II. — MÉROVÉE
lEN ne nous autorise à croire que le pouvoir
suprême dans la tribu, et plus tard dans la j
^^^^^^ nation, eut sa source dans l'hérédité. « Ils |
choisissent les rois à cause de leur noblesse, dit Tacite » des Germains, et les chefs d'après leur valeur. »
Si le choix est circonscrit, il n'en reste pas moins le j
moyen par lequel ces peuples se donnaient sinon des !
maîtres, du moins des conducteurs. *
Grégoire de Tours ne dit rien de Mérovée. La | poésie a suppléé à ce silence de l'histoire. Elle n'a pas
voulu que celui qui a eu la gloire de donner son nom à ,
la première race de nos rois restât ainsi dans l'obscu- |
rite. Ou il a continué une famille déjà glorieuse dans sa |
tribu, ou il a montré des qualités et rendu des services ! qui l'ont recommandé au souvenir des siens et aux
regards de la postérité. Voilà pourquoi Chateaubriand | en a fait le héros d'un des plus brillants épisodes de son épopée des Martyrs.
Les Francs surpris par Constance(^)avaient d'abord
I. Il ne faut demander aux poètes ni la fidélité historique, ni le res- ^ pect de la chronologie. Il faut que pour eux, tout plie devant l'imagination. Mais l'imagination crée souvent d'admirables tableaux. Il en est peu d'aussi saisissants que celui-ci. '
88 Chapitre quatrième»
évité le combat, mais ils rassemblèrent leurs guerriers et vinrent offrir audacieusement la bataille sur le bord de la mer.
Après avoir décrit l'armée des Romains, dont les léo-ions aspiraient à continuer leur vieille gloire et à montrer aux barbares associés à leur fortune, que la valeur n'avait pas dégénéré comme l'empire, Chateaubriand nous transporte au milieu des bandes Franques.
« Parés de la dépouille des ours, des veaux marins, des urochs et des sangliers, les Francs se montraient de loin comme un troupeau de bêtes féroces. Une tunique courte et serrée laissait voir toute la hauteur de leur taille, et ne leur cachait pas le genou. Les yeux de ces barbares ont la couleur d'une mer orageuse ; leur chevelure blonde, ramenée en avant sur leur poitrine, et teinte d'une liqueur rouge, est semblable à du sang et à du feu. La plupart ne laissent croître leur barbe qu'au-dessus de la bouche, afin de donner à leurs lèvres plus de ressemblance avec le mufle des dogues et des loups. Les uns chargent leur main droite d'une longue framée, et leur main gauche d'un bouclier qu'ils tournent comme une roue rapide ; d'autres, au lieu de ce bouclier, tiennent une espèce de javelot nommé angon, où s'enfoncent deux fers recourbés ; mais tous ont à la ceinture la redoutable francisque, espèce de hache à deux tranchants, dont le manche est recouvert d'un dur acier : arme funeste que le Franc jette en poussant un cri de mort, et qui manque rarement de frapper le but qu'un œil intrépide a marqué.
« Ces barbares, fidèles aux usages des anciens Germains, s'étaient formés en coin, leur ordre accoutumé
Irc0 prérjécesfseurs; ne ClotJis. 89
de bataille. Le formidable triangle où l'on ne distinguait qu'une forêt de framées, de peaux de bêtes et | de corps demi-nus, s'avançait avec impétuosité, mais d'un mouvement égal, pour percer la ligne romaine. A la pointe de ce triangle étaient placés des braves qui conservaient une barbe longue et hérissée, et qui ] portaient au bras un anneau de fer. Ils avaient juré | de ne quitter ces marques de servitude, qu'après avoir { sacrifié un Romain. Chaque chef, dans ce vaste corps, ! était environné des guerriers de sa famille, afin que, plus ferme dans le choc, il remportât la victoire, ou mourût avec ses amis. Chaque tribu se ralliait sous un symbole : la plus noble d'entre elles se distinguait par des abeilles ou trois fers de lance. Le vieux roi des Sicambres, Pharamond, conduisait l'armée entière, et laissait une partie du commandement à son petit-fils Mérovée. Les cavaliers francs, en face de la cavalerie romaine, couvraient les deux côtés de leur infanterie ; à leurs casques en forme de gueules ouvertes, ombragées de deux ailes de vautour, à leurs corselets de fer, à leurs boucliers blancs, on les eût pris pour des fantômes, ou pour ces figures bizarres que l'on aperçoit au milieu des nuages pendant une tempête. Clodion fils de Pharamond et père de Mérovée, brillait à la tête de ces cavaliers menaçants.
