‹ Clovis et les origines de la France chrétienneChapitre 17 sur 33 · Chapitre quatrième · texte numérisé non relu

Chapitre quatrième

Wiomade était dévoué à Childéric.et prépara son retour. Par son conseil, ^gidius imposa aux Francs des tributs de plus en plus lourds, qui furent d'abord subis sans trop de peine, mais contre lesquels ils protestèrent lorsque la mesure fut dépassée. Wiomade suivait ce mouvement de plus en plus violent de l'opinion, et recommandait à /Egidius d'employer la terreur, de ne point se relâcher de ses exigences, et de faire périr ceux qui lui paraîtraient dangereux. Il voulait pousser les Francs à bout.

^gidius suivait cette politique cruelle et dangereuse. Les Francs avaient d'abord murmuré, puis ils avaient secrètement regretté leur roi, et ils finirent par exprimer ouvertement le désir de le voir de retour.

Il semblait que l'ami de Childéric dût se hâter de profiter de ces dispositions.

Frédégaire imagine une ruse fort obscure de Wiomade, et l'envoi de députés à l'empereur d'Orient qu'il appelle Maurice, quoique Maurice ait régné près de cent ans plus tard, de 582 à 602. Il n'apparaît pas clairement pourquoi Childéric serait allé à Constantinople, et il n'est guère probable qu'un empereur, même pour se venger de l'insulte d'un gouverneur qui le trompait dans une ambassade, ait embrassé la cause de Childéric et concouru d'une façon quelconque à son rétablissement. C'est une fable qui fait un médiocre honneur à l'imagination du chroniqueur.

La révolution intérieure se dénoua probablement d'une manière plus simple. Childéric demeura dans le voisinage des Francs et ne cessa d'être en relation

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avec eux. Il avait laissé certainement des partisans, qui, le premier mécontentement passé, durent plaider sa cause. Pourquoi ne supposerait-on pas — ce qui est vraisemblable — que des troubles suivirent cette expulsion.'* Peut-être y eut-il des compétiteurs au trône, peut-être les grands furent-ils en désaccord entre eux.'* Le peuple souffrit certainement de cette absence d'un pouvoir régulier, et à côté des exactions dont il put être l'objet, se firent jour des craintes qui le ramenèrent à des dispositions favorables à leur ancien roi. La position des Francs dans la Gaule n'était pas tellement stable qu'elle ne pût être ébranlée. Les invasions de la Germanie étaient toujours menaçantes, et si la grande époque était passée, ce mouvement se produisait cependant encore. Les Francs furent la barrière devant laquelle vinrent se briser ces tentatives. Mais que pouvaient-ils contre elles s'ils n'avaient pas de chef, et ne devaient-ils pas mettre fin promptement eux-mêmes à une situation qui risquait à chaque instant, de compromettre la sécurité de leur établissement dans la Gaule }

Une autre cause du retour de Childéric fut certainement celle qui, auprès des peuples, occupe habituellement le premier rang. Les Francs ne devaient payer que de médiocres impôts. Ils venaient à peine de s'emparer du sol, et ils ne pouvaient encore cukiver les arts de la paix. Si les chefs qu'ils se donnèrent voulaient tirer quelque profit de leur dignité nouvelle, ils ne le pouvaient guère t}u'en créant des impôts. Si yF^gidius avait été, en effet, d'une manière directe ou indirecte, mêlé au gouvernement des Francs, il leur

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aurait appliqué la politique des derniers temps de l'empire, qui consistait à tirer de l'impôt tout ce qu'il pouvait donner.

Des deux côtés par conséquent, les Francs auraient été opprimés, et le désir du rétablissement de Childéric sortait naturellement de cette oppression.

Il n'était donc pas nécessaire de recourir à ces moyens détournés qu'emploie l'esprit ingénieux mais obscur de Frédégaire.

