‹ Clovis et les MérovingiensChapitre 19 sur 150 · Sulp, Sev,f vita Martini · texte numérisé non relu

Sulp, Sev,f vita Martini

popularisa les idées de travail et de retraite dans la Gaule chevelue, comme Cassien l'avait fondé dans la Narbonnaise, il rédigea la règle de solitaires, lui qui avait dirigé la discipline des soldats. Ardent contre les idoles, Martin parcourut la Touraine pour abattre les temples, briser les simulacres des dieux n'épargnant rien, pas même le temple d'Amboise consacré à T Apollon gaulois. Nulle renommée ne fut égale à celle de Martin de Tours, qui moralisa toute cette contrée abolit l'esclavage, éleva l'homme à toute sa dignité. Aussi son tombeau conservé à travers les âges comme le palladium des Gaules devint le lieu de refuge du serf, l'abri du pauvre, du malheureux, un frein contre la sauvagerie des Rois francs. Quel chrétien aurait osé porter une main sacrilège sur cette pierre sépulcrale? Mille légendes lui assuraient l'inviolabilité ' .

A cette époque furent publiés les actes du martyr de saint Denis, diacre, d'origine orientale, qui vint prêcher dans la Luutia Parisii*. On était en pleine persécution sous le règne de Valérien, et Denis fut saisi avec le prêtre Rustique et le diacre Ëleuthère. En face du préfet Tercennius, tous trois confessèrent la foi chrétienne ; ils eurent la tête tranchée sur le Mons Martii où l'on voyait un temple consacré au dieu Mars, si cher aux Celtes. Une tradition populaire sur saint Denis raconte qu'il porta sa tête sur ses mains jusqu'au lieu où depuis fut construite la chapelle : cette tradition s'explique peut-être par l'histoire idéale de l'archi-

1 . Louis XI , qui aimait beaucoup Tours^ avait fait une fondation royale dans la collégiale eu faveur d'un pauvre qui devait porter un uianlc;iu diviâé en deux.

2. Gallia C/insitana, et Ruinart : llitt. critique des martyrt.

lecture. Sous le porche des cathédrales, lorsque l'artiste voulait reproduire un martyr en image parlante, il lui mettant la tête dans les mains, symbolisme na!f ; et cette image, le pieux légendaire la traduisait dans son récit des miracles de saint Denis. Bien des choses du moyen âge s'expliquent ainsi par l'idéalisme.

Au sixième siècle, la géographie de la Gaule prit un caractère tout ecclésiastique : la première Lyonnaise des Romains devint la métropole chrétienne de Lyon avec les évêcliés soffragants d'Autun, de Langres, de Chalon-sur-Saône. La seconde Lyonnaise eut Rouen pour métropole avec les évèchés de Bayeux, Avranche, Evreux, Lisieux, Goutances. La troisième Lyonnaise se transforma en Téglise de Tours : la province Senonienne devint la métropole de Sens, et la première Belgique celle de Trêves : la seconde Belgique eut pour métropole Reims; la première Germanie Mayence, avec les suffragances de Strasbourg, de Spire etde Worms : la seconde Germanie se glorifia d'avoir Cologne pour métropole ; la province des Seguniens, Besançon, la Viennoise, Vienne ; la première Aquitaine, Bourges ; la seconde, Bordeaux ; la Novempopulanie eut pour métropole une ville aujourd'hui détruite, Eause'; la première Narbonnaise, Narbonne ; la seconde, Aix , les Alpes, Embrun '.

Cette administration métropolitaine se formula dans l'origine sur les divisions administratives de la Gaule romaine : rËglise avait trouvé toutes les provinces formées

1. La ville d'Eause fut sans doute «létruite lors de l'invasion des barbares: les droits de son évéché ont été transportés à l'évêché d'Auch.

2. Voyez les travaux de d*iUiviile pour la géographie de la Gaule, ils son' complets et très-étudiés.

par la loi civile ; elle les accepta, et partout où elle vit le siège d'un gouvernement, elle établi tune métropole; chaque ville principale eut son évêque, chef de la curie, le défenseur de la cité. Sur les débris de l'administration impériale, rÉglise fonda sa propre hiérarchie*.

Telle fut l'Église des Gaules qui va jouer un si grand rôle de force et de protection au milieu de l'invasion des barbares. L'origine première de cette Église avait été l'Orient, et Rome source de toute lumière. L'école historique, qui a vu dans les évoques les continuateurs des druides, a menti aux monuments : le Druidisme sanglant avait presque entièrement disparu à la fin du troisième siècle, même dans l'Angleterre et l'Armorique ; on en poursuivait avec acharnement les derniers débris. Les ruines du Druidisme gardèrent une couleur de magie et de féerie ; Tarchidruide Merlin devint l'enchanteur si célèbre dans les chansons de QfsU; la fée Morgane fut la magicienne des bords de l'Océan, qui soulevait ou apaisait les tempêtes. L'école des évoques chrétiens n'avait aucun rapport avec ces doctrines; les Druides devinrent les démons des légendes, le Diable et TKnfer dans la Bretagne.

I . Voyez sur celte di¥ision de Péglise des Gaules Tadmirable recueil de la Gallia ehristianOy une des belles œuvres de Térudition

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