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DERNIERS JOURS ET MnliT DE GLOVIS
son énergie et ses qualités guerrières : ils continuèrent son œuvre, conquirent la Bourgogne, achevèrent la soumission de l'Aquitaine, domptèrent la Thuringe et humilièrent la Saxe. Us comprirent aussi L'influence sociale du christianisme, et, les premiers, ils tirent passer dans les lois civiles quelques-unes des principales prescriptions de la loi canonique. Si l'on ne
Sainte Clotilde et ses fils «>. D'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale, français 10132. P 30 (xvi« siècle) l.
connaissait leur vie privée, ils auraient des titres au respect de la postérité. Mais leurs tempéraments étaient d'une frénésie et d'une brutalité qui les ramenaient bien au delà de Clovis, dans les âges les plus sombres de la barbarie primitive.
Clotilde cependant vieillissait dans l'espèce d'isolement moral que lui faisait sa supériorité sur son milieu. Sa vie, à partir de son veuvage , fut plus que jamais une suite de bonnes œuvres. « Elle se faisait vénérer de tous, écrit un contempo-
1 Clotilde était la mère de Clodomir, de Clotaire et de Childebert; mais Thierry était né d'une autre union.
rain. L'aumône remplissait ses journées, et elle passait la nuit à veiller et à prier. Ses largesses ne cessèrent de se répandre sur les monastères et sur les lieux saints. La chasteté, la dignité la plus parfaite furent la marque de toute sa vie. Insensible aux vaines préoccupations du siècle, cette femme qui avait pour fils des rois était un modèle d'humilité. Ce n'était pas une reine, c'était, à la lettre, une fidèle et consciencieuse servante de Dieu '. »
Nombreuses sont les églises qui se vantent de l'avoir eue pour fondatrice. On cite parmi les plus célèbres Saint-Georges de Chelles, où elle mit une petite congrégation de religieuses qui fut plus tard augmentée par la reine Bathilde, et qui devint une des perles monastiques de la France. A Laon et à Tours, elle éleva des monastères qu'elle consacra, comme celui de Paris, au Prince des apôtres. A Reims et à Rouen, elle répara et agrandit des églises qui avaient le même saint pour patron. A Andély, elle bâtit un couvent qu'elle plaça sous l'invocation de la sainte Vierge2. A Auxerre, elle éleva une superbe basilique sur le tombeau de saint Germain 3. La dévotion particulière qu'elle avait toujours eue pour saint Martin de Tours l'attira de bonne heure près du tombeau de ce saint : elle finit même par s'y établir définitivement4; et les Tourangeaux virent avec édification la veuve du plus grand roi de son siècle mener, à l'ombre de leur basilique, la vie humble et retirée d'une religieuse. Il ne lui fut pas donné d'y vivre entièrement absorbée en Dieu, et de se dérober, comme Radegonde et Ratliilde,-à un monde qui n'était pas digne d'elle : il lui fallut traîner jusqu'au dernier jour le fardeau de sa grandeur royale et les soucis
1 Grégoire de Tours, m, 18. = a Vita sanctœ Chrotltildis, c. 11-13, dans M. G. H., Scriptores rer. mevoving., t. I, pp. : ï i* V - : ï iT . = 3 Miracula sancti Gertnani Autisswdorensis, dans les Acta sanctorum des Bollandistes, 31 juillet, t. VII, p. 263. = 4 Chrodechildis autem regina post mortem viri sui Turonus venit, ibique ad basilica beati Martini deserviens, cum summa pudicitia atque benignitate in hoc loco commorata est omnibus diebus vite suie, raro Parisius visitans. Grégoire de Tours, il, 43.
