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La lance (Ibid., p. 141 i

après, le plus fidèle de ses alliés. La légende et l'histoire se contredisent donc ici de la manière la plus formelle. N'essayons pas de les concilier; mais, après avoir nettement séparé leurs domaines, liàlons-nous de mettre le |>ied sur le terrain plus solide de l'histoire.

On ne sait pas au juste en quelle année Childéric succéda à

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son père; mais, Mérovée étant mort jeune, son tils devail être jeune lui-même lorsqu'il devint roi des Francs de Tournai. Ses premières années nous sont entièrement inconnues, et nous n'entreprendrons pas d'en deviner l'emploi. Les annales qui nous ont gardé quelques rares souvenirs de cette époque ne jettent les yeux sur lui qu'à partir du jour où il se mêla, comme

Objets trouvés dans le tombeau de Childéric, conservés aujourd'hui au Cabinet de France, et dessinés d'après les originaux.

I et 5. Doutons de Childéric (cf. l'abbé Cochet, I. c, p. 195). — '2. Ornement en verre colon- 3 Ardillon d'une boude (Ibid.. p. '21" . - i. Boule d. cristal [Ibiét., p. 2 G. Grande boucle d'or (Ibid., p "

un acteur important, aux débats entre les peuples qui se disputaient alors la Gaule. Il y apparut en qualité d'allié de Rome, conformément à une tradition salienne que les exploits de Clodion et de Mérovée avaient interrompue sans l'éteindre, mais à laquelle, si nos conjectures sont fondées, Aétius et ^Egidius n'avaient pas eu trop de peine à ramener les Francs.

La civilisation romaine était alors représentée par un homme donl le moment est venu de faire la connaissance. JSgidius appartenait à une grande famille de la Gaule orientale, peut-

être à ces illustres Syagrius dont Lyon était la patrie '.Il avait l'âme romaine, et il semble avoir pris à tâche de se faire en Gaule le continuateur d'Aétius, que la tradition populaire a plus d'une fois confondu avec lui. La conservation de ce qui restait <Ui patrimoine de l'Empire, et le maintien de l'union de la Gaule avec l'Italie, centre du monde civilisé, telle semble avoir été la double cause à laquelle iEgidius consacra sa laborieuse carrière. Il y a dans l'unité de cette vie une grandeur indéniable. En un temps où chacun ne travaillait plus que pour soi, et où quiconque dépassait le niveau de la foule aspirait à ceindre le diadème impérial, un homme qui luttait pour une idée et non pour le pouvoir était une glorieuse exception. iEgidius eut d'ailleurs le bonheur de débuter sous un souverain qui était digne d'être égalé aux meilleurs, mais qui fut trahi par une époque incapable de supporter la vertu sur le trône : c'était Majorien. Pourquoi refuserait-on d'admettre, avec un historien, que c'est le prestige personnel de l'empereur qui a gagné iEgidius à la cause de l'Empire, et qui a fait de lui ce qu'il est resté jusqu'à la fin, le champion de la civilisation aux abois2? Devenu maître des milices, iEgidius se consacra tout entier à la Gaule, et nous le retrouvons partout où il s'agit de tenir tête aux barbares. En 450, il protège la ville d'Arles contre les Visigoths. En Ï60, il accompagne Majorien en Espagne pour prendre part à l'expédition projetée contre les Vandales. Lorsque, victime de toutes les trahisons, l'empereur eut succombé (460), TEgidius, dont le point d'appui était la Gaule, projeta d'aller

1 Lire sur /Egidius l'intéressante étude de Tamassia, intitulée : Egidio e Siagrio (Rivista storica italiana, t. Il, 1882). — Rien ne prouve qu'il faille l'identifier, comme fait Pétigny, avec le Syagrius que Sidoine Apollinaire (Epis/., v, 5) appelle le Solon des Burgondes, et qu'il félicite, en termes d'une ironie voilée, de la manière dont il sait la langue des barbares. Il y avait à cette époque plus d'un membre de la famille Syagrius; Sidoine lui-même (Epist., vin, 8) nous en l'ail connaître un, jeune encore, et auquel il reproche un goût trop exclusif pour la vie des champs. = '2 Sidoine Apollinaire, <:<inn.. Y, .V).'!; Vita sancti Lupicini dans les Arlu Sinii-loruiii des llollandisles, 21 mars; Grégoire de Tours, n. Il; Marins, 218 (Mommsen).

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le venger en Italie même. Et il l'aurait fait, si Ricimer n'avait eu l'art de jeter sur lui les Visigoths, qui l'occupèrenl dans son propre pays. Jîgidius leur tint vaillamment trie; mais un autre traître, le comte Agrippinus, de connivence peut-être avec Ricimer, leur livra la ville de Narbonne1. Ce lut un coup sensible pour le patriote romain. 11 se vit obligé d'évacuer toute la Gaule méridionale, el de se retirer sur la Loire, laissant le Midi à l'influence barbare, et coupé de ses communications avec la Ville éternelle.

