‹ Clovis et les MérovingiensChapitre 58 sur 150 · I. Anonyme, de rita Dagoberti, lib. I · texte numérisé non relu

I. Anonyme, de rita Dagoberti, lib. I

jà son seigneur, les honneurs qui lui étaient dus. Dagobert lui présenta la coupe trois fois; elle fut repoussée. Alors Dagobert, emporté par la colère, l'accusa d*ètre infidèle à son père, de le traiter lui-même en rival, de se montrer ennemi de ses compagnons, ajoutant qu'il ne pouvait supporter longtemps les outrages d'un serviteur, ûi tarder à venger les, injures, de peur que tant d'orgueil ne fût quelque jour poussé a l'excès : il le fit aussitôt battre de verges et le déshonora en lui faisant couper la barbe*, ce qui était alors le plus grand affront. Ainsi cet homme qui s'était imaginé que, par une longue suite de prospérités il deviendrait roi, apprit tout à coup combien il était loin de ce haut rang. >

Furieux de cet outrage, le duc Sadrégesile s'adressa à Clotaire pour avoir justice par le jugement de ses pairs. Dagobert, obligé de fuir, se retira dans le monastère de Saint Denis, où il fut accueilli et protégé. Le roi honora toujours la tombe du martyr, par cette conviction sans doute que cette enceinte sacrée qui avait protégé le cerf poursuivi par une grande meute, le garderait lui-mêhie; il ne se trompa pas et une sorte de puissance divine empêcha les Francs de Clotaire d'approcher de la basilique : la légende ajoute que les trois martyrs, Denis, Rustique et Eleuthère apparurent au jeune Dagobert dans un rêve vivement coloré et lui dirent : « Si tu promets d'honorer notre mémoire en élevant une grande abbaye, tu seras délivré de tes angoisses et tu régneras. » Ici est l'explication de la

1. Dr rita Dagoberti, Ub. I. C'est peur la prcmirn.» fois que nous lisons dans les chroDiques que la barlie coupée était uii dé^boDiieur, comme d'être tondu de sa chevelure.

vie de Dagobert tout entière consacrée à rexaltation de saint Denis et à la vénération de son abbaye. Les légendes donnaient un sens et un mobile à toutes les actions humaines. Depuis la vision de Dagobert, Clotaire lui rendit son amitié*.

La quarante-deuxième année du règne de Clotaire et d'après l'ordfe de son père, Dagobert suivi de ses ducs vint avec une pompe royale à Clichy, près de Paris. }A il reçut en mariage une sœur de la reine Sichilde, nommée Gomatrude. Les noces célébrées, au troisième jour, il s'éleva entre Clotaire et son fils Dagobert une violente querelle. Dagobert demandait que tous les pays des Austrasiens fussent réunis en son pouvoir. Mais Clotaire ne voulant rien concéder, les deux rois choisirent douze Francs pour que leur jugement mit fin à ce débat. De ce nombre était, avec d'autres évoques, le seigneur Arnould, évèque de Metz ; il parla avec une grande douceur pour rétablir la concorde entre le père et le fils. Enfin les évéqueset les hommes sages pacifièrent les deux rois en décidant que Clotaire rendrait à Dagobert tout ce qui appartenait au royaume des Austrasiens et ne retiendrait que ce qui était situé au delà de la Loire et du côté de la Provence-.

Ainsi la querelle apaisée, Dagobert fut acclamé par les leudes. De tous les rois francs, il avait laplus belle, la plus haute taille ; très-adroit en tous les arts, il connaissait quelques-uns des métiers que les habiles ouvriers romains avaient transmis aux Gaulois. Quand Dagobert ne se délassait pas dans la chasse, il faisait la guerre au loin et ses

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