‹ Clovis et les MérovingiensChapitre 68 sur 150 · Chron. Sigih.^ ann. GO'i · texte numérisé non relu

Chron. Sigih.^ ann. GO'i

3. ^ En ce temps morut le glorieux roy Childebcrt, homme juste ei de I»ieuse mémoire (de se fais ne savons ren, car l'histoire n*en parle pas). »

Neustriens se perd dans les terres de TAustrasie pour disparaître complètement.

Dagobert III fut encore un enfant au berceau; on confia sa tutelle à un maire du palais de la race de Pépin. Le principe d'hérédité commençait à s'introduire même parmi les maires du palais. A côté de ces rois de douze ans vint se placer comme maire du palais un autre enfant de six ans, petit-fils de Pépin. Ce fut un caprice du pouvoir, une manière de montrer la supériorité des Austrasiens sur les Neustriens abâtardis : un maire enfant sur un roi enfant. Blessés de^se voir ainsi méprisés, les Neustriens brisèrent le pouvoir de cet enfant, non point pour rétablir Tautorité des Mérovingiens, mais pour élire un fantôme de roi sous le nom de Daniel S avancé dans la vie déjà, car il touchait à sa quarante-cinquième année. Le maire neustrien Ragenfiroy alla le chercher dans la paisible abbaye de Saint-Denis pour donner un chef aux leudes de Neustrie, tentative impuissante, car contre eux s'élevait alors Charles Martel, le vigoureux duc de la race germanique. Cliarles Martel dispersa sans peine les faibles armées de Chilpéric et de Ragenfroy dans un lieu du Cambrésis appelé Vinci*. Il s'empara, aux deux extrémités dès Gaules, de Paris et de Cologne par la conquête, refoulant les Bourguignons , les Neustriens, les Aquitains jusqu'à la Loire.

1. La Chronique de Saint-Denis, qui appartient de cœur aux Carlovingiens, dit : « Lors eslurcnt les François un roi qui avoit nom Daniel : ses cheveux lui laissèrent croistre puis le couronnèrent, changèrent son nom et l'appelèrent Chilpéric. »

2. Le savant éditeur de la Chronique de Balderic, M. Le Glay, a placé le lieu de critc bataille dans une petite ferme du territoire de Crève-Cœur.

Cet homme fort, ce Charles Martel» qui frappait si rudement, reçut une grande mission : celle de délivrer la province d'Aquitaine de l'invasion des Sarrasins. A cette terrible invasion de la Gaule méridionale se rattachent le triomphe de l'autorité absolue des maires du palais sur tous les Francs , et la chute définitive des Mérovingiens. Quand il n'y a pas un danger pressant pour un pays, quaod il ne subit pas de secousse violente, un gouvernement faible, paresseux, peut être toléré : si on ne l'aime pas, on le souffre. Mais lorsque le pays est secoué fortement, le peuple se demande avec anxiété qui pourra le préserver, le conduire, le sauver? Alors, s'il voit un roi dont la tète se cache dans un monastère, il ne garde plus de mesure envers qui l'abandonne , il court à Thomme fort qui peut se mettre à sa tète. Est-il étonnant qu'un peuple souhaite et prépare la chute de ce qui est faible, et le triomphe de ce qui est fort? Dans cette invasion des Sarrasins ^ lorsqu'ils s'avançaient jusqu'à la Loire, les Neustriens cherchaient en vain un digne petit-fils de Clovis pour les conduire. Il n'y en

avait plus. Un moment, il se lit un étrange mélange de pouvoir entre les ducs des Aquitains, brave race, et les maires du palais. Partout, Charles Martel, avec ses Austrasiens, se montra vigoureux, la hache d'arme à la main. On ne trouve plus aucune trace de Chilpéric, le descendant de Mérovée, si ce n'est l'épitaphe inscrite dans l'obituaire de la cathédrale de Noyon*. Ce sont par les tombes que Ton compte les derniers Mérovingiens; ils n'ont plus rien

1 . Voyez, sur cette invasion des Sarrasins, mon travail sur Charlemigne.

2. •> Le roy ne vesquit pas moult longuement, cinq ans et demi régna, mort fu et sépulture en la cité de Noyon. • [Chron. S. Denis ad ann. IVt.)

à démêler qu'avec la mort. Cependant, il faut le répéter, les Carlovingiens avaient tant d'intérêt à faire oublier les descendants de Mérovée, qu'ils purent ordonner de ne plus en parler dans les chroniques.

Il existe encore quelques chartes revêtues de leur scel. On trouve dans les archives, sous l'année 720, deux diplômes de Théodoric IV, qui prend le titre de roi de Neustrie et de Bourgogne et d'Austrasie. Élevé au monastère de Ghelles, Théodoric * fut substitué à Chilpéric à l'âge de sept ans et Ton n'y prit pas garde. Ce temps est rempli de la terreur qu'inspirent les Sarrasins : tous les éloges entourent Charles Martel, le vainqueur. Dans les provinces d'Aquitaine, les Mérovingiens furent encore un moment reconnus. On trouve quelques indications de chartes, de diplômes et sur un scel de cire le nom de Chilpéric III. La race était morte et ensevelie !

