‹ Clovis et les MérovingiensChapitre 9 sur 150 · C*estle Galba qui, fieillard, Ait élu à l'empire · texte numérisé non relu

C*estle Galba qui, fieillard, Ait élu à l'empire

2. c .... Naves intérim longas xdificari io flumine Ligere quod înfluit in Oceanum, rémiges ex Provincia institut , nautas gubematoresque cornparari jubet. »» (C«iar, lib. III, cap. ix.)

cogne. Pour les aborder, les Romains se servirent de crocs en fer qui déchiraient ces voiles; comme les Bretons n'étaient pas accoutumés à la rame, les galères prirent la supériorité. César ne vint au camp que lorsque ces travaux furent achevés; il en laissa le soin à Brutus, le jeune patricien qui devait le frapper au pied de la statue de Pompée ^ Dans l'opinion de César, la Bretagne gauloise ne pourrait être soumise que lorsqu'elle ne recevrait plus les secours de cette grande ile qui se déployait en face comme un monstre de mer. Il croyait également que les provinces du centre des Gaules resteraient effervescentes, tant que les Germains ne seraient pas domptés : deux expéditions furent donc simultanément résolues. Les légions jetèrent en quelques jours un vaste pont sur le Rhin en face de Cologne. Ces vétérans étaient à la fois pontoniers, marins, constructeurs. César passa le Rliin en face des forêts profondes et des marais pestilentiels. Les députés germains accourus à sa rencontre lui dirent : < Pourquoi passes-tu le Rhin? Cette terre est à nous comme la Gaule est à toi. > Ainsi averti, César, presque sans combattre, se hâta de traiter avec les Germains.

L'expédition contre TAngleterre appela César sur la Loire où ses lieutenants avaient préparé la flotte : deux légions seulement furent embarquées sur soixante-dix galères à rames. Les Romains connaissaient mal le flux et le reflux des marées, les courants, ou les tempêtes de la Manche, derrière les populations un peu civilisées des côtes, campaient des multitudes aborigènes : surprises dans les ma-

1. Les lieutenants de César dans les Gaules : Crassus, Galba, Bnitus, Cjuttius te dessinèrent plus tard contre ses projets ambitieux.

rées de la Tamise, les légions furent déchirées par le choc des chariots. César, forcé d'abandonner l'ile des Bretons comme il avait évacué la Germanie , revint à Nantes pour accomplir un second voyage à Rome où Tattendaient les brigues populaires'. Au milieu de Rome agitée, César ne cessait d'écrire à Brutus, à Cassius, à Cicéron pour leur recommander de construire de nouveaux navires capables de lutter contre la haute mer et les marées. Arrivé au camp, tout était prêt pour l'embarquement de cinq légions et quinze cohortes '. Elles abordèrent vers la Tamise : à laesure que les Romains s'avançaient, les barbares se retiraient au milieu des bois, enlevant les vivres, coupant les communications ; la tempête vint à leur secours .et César dut encore renoncer à son expédition. Ces disgrâces des Romains dans File des Bretons favorisèrent Tinsurrection générale des Gaules. La légion de Sabinus fut tout entière massacrée *. Cicéron, le lieutenant de César environné par les tribus soulevées, s'abrita derrière de forts retranchements comme savaient en faire les légions. César accourut encore de Rome au bruit de cette insurrection qui gagnait des extrémités au centre : de Liège et de Trêves jusqu'au pays

1. Les deux expéditions de Germanie et d'Angleterre forment le IV* livre des Commentaires, L'empereur Napoléon I" dit : c César n'avait pas assez réfléchi sur les forces nécessaires à une expédition de cette importance; elle tourna à sa confusion. »

2. D'après l'empereur Napoléon l", cinq légions complètes formaient un effectif de 40 000 hommes. Ne pas confondre ces Commentaires si remarquable écrits à St-Hclène avec la Vie de César,

