‹ Clovis et les origines de la France chrétienneChapitre 12 sur 33 · I. — CLODION · texte numérisé non relu

I. — CLODION

L n'est pas possible d'assigner une date exacte au passage définitif du Rhin par les tribus franques, et à leur établissement dans la Gaule. Il y eut d'abord des invasions, puis des tentatives de prise de possession de quelques parties du territoire, enfin abandon de toute pensée de retour vers la patrie primitive. C'est l'histoire des tribus isolées, et c'est l'histoire du corps de la nation.

Ce qu'il importe de constater, c'est le petit nombre des envahisseurs. Ils furent braves, ce qui leur permit de déposséder les populations, il ne leur fallait pas une grande étendue de territoire, ce qui explique qu'ils aient réalisé ce que d'autres avaient tenté vainement avant eux.

Les origines de notre histoire nationale sont diversement exposées, par les écrivains contemporains, ou ceux qui vinrent immédiatement après les événements dont ils nous ont transmis le récit. Leurs ouvrages sont contenus pour la plupart dans le Recueil des historiens des Gaules et de la France. On y trouve des renseignements d'un grand prix et d'un haut intérêt ; on y rencontre peu de critique, et il est assez difficile de déterminer ce qui repose sur des documents authentiques, et de le distinguer de ce qui est emprunté à la

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tradition. On ne peut méconnaître combien est grande leur crédulité, et combien sont nombreuses les contradictions. Ce que l'on regrette par dessus tout, c'est le grand nombre des lacunes.

Mais ils ont été les témoins de ce qu'ils racontent, ou, par la proximité des temps, ils ont pu retrouver dans leurs contemporains des observateurs fidèles et des narrateurs consciencieux. Ils ont un tour naïf qui plaît, et une abondance qui permet de se représenter vivement les faits dans toute leur vérité. Grâce à eux, quoique la déclamation ne soit pas bannie de leurs œuvres, on peut saisir ces époques sur le fait, et emporter de leur physionomie une idée vivante.

Nous ne pouvons songer à désigner tous ces auteurs, ni à dire leur valeur et leur autorité. Il nous suffira de signaler quelques-uns d'entre eux.

Socrate le scolastique, né à la fin du IV^ siècle, a continué de 301 à 439 l'histoire ecclésiastique d'Eusèbe. Il touche à nos origines chrétiennes.

Paul Orose, né à la même époque, a exposé dans ses sept livres d'histoire contre les païens des vues profondes sur les destinées des peuples germaniques, et a conservé des documents et des souvenirs d'un haut intérêt.

Sidoine Apollinaire, né en 420, mort en 488, a écrit vingt-quatre poèmes et neuf livres de lettres. C'est un esprit cultivé qui cherche à embellir tout ce qu'il touche, qui a le culte de la langue, et dans son travail ingénieux, cherche moins la vérité des faits que celle de l'impression et le charme des vers.

Grégoire de Tours était évêque et a joué un rôle

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politique considérable. Né en 539, il touche presque aux origines de la monarchie française. Il a vu de près les rois et les peuples. Son Histoire des Francs s'étend de 417 à 591. C'est un recueil précieux dont on ne saurait trop user, et qui nous transporte au milieu des événements.

Agathias le scolastique est un historien grec du VP siècle. Bien qu'il ait écrit \ Histoire du rcgne de Justiiiien, en cinq livres, il n'est pas étranger à ce qui se passait en Occident, les Francs inspirant alors au loin des inquiétudes par leur ambition et leurs projets.

Frédégaire vivait de 600 à 660. Il a écrit une chronique en cinq livres, dont le quatrième est un abrégé de Grégoire de Tours. Il complète heureusement sur quelques points celui dont il résume les récits et les tableaux.

Paul Warnefride ou Paul Diacre, né vers 740 et mort en 801, a écrit une Histoire des Lombards et des histoires mêlées, où nous trouvons quelques renseignements utiles sur les mœurs des barbares.

Hincmar, archevêque de Reims, né en 802, mort en 886, n'a rien négligé de ce qui pouvait faire connaître le passé de l'Eglise dont il était le pasteur, et son témoignage est toujours précieux.

Flodoard (894-966) a conservé dans son Histoire de l'église de Reims et dans sa Chronique de France le souvenir de faits propres à justifier ou à compléter ceux que rapportent les chroniqueurs contemporains.

Enfin Airnoin, chroniqueur bénédictin, né en 950, mort en 1008, a laissé une Histoire des Français où abondent les récits intéressants.

Clovis,

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Est-ce là tout ? Non sans doute, car on peut puiser encore à d'autres sources ; même à celles qui n'ont pas été considérées comme assez abondantes pour pouvoir être recueillies dans le monument consacré à notre histoire nationale. Il en est une surtout que les historiens fréquentent, et à laquelle ils font de larges emprunts. Ce sont les vies des Saints. Rien n'est plus vivant que ces tableaux naïfs d'une société qui n'est plus, et ces traits simples qui peignent un homme, un état moral, un peuple, une époque, valent mieux que les recherches d'une science facile ou les élaborations d'un goût douteux.

« Pour les rois de France, dit Grégoire de Tours, dans le chapitre IX du second livre, la plupart des historiens ignorent quel a été le premier. Car quoique l'histoire de Sulpice Alexandre (') nous raconte un grand nombre de leurs actes, elle ne fait pas connaître cependant le premier roi, et dit seulement qu'ils eurent des chefs. Il paraît cependant bon de rappeler ce qu'il en raconte. Il dit que Maxime, après la bataille d'Aquilée, s'arrêta hors de lui, après avoir perdu tout espoir de conserver l'empire, et il ajoute : « En ce temps, sous le commandement de Genobaud, de Marcomer et de Sannon, les Francs se précipitèrent à travers la Germanie, en franchirent les limites, firent de grands massacres, et après avoir ravagé les campagnes les plus fertiles,portèrent la terreur jusque dans la colonie d'Agrippine. Dès que la nouvelle en parvint

I. Cette histoire est perdue et nous n'en connaissons l'existence que par saint Grégoire de Tours.

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à Trêves, Nannenus et Quintinus, maîtres de la milice, à qui Maxime avait confié l'enfance de son fils et la défense des Gaules, réunirent leurs armées auprès de Cologne.

Mais les ennemis, chargés de butin, après le pillage de ce qu'il y avait de plus riche dans la province, passèrent le Rhin, laissant sur le territoire romain un certain nombre de soldats prêts à reprendre la dévastation. Les Romains en vinrent aux mains avec eux, et un grand nombre de Francs succombèrent sous le fer, auprès de la forêt Charbonnière (^). Les vainqueurs délibérèrent pour savoir s'il fallait se retirer ou passer sur le territoire des Francs. Nannenus s'y refusa, parce qu'il les savait sur leurs gardes, et qu'il les croyait plus forts chez eux. Ce refus déplut à Quintinus et aux autres chefs. Nannenus revint à Mayence, Quintinus passa le Rhin avec son armée auprès du château de Nuyts (2), et rencontra, en suivant le cours du fleuve, des habitations et des villages entièrement dépeuplés. Les Francs simulant la terreur, s'étaient retirés dans les profondeurs des bois, après en avoir rendu les avenues inabordables. Aussi, après avoir brûlé toutes les maisons sur lesquelles pouvait assouvir sa vengeance et compléter sa victoire,une lâche stupidité, les soldats passèrent sous les armes une nuit pleine d'inquiétude. »

Au point du jour, Quintinus pénétra dans la forêt, s'égara longtemps dans des routes détournées et

1. Cette forêt située entre le Rhin et l'Escaut, faisait partie de l'Ardenne.

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