Brequigny. CoUeetion de chartes et diplômeSf
ET LES M.ÉROV^INGIENS. 225
des lois, fMTomulgue successivement la loi des Francs ripaaires, des Allemands, des Bavarois : chacun a ses codes et son caractère personnel.
En étudiant ces chartçs, ces codes, il est bien difficile de préciser une idée générale sur Tétat des personnes et les conditions du gouvernement; et cependant il n'est pas de fait qui ait prêté à tant de systèmes et de théories que l'origine des Francs, leur caractère et leur civilisation. Ontils conquis les Gaules, ou bien la Gaule s'est-elle assimilé les Francs T On s'est jeté dans bien d'autres théories sur le quatrième et cinquième siècle, comme si Ton y avait vécu. En général ceux qui écrivent l'histoire même du passé , subissent les impressions et les caprices de leur temps. Le dix-huitième siècle appelait de ses vœux les assemblées représentatives, et Montesquieu, enthousiaste des origines firançaises, s'écriait avec gravité : « Le gouvernement représentatif était déjà dans les forêts de la Germanie. > L'abbé Dubos, lié au mouvement des esprits, chercha la démocratie dans la première race. Eniin, à une époque toute moderne, un esprit éminent crut retrouver l'origine de la lutte entre la noblesse et la bourgeoisie au dix-huitième siècle, dans la différence des compositions entre le Franc et le Gauloise L'érudition, vieille fille de la science du passé, se met parfois du rouge et du blanc pour satisfaire les goûts modernes.
Nous croyons, nous, que tout système absolu est faux ou hasardé quand il s'applique à des temps si éloignés et à
1 . M. Guizot, si plein de vérité et de justice quand il parle des évéques et de l'Eglise.
une civilisation si différente de la nôtre. Qui pourrait aujourd'hui sûrement pénétrer et appliquer les théories même du pouvoir au seizième siècle ? A plus forte raison quand les recherches se reportent à des temps si éloignés et à des monuments imparfaits et confus. Nous avons préféré traduire les chroniques , rapporter les chartes, les diplômes, afin de peindre le temps, les mœurs de la société. Les esprits à théories sont comme les peintres modernes qui ont reproduit les traits de Clovis, de Dagobert, dans les galeries de Versailles. Les théories sur les lois de la pre* mière race sont aussi vraies que les petits fleurons et les gravures qui embellissent les éditions de Thistoire de France à l'usage des écoliers ou qui ornent les boites à joujoux. Enfant, je m'étais si bien familiarisé avec la barbe de Glovis et le manteau de Dagobert que je reconnaissais les rois Francs avec autant de certitude que David dans les cartes à jouer.