« Sur une grève, derrière cet essaim d'ennemis, on apercevait leur camp semblable à un marché de laboureurs et de pêcheurs; il était rempli de femmes et d'enfants, et retranché avec des bateaux de cuir et des chariots attelés de grands bœufs
«Les Grecs répètent en chœur le Pœan et les Gaulois
90 CDapitre quatcième.
l'hymne des Druides. Les Francs répondent à ces cantiques de mort; ils serrent leurs boucliers contre leurs bouches, et font entendre un mugissement semblable au bruit de la mer que le vent brise contre un rocher; puis, tout à coup, poussant un cri aigu, ils entonnent le bardit à la louange de leurs héros.
« Pharamond! Pharamond! nous avons combattu avec lepée.
« Nous avons lancé la francisque à deux tranchants : la sueur tombait du front des guerriers et ruisselait le long de leurs bras. Les aigles et les oiseaux aux pieds jaunes poussaient des cris de joie; le corbeau nageait dans le sang des morts; tout l'océan n'était qu'une plaie : les vierges ont pleuré longtemps.
« Pharamond! Pharamond! nous avons combattu avec l'épée.
« Nos pères sont morts dans les batailles; tous les vautours en ont gémi : nos pères les rassasiaient de carnage. Choisissons des épouses dont le lait soit du sang, et qui remplissent de valeur le cœur de nos fils. Pharamond, le bardit est achevé, les heures de la vie s'écoulent : nous sourirons quand il faudra mourir.
« Ainsi chantaient quarante mille barbares. Leurs cavaliers haussaient et baissaient leurs boucliers blancs en cadence ; et à chaque refrain, ils frappaient du fer d'un javelot leur poitrine couverte de fer...
« Les Gaulois lancent les premiers leurs javelots contre les Francs, mettent l'épée à la main et courent à l'ennemi. L'ennemi les reçoit avec intrépidité. Trois fois ils retournent à la charge; trois fois ils viennent se briser contre le vaste corps qui les repousse...
)ie0 prétiéce00eurs îie Clotiis. 91
« La cavalerie romaine s'ébranle pour enfoncer les barbares. Clodion se précipite à sa rencontre. Le roi chevelu pressait une cavale stérile, moitié blanche, moitié noire, élevée parmi des troupeaux de rennes et de chevreuils dans les haras de Pharamond :...
« Un combat violent s'engage entre les cavaliers sur les deux ailes des armées.
« Cependant la masse effrayante de l'infanterie des barbares vient toujours roulant vers les légions... La mêlée s'échauffe, un tourbillon de poussière rougie
s'élève et s'arrête au-dessus des combattants Le
Franc fier de ses larges blessures qui paraissent avec ! plus d'éclat sur la blancheur d'un corps demi-nu, est j un spectre déchaîné du monument, et rugissant au I milieu des morts. Au brillant éclat des armes a succédé la sombre couleur de la poussière, des sueurs et du carnage. Les casques sont brisés, les panaches abattus, les boucliers fendus, les cuirasses percées...
« Mérovée avait fait un massacre épouvantable des Romains. On le voyait debout sur un immense chariot, avec douze compagnons d'armes, appelés ses douze pairs qu'il surpassait de toute la tête. Au-dessus du chariot flottait une enseigne guerrière surnommée l'oriflamme. Le chariot chargé d'horribles dépouilles était traîné par trois taureaux dont les genoux dégoûtaient de sang et dont les cornes portaient des lambeaux affreux. L'héritier de l'épée de Pharamond avait l'âge, la beauté et la fureur de ce Démon de la Thrace qui n'allume le feu de ses autels qu'au feu des villes embrasées... On eût dit que ses joues étaient peintes du vermillon de ces baies d'églantiers qui brillent au
92 Cbapttre quatrième.
milieu des neiges dans les forêts de la Germanie. Sa mère avait noué autour de son cou un collier de coquillages, comme les Gaulois suspendent des reliques au rameau du plus beau rejeton d'un bois sacré. Quand de sa main droite, Mérovée agitant un drapeau blanc appelait les fiers Sicambres au champ de l'honneur, ils ne pouvaient s'empêcher de pousser des cris de guerre et d'amour; ils ne se lassaient point d'admirer à leur tête trois générations de héros : l'aïeul, le fils et le père.
« Mérovée rassasié de meurtres contemplait, immobile, du haut de son char de victoire, les cadavres dont il avait jonché la plaine...