Sa destinée était fixée désormais, et celle de la Gaule ultérieure également. Lui, il cessait d'être le général de Rome pour n'être plus que le défenseur d'une province. Celle-ci était définitivement détachée de l'Empire, et commençait, au travers de mille épreuves, le cours de son existence désormais séparée.

.Egidius ne resta pas longtemps en repos. Les Visigoths le poursuivirent jusque dans la vallée de la Loire, bien décidés, paraît-il, à en finir avec le seul homme qui mit obstacle à l'accomplissement de leurs plans. Mais le sort des armes leur fut contraire. Frédéric, le frère de leur roi, périt dans une sanglante défaite que lui infligea le général romain entre la Loire et le Loiret, en avant d'Orléans menacé 2. Cette victoire assura pour une génération encore l'indépendance de la Gaule centrale, devenue au milieu du déluge de la barbarie le dernier dot de la vie romaine.

Or, c'est dans la bataille d'Orléans que nous retrouvons Cliildéric, combattant à titre d'allié dans les rangs de l'armée d'iEgidius. Était-ce la première fois qu'il y apparaissait à la tête de son peuple, ou n'avait-il pas participé aux campagnes antérieures du général romain? Ce n'est certes pas sa jeunesse <|iii l'en eût empêché. Il n'avait guère qu'une vingtaine d'années, mais l'âge de la majorité sonnait tôt pour les barbares, et chez les Saliens, dès douze ans on portait la framée. C'avait été un

1 Idacius, 217 (Mommsen); Isidore, Chronicon Gothorum. Cf. le Vita Lupicini. = - Idacius, 218 (Mommsen).

trait d'habileté d'JSgidius que d'attacher à sa fortune le jeune roi des Francs: en cela encore il continuait la tradition politique d'Aétius. Le secours deChildëric lui venait d'autant plus à point, qu'un nouvel ennemi venait d'entrer en scène : c'étaient les Saxons.

Il s'en fallut de peu que ce peuple, prévenant les Francs ses rivaux, ne fît lui-même la conquête de la Gaule. A partir du m° siècle, on les vit sur tous ses rivages, depuis l'Escaut jusqu'à la Seine, et on les y rencontrait si souvent, que la côte avait lini par s'appeler la côte saxonne {littus saxonicum). Un de leurs groupes s'était fixé de bonne heure, on l'a vu, dans le pays de Boulogne ; un second avait pris possession des environs de Bayeux en Normandie; un troisième s'était emparé des îles Boisées qui remplissaient le lit de la Loire, près de son embouchure1. Ils écumaient la mer, ils ravageaient la terre; ils étaient dès lors, pour la civilisation expirante, le fléau que furent les Normands pour la jeune société du i\r siècle. Ce fut sans doute à l'instigation de Ricimer qu'ils vinrent se jeter dans les flancs d'/Egidius, et menacer, avec leur chef Odoacre, l'importante position «l'Angers (463). vEgidius voulut parer le coup. Pardessus la tête de Ricimer, il ouvrit des négociations avec Genséric, à qui sa situation exceptionnelle donnait dans tous les débats européens le rôle d'un arbitre tout-puissant. Il dut en coûter à l'ancien fidèle de Majorien de tendre la main à ces mêmes ennemis qui avaient brisé le cœur de son maître avant qu'il succombât sous le poignard d'un assassin. Mais la politique a ses lois impérieuses, qui ne tiennent pas compte des sentiments. La mort, d'ailleurs, dispensa iEgidius d'aller jusqu'au bout de son sacrifice et de devenir l'ami de Genséric. Une maladie contagieuse, qui se déclara au milieu de ces contrées

1 Sur l'emplacement de ces îles, voir Pétigny, II, p. 237; Longnon, Géographie île la Gaule an VIe siècle, p. 17IÎ; Monod , \>. 15, n" I de sa traduction de Junghaus. Ce dernier hésite; quant à Lobell, Gregor mu Tours, p. .">ix, il pense aux îles situées an sud île la Bretagne.

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empestées par les champs de bataille, l'emporta au mois d'octobre de l'année 5-64, et quand ses ambassadeurs revinrent d'Afrique avec la réponse du roi des Vandales, ils ne le trouvèrent plus '. Les siens le pleurèrent : ils vantaient, avec ses talents militaires, sa piété et les bonnes œuvres qui le rendaient agréable à Dieu2; et ils se souvenaient (pie saint Martin luimême, invoqué par lui, était venu un jour mettre en tinte les ennemis qui l'assiégeaient '.

On connaîtrait mal le rôle d'iEgidius, et on se ferait une idée bien insuffisante de la situation, si on se le figurait comme le

Objets trouvés dans le tombeau Je Childén'c, conservés aujourd'hui au Cabin.-t de France,

et dessinés d'après les originaux.

