‹ Clovis et les MérovingiensChapitre 5 sur 150 · Plutarque , in Camill · texte numérisé non relu

Plutarque , in Camill

mais les chauds rayons du soleil devenant insupportables, ils cherchèrent un nouveau campement sur le territoire des Glusiniens (la Toscane) aux pieds des Apennins ; leurs deux chefs s'appelaient Sigovèse, Bellovèse\

L'an 363 de Rome, s'éleva Brennus, grand parmi les Gaulois-, originaire de la tribu soissonnaise, établie au nord des Gaules où, plus tard, furent bâtis Lutëce et Soissons (Soissons, la plus antique des cités) ; à la tête d'une nouvelle colonie gauloise, Brennus vint jusque sur les bords de l'Adriatique, entre le Metaure et le Rubicon ; sans hésiter il envahit les terres des Romains ; et, lorsque le Sénat leur fit demander de quel droit ils s'emparaient de Ravenne et du Picènum, Brennus fièrement répondit : c Que ce droit, il le portait à la pointe de son glaive et sur le tranchant de sa hache^ • Brennus, avec ses Gaulois, marcha sur Rome, le Sénat lui opposa en vain une armée ; ses débris dispersés portèrent l'effroi jusqu'au Capitole. Le Sénat voulut arrêter les conquérants en déployant la majesté de ses pompes : quatre-vingts vieillards, à la barbe blanche, assis sur les chaises curules attendirent les barbares autour du temple de Jupiter. Un Gaulois, à l'esprit railleur (ainsi était « la tribu entière), prit la barbe d'un de ces vieillards inunobiles comme des statues; le sénateur le frappa de son bâton d'ivoire : ce fut le signal du massacre '.

1. C'est Tite-Live qui donne aux chefs gaulois ces noms de Sigovèse ei BelloTèse. Il les a évidemment latinisés.

2. Cette mise en scène est écrite avec beaucoup d'art par Tite-Live, lib. V, cap. xLvui.

3- Polien ajoute que les Gaulois étaient un peu enclins au vin : « Naturâ autem cellica gens ad vinum prociivis est » (lib. VIU^ cap. xxv.

ET LES MÉROVINGIENS. Il

Sur une des hauteurs de Rome s'élevait le Gapitole, temple et forteresse à la fois, comme le Parthénon d'Athène ; les plus braves d'entre les jeunes Romains s'y étaient renfermés. Rome réduite en cendre, les Gaulois tentèrent de surprendre le Gapitole ; par une nuit profonde, ils essayèrent d'escalader les rochers amoncelés autour du temple. Le dictateur Manlius, éveillé par le cri des oies sacrées, s'élança sur les murailles et le Gapitole ûit pour quelque temps préservé; enfin, exténués de faim et de besoin, les Romains demandèrent à se racheter ; moyennant mille livres d'or, Brennus consentit à évacuer les terres conquises. Tite-Live, le spirituel légendaire des premiers temps de Rome, ra(!onte que les Gaulois apportèrent de Celui poids, et comme le tribun Sulpicius s'en plaignait, Brennus mit avec insolence son glaive dans la balance en s'écriant : « Malheur aux vaincus * I >

Ainsi étaient les Gaulois, nos pères, victorieux de la race latine et grecque. Un autre Brennus envahit la Macédoine à travers les précipices et les montagnes '. Delphe fut sauvée par un de ces miracles des dieux que multipliait l'ingénieuse mythologie : un tremblement de terre, une tempête furieuse couvrit les combattants d'un voile obscur : les Gaulois revinrent en désordre dans la Pannonie; vingt mille de ces conquérants sous la conduite de Lutacius (originaire deLutèce) descendirent jusqu'à Bysance. Appelé par Nico-

1. « Pondéra ab Gallis allata iniqua, et, tribuoo récusante^ additus ab insolente Gallo ponderi gladius; auditaque intoleranda Romanis yox : Yx tictit e$se. » (Lib. VIII, cap. xxv.)

2. Telle était la fierté courageuse des Gaulois que, selon le récit de Strabon,ils ne craignaient rien que la chute du ciel : c Nihil sane^nisi forte cœli casus obruarentur. » (Liv. VIL)

mède roi de Bithynie, Lutacius colonisa le pays fertile qui prit le nom de Galatie ou Gallo-Grèce ^

L'histoire de la colonie phocéenne est surtout curieuse parce que Marseille fut la porte par laquelle les Romains s'introduisirent dans les Gaules. L'an 530 avant Jésus- Christ (cinquante-septième olympiade), sous Servius Tullius, des navigateurs phocéens ' vinrent débarquer entre le Rhône et le Var; bien accueillis de la tribu gauloise du littoraly les Phocéens s'unirent par des mariages : ils eurent bientôt à combattre les Liguriens, leurs voisins et les AUobroges, tribu des Alpes ; les Phocéens fondèrent d'autres colonies à Nice, à Antibes et à Agde jusqu'à Arles et Mont* pellier*. Rome, l'alliée de la république des Phocéens, loua ses mœurs, ses institutions, la fécondité de ses terres, ses raisins^ suspendus aux vignes, ses bonnes ûgues, ses bois d'oliviers^ : Marseille resta la fidèle alliée de Rome dans la lutte contre Carthage. L'historien Justin dit : « Les Marseillais ayant fait alliance dès le commencement avec les Romains en remplirent les devoirs avec une extrême fidélité ^ Des députés de Marseille revenant de Delphe où ils avaient été envoyés pour porter des présents à Apollon, ap-

1. Les Phéniciens occupaient déjà le littoral ainsi que le constatent des inscriptions découvertes récemment.

2. Arjstote dit que c'étaient des marchands de Phocée, ville dMonie. Senëque ajoute : « Phocide relictà, Graii qui nunc Hassiliam colunt. »

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