‹ Clovis et les origines de la France chrétienneChapitre 26 sur 33 · I. — CLOVIS et les BURGONDES · texte numérisé non relu

I. — CLOVIS et les BURGONDES

L y a désormais deux parts dans la vie de Clovis : les conquêtes et l'action religieuse. La conversion du roi barbare, en qui de brillants succès montraient pour les possesseurs de la Gaule un danger redoutable, les rendit attentifs ou hostiles. C'était une puissance nouvelle, jeune, hardie, aimée de l'Église. Il y avait des rois chez les Burgondes et chez les Wisigoths. On pouvait donc lui opposer des efforts unis et disciplinés; mais partout ailleurs la conquête était facile, car les cités vivaient isolées, et les peuples ne devaient-ils pas aller d'euxmêmes au-devant de celui qui pouvait les gouverner et les défendre ?

Il y a, pour les conquérants, une nécessité à laquelle ils obéissent d'autant plus volontiers qu'elle est parfaitement d'accord avec leur ambition. Ils ont besoin d'assurer leurs conquêtes et ils sont facilement troublés par tout ce qui les environne. Ils ont partout des ennemis et ils en voient partout.

Dans ces conditions, une agression se justifie sans peine, de leur part, et, à défaut de raisons, les prétextes abondent.

Les résultats si rapidement acquis par Clovis devaient exercer une séduction puissante sur ceux qui se demandaient où ils pourr lient trouver un maître capable

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de garantir leur sécurité. Ce mouvement se produisit non seulement au centre de la Gaule, mais encore chez les Burgondes et chez les Wisigoths. Les précautions prises contre ces manifestations de l'opinion, eurent pour effet de la rendre plus inquiète et plus audacieuse, et l'on put croire dès lors que les Francs avaient des partisans dans toutes les parties de la Gaule.

Clovis avait promis à Clotilde de venger toute sa famille massacrée. Le cœur et l'intérêt se trouvaient d'accord pour hâter l'accomplissement de cette promesse.

« Gondebaud et Godegisèle son frère, dit Grégoire de Tours, possédaient le pays arrosé par la Saône et le Rhône, avec la province de Marseille. Ils étaient, ainsi que leurs peuples, partisans de l'hérésie d'Arius. Comme ils se portaient envie mutuellement, Godegisèle apprenant les victoires de Clovis, lui envoya des messagers secrets. « Si vous me donnez, lui dirent-ils de sa part, du secours pour m'élever contre mon frère, pour le faire périr dans la guerre, ou le chasser de son royaume, je vous paierai tous les ans le tribut que vous fixerez. » Clovis accueillit cette ouverture, et lui promit le secours qui lui serait nécessaire. Au temps fixé, il leva une armée contre Gondebaud. A cette nouvelle, celui-ci ne se doutant pas de la trahison de son frère, lui envoya dire : « Viens à mon aide, car les Francs marchent contre nous, espérant s'emparer de notre territoire. Soyons donc unis contre un ennemi commun, de peur que, divisés, nous ne subissions le sort des autres peuples. » Il lui répondit: «J'irai avec mon armée, et je vous donnerai mon appui. > Troi.s armées se mirent

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donc en marche, etClovis avec des soldats bien pourvus, •; se dirigeant vers Gondebaud et Godegisèle, parvint au 1 château appelé Dijon. La bataille s'engage auprès de rOuche. Godegisèle se joint à Clovis, et les deux armées réunies attaquent celle de Gondebaud. Celui-ci reconnaissant la perfidie de son frère qu'il ne soupçon-

Ruines de Saiut-Remy. — Arc de triomphe de Marius.

nait pas, prend la fuite, et s'engageant au milieu des marais et sur les bords du Rhône, arrive jusqu'à la ville d'Avignon. Godegisèle, après ce succès, promet à Clovis une partie du royaume, se retire et entre triomphant à Vienne, comme s'il était déjà maître de toutes les possessions de son frère. Clovis, avec de

Irc0 conquêtes îie Clotiis.

nouveaux renforts, poursuit Gondebaud afin de l'arracher à sa retraite, et de se débarrasser de lui (i). A la nouvelle de ce mouvement, celui-ci redoute une fin malheureuse et sollicite le conseil de ceux qui lui étaient restés fidèles.