Son d'or de l'empereur Léon I, qui régnait en MÎO. Cf. Cochet, ;. c. p. W2.

défenseur de la Gaule ralliée tout entière autour de lui. Il y avait longtemps que la (ïaule était désabusée du rêve impérial. Tout le monde avait le sentiment qu'il ne fallait [dus attendre de l'Empire le salut de ce pays. On revenait d'instinct au gouvernement local, à l'organisation spontanée de la défense des intérêts par les intéressés. Partout s'ébauchaient des états municipaux visant à l'indépendance, et qui semblaient devoir aboutir à une espèce de fédération défensive des provinces

1 Magna tune lues populum devastavit. Mortuus est auteni Egidius. Grégoire de Tours, n, 18. — ^Egidius moritur, alii dicunt insidiis, alii veneno deceptus. Idacius, 228 (Mommsen). Il faut remarquer que Grégoire île Tours, qui probablement a reproduit ici des Annales d'Angers, est beaucoup mieux renseigné qu'Idacius. Ce dernier écrit à distance et d'après la rumeur populaire; l'alternative même qu'il formule montre le vague de ses renseignements. = - Idacius, Chronic, 218 : virum et fama commendatum et Deo bonis operibus complacenlem. = 3 S. Paulin de Noie, Vita S. Martini, \i, 111. et d'après lui Grégoire de Tours, Vîrt. Mart., 1, 2.

la

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gauloises. Le mouvement séparatiste de 409, apaisé en 410, avait repris de plus belle en 435, à la voix d'un agitateur nommé Tibaton, qui avait ressuscité les jacqueries du m0 siècle '. Ce mouvement fut réprimé par la défaite et la mort de l'agitateur; mais, peu après, les cités du nord de la Loire recommencèrent à se remuer.

Aétius, dans son désespoir de porter remède à ces troubles toujours renaissants, ne trouva rien de mieux que de confier la répression des rebelles aux Alains, peuplade féroce qu'il établit dans la vallée de la Loire, sur les contins de l'Anjou. On vit alors, à la voix du généralissime des Gaules, ces bordes barbares s'ébranler sous leur roi Eucharic pour le pillage et le massacre des populations gauloises. La terreur fut grande dans les villes menacées de l'Entre-Seine-et-Loire. Elles s'adressèrent à saint Germain d'Auxerre, qui jouissait d'un ascendant immense , et qui parvint à arrêter pour quelque Temps la répression. On se souvint longtemps, en Gaule, de ce vieux prêtre qui traversa les rangs de la cavalerie alaine en marche pour sa mission sanglante, et qui alla saisir par la bride le cheval d'Eucbaric. Le barbare céda aux supplications du saint vieillard, mais en réservant la ratification d'Aétius ou de l'empereur, et le pontife partit aussitôt pour aller chercher cette ratification à Ravenne. Mais, dans l'intervalle, un nouveau soulèvement des villes gauloises vint mettre fin aux bonnes dispositions qu'il avait rencontrées à la cour, et Germain mourut à Ravenne sans avoir eu la satisfaction de faire signer une paix durable (448)2.

Le grand danger que la Gaule courut de la part d'Attila, en 451, ne put la rallier tout entière contre le roi des Huns. Peut-être même avait-il un parti parmi les Gaulois, car, vers cette époque, un médecin du nom d Eudoxius ayant ourdi un

1 Prosper. = - Sur tout cet épisode, lire la Vie de saint Germain d'Auxerre. écrite au v siècle par le piètre Constance; elle est dans les Bollandistes au t. VII de juillet ( 29 juillet); le passage que nous reproduisons se trouve pp. 216 et 217.

complot qui échoua (on ignore lequel), il se réfugia chez les Huns '. Ce qui confirme cette supposition, c'est l'excommunication fulminée en 453, par le concile d'Angers, contre tous ceux qui avaient livré des villes à l'ennemi -. Quel ennemi, si ce n'est Attila? quelles villes, si ce n'est celles qui jalonnaient son itinéraire de Metz jusqu'à Orléans, ou d'autres qui se levèrent pour l'appeler?

.Egidius lui-même, on l'a vu, avait rencontré la trahison sur son chemin, dans la personne de cet Agrippinus qui livra Xarbonne aux Yisigoths. Mais le plus étonnant symptôme de la décomposition n'élait-il pas Arvandus, qui avait occupé la plus haute dignité civile de l'Empire, celle de préfet <\\[ prétoire, et qui écrivit à Euric pour lui proposer un partage de la Gaule entre les Visigoths et les Burgondes3? Qu'on le remarque bien : Arvandus ne rougissait pas de ces négociations, il les avouait hautement, et il avait plus d'un partisan dans les rangs de l'aristocratie gallo-romaine. On se tromperait gravement si l'on ne voulait voir dans ces hommes autre chose que des traîtres. Les contemporains eux-mêmes étaient loin de s'accorder sur cette question. Si les uns, légitimistes convaincus, identifiaient le patriotisme avec le culte de l'empereur de Ravenne, les autres ne se croyaient pas moins bons patriotes en cherchant dans l'alliance ou dans l'amitié des barbares aevmaniques une protection qu'on ne pouvait plus attendre de l'Italie. Les prétendus traîtres étaient en réalité des désabusés qui ne croyaient plus à la félicité romaine : leur trahison consistait à dire tout haut ce qu'ils pensaient, et à agir conformément à leur opinion.