d'une maternité cruellement éprouvée. Cette barbarie à laquelle elle avait arraché son époux, elle la voyait, indomptée et farouche, envahir sa famille et s'épanouir dans le cœur des siens. Pendant qu'elle prenait son essor vers le ciel, ses enfants la ramenaient malgré elle dans l'enfer de leurs passions. Plus d'une fois, son cœur de mère et de chrétienne saigna cruelle-
Clovis, avec sainte Clotilde, partage son royaume entre ses quatre fils. D'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale, français 260(5. f" 13 v (xv siècle).
ment à la vue des excès auxquels se livraient ces natures violentes et implacables. Elle vit son cousin, le roi Sigismond de Bourgogne, ramené en captivité par son tils Clodomir; elle le vit massacrer avec ses enfants, et leurs cadavres jetés au fond d'un puits1. Ses larmes coulèrent plus amères encore lorsque la seconde expédition que ses fils conduisirent en Burgondie revint de ce pays sans Clodomir. Frappé par la main vengeresse de Dieu, le cruel était tombé sans gloire au milieu des ennemis, et sa tète, reconnaissable à sa longue chevelure royale, avait
1 Grégoire de Tours, m, 6; Passio sancti Sigismundi, c. 10; M. G. H., Script. rer. merov., II, p. 338.
été promenée sur une pique à la vue de l'armée franque désespérée1. Il laissait trois tils en bas âge: Théodebald, Gunther et Clodoald. Leur grand'mère les recueillit, pendant que leurs oncles fondaient sur l'héritage de leur père et le dépeçaient entre eux.
De nouvelles épreuves étaient réservées à la noble femme par la triste destinée de sa tille Glotilde. Cette princesse avait été donnée en mariage par ses frères au roi des Visigoths Amalaric, qui, se souvenant peut-être du système d'alliances politiques pratiqué par son grand-père, le roi d'Italie, avait jugé utile de devenir le parent de ses puissants voisins 2. Mais son mariage avec Glotilde était une de ces unions contre nature, que la nature elle-même se charge de défaire. La princesse catholique devint bientôt un objet d'aversion pour son époux arien ; la fille de Glovis ne pouvait inspirer que des sentiments de haine au fils d'Alaric. Les passions du sectaire et les ressentiments du fils se liguèrent contre la jeune reine, que le roi son mari accablait des plus indignes traitements, lui faisant même jeter de la boue et des immondices lorsqu'elle allait à l'église catholique. En 531, Ghildebert, étant en Auvergne, reçut un messager qui lui remit de la part de sa sœur un mouchoir trempé du sang qu'elle avait versé sous les coups de son mari. Saisi de douleur et d'indignation, Ghildebert se mit à la tête de son armée et alla fondre sur la Septimanie. Amalaric fut vaincu dans une grande bataille livrée près de Narbonne, et, peu de temps après, il péril sous les coups des Francs à Barcelone, en essayant de gagner sa flotte. Le roi de Paris rentra victorieux en France avec sa sœur délivrée. Mais l'infortunée avait été brisée par tant de cruelles émotions; elle expira en route, âgée de trente ans à peine, et son frère ne rapporta que son cadavre à Paris. La crypte de Glovis devint la dernière demeure de cette triste victime des mariages politiques ''. Mais la France
1 Grégoire de Tmirs, m, li; Marins d'Avenches, année 524; Agathias, Hislor., i, 3. = - Grégoire de Tours, in , L. = 8 Grégoire de Tours, in ,10.
ne devait pas tarder à venger cruellement sur Brunehaut les griefs de Clotilde.
Toute la tendresse de la mère éplorée se reporta sur ses petits-fîls, les orphelins de Clodomir. Ils étaient le lien qui rattachait à la vie cette âme sur laquelle l'infortune semblait s'acharner; ils furent, sans le savoir, la cause de ses suprêmes douleurs. Son fils Ghildehert s'émut de l'affection dont elle les entourait. Prévoyant que, quand ils auraient grandi, elle voudrait les faire couronner, et qu'alors leurs oncles seraient mis en demeure de leur restituer leur royaume, il s'aboucha avec Clotaire, qu'il manda à Paris. Là, il y eut entre les deux frères une entrevue sinistre dans laquelle fut décidée la mort des malheureux enfants.