3. « Paucis ex prœlio elapsi, incertis itineribus pcr silvas ad Labienum legatum in hiberna, perveniunt.... » (Caesar, lib. V, cap x\xvii.)« Le massacre de la légion de Sabinus, dit Napoléon I*', est le premier échec sérieux que César ait reçu dans les Gaules. »

de Sens, de Chartres et d'Orléans ; ces populations concentrées autour de Lutèce, César les calma par des paroles et des engagements.il promit l'assemblée générale des Gaules, témoignage public de liberté et de nationalité; dès lors il put se porter sur le Rhin ; partout il trouva une résistance ferme, obstinée. L'expédition de Germanie échoua comme l'expédition d'Angleterre : « César avait plus d'ambition, de témérité, que de génie. » Alors circulèrent parmi les Gaulois mille rumeurs sur les impuissances de Rome et les déchirements de la République. Une nouvelle insurrection éclata : les Camutes (les Gaulois du pays de Chartres) furent entraînés par les Avemes (Auvergnats) et de cette race vigoureuse s'éleva Vercingétorix (le grand chef) i : les Senonais (Sens), les Pictones (Poitevins) , les Cadurques (Quercy), les Turons (Tours), Aulerques (Évreux), Lemoviques (Limousins), Andes (Anjou), l'acclamèrent. Vercingétorix prit les mesures les plus énergiques pour réunir dans ses mains tous les pouvoirs : aux villes incertaines, il demanda des otages, aux fidèles des sacrifices. L'enthousiasme, il faut le reconnaître, ne fut pas général et la levée des Gaules incomplète : César avait divisé, énervé les résistances ; des villes envoyaient leur soumission aux Romains ^. Bien des Gaulois à une liberté barbare, préféraient la civilisation romaine avec ses attraits de douceur

1. Tous les noms gaulois donnés dans les Commentaires de César sont plutôt des titres de dignités que des noms propres. Ainsi, dans la langue celtique : ver-einn-cedo-righ dont César a fait Vercingétorix signifie grand dief, et cinn-cedo-righ (Cingitorix) , chef de cent têtes.

2. Les Commentaires indiquent les noms des populations qui firent leur soumission et se lièrent à César. (Li?. lU.)

iO CLOVIS

et de repos qui pénétrait par la Province (Narbonne, Toulouse). D'après le récit de César, ces pays étaient déjà couverts de villes commerçantes. Autour de la boueuse Lutéce étaient bâties les villes de Melun, Autun, Sens, Orléans : dans les rangs de l'armée de César et sous le titre d'alliés se trouvaient des Gaulois et des Germains'. L'armée de Vercingétorix compta bien des faibles et des découragés : l'habileté de César fut de s'attirer des alliés, de leur acheter des vivres, des chevaux et d'imprimer partout à ses légions, à ses cohortes cette persévérance, cette énergie qui ne se décourageaient devant rien ; les soldats romains, ingénieux ouvriers, inventaient des machines de guerre; au milieu des marais, ils construisaient des routes mobiles en bois; une seule nuit suffisait pour abattre une forêt; mille légionnaires se mettaient à l'abri des traits sous une toiture d'osier.

Les opérations de cette dernière campagne de César se renfermèrent dans un cercle étroit entre Paris, Sens, Bourges, Orléans. Ici pour la première fois il est question d'Alise *, ville mystérieuse, comme ces cités des Astèques qu'on trouve dans les pampas du Mexique. Alise devait être considérable, puisque Vercingétorix y abrita une armée de quatre-vingt mille hommes : aujourd'hui tous les débris sont disparus sous les champs cultivés : quelques colliers

1. Les cohortes germaines prêtèrent un grand concours à César : « Laborantibus nostrb Cxsar Germanos submittit. . . . tum Germani acrius us-jue ad munitionessequantur. >

2. Alise, d'après le récit de Diodore de Sicile, était une cité fort ancienne, qui devait sa fondation à Hercule : les travaux de d'Ânville, Malte- Bniu, Walkeuxr, la placent sur le mont Âuxori, près de Semur. L'esprit courtisan a récemment multiplié les recherches sur la ville d'Alise.

d'or, des chaînes, des armures indiquent seulement qu'autrefois une ville célèbre, la cité gauloise existait là, vivante, animée. Vercingétorix restait isolé avec une armée sans discipline, composée de désespérés et de fatigués : il livra bataille; il fît des prodiges et la perdit. César, implacable contre ceux qui résistaient, se montra généreux envers les Gaulois qui revenaient librement se placer sous la domination romaine. Vercingétorix crut à cette clémence : César avait trop d'intérêt à finir la guerre des Gaules pour ne point accepter la soumission du grand chef. Placé sur son tribunal, entouré de ses licteurs et de la cohorte germaine, il reçut les Gaulois vaincus, le saluant de leurs acclamations. Vercingétorix, fier même encore dans sa défaite, à la manière des barbares fît caracoler d'une façon très-audacieuse son cheval autour du prétoire et déposa son javelot, son glaive aux pieds de César. Vercingétorix fut traité en vaincu ; Rome n'était généreuse qu'avec ceux qu'elle ne redoutait plus.