Si de pareilles dispositions se rencontraient dans la Viennoise et dans la Narbonnaise, terres que tout semblait l'attacher à

1 Prosper Tiro. = - Si qui tradendis vel capiendis civitatibus t'iierint interfuisse detecti, non soluin a communione habeautur alieni, sed nec conviviorum adrnittantur nsse participes. Sirmond, Concilia <;<illi;v. t. 1. p. 117. =3 Sidoine Apollinaire. Epist., i. 7.

l'Italie, on peut bien penser qu'elles étaient plus prononcées encore outre Loire. Il y avait longtemps que les populations de ces contrées, tout en appréciant les bienfaits de la civilisation romaine, s'étaient persuadé que le gouvernement de cette civilisation ne devait pas nécessairement être fixé à Rome. L'empire gaulois de Postumus et de ses successeurs avait eu sa capitale à Cologne; plus tard, sous les princes de la maison flavienne, Trêves était devenu la capitale de tout l'empire d'Occident. Les Gallo-Romains étaient donc habitués à trouver dans leur propre pays le centre de leur vie politique, et ils regardaient avec défiance toutes les tentatives de le ramener à Rome ou en Italie. Aussi JEgidius eut-il à compter plus d'une fois avec les répugnances des populations parmi lesquelles il voulait maintenir l'autorité de l'Empire. Un écrivain du \ï siècle nous le montre assiégeant les habitants de la Touraine dans le château de Chinon, et saint Mesme, enfermé dans cette ville, obtenant par ses prières une pluie abondante qui soulagea les assiégés torturés par la soif. .Egidius fut obligé de se retirer, et le souvenir de cette libération miraculeuse vécut longtemps parmi les habitants de Chinon. En siècle plus tard, ils racontaient encore à Grégoire de Tours comment ils avaient été débarrassés, par une protection surnaturelle, de leurs injustes ennemis '.

Ce n'est donc pas la Gaule entière qui pleura .Egidius; c'est le parti romain, c'est son armée, ce sont ses alliés. Sa disparition fut un couj) dont ne se releva plus la cause de l'Empire : elle découragea les fidèles, elle enhardit les ennemis. Dès qu'il eut fermé les yeux, les Goths se jetèrent sur les provinces, sur

1 Grégoire de Tours, De Gloria Confessorum, 22. Quod castrum cura ah Egidio obsederetur, et populus pagi illius ibidem esset inclusus... Cum antedictus Dei Camulus, qui tune cum reliquis infra castri munitionera ((inclusus erat..., videret populum consumi sitis injuria, orationem nocte tota fudit ad Dominum, ut respiciens populum hostes improbos eflugaret. — Ce passage montre à suffisance l'erreur (l'A. de Valois, I, p. 195, et de Pétigny, II, p. 194, qui se sont persuadé que les ennemis assiégés par ^Egidius à Chinon étaient des Visigoths. Dubos, II, p. 72, a établi l'inanité de cette opinion.

la deuxième Aquitaine en particulier. Plusieurs villes s'émancipèrent dans l'Entre-Loire -et-Seine. Angers, qui paraît avoir résisté jusque-là aux Saxons, se hâta de leur livrer des otages1. La situation des derniers défenseurs de l'Empire fut donc amoindrie encore. Ils tinrent bon cependant, et /Egidius eul un continuateur de sa tâche. Ce ne fut pas son lils, niais un certain comte Paul, que l'histoire ne désigne pas autrement, el qui apparaît à la tête de la résistance à partir de i64'. De même qu\Egidius avait été une réduction d'Aétius, de même Paul fut

Objets trouvés dans le tombeau de Childéiic, conservés aujourd'hui au Cabinet de Fi d'après les originaux. — Lis abeilles. | Cf. Cochet, (. c, p. 181.)

comme un .Lgidius en raccourci. Les proportions des acteurs diminuaient avec celles de leur théâtre, à moins qu'il ne faille croire que celui-ci leur prêtait les siennes.