« Il avait auprès de lui Aridius, homme illustre, plein de courage et de sagesse, à qui il dit: «Je suis entouré de dangers, je ne sais que faire, parce que les barbares marchent contre nous, pour nous perdre et s'emparer de tous le pays. » Aridius lui répondit: «Vous ne pouvez vous sauver qu'en fléchissant la férocité de cet homme. Si cela vous convient, je m'éloignerai de vous, et je paraîtrai faire défection : lorsque je serai arrivé auprès de lui, je

m'efforcerai d'obtenir Ruines de Saint-Remy. — Mausolée de

l'époque Romaine.

I. Saint Rémi accompagna Clovis dans cette expédition et, pendant que le roi était devant Avignon, séjourna à Glanum. Les habitants de la ville, après leur conversion, changèrent le nom Glanum en celui de Saint-Remy.

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qu'il ne vous fasse pas périr, et qu'il ne s'empare pas de ce pays. Seulement, accordez tout ce que, par mon conseil,, il vous demandera, jusqu'à ce que le Seigneur vous fasse, dans sa miséricorde, une situation f^ivorable. » Je ferai, dit Gondebaud, tout ce que vous me demanderez.

« Aridius s'éloigne et, se rendant auprès de Clovis, il lui dit : « Votre esclave, ô roi miséricordieux, a recours à votre puissance, abandonnant ce misérable Gondebaud. Si vous daignez m'accueillir, vous et vos descendants aurez en moi un serviteur dévoué et fidèle. »

<'< Clovis le reçoit avec empressement et le garde auprès de lui, car il était plein de ressources, ferme dans ses conseils, sensé dans ses jugements et résolu dans son dévouement.

« Clovis entourait avec toute son armée les murs de la ville, et Aridius lui dit : « O roi, si votre grandeur daigne accepter les conseils de mon humilité, bien que vous n'en ayez pas besoin, je vous servirai fidèlement et je vous ferai connaître ce qui sera utile à vos intérêts ou à ceux des cités par lesquelles vous avez le projet de passer.

« Pourquoi laissez- vous votre armée devant cette ville lorsque votre ennemi est en sûreté dans une place imprenable ? Vous ravagez les champs, vous dépouillez les prés, vous détruisez les vignes, vous abattez les oliviers, et vous anéantissez tous les produits de cette contrée. Et cependant vous ne pouvez lui nuire. Envoyez-lui plutôt des messagers et imposez-lui un tribut annuel, afin que le pays soit préservé, et que vous le soumettiez pour toujours à cette obligation. S'il s'y

ires conquêtes ne CloDis. i6i

refuse, vous aurez toute liberté d'agîr. » Le roi se rend à ce conseil, rappelle ses soldats et envoie à Gondebaud des messagers pour lui faire connaître le tribut qu'il doit acquitter tous les ans. Celui-ci le paie aussitôt et promet de l'acquitter à l'avenir (500). >

Aridius n'avait pas moins servi les intérêts de Clovis que ceux de son maître.

Clovis retira ses troupes après avoir fait alliance avec Théodoric roi des Ostrogoths qui avait vaincu Odoacre, gouvernait l'Italie avec une grande puissance et cherchait à étendre sa domination, en soutenant la cause des autres rois barbares. Il se considérait comme le successeur des empereurs, et s'efforçait de se faire accepter par ses bienfaits, de bonnes lois, une sage administration, la culture des lettres, et en s'imposant par la terreur de ses armes.

Gondebaud, débarrassé de son vainqueur, attaque son frère Godegisèle, pour le punir de sa perfidie. Il le prend à Vienne, et le fait périr dans une église où il s'était réfugié avec un évêque arien. Des Francs qui étaient dans l'armée de Godegisèle se renfermèrent dans une tour. Gondebaud défendit de leur faire aucun mal, et les envoya en exil à Toulouse auprès d'Alaric.

L'historien ne dit pas que Clovis soit intervenu en leur faveur. Peut-être n'appartenaient-ils pas à son armée, car il y avait en Gaule un certain nombre de villes au pouvoir de diverses tribus, dans une indépendance presque complète du royaume naissant de France.