« Le chef des Gaulois aperçut Mérovée dans ce repos insultant et superbe. Sa fureur s'allume, il s'avance vers le fils de Pharamond. Il lui crie d'un ton ironique :
« Chef à la longue chevelure, je vais t'asseoir autrement sur le trône de Mars, le Gaulois. Jeune brave, tu mérites d'emporter la marque du fer au palais de Teutatès. Je ne veux point te laisser languir dans une honteuse vieillesse.
« Oui es-tu Prépondit Mérovée avec un sourire amer, es-tu d'une race noble et antique? Esclave romain, ne crains-tu pas ma framée?
« Je ne crains qu'une chose, répartit le Gaulois frémissant de courroux, c'est que le ciel tombe sur ma tête.
« Cède-moi la terre, dit l'orgueilleux Sicambre.
« La terre que je te céderai, s'écria le Gaulois, tu la garderas éternellement.
<S Aces mots, Mérovée s'appuyant sur sa framée,
Jieg prcD^ce00cur0 ne CloDig, 93
s'élance du char par dessus les taureaux, tombe à leurs têtes et se présente au Gaulois qui venait à lui.
« Toute l'armée s'arrête pour regarder le combat des deux chefs. Le Gaulois fond l'épée à la main sur le jeune Franc, le presse, le frappe, le blesse à l'épaule et le contraint de reculer jusque sous les cornes des taureaux. Mérovée, à son tour, lance son angon qui, par ses deux fers recourbés s'engage dans le bouclier du Gaulois. Au même instant, le fils de Clodion bondit comme un léopard, met le pied sur le javelot, le presse de son poids, le fait descendre vers la terre, et abaisse avec lui le bouclier de son ennemi. Ainsi forcé de se découvrir, l'infortuné Gaulois montre la tête. La hache de Mérovée part, siffle, vole et s'enfonce dans le front du Gaulois, comme la cognée d'une bûcheron dans la cime d'un pin. La tête du guerrier se partage; sa cervelle se répand des deux côtés, ses yeux roulent à terre. Son corps reste encore un moment debout, étendant des mains convulsives, objet d'épouvante et de pitié.
« A ce spectacle, les Gaulois poussent un cri de douleur. Leur chef était le dernier descendant de ce Vercingétorix qui balança si longtemps la fortune de Jules. Il semblait que par cette mort l'empire des Gaules, en échappant aux Romains passait aux Francs; ceux-ci pleins de joie entourent Mérovée, l'élèvent sur un bouclier et le proclament roi avec ses pères, comme le plus brave des Sicambres ».
La bataille continue et les Romains l'emportent, grâce aux légions chrétiennes dont la valeur calme et disciplinée brise l'impétueuse ardeur des Francs.
« La nuit vient couvrir de son obscurité le théâtre
94 Gbapitre quatrième. ]
des fureurs humaines. Les Francs vaincus, mais tou- j jours redoutables, se retirèrent dans l'enceinte de leurs ; chariots. Cette nuit si nécessaire au repos, ne fut qu'une , nuit d'alarmes... Les barbares jetaient des cris qui ressemblaient aux hurlements des bêtes féroces : ils pleuraient les braves qu'ils avaient perdus et se préparaient eux-mêmes à mourir. j
«Les Francs, pendant la nuit, avaient coupé les têtes i
des cadavres romains et les avaient plantées sur des |
piques devant leur camp, le visage tourné vers nous. |
Un énorme bûcher, composé de selles de chevaux, et \
de boucliers brisés s'élevait au milieu du camp. Le |
vieux Pharamond, roulant des yeux terribles, et livrant | au souffle du matin sa longue chevelure blanche, était
assis au haut du bûcher. Au bas, paraissaient Clodion j
et Mérovée; ils tenaient à la main, en guise de torches, !
l'hast enflammé de deux piques rompues, prêts à I
mettre le feu au trône funèbre de leur père, si les !