Paul n'hérita pas de la dignité de maître des milices qu'avait eue son prédécesseur, el l'on ne sait pas en quelle qualité au juste il prit en mains la conduite de la guerre. On voit du moins qu'il ne resta pas inactif. 11 sut conserver l'alliance des Francs, malgré l'intérêt manifeste qu'avaient ces barbares à conquérir pour leur propre compte, et il est probable que sa main est dans les négociations qui permirent à Rome de jeter sur les Visigoths les Bretons campés près de Bourges. Ces barbares y avaient été établis au nombre de douze mille sous leur chef Riothamus, par l'empereur Anthémius, avec la mission principale de défendre le pays contre les Visigoths. Euric ne dédaigna pas de les combattre lui-même : il leur infligea à Déols une défaite

1 Grégoire de Tours, u, 18; Wielersheim, Geschichte der Voelkerwandenmg , II, p. 314. = - Grégoire de Tours, H, 18.

qui fut un véritable désastre pour Rome (469) '. Paul, de son coté, remporta quelques succès. Grâce à un annaliste de cette époque qui vivait à Angers, et qui nous a rapporté les laits les plus mémorables dont sa ville avait été le théâtre depuis un demi-siècle2, nous sommes en état d'apporter un peu de précision dans le récit de ces événements.

C'est à cette occasion aussi que nous retrouvons le roi Childéric, dont nous avions perdu les traces depuis longtemps. En 468, comme en 463, il est au service des généraux romains, et il remplit consciencieusement son devoir d'allié. Vainqueurs des Visigoths, les Romains avaient cru pouvoir tourner leurs armes contre les Saxons. Leur chef Odoacre, apprenant qu'il était menacé, était accouru à Angers, pour défendre cette ville qui lui servait d'avant-poste. Mais Ghildéric y arriva sur ses pas, dès le lendemain, et peu après le comte Paul fit sa jonction avec son allié barbare. Il s'engagea alors, sous les murs et jusque dans les rues d'Angers, un combat opiniâtre dans lequel un incendie, allumé on ne sait par laquelle des deux armées, consuma l'église de la ville. Le comte Paul succomba dans la lutte, mais Ghildéric la continua et resta maître du terrain 3.

Les vainqueurs ne perdirent pas de temps, et surent tirer parti de leur victoire. Sous la conduite de Ghildéric, — du moins les annales ne nomment que lui, - - Romains et Francs poursuivirent les Saxons l'épée dans les reins, en massacrèrent un grand nombre, et leur donnèrent la chasse jusque dans leurs îles 4. Celte difficile conquête affranchissait la navigation romaine sur la Loire, et mettait les défenseurs de la Gaule en possession exclusive d'une ligne de défense de premier ordre. Le roi franc avait eu seul la gloire d'un si grand résultat. Conti-

1 Sur cette colonie militaire de Bretons, voir Jordanes, c. 44 et 45; Grégoire de Tours, n, 13. Sur Riothamus, v. Sidoine Apollinaire, Epist., m, 9. = ' Sur cet annaliste, voir l'Appendice. = a Dubos, l. III, ch. xi, essaye en vain d'établir que c'est Odoacre qui est resté maître de la ville; ses raisonnemenls sont ingénieux, mais ne prouvent rien. L'interprétation correcte du passage de Grégoire est dans Pétigny, 11, p. 230. = 4 Sur ces iles, voir p. 224.

Cil II. DE HIC

nuateur d'Aétius, d'iEgidius et de Paul, il était Légitime qu'il

tinit qnel<iue jour par être leur héritier.

Combien il serait important, pour l'intelligence de l'histoire franque, de pouvoir suivre Childéric [tendant les années qui von! de ses combats sur la Loire jusqu'à sa mort! C'est là qu'on surprendrait le secret des origines de la royauté gauloise de Clovis. Malheureusement l'annaliste d'Angers perd de vue Childéric à partir de 407: son horizon s'arrête aux murs de sa ville, et quand les héros l'ont quittée, ils disparaissent de son regard. Tout au

Objets trouvés dans le tombeau de Childéric, et qui ue sont pas au Cabinet de France !• Le sceau de Childéric. ( Cf. Cochet, l. c, p. 363.)

plus peut-il encore nous apprendre que, réconcilié avec Odoacre et ses Saxons, il alla, de concert avec eux, subjuguer les Alamans qui venaient de piller l'Italie '.

Ce dernier renseignement est trop vague pour que l'histoire en puisse tirer quelque chose. Faut -il croire que les deux rois barbares passèrent les Alpes pour aller combattre leurs compatriotes germaniques, et qu'ils tombèrent sur eux au moment où ceux-ci revenaient de leur expédition? Ou bien la guerre eut-elle lieu aux confins de la première Belgique, où les barbares avaient déjà pris plusieurs villes, et où ils devenaient des ennemis redoutables pour le reste de la Gaule? Nous sommes réduits à n'en rien savoir2.

1 Grégoire de Tours, ii, 19.= * Wietersheim , Geschichte der Voelkerwanderitng , II, p. 15, pense qu'il faut corriger Alamanorum en Alanorum dans le texte de Grégoire de Tours, et qu'il s'agit d'une invasion d'Alains en Italie à la date de 464 (Cf. Marcel lin, Cassiodore, Jordaues, c. 45). Il est certain que la confusion des deux noms Alamanni cl Aluni est un fait ordinaire dans l'historiographie de l'époque.

