‹ Clovis et les origines de la France chrétienneChapitre 9 sur 33 · Chapitre Dcurième · texte numérisé non relu

Chapitre Dcurième

et sur les frontières se presser des peuples que tout invite à marcher en avant.

La révolte des Bagaudes sous Dioclétien fut terrible. La misère et le désespoir armèrent une multitude de serfs. Maîtres des campagnes où ils régnaient par le nombre, où ils décimaient par des attaques soudaines, les forces envoyées contre eux, ils assiégèrent les villes, en prirent Dioclétien, empereur. plusieurs, et y excrcèrent d'affreux ravages. Il fallut leur faire une guerre en règle, et Maximien parvint à les écraser. Salvien parle de leur malheureuse situation en des termes si énergiques et si touchants qu'il semble, en présence de leurs maux, excuser leur révolte. « Dépouillés, dit-il, par des juges de sang, ils avaient perdu les droits de la liberté romaine; ils ont perdu le nom de Romain. Nous leur

imputons leur malheur, nous leur reprochons ce nom que nous leur avons fait. Comment sont-ils devenus Bagaudes, si ce n'est par notre tyrannie, par la perversité des juges, par leur proscription et leurs rapines ? »

Sous Constance Chlore et Constantin, empereur, SOUS Constantin, la Gaule respira. L'Église reçut la liberté, et ses bienfaits purent se répandre impunément. L'hérésie l'attaqua, Julien imagina un genre de persécution inconnue, mais elle

ira Gaule sous les Romains.

Labarum.

triompha de tout, et la Gaule eut la gloire de présenter dans toutes ses parties, des communautés chrétiennes riches en vertus et animées de cet esprit d'activé propagande, qu'inspirent les fortes convictions, et l'assurance que l'on est en possession de la vérité.

La division de l'empire (395) ne change rien au rôle et aux destinées de la Gaule. Elle est assaillie par les barbares et la résistance devient, de jour en jour, moins efficace. Le 31 décembre 406, les Alains, les Suèves et les Vandales passaient le Rhin près de Bâle, se répandaient dans la Gaule et franchissaient les Pyrénées. Les Wisigoths et les Burgondes les suivirent de près. Aux dévastations succédèrent des dépossessions, et ceux qui n'avaient d'abord voulu que piller, cherchèrent ensuite des établissements durables. «Tout ce qui se trouve entre les Alpes et les Pyrénées, dit Chateaubriand, entre l'Océan et le Rhin est dévasté. Mayence est prise et détruite. Worms est ruinée par un long siège. Reims, Amiens, Arras,Térouanne,Spire, Strasbourg voient leurs habitants transportés dans la Germanie. Tout est ravagé dans l'Aquitaine, la Novempopulanie, la Lyonnaise, la Narbonnaise, sauf un petit nombre de villes que le fer menace au dehors, et que la faim tourmente au dedans. »

Le monde Romain est fini. La Gaule appartient encore nominalement à l'empire, mais les barbares y forment des établissements et y restent les maîtres.

56 Cbapitre Dcurième.

Des peuples divers se poussent, se réunissent, se combattent, et finissent par se pénétrer et disparaître. Ils perdent leur physionomie particulière, pour se fondre dans ce qui n'est encore qu'un mélange, et ne tardera pas à s'éclaircir et à prendre une forme nouvelle.

Rome était arrivée à l'unité et elle avait fait la Gaule à son image. Les barbares détruisent tout, mais pour reconstruire. Ils tuent la vieille société romaine, mais pour faire renaître de ses cendres une société nouvelle, avide d'avenir et pleine de promesses, car elle a pour elle ce qui a manqué à l'empire : la vérité religieuse.

Parmi ces peuples barbares, il en est un à qui sont réservées de hautes destinées. Il n'aurait rien pu par lui-même à cause de son petit nombre, de son esprit d'aventure et de ses mœurs. En s'emparant d'une partie de la Gaule, il se laissa vaincre par sa culture intellectuelle et morale, et s'assimila tout ce qui pouvait faire sa grandeur. Il imposa son nom, et le jour où, dans la personne de son premier roi, il fut devenu chrétien, son rôle dans le monde commençait pour ne plus finir. Il a été pendant des siècles, fidèle aux promesses de son berceau, et sa eloire est moins d'avoir provoqué l'admiration, que d'être devenu pour tous un modèle et l'objet d'une émulation féconde.

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Gbapîtrc troisième.

LES FRANCS en GAULE et en GERMANIE.

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