Romains parvenaient à forcer le retranchement des 1
chariots... |
«On n'attend point le signal de l'assaut; rien ne peut i
résister à la fureur du soldat : les chariots sont brisés, j
le camp est ouvert, on s'y précipite. Alors se présente \
un nouvel ennemi : les femmes des barbares, vêtues j de robes noires, s'élancent... les unes arrêtent par la
barbe le Sicambre qui fuit et le ramènent au combat ; :
les autres, comme des Bacchantes enivrées, déchirent ;
leurs époux et leurs pères ; plusieurs étouffent leurs j
enfants et les jettent sous les pieds des hommes et des ' chevaux ; plusieurs se passant au cou un lacet fatal
s'attachent aux cornes des bœufs et s'étranglent en se .
ireis préDéce00euts ne Glotîig, 95
faisant traîner misérablement. Une d'entre elles s'écrie: Romains, tous vos présents n'ont point été funestes ! Si vous nous avez porté le fer qui enchaîne, vous nous avez donné le fer qui délivre ! Et elle se frappe d'un poignard.
« C'en était fait des peuples de Pharamond, si le ciel qui leur garde peut-être de grandes destinées, n'eût sauvé le reste de ses guerriers. Un vent impétueux se lève entre le Nord et le couchant : les flots s'avancent sur les grèves; on voit venir écumante et limoneuse une de ces marées de l'équinoxe qui, dans ces climats semblent jeter l'océan tout entier hors de son lit. La mer, comme un puissant allié des barbares, entre dans | le camp des Francs pour en chasser les Romains.
«Les Romains reculent devant l'armée des flots. Les Francs reprennent courage... Une scène extraordinaire frappe les yeux de toutes parts; là les bœufs épouvantés nagent avec les chariots qu'ils entraînent, ils ne laissent voir au-dessus des vagues que leurs cornes recourbées et ressemblent à une multitude de fleu- ; ves qui auraient apporté eux-mêmes leurs tributs à j l'Océan; ici, les Saliens mettent à flot leur bateau de | cuir, et frappent à coups de rames et d'aviron. Mérovée s'était fait une nacelle d'un large bouclier d'osier ; porté sur cette conque guerrière, il poursuivait l'enne- j mi escorté de ses pairs qui bondissaient autour de lui j comme des tritons. Pleines d'une joie insensée, les ! femmes battaient des mains et bénissaient les flots libérateurs. i
... « Les Francs, malgré leur valeur et le soulève- ' ment des flots, avaient été obligés de céder la victoire
96 Chapitre Quatrième.
à la discipline des légions; heureux d'échapper à une entière défaite, ils se retiraient devant les vainqueurs. »
Ce récit est si vivant que nous croyons volontiers à la réalité du combat et il en reste autant d'émotion que d'orgueil, car il s'agit des exploits de nos ancêtres chantés par un poète de leur race.
Mais la poésie n'est pas la seule à parler des combats et des victoires des Francs de cette époque. L'histoire nous permet de mettre au compte de Mérovée une grande victoire qui ne pourrait être niée, et qui est aussi glorieuse pour lui que pour les Francs.
Aétius gouvernait la Gaule au nom de Valentinien III successeur d'Honorius. Il avait à sa solde des barbares, et luttait avec eux contre les Germains toujours menaçants et les Armoricains souvent révoltés. Il repoussa successivement les Wisigoths, les Burgondes et les Francs, disputant pied à pied le sol de la Gaule, et retenant dans la fidélité des populations qu'un grave échec aurait facilement détachées de l'Empire.
Les Huns, peuple d'origine asiatique, s'étaient avancés vers l'Europe, après avoir brisé les obstacles qui les arrêtaient, et menacé sans résultat l'empire d'Orient. Établis sur le cours inférieur du Danube, ils envoyaient de tous côtés des détachements que l'Empire prenait souvent à sa solde, dans l'impuissance où il était de les combattre, et qu'il opposait à d'autres barbares.
Attila devint leur chef vers 431. Il réunit sous son commandement les Huns qui s'étaient établis sur divers points de l'Empire, traversa la Germanie, répandant partout la terreur et se croyant ou se disant le ministre des vengeances divines. Son empire s'étendait
Ife0 ptéîiéce00eurs tie Clo\3i0. 97
depuis la Baltique jusqu'au Pont-Euxin, et depuis le Rhin et le Danube jusqu'aux déserts du centre de l'Asie.
C'était un vrai barbare d'aspect, d'habitudes et de mœurs. Mais il devait avoir de grandes qualités, car on n'exerce pas un pouvoir souverain sur tant d'hommes différents de race et d'une nature généralement violente, sans avoir quelque chose qui commande aux âmes et subjugue les volontés. Fier du titre qu'il se donnait de fléau de Dieu et de marteau de l'univers, il croyait que tout devait plier devant lui, et il le fit croire à ses soldats. Nul ne fut mieux obéi, et nul ne disciplina plus souverainement des intelligences plus lourdes et des caractères plus rebelles.