Tout fait supposer cependant qu'après la mort d'iEgidius el de Paul, Childéric, entouré de l'éclat de la victoire et disposant d'une armée éprouvée, garda assez longtemps dans la Gaule romaine une situation prépondérante. Y exerça-t-il les importantes fonctions de maître des milices ', qui mettaient dans la main de leur titulaire toute la force publique, ou tenait-il simplement de son épée une autorité de fait, reconnue à l'égal d'une mission officielle? II n'est pas facile de le dire. Mais, si

Objets trouvés dans le tombeau de Childéric, et qui ne sunt pas au Cabinet de France . 2' Attache en vermeil, d'après une photographie. (Cf. Cochet. I. c. p. 208.

le doute est possible quant à la modalité de son pouvoir, on ne peut pas en contester l'existence. Non seulement les vraisemblances historiques la supposent, mais les témoignages de l'historiographie civile et religieuse l'affirment. Nous voyons le roi Ëuric traiter avec ce barbare du Wahal comme avec le vrai monarque de la Gaule septentrionale 2, et un hagiographe, confirmant ces données d'un contemporain, nous le montre commandant en souverain dans la ville de Paris '.

1 Comme le croient J > 1 1 1j> >-^ , 11, p. 494, et après lui Pétigny, Il , pp. 239etsuiv., •-'appuyant principalement sur le texte corrompu de la première lettre de saint Rémi à Clovis, où il est écrit : Rumqr ad nos pervertit administrationem vos secundum rei bellicx swscepisse. Mais le texte rectifié de celte lettre ( voir l'Appendice) enlève toute base à cette supposition , qui avait d'ailleurs été réfutée déjà par Montesquieu , Esprit des lui», t. XXX, eh. xxiv. = - Sidoine Apollinaire, écrivant à Léon de Narbonne, dit : Sepone pauxillulum conclamatissimas declamationes , quas oris regii \i e conficis, quibus ipse rex inclitus modo corda terrificat gentium transmarinarum, modo de superiore cum barbaris ad Vachalin trementibus fœdus victoi innodat, modo per promotœ limitent sortis ut populos sub armis, sic frenat arma sub legibus. Epist., vin, 3. = 3 Yita sanctx Genovefœ, vi, 24 (Kohler).

VISION DE GHILDÉRIC (p. 217-218)

Pendant la première nuit de ses noces, Childéric a une vision. Il voit, lout d'abord, passer devant ses yeux, dans les ténèbres, des animaux superbes tels que le lion et le léopard. Puis, en second lieu, des bêtes moins nobles et moins fortes, comme les ours et les loups. Puis, enfin, des bètes de petite taille, comme les cbiens, qui s'entre-déchiraient. Basino, femme de Childéric, lui donne sur-le-champ le sens de cette vision et lui prophétise l'avenir : « Les lions sont l'image du fils qui naîtra de nous, et tous les antri s animaux, dont la puissance va sans cesse en déclinant, représentent les enfants et les petits-enfants de notre fils. Quant aux bétes de petite taille que tu as vues s'entre-déchirer, ce sont les peuples qui, n'ayant plus de rois, se détruisent mutuellement, g Telle est. d'après Frédégaire (m, 12). la prophétie de Basine, dont nous ne donnons ici que la substance. — Voir le texte intégral traduit par G. Kurlh. aux pages 217 et 218 du présent volume. Cf. l'Histoire poétique des Mérovingiens, pp. 202, 203.

Nous avons reproduit ( p. 217) une miniature de la fin du xive siècle, où le mémo sujet est traité d'une façon étrange.

Composition de F. Fi.amem.

("Hii.dk un:

Ce barbare savait faire accepter par les populations L'autorité qu'il exerçait sur elles. Ce n'était pas l'autorité d'un usurpateur: c'était celle d'un protecteur plutôt que d'un maître, et, à tout prendre, elle était bienfaisante. Païen, il se montrait plein de déférence pour l'Eglise catholique. 11 n'esl pas prouvé qu'il lui ait accordé des immunités pour ses sanctuaires et pour son clergé '; mais on voit que celui-ci a gardé un lion souvenir

Objets troinés dans le tombeau de Cbildéric, et qui ne ?ont pas au Cabinet de France : 3° Tètes de bœuf en or. (Cf. Cochet. I. c, p. U95. )

du père de Clovis *, et la seule fois qu'il soit mentionné dans l'hagiographie, c'est en termes respectueux. Souvent, nous apprend -on, sainte Geneviève lui arracha la grâce de coudamnés à mort. Un jour, pour se dérober aux instances de la sainte tille, il était rentré à Paris en faisant fermer derrière lui