Dans l'Austrasie et la Neustrie tous les événements considérables se passent en dehors des Mérovingiens; ils ne sont plus mêlés à aucun acte de la société : le pouvoir actif, vigilant et en dehors d'eux, mais de longues affections leur restèrent dans les provinces méridionales pendant plus d'un siècle : une dynastie ne tombe pas sans laisser de regrets. I^s Aquitains furent les derniers fidèles au vieux sang de Mérovée; comme ils avaient conservé les mœurs et les habitudes romaines , ces provinces ne reconnaissaient qu'avec répugnance lautorité des maires du palais austra-

1 . Le temps était si rempli des maires du palais que voici ce qu9 dit Tauieur de Getta regum : « Franci vero TheoJehcum regem super se statuunt ^•ei il faut remarquer que cet auteur est contemporain, car il ajoute: « Qui usque nunc in regno subsistit. »

siens *. A Toulouse, à Narbonne, la dignité de roi était res* tée avec son prestige, tandis que la race germanique soutenait de son énergie la dynastie des maires du palais; plutôt que d'accepter un maire, ils subissaient un duc d'Aquitaine.

Si l'on veut envisager les faits, les incidents qui amenèrent la chute des Mérovingiens, on doit reconnaître que jamais événement ne fut mieux préparé. Cette dynastie, qui avait duré environ trois siècles depuis Mérovée, était l'œuvre des tribus établies dans les Gaules, conquérantes sous Glovis. Ce caractère fier des premiers chefs de tribus était longtemps empreint sur leurs actes ; après la mort de Glovis, chacun de ses enfants prit son lot et le défendit avec énergie; les Sicambres restaient avec leur férocité primitive. De temps à autres, la monarchie devenait une, puis elle se séparait en vertu du partage. Ceux de ses chefs qui régnèrent sur la Neustrie, la Bourgogne et l'Aquitaine avaient perdu peu à peu le caractère franc et germanique pour s'identifler avec les lois et les formules romaines : les Austrasienc seuls gardèrent religieusement la force native de leur nationalité: eux seuls préparèrent la révolution qui renversa définitivement les Mérovingiens dégénérés, en se civilisant.

De ce jour la décadence fut rapide et complète. Si le règne de Dagobert jeta quelque éclat, cet éclat fut tout gallo-romain, c'est-à-dire artistique et commercial. Dagobert à travers ses violences n'eut jamais le caractère austrasien : la force et la conquête; il ne fit rien pour les leudes, il ne grandit ni leur puissance, ni leurs bénéfices et les Austra-

1 . On trouve souvent dans le Midi la dignité by/anline de Patrice,

siens ne comprenaient pas d'autres grandeurs; ils traitaient comme serf ou juif les marchands, argentiers ou colons paisibles. Les Mérovingiens furent appelés fainéants parce qu ils ne menaient plus leurs hommes aux batailles. Leur chute fut précipitée par deux causes : 1** le triomphe des ducs, des leudes satisfaits par le supplice de Brunehaut; 2'' la supériorité belliqueuse de la race austrasienne sur les Neusiriens au temps où il fallait retrouver toute Ténergie des batailles pour repousser les Sarrasins, tâche que s'imposa glorieusement Charles Martel, le maire du palais.

Les traces qu'ont laissées les derniers Mérovingiens sont dans leurs chartes; comme c'étaient des rois civils, ils usaient de l'écriture et du scel. On conservait dans les cartulaires de l'abbaye de Saint-Denis une charte de Thierry IV, l'avant-dernier roi de la race, confirmant un don au monastère fait à la prière de Charles, maire du palais*, dernier acte peut-être où se montrent les traces de la vieille dynastie. Les scribes et les protonotaires ont omis quelquefois dans les diplômes le nom de Chilpéric III, le dernier roi de la race, et l'on commence à lire : le duc Carloman régnant'^. Dans ces chartes se trouve le scel pendant en cire avec les figures réunies du roi et du duc, maire. Sur les monnaies se voit empreinte la figure seule des rois avec leurs attributs: les médailles sont d'or; les deniers étaient

1. On trouve les chartes suivantes : !• de Thierry IV, datée d'Héristal; 1* id. . datée de Zulpich, 720. Le dernier roi dont on trouve le nom est ChUdéric III.

2. Quelquefois Carloman dit : « In r^gno meo ; » mais le terme de • Regnum, » pas plus que celui de roi, ne doit être pris dans le sens étendu de l'époque moderne.

d'argent. Quelques chartes, quelques diplômes, les écrits de Grégoire de Tours, de Frédégaire, quelques vies de saints forment tout le corps de chroniques et d'histoire que nous avons consulté sur cette époque de traditions incertaines et de gouvernement sans unité. Tout l'intérêt se porte déjà sur les Carlovingiens. Hélas! on entoure ce qui s*élève et ce qui tombe laisse à peine de trace.

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