‹ Clovis et les MérovingiensChapitre 20 sur 150 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

LES milUPTIORS DES BARBARES. — LES ORIGIRES DES FRARCS. — LEURS PREMIERS ROIS OU CHEFS

Trois causes de la chute de l'empire. — V Tributs payés aux barl>ares. — 2* Concessions de terres. — 3* Association à la milice. — Les All-man dans les Gaules. — Les Goths. — Les Vandales. — Les Saxons. — Les Huns. — Poème de Salvîen. — Lettre de saint Jérôme. — Caractt re particulier des Bourguignons. — Les Visigoths. — Esprit do solitude produit par l'invasion. — Saint Germain et Cassien. — Aspect de la société. — Géographie de. la conquête. — Les Francs. — Leur apparition dans les Gaules. — Leurs rapports avec les empereurs. — Les chefs francs à leur service. — Arbogaste. — Marcomer. — Clodiion. — Établissement sur le Rhin et la Meuse. — M érovée. — Ligue des Romains , des Goths et des Francs contre Attila. — Les premiers rois légendaires. — Théodcmer. — Pharamond. — Clodion. — Mérovée. — Childéric I".

(IV et V* siècles.)

Depuis Vespasien, la conquête romaine s'était étendue plus spécialement vers l'Asie et TAfrique, la Syrie, la Mésopotamie, les frontières de la Perse et de l'Egypte, où se trouvaient les campements militaires ; l'obéissance de toutes les Gaules était aussi assurée que celle de l'Italie heureuse et soumise : les villes, les colonies consacraient des temples, des arcs de triomphes , des cirques aux Césars ; à peine deux légions et huit cohortes restaient dans les Gaules, libres sous leurs magistrats. Ces provinces assurément paisibles étaient néanmoins environnées de barbares, toujours

prêts à franchir les limites. Auguste avait prudemment fixé les frontières nord de l'empire : ses successeurs moins réfléchis avaient refoulé les Germains dans les montagnes et les marais, et, à leur tour, ceux-ci avaient poussé leurs expéditions jusque dans les Gaules. Les colonies militaires de Cologne, Trêves, Mayence n'avaient pu toujours les arrêter*. Plus l'empire était vaste, plus il était difficile de le prot^er également sur tous les points, du Rhin au Danube et au Pont-Euxin.

Il s'était alors opéré un changement notable dans le gouvernement des empereurs. Dioclétien, en plaçant le siège de l'État à Nicomédie, préparait le partage du monde romain en deux empires, l'Orient et l'Occident. Constance habitait Arles, tandis que Constantin restait à Byzance. La politique des enapereurs fut désormais celle-ci : quand ils ne pouvaient parvenir à vaincre les barbares, à les arrêter dans leur marche, ils se contentaient de leur payer un tribut'. Les empereurs de la dernière époque placèrent même dans les légions romaines des corps tout entiers de ces hommes vigoureux au teint blond, aux cheveux flottants, qui naguère combattaient contre l'empire. Les légions perdirent ainsi leur caractère purement romain : le principe militaire qui avait fait la force des empereurs fut dénaturé.

Enfin, pour civiliser et soumettre les barbares, on essaya de les coloniser en leur distribuant des terres sur les Cron* tières, au cœur de l'empire même, de sorte qu'ils devinrent

1 . Les colonies frootières étaieDt Cologne, Trêves , Metz, Liège, Tounuy.

2. Le premier des empereurs qui paya ce tribut avec régularité fut Aurélien.

maîtres d'une portion de terrftoire soumis à l'administralion de Rome ; quand ils avaient dépeuplé une contrée, on les acceptait comme colons'; il en résultait encore un afr faiblissement de la puissance des empereurs. Que pouvaient désormais les légions romaines contre l'invasion des barbares, quand elles avaient dans leurs rangs des chefs et des soldats qui appartenaient à ces tribus? Les envahisseurs devaient trouver aussi des appuis, des auxiliaires naturels parmi les colons d'une même origine qui déjà peuplaient les territoires frontières avec leurs troupeaux, leurs familles. Ces causes expliquent la facilité des invasions dans l'empire romain.

La première irruption, celle des AUemans, fut une réaction , comme l'histoire en présente à toutes les époques. Refoulées jusqu'au Danube, les tribus germaniques revinrent sur la Meuse et le Rhin, lorsque l'empire affaibli n'offrait plus la même résistance '. Les Allemans formaient moins un peuple que la réunion de plusieurs tribus, comme semble le dire le mot aU man (tous les hommes); ils s'avancèrent jusqu'à Reims et Soissons '.

En présence d'un péril si pressant, le César Julien, récemment associé à l'empire, fut envoyé dans les Gaules. Les cités, les municipes le reçurent avec enthousiasme. Julien fixa sa résidence à Lutèce, point central parfaitement choisi pour la défense commune ; il y fit dresser un vaste

1 . Ob a deaucoup écrit sur l'origine et la colonisation des barbares dans l'empire romain : les travaux les plus sérieux, les plus achevés sont encore les Mémoiret de l'ancienne Académie des inscriptioiu y tome IV à VIII.

Page 1