1 Pour qu'il tut visé dans l'édit du roi Clotaire, disant, cil: Ecclesiac vel clericis nullam requirent agentes publici funetionem, qui avi vel genetoris [aut germani] nostri immunitatem meruerunt (Boretius, Capitul., I, p. 19), il faudrait que ce Clotaire fut Clotaire Ier et non Clotaire II. La question serait tranchée si les mots aut germani étaient authentiques, car alors il ne pourrait s'agir que de Clotaire Ier; malheureusement, le dernier éditeur, Boretius, les tient pour apocryphes, ne les rencontrant pas dans le meilleur manuscrit. Il ne reste donc plus que des arguments internes à invoquer; aussi le débat u'esl-il pas clos. =z - C'est à lui principalement que saint Rémi pensait lorsqu'il écrivait à Clovis, à l'occasion de son avènement: Non est novum ut cœperis esse quod parentes tui sempei fuerunt. M. G. H. Epistolse Merovingici <t Karolini xvi, p. 113.

les portes de la cité. Mais Geneviève s'étant mise en prière, les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes, et, rejoint malgré lui par L'infatigable suppliante, le roi ne put lui disputer plus Longtemps la vie des malheureux pour qui elle l'implorait1.

Et toutefois cet homme si puissant, cet arbitre des destinées de la (iaule, ce chef d'armée dont les victoires eurent pour théâtre Orléans et Angers, disparaît brusquement de la scène i'i partir de i(>8, et le silence gardé sur lui par les annalistes n'est plus une seule fois interrompu. Il revient terminer obscurément sa carrière à Tournai, dans cette ville qui fut la première conquête de son grand-père Clodion, comme si une destinée ironique lui avait fait refaire, en sens inverse, toutes les brillantes étapes qui l'avaient mené, par le chemin de la gloire, des bords de l'Escaut à ceux de la Seine, puis à ceux de la Loire! Que s'est-il donc passé pour qu'il ait tout reperdu, et que Clovis soit obligé de reconquérir pied à pied le domaine où avait gouverné son père? Sur ce point comme sur tant d'autres, l'historiographie n'a rien à répondre, mais la conjecture n'est pas interdite. Si l'on se souvient que Chihléric n'avait en Gaule qu'une autorité de fait, et que la famille d'.Egidius y était entourée d'une grande popularité, on se figurera facilement comment les choses ont pu se passer. .Egidius laissait un (ils, qui était peut-être en bas âge au moment de sa mort, mais à qui le père léguait l'héritage de sa gloire et de son influence. Après être resté dans l'ombre pendant les premières années, Syagrius aura profité de la mort du comte Paul pour dresser en face du général barbare l'autorité d'un civilisé , d'un Romain , d'un tils d'.Egidius. Nous ne savons pas s'il y eut une lutte formelle entre les deux rivaux, mais on serait porté à le croire. En effet, lorsque les premières années du règne de Clovis nous montreront de nouveau le roi des Francs et le roi des Romains en présence, l'un apparaîtra refoulé jusqu'aux extrémités de la

1 Vita sanctse Genovefœ, vi, 24 (Kohler).

Gaule franque, l'autre, installé en face de lui, à Soissons, scmblera vouloir observer de là son redoutable adversaire. On dirait les positions stratégiques de deux armées ennemies au lendemain d'une bataille inégale, mais non décisive. Et l'on est tenté de croire que la lutte devait avoir laissé de singulières animosités du côté des vaincus, puisque Glovis, après avoir remporté un éclatant triomphe sur le vieil ennemi , se fait livrer le malheureux fugitif au mépris des droits de l'hospitalité, et n'est satisfait que lorsqu'il a vu rouler sa tète sous la hache du bourreau.

Objets trouvés dans te tombeau de Childéric (?)

Dent qui est signalée dans le catalogue de M. du Mersan, en 1838, et est conservée aujourd'hui

au Cabinet de France. — (Cf. Cochet, l. c, p. 33.)

S'il en est ainsi, la tradition qui fait fuir Childéric devant un rival romain ne serait pas tout à fait dénuée de vraisemblance: il suftirait d'y remplacer le nom d'^Egidius par celui de son tils. Les treize années qui s'écoulent de 468 à 481 offrent un espace de temps assez long pour embrasser tous les revirements racontés par la légende. Les historiens qui tiennent à conserver quelque chose de celle-ci seraient donc bien inspirés s'ils en cherchaient l'origine dans les relations hostiles que Childéric doit avoir eues avec le comte Syagrius. Mais nous n'insisterons pas sur ces hypothèses, qui peuvent être considérées tout au plus comme des demi-probabilités. Lorsque Childéric descendit dans la tombe, il y avait longtemps que ces combats avaient pris tin, et que le peuple des Francs jouissait des bienfaits de la paix1.

1 Gentem Francorum prisca œtate residem féliciter in nova prœlia concitastis, écrit Théodoric à Clovis dans Cassiodore , Variar., II, 41. — Mandamus ut génies qvœ sub parentibus vestris lovga paer floruerunt . subita non debeant concussione vastari. Le même au même, ibid., m, 4.