Tout fut environné d'un grand éclat ; César préparait son triomphe au Capitole ; homme politique, il voulait accomplir ses projets de dictature. Les mille trompettes retentirent pour acclamer le vainqueur et le pacificateur des Gaules* ; on exagéra l'importance du service pour en obtenir un plus grand prix. Vercingétorix, attaché au char de la victoire parmi les esclaves et les vaincus, fut livré à la

1. César se hâta de donner avis au Sénat de Rome de cette pacification; des actions de grâce, des fêtes, qui durèrent plus d'un mois, furent célébrées à Kome : « His rébus, liiteris Cxsaris cognitis Roms, dierum xx supplicatio redditur. » C'est par ces mots que se terminent les Commentaires de César.

hache des licteurs. Ce n'étaient pas seulement les divisions intestines des Gaulois qui avaient aidé César dans sa pacification et ses conquêtes, mais encore les charmes de la civilisation romaine qui pénétrait les Gaules de toute part ; ces municipes de la Province ne songeaient qu'au repos, les temps d'énergie étaient finis. Si les campagnes de César furent tant exaltées, c'est que lui et ses amis voulaient réaliser son triomphe politique. Cicéron, Brutus, Crassus qui avaient préparé la soumission des Gaules, appartenaient au parti hostile à César, il en fut à peine parlé dans le Sénat. Le véritable sauveur des Gaules, Marins, le vainqueur des Cimbres, avait préservé la Province (Provincia). Mais la gloire de Marins aurait obscurci celle de César. En politique on n'exalte que les amis qui peuvent vous servir*. Notre histoire moderne a tant vu de ces victoires qui donnent le pouvoir : témoin Harengo.

Les Commentaires de César, œuvre toute personnelle ont néanmoins ce grand intérêt de nous faire connaître les habitudes, la topographie des Gaules ; on se tromperait toutefois en acceptant comme le tableau des primitives mœurs

les récits de César ; il s'était opéré une notable modification depuis l'organisation de la Province romaine. A l'époque de leur pacification absolue, les Gaules avaient accepté des Romains un mélange d'idées religieuses et municipales ; des villes avaient été construites, là où n'existaient naguère que des huttes de terre, des cabanes de bois ou de roseau.

1 . Crassus, le véritable vainqueur des Gaules, périt dans Texpédition des Parthes : Cicéron s'était un moment rallié à César; Brutus, tout jeune en> core, prit parti dans la conjuration.

Les Commentaires de César ^ développent même à l'occasion du dniidisme un système de religion et de philosophie. Gomme les Gaulois n'écrivaient rien sur les dogmes et les traditions, il serait difficile de recueillir précisément leur théogonie et leurs mystères César n'a pas même laissé aux divinités Celtes les noms Teutoniques de Tentâtes, Taranis, Hèsus, Belenus; il les appelait Jupiter, Mercure, Esculape : l'école d'Alexandrie avec son mysticisme, prêtait aux druides les théories enseignées par les prêtres égyptiens, la métempsycose, comme l'enseignait Pythagore. Les druides sous les vieux chênes, formaient un collège de prêtres sombres et inflexibles. Avec les bardes ou poètes étaient les eubages ou sacrificateurs, les victimes humaines tombaient sous leur couteau : « Qui ne sait, s'écrie Cicéron que les Gaulois ont conservé jusqu'à ce jour, l'horrible coutume d'immoler des victimes humaines^. » — « Les Druides pensent, ajoute César, que les victimes les plus agréables aux dieux sont les hommes qui ont commis des vols, des larcins ou autres actions horribles, mais lorsque ceux-ci manquent, ils immolent même les innocents '. » Comme chez toutes les nations sauvages, les prêtres ou devins exerçaient un prestige illimité. Dans les forêts sombres, le tonnerre, la tempête étaient des présages sinistres que les conjurations et lès sacrifices détournaient. Où donc trouver ces