Il suffisait peut-être à Clovis d'avoir soumis au tribut le roi des Burgondes. Il avait à constituer ses

Clovis. ti

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conquêtes, et il ne pouvait, sans danger, tenter de nouvelles guerres. La soumission morale du royaume des Burgondes lui assurait de grands avantages. Gondebaud était rentré dans toutes ses possessions et donnait à ses sujets des lois justes qui ne permettaient pas l'oppression des anciens habitants et disciplinaient les nouveaux. Il eût été périlleux d'attaquer une puissance considérable,unie désormais,et tranquille sous un roi sage. Gondebaud supportait, sans doute avec peine, le tribut qui lui avait été imposé, mais il ne se sentait pas assez fort pour s'y soustraire, et tant qu'il restait fidèle à ses engagements, il n'y avait pour Clovis ni raison ni prétexte pour lui déclarer une nouvelle guerre.

Il ne pouvait que compter sur le temps et attendre une occasion favorable. Ce qu'il avait commencé, ses fils devaient l'achever.

La guerre n'était pas son unique occupation, et, après avoir soumis les peuples, il devait leur assurer ce qu'ils estiment par dessus tout : une vie tranquille, et développer ce qui les rend prospères en garantissant leur avenir : la foi religieuse.

Les historiens ne nous ont rien transmis sur ces travaux pacifiques. Les guerres étaient l'objet particulier de leur attention, parce qu'elles offrent des récits à faire et des résultats à constater. Les lois, les réformes administratives, les mesures économiques, les fondations utiles, les actes religieux ont été pendant longtemps relégués au second plan, quand ils n'ont pas été entièrement couverts par le silence. Mais Clovis était un roi en même temps qu'un conquérant, et la

Hes conquêtes îie Clotîi'g. 163

solidité qu'il donna à ses possessions ne peut avoir été exclusivement l'œuvre de son ascendant militaire. Il n'oublia jamais Reims et les obligations qu'il y avait contractées.

De ces diverses tribus, il fallait faire un peuple, et cette grande œuvre demande une action persévérante, une prudence éclairée et une initiative pleine de ressources. Clovis n'aurait pas, dans l'histoire, la place j glorieuse que les siècles lui ont gardée, s'il s'était i montré seulement intrépide dans les combats. Il est probable que les chefs qui l'ont précédé ne lui étaient pas inférieurs sous ce rapport. Il organisa donc en même temps qu'il conquit, et c'est par là qu'il a mérité le titre de fondateur.

Paris avait pour lui une importance particulière. Ce n'était encore qu'une petite cité, mais les Romains avaient compris les avantages de sa situation géographique, et Clovis qui voulait une capitale, ne pouvait la chercher ailleurs. Childéric l'avait attaqué et peutêtre occupé. Il était nécessaire à Clovis.

Il se défendit avec vigueur, pendant dix ans. Ce siège, qui ne fut pas l'unique occupation du roi pen- 1 dant ce long espace de temps, fut commencé en 487, au lendemain de la victoire de Soissons, et continué lorsque tout le pays compris entre la Seine, la Marne, l'Oise et l'Aisne était soumis successivement à son autorité. Geneviève soutint le courage des habitants contre le roi Franc, comme elle l'avait relevé contre le roi des Huns. Paris était chrétien et Clovis était encore païen. Ce n'est qu'en 497 qu'il se rendit, lorsque le baptême du roi et de la France naissante, à Reims,

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eut permis à tous de comprendre ce que serait désormais cette domination sous l'inspiration de la foi chrétienne.

Une sainte amitié unit Clotilde et Geneviève. Clovis, de son côté, ne pouvait qu'admirer le courage que rehaussaient de si éminentes et de si aimables vertus. Il oublia la résistance de Geneviève, pour ne se rappeler que ses récents services, car il paraît qu'elle ne fut pas étrangère à la soumission de Paris, et la déférence respectueuse que lui témoigna le vainqueur ne fait pas moins son éloge que celui de l'illustre bergère.

L'Armorique était séparée du reste de la Gaule, et comme elle n'avait jamais été complètement soumise par les Romains, elle garda, après la chute de l'empire, une fière indépendance. Clovis, maître du Nord et du centre de la Gaule, n'avait aucun intérêt à attaquer, dans leur lointaine presqu'île, des populations qui ne se mêlaient à aucun mouvement politique ou militaire. LesBurgondes se reconnaissaient ses tributaires. Il n'y avait que les Wisigoths qui n'eussent pas été encore en rapport avec lui.

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