Il se plaisait à se montrer dans la grossière simplicité de son costume, et si ses soldats y trouvaient un motif de l'aimer davantage, les étrangers étaient frappés d'admiration et d'effroi. Assis sur un escabeau, devant une table de bois que couvraient quelques modestes plats, il recevait avec hauteur les envoyés de Constantinople et de Rome, et les chargeait de ce message pour leurs Empereurs : « Attila, votre maître, vous ordonne de lui préparer un palais. »
Il entra dans la Gaule, traînant à sa suite des rois et des soldats germains, slaves et tartares. Aétius appela à son aide les peuples de la Gaule, pour qui le danger était égal. Les Wisigoths, les Burgondes et les Armoricains se joignirent aux soldats romains. Il paraît que les Francs se divisèrent. Ceux qui n'avaient pas quitté la rive droite du Rhin allèrent aux bandes d'Attila. Les Saliens commandés par Mérovée, entraînèrent les
Clovis. 7
98 Ctapittc quatrième.
autres et coururent au secours de l'Empire, ou plutôt à la défense des territoires sur lesquels ils étaient établis. Le danger était égal pour tous. Il fallait, devant Attila, plier et se soumettre. Tout était au vainqueur, et les Barbares, anciennement ou nouvellement établis sur les terres de l'Empire, n'avaient pas moins que les Romains, à redouter ces hordes féroces.
La Gaule souffrit cruellement de leurs ravages. Partout où passaient ces « bêtes à deux pieds» comme Ammien Marcellin appelle les Huns, il y avait pillage, incendie, destruction. Mais là où la force fut impuissante pour les arrêter, une influence nouvelle se produisit avec une autorité souveraine. La foi chrétienne qui avait régénéré un grand nombre de villes en sauva plusieurs de la présence et de l'avidité des barbares.
Attila avait pris Metz, massacré une partie des habitants et traîné les autres à sa suite, avec leur évêque Auctor. Les prières du pasteur qui ne cessait de réclamer la liberté de son troupeau, furent enfin exaucées et Auctor put ramener les débris de ce qui avait échappé à l'épée.Trèves.Tongres, Cambrai, Arras ne furent bientôt que des monceaux de ruines. A Reims, l'évêque Nicasius mourut en martyr, avec sa sœur Eutropia. La cité des Vangions, Worms, fut sauvée par son évêque saint Martin, celle de Troyes par Lupus qui fléchit par sa douceur cette âme féroce. Paris tremblait. Il fut rassuré et sauvé par une vierge, Geneviève, qui détermina les habitants à ne pas fuir, et à s'adresser à celui qui seul peut désarmerles plus fiers conquérants. Geneviève, faillit être victime de l'affolement populaire,
ITes prcDcces0cur,s Ue ClotJis. 99 j
mais Paris fut sauvé et il honore en sa patronne sa libératrice. l A Orléans, saint Aignan fit implorer la miséricorde | divine contre un danger qui paraissait inévitable, car | aucune force humaine ne paraissait pouvoir se présenter devant les Huns. Le secours arriva au moment j où Attila entrait dans la ville. Il se retire devant ' l'armée d'Aétius, où se trouvaient réunis les Romains, j les Wisigoths, les Burgondes et les Francs, et s'arrête entre Méry-sur-Seine et Châlons-sur-Marne. Le choc | fut épouvantable. C'était la lutte suprême de la Bar- i barie contre ce qui restait du vieil empire rajeuni par des populations grossières sans doute, mais capables t d'embrasser, de défendre et de propager la foi nouvelle. |
Les pertes furent immenses des deux côtés. Les
Francs qui avaient, les premiers, engagé le combat 1
contre les Gépides, montrèrent un courage qui fut |
admiré de tous, et acquirent des droits à la reconnais- [
sance de la Gaule. La gloire en revint à leur chef ;
Mérovée. Les Wisigoths perdirent leur roi, mais 1
Attila fut vaincu, et les historiens évaluent les morts à t près de deux cent mille. Le Goth Jornandès raconte
que le lendemain de la bataille, les vainqueurs purent <
voir dans le camp des Huns un immense bûcher formé ; de selles de chevaux, au sommet Attila terrible encore
dans son désespoir, au pied les Huns la torche à la j
main, prêts à obéir aux ordres de leur roi, et à le sauver ;
par la mort du déshonneur. \
Le camp ne fut pas attaqué, et Attila put se retirer en Germanie(45i). Mérovée lui survécut cinq ans.
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