1. L'édition princeps des Commentaires est celle-ci : Catt Julii Ccuarit opéra, Rome, 1469.

2. « Ouis ignorât cos usquè ad hune diem, retinere illam imman^m ao barbaram consuetudinem homioum immolandorum. (Cicero, Orat, pro FonteioJ)

3. Cssar., Comment, y lib. VI, cap. xvi. L'étymologie celtique du mot Druide, est homme des forêts ou de chêne.

collèges de Druides d'une sagesse suprême qui selon une école de fantaisie, ont civilisé les Gaules avant l'action salutaire des évéques, les grands citoyens après la conquête romaine. Les Gaulois formaient plutôt une association de tribus qu'une nation : toutes ces tribus au nombre de quatre-vingts ou cent avaient un nom distinct sous un chef élu ou héréditaire ; César donne le titre de sénat à des assemblées qui délibéraient sur la paix et la guerre. Les véritables municipes appartiennent à la domination romaine.

La stature des Gaulois était haute, leur teint blanc et leurs cheveux d'un blond ardent. Virgile, qui écrivait sous Auguste à l'époque où les Gaulois formaient déjà une légion autour de l'empereur, en parle ainsi : « Us ont une chevelure couleur d'or ; ils brillent sous leurs saies bariolées et leur cou, blanc comme le cygne, est chargé d'un collier ^ » Les bijoux, les vives couleurs plaisaient aux Gaulois : la saye, ce vêtement national, d'abord de laine grossière, puis de riches étoffes tombait comme une tunique jusqu'aux genoux. Dans les bas-reliefs des arcs de triomphes on reconnaît les Gaulois à ce vêtement; quelquefois une peau de bête fauve pend derrière leur dos à la manière des Germains. Dans les rares tombeaux primitifs avant la fusion romaine, à côté des ossements gigantesques, on trouve des haches faites en os, peu en fer, quelques anneaux, de petites statuettes des dieux grossièrement travaillées.

L'industrie des Gaulois se réduisait aux choses nécessaires à la vie ; les débris de maisons gauloises ressemblent

I . M Aurea^cesarics ollis, atque aurea vestis ; « Virgatis lucenl sagulis; tum lactea colla « Auro innectuntur »» (Enéide ^ lib. VIII , ▼. 6&5.)

aux huttes de la Nouvelle-Zélande ou des Esquimaux. Pour se vêtir, on tissait la laine grossière et Ton découpait la peau des bétes fauves ; les murailles et les retranchements pour la défense des cités étaient construits avec des abatis de bois et des terres argileuses; on a trouvé quelques instruments de combat, des massues, des pieux, des crocs en fer. Dans les Gaules couvertes de mines, les ouvriers durent connaître l'art d'en extrahre les métaux : depuis les Pyrénées jusqu'aux Cévennes, l'or, l'argent, était à fleur de terre ; les rivières en roulaient des parcelles. Il existe peu de monnaie de cette primitive époque : toutes appartiennent à la domination gallo-romaine. On a conservé quelques médailles authentiques de la république de Marseille et des deux colonies d'Aix et de Narbonne, mais le caractère grec et romain dominp^ Quand les quarante peuples des Gaules élevèrent un autel à Auguste, ils étaient déjà sous sa domination.

Tacite indigné du scandaleux spectacle donné à Rome par les matrones et les prétresses de la bonne déesse', a exalté avec enthousiasme la chasteté des femmes de la Germanie, la puissance qu'elles exerçaient dans la famille et même dans les conseils de la nation ; les sagas, les chants des scaldes célébraient aussi la puissance des vierges de FEdda, mais la condition de la femme chez les barbares était généralement la servitude. Tandis que l'homme vigoureux parcou-

1. Voyez Le Blanc, Traité des Monnaies ; il donne toutes les médailles fnnco-gauloises. Plusieurs mémoires de Tancienne Académie des inscriptions sont consacrés aax mœurs, aux habitudes des Gaulois. Dom Bouquet a tout réuni dans son admirable préface Ilist. Gallic. La prétentieuse et bruyante érudition moderne n'a rien ajouté à ces matériaux.

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