I. — LA GAULE
A Providence, en réglant d'une manière souveraine les destinées des pays et des peuples, les place dans des conditions qui rendent possible l'accomplissement de ses desseins éternels.
La responsabilité individuelle et la responsabilité collective restent entières, parce que nulle atteinte n'est portée par la volonté divine à la liberté humaine. Chacun peut suivre la voie qu'il préfère et accomplir les actes que lui inspire la passion ou le devoir. Le mérite consiste, pour les hommes et pour les peuples, à discerner ce qu'il faut faire, et à mettre en œuvre,, pour arriver au but, tous les avantages du sol et du climat, du corps et de l'esprit, qui leur ont été accordés.
Aussi la situation géographique et les conditions ethnographiques doivent-elles être connues lorsqu'on veut apprécier le rôle d'un homme et celui d'un peuple. Cette connaissance est plus nécessaire encore quand
Cftapitre premier.
on prend un peuple à son berceau, et quand l'homme dont on écrit l'histoire ouvre la série de ceux à qui il a été donné de préparer l'avenir.
La vie de Clovis a donc pour préliminaire indispensable l'étude de la Gaule, des Gaulois et des Francs.
La Gaule avait pour limites naturelles au Nord, l'Océan Germanique, le détroit de Gaule et la mer Britannique; à l'Ouest, l'OcéanAtlantique; au Sud, les Pyrénées et la Méditerranée; à l'Est, les Alpes et le Rhin qui lui formait aussi au Nord une barrière contre ces vastes et sombres contrées d'oi^i sont venues toutes les invasions.
Située à l'extrémité occidentale de l'Europe, elle réunissait les avantages d'une grande étendue décotes qui rendaient faciles les communications avec des peuples divers, à ceux d'un développement presque égal de frontières de terre, derrière lesquelles pouvait s'abriter son indépendance.
Une longue chaîne de montagnes partant des bords du Rhin, descend du Nord-Est au Sud-Ouest et va se rattacher aux Pyrénées. Après avoir jeté des ramifications vers les Alpes et la mer, et formé au centre un massif profond, espèce de forteresse aux sommets inégaux, qui se prolonge par des collines en sens divers, elle partage la Gaule en deux parties qui semblent destinées à former deux Etats distincts. Cette configuration explique le partage du traité de Verdun en S43, qui fit trois royaumes de l'Empire de Charlemagne, et contre lequel ont lutté pendant des siècles la politique et les armes de nos rois.
Cinq grands fleuves, ces chemins qui, selon l'exprès-
lia Gaule inDépcnnante. 7
sion de Pascal, marchent et portent où l'on veut aller, le Rhin, la Seine, la Loire, le Rhône et la Garonne, envoient à la mer Germanique, à la mer Britannique, à l'Océan et à la Méditerranée le tribut de leurs eaux, et offrent des moyens faciles de communication, reliant entre elles et rapprochant des côtes les populations de l'intérieur. Le climat était varié, sans rien d'extrême. Point de chaleurs excessives, point de froids rigoureux ; productions diverses, sol fertile, où des populations nombreuses étaient assurées de trouver les moyens de vivre et de se développer. C'est le point où se rencontrent le Nord et le Midi, et où se rejoignent les extrêmes, dans l'alliance de ce que chacun d'eux offre de meilleur.
Aucune des parties de ce vaste et riche territoire n'est séparée des autres par de grands obstacles. Ni les montagnes de l'Est, malgré leur élévation, ni celles du centre malgré leurs nombreux replis et leur massif épais, ni les fleuves malgré le volume de leurs eaux, leur largeur et leur rapidité, ne sont infranchissables. Les peuples qui se sont établis sur des points divers, loin de se sentir isolés, se sont rapprochés par une affinité naturelle ou par l'intérêt, et ont trouvé dans ce voisinage et dans les rapports auxquels il donnait lieu, les ressources et l'appui dont ils avaient besoin.
L'unité s'est faite lentement, sans doute, et il a fallu s'y reprendre à plusieurs fois et par de vigoureux efforts ou d'habiles mesures; mais le mouvement n'a jamais été interrompu. Les procédés d'assimilation ont différé selon les siècles ou les hommes, et ils ont été toujours efficaces, parce que la violence ne s'y est jamais mêlée.
8 Chapitre premier.
Chaque partie du sol a gardé sa physionomie particulière et ses qualités natives, mais un même esprit s'est répandu dans ce grand corps et a dirigé vers un but unique toutes ses forces. Il y eut une unité gauloise, malgré la diversité des races et des intérêts en apparence opposés. Il y eut une unité française, malgré la qualité de vainqueurs et de vaincus, et tous concoururent avec une égale intrépidité et un aussi généreux patriotisme au développement de la patrie commune. Ainsi, unité et diversité sont deux caractères nés du sol et des populations. Ils paraissent à toutes les époques de notre histoire, et, après avoir marqué, de bonne heure, le pays qui est devenu la France, ils lui ont donné une noble confiance en lui-même, un ardent désir de ne point se laisser surpasser, un besoin constant de prosélytisme, et lui ont ainsi assuré dans le monde, un rôle prépondérant pour sa gloire et pour le bien de l'humanité.