Rien ne l'obligeait à envoyer Childéric à Constantinople et à lui donner pour protecteur un empereur qui se serait contenté de le faire transporter par mer en Gaule. Il y avait bien loin de laThuringie où était réfugié Childéric à Constantinople; et l'on se dem.ande comment il aurait pu en venir un secours prompt et efficace.

Quant aux prétentions des empereurs de Constantinoplesur laGaule, il est certain qu'elles se sont plusieurs fois manifestées. Ils ont reconnu des faits qu'ils ne pouvaient empêcher, et décerné des honneurs dont on pouvait se passer, mais quoiqu'ils se soient toujours regardés comme les successeurs des empereurs d'Occident, aucun droit ne leur a jamais été reconnu par la Gaule, et lors même qu'ils occupèrent une partie de l'Italie, ils n'obtinrent ni des Gaulois ni des Francs rien qui ressemblât à une reconnaissance quelconque de leur autorité.

On sait peu de chose sur le règne de Childéric. Le récit de saint Grégoire de Tours n'est pas clair, et l'on y trouve une indécision qui révèle plus de désir de découvrir la vérité, que de bonheur dans cette recherche.

iTcis préDéce00eurs! De Clot)i0. 107

Les annotateurs de ce naïf et précieux chroniqueur si jaloux de ne rien oublier, J.Guadet etN.A.Taranne, donnent des chapitres XVIII et XIX l'explication suivante : Childéric livra des combats à Orléans avec ses Francs, et Odovacrius à Angers avec ses Saxons. Le comte Paulus, avec des Romains et des Francs, qui obéissaient à des chefs romains, attaqua les Goths et pilla leur territoire. Mais Odovacrius venant à Angers, le roi Childéric arriva le jour suivant, et, après avoir tué le comte Paulus, s'empara de la ville.

Ce que l'on peut conclure de ces renseignements si peu étendus et si peu précis, c'est que Childéric alla plus loin qu'aucun de ses prédécesseurs et que les deux attaques contre Orléans et Angers prouvent à la fois la faiblesse de l'empire, ou de ce qui lui succédait, et la confiance des Francs dans leur force et leurs destinées.

Childéric mourut en 481, laissant son pouvoir à son fils Clovis.

En 1653, on a découvert son tombeau à Tournai. Il renfermait une pierre gravée, dont l'empreinte représentait un homme fort beau, portant les cheveux longs, séparés sur le front et rejetés en arrière, tenant un javelot de la main droite.

Autour de la figure était écrit, en lettres romaines, le nom de Childéric.

Un globe de cristal, signe de la puissance, un style avec des tablettes, des ^

•' Sceau en or de

anneaux, des médailles de plusieurs em- chiidéric. pereurs, des lambeaux d'une étoffe de pourpre, étaient mêlés à des ossements. Ces différents objets sont

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Gbapitrc quatncmc.

aujourd'hui à la Bibliothèque nationale. « Il n'y a rien dans tout cela de trop barbare », dit Chateaubriand dans ses Étiides historiqties.

Il ne faut pas s'en étonner.

|.^X'i/^V| ^ss Francs étaient depuis trop longtemps en contact avec les Romains pour n'avoir pas pris quelquechose de leurs habitudes. Ce que le vainqueur emprunte plus facilement et plus avidement

Agrafe en or, conservée dans le trésor . > i i i

de l'église St-Brice à Tournai. aU VainCU, C eSt le luXe et leS

symboles de la puissance. Il lui semble ainsi légitimer la violence qui l'a rendu maître, et joindre à la supériorité dont il ne doute pas, celle qui pourrait consoler le peuple vaincu ou entretenir ses espérances.

Bientôt il n'y aura plus de distinction entre les Gallo-Romains et les Francs.

Anneau et sceau de Childéric, disparus en 1831 du Cabinet des antiques de la Bibliotlicque nationale.

Abeilles en or avec pierreries rouges

encloisonnées, conservées à la Biblio-

tlièque nationale.

Objets trouvés dans le tombeau de Chilpéric.

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Gbapitre cinquième.

LES PREMIÈRES ANNÉES du REGNE de CLOVIS.

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