Oste, armée
aucunes choses de vous par débonnairelé et par grâce, que par auctorité de seignourie; car il appartient aus tirans à accomplir par cruauté ' leurs commandemens, aus bons princes par débonnaireté et par douceur de paroles. La dignité de mon nom doit ensuivre les exemples de mon débonnaire père ; et ai plus chier que Ton me porte honneur et révérence , par la raison de débonnaireté que de paour ; dont je vous prie tous, par amour plus que par seigneurie, que vous me donniez cet orcel par dessus ma portion, et je vous promets que je vous guerredonnererai'bien ceste bonté en lieu et en temps, si je puis envers vous impétrer ceste chose en amour et en bonne grâce. » Les barons respondirent : « Sire, noble roy, nous connoissons bien que nous t'avons fait serrement et hommage, et nous sommes tous prêts de morir, si besoing est, pour la prospérité de ton règne et la santé de ton corps déflendre : donques, si la vie du corps est plus chière chose que nulle autre richece, sache qu'il n'est nulle chose que tu nous requières que nous ne te doions? Nous n'avons nul droit en toutes ces despoilles, à nous n'en apartient de riens, ta volenté en peus faire plainement ou geter en eaues , ou ardoir en feu. » Ainsi comme le roy eut oy ceste response, il s'esmerveilloit de la bonne volenté que les barons et tous ceus de l'ost avoient envers lui. Dont vint avant un des François, meu de grant légiereté de courage, et frappa de l'espée en l'orcel, puis dist au roy : « Tu n'emporteras riens de ces dépoilles, fors ce que tu en auras, par droit sort et par droite porcion. » Moult s'esmervellièrent tous de sa folie et de sa légière hardiece; mais le roy qui pas ne fîst grant semblant que il portast grieyement ceste chose, prit l'orcel et le rendi au message de saint Rémi, si comme il lui avoit promis.
Un an après que ces choses furent avenues, le roy manda ses princes et ses barons ; commandé fu généralement que chascun ve* nist armé et fervestu , comme pour son corps déflendre et pour assaillir ses ennemis. Quant l'ost fut assamblé et chascun fu armé au plus bêlement que il put, le roy issi hors pour son ost regarder
1. On voit que les Chroniqoe.'i de Saint-Denis sont écrites au temps de la chevalerie et que les idées qu'on se faisait sur la royauté étaient plus raffinées que sous la première race.