Rentré au pays natal, dans son palais près des Ilots tranquilles <le l'Escaut, Childéric n'eut pas la satisfaction de vieillir auprès de sa famille. Basine lui avait donné plusieurs enfants. Clovis, à ce qu'il paraît, fut son tils unique; mais il avait trois filles, peut-être les aînées de ce prince, qui s'appelaient Lanthilde, Alboflède et Aldoflède, et que nous retrouverons dans la suite de cette histoire. Childéric fut enlevé aux siens par une mort prématurée : il mourut à Tournai en 481. Il ne devait avoir guère plus de quarante ans, puisqu'il était encore enfant lors de la terrible invasion de 451. Son père Mérovée n'avait pas eu une existence plus longue , et celle de ses descendants fut tranchée en général par une fin plus brusque encore. Le dieu qui, au dire de la tradition franque, était l'auteur de cette race royale, ne lui avait pas même légué la vitalité moyenne des autres mortels : tant qu'elle dura, ses rejetons semblèrent pressés de passer du berceau sur le trône, et du trône au tombeau.

On fit à Childéric des funérailles royales. Selon les prescriptions de la loi romaine, sa tombe fut creusée hors ville, dans le cimetière qui longeait la chaussée publique sur la rive droite de l'Escaut, et qui sans doute abritait depuis longtemps la population de Tournai. Toute la pompe du rite barbare parait avoir été déployée dans la funèbre cérémonie. Il fut revêtu d'habits de soie brochée d'or, et drapé dans les larges plis d'un manteau de pourpre semé d'abeilles d'or sans nombre. A son ceinturon, garni de clous de même métal, on suspendit une bourse contenant plus de trois cents monnaies d'or et d'argent aux eftigies des empereurs romains. On lui mit au cou un collier formé de médailles, au bras un bracelet, au doigt sa bague nuptiale et son anneau sigillaire, dont le chaton était orné de son image gravée en creux, avec cette légende: Childirici régis. Ses armes prirent place à côté de lui comme des compagnes inséparables : c'étaient, d'une part, la framée ou lance royale, qui était comme le sceptre du roi germain; de l'autre, sa grande

épée et la francisque ou hache d'armes, l'instrument national du peuple qu'il gouvernait. Conformément à l'usage barbare,

il reçut pour compagnon dans le tombeau son fidèle cheval de bataille, qui descendit à côté de lui harnaché et revêtu du masque bizarre qui faisait ressembler sa tête à une tête de taureau. Puis la terre se referma, et l'oubli descendit peu à peu sur le dernier roi païen des Francs. Lorsque les destinées de la nation eurent arraché la dynastie à son berceau et le peuple franc à la religion de ses pères, nul ne se souvint [tins de la tombe solitaire où le père de Clovis dormait son dernier sommeil aux portes d'une capitale abandonnée. On ne savait pas même où il était mort, et un historien du x" siècle pouvait écrire que c'était à Amiens '. Près de douze siècles s'étaient ] tassés lorsqu'un jour, - - le 27 mai 1653, — en creusant pour faire les fondations d'un bâtiment près de l'église Saint-Brice à Tournai, des ouvriers mirent cà nu la sépulture royale. Reconnue aussitôt, grâce à l'inscription de l'anneau, elle dut restituer aux archéologues tout le trésor qui lui avait été confié par les ancêtres barbares. Cette précieuse découverte a permis d'achever l'histoire de Childéric, et jette sur les funérailles du héros une lumière que la fortune a refusée à sa vie 2.

Tel est le Childéric de l'histoire, celui qui a jeté les bases du trône de son fils. S'il est juste d'appeler Clovis un nouveau Constantin, comme l'ont fait les hommes de son temps, Childéric méritera d'être comparé à Constance Chlore. C'est la large bienveillance, c'est la sympathie instinctive du père pour l'idée chrétienne et son respect pour ses représentants, qui ont créé entre les populations et la famille mérovingienne un lien d'affection et de confiance anticipées. Si les habitants de la Gaule accueillirent Clovis avec un abandon (pie l'on ne remarque nulle part ailleurs, c'est en bonne partie peut-être à cause du bon sou-

1 Roricon, dans dom Bouquet, III, p. ô. = - Lire, sur le tombeau de Childéric, J.-J. Chiflet, Annstasia Childerici I Francorum régis, etc., Anvers, l(i.").j. — Abbé Cochet, le Tombeau de Childéric /". Paris, 1859.

venir qu'ils ont gardé de Childéric. Leur reconnaissance semble lui avoir créé une espèce de légitimité, et le patriarche religieux de la Gaule, saint Rémi de Reims, ne craignit pas d'écrire à Clovis, lors de son avènement au troue : « Vous prenez en mains le gouvernement de la Gaule Belgique : il n'y a rien de nouveau à cela; vous êtes ce qu'ont été vos pères '. »

1 M. il. II. Epistolse Merovingici et Karolini aevi, p. 1 t-'i.

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