son palais des Thermes, ses jardins qui s'étendaient jusqu'à la Bièvre: il la chérissait surtout parce qu'elle avait un grand respect pour les dieux et la déesse Isis, sa protectrice, et telle était déjà la puissante organisation chrétienne, que Julien n'osa toucher à l'autorité des évéques, placés à la tête des municipes*. L'évêque, choisi parmi les grandes familles gauloises, fut presque partout le magistrat suprême, le chef de la curie, il dirigeait les élections publiques, poursuivant avec énergie les idées païennes, les temples, les fêtes, les sacrifices. Des basiliques s'élevèrent, non point ornées d'ogives, mais simples comme les murailles que le ciment romain avait durcies. Les rares basiliques du quatrième siècle échappées aux ravages du temps, gardent les formes du style latin, la chaire, le baptistère ne sont point dans l'enceinte de l'église'. Avant d'être admis dans la société chrétienne, le catéchumène était purifié, baptisé, et alors seule ment il pouvait franchir le seuil de l'église. Il y avait un tel mélange d'art, les époques étaient si rapprochées qu'un évêque était quelquefois enseveli sous une pierre antique qui représentait les fêtes et les jeux païens : la figure du Christ, de la Vierge et des Apôtres, ou bien quelques scènes du vieux ou du nouveau Testament étaient sculptées à la manière grecque avec les ornements des autels païens.

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