Pendant ce temps, ils faisaient courir la rumeur que leur entrevue avait pour but d'élever leurs neveux sur le trône. Puis, ne craignant pas de se jouer de leur mère, ils lui mandèrent de leur remettre ses petits-fils, parce qu'ils avaient l'intention de les faire proclamer rois. Clotilde, remplie d'allégresse, fit venir les enfants, leur donna à boire et à manger, puis se sépara d'eux en leur disant :
« Il me semblera que je n'ai pas perdu mon fils, lorsque je vous verrai prendre sa place. »
Les enfants partirent joyeux : ils allaient à la mort. A peine arrivés au palais de Childebert, qui se trouvait dans la Cité, ils furent brutalement séquestrés et séparés de leur suite. Peu de temps après, Clotilde voyait arriver chez elle un grand seigneur clermontois attaché à la personne du roi de Paris; c'était Arcadius, petit-fils de Sidoine Apollinaire et arrière- petit-fils de l'empereur Avitus. Ce fier patricien, transformé en valet de bourreau, portait d'une main des ciseaux et de l'autre une épée nue.
« Je suis chargé par les rois, dit-il à Clotilde, de vous demander ce qu'il faut faire de vos petits -enfants : les tondre ou les mettre à mort? »
Folle de douleur et d'épouvante, et ne sachant ce qu'elle disait, la malheureuse femme laissa échapper dans son délire ces paroles irréfléchies :
« J'aime mieux les voir morts que tondus. »
Arcadius ne lui laissa pas le temps de reprendre ce propos; il courut dire aux deux rois que Clolilde consentait à la mort de ses petits-fils. Alors se passa dans le palais de Childehert
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Second spécimen de l'écriture onciale a l'époque mérovingienne.
D*après un manuscrit de Prague (Évangile selon saint Marc), que C. Zangemeister et G. Wattenbach
(Exempta codicum latinorum lilteris majusculis scriplorum. Heidelberg, in-f°, p. 8, planche XXXVI ' .
attribuent se.clo fere sœculo.
une des scènes les plus déchirantes dont l'histoire, ait gardé le souvenir. Les malheureux enfants de Clodomir, à l'expression de physionomie de leurs oncles, aux armes qu'ils brandissaient, devinent le sort dont ils sont menacés; ils courent à travers la chambre pour échapper aux royaux assassins, mais Clotaire, empoignant l'aîné par le bras, lui plonge le couteau dans le flanc. Pendant que l'enfant agonise, son cadet se jette aux genoux de Childehert, qui, épouvanté du drame monstrueux qu'il a mis en scène, s'attendrit sur l'innocente victime et supplie son frère de l'épargner. Mais Clotaire a respiré l'odeur du sang, il a maintenant l'ivresse du meurtre; il s'emporte, reproche à l'autre sa lâcheté, menace de le frapper lui-même
s'il prétend mettre obstacle à l'exécution du projet commun. Alors Childebert mollit; il repousse l'enfant qui s'était jeté dans ses bras et le pousse dans les mains homicides de Clotaire, qui lui fait subir le même sort
qu'à son aîné. Après quoi, par > y
un inutile raffinement de cruauté, v* ^
le gouverneur et toute la suite **\ *—9 «^
des enfants royaux furent égale- *^ * *^
ment
massacrés.
L'une des
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était
âgée
de dix
ans,
l'autre de
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Quant à
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frère Glodoald, qui avait cinq ^ c~*~* *~* ^ ans tout au plus, il fut sauvé par k*\ quelques hommes de cœur, qui O
parvinrent à le dérober aux -o ♦—♦ </^ -<< fureurs homicides de leurs on- *^> t* 2 k*\
clés ', et la tradition veut qu'il
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dans l'abbaye de Saint-Cloud, à «^ *-— * \***
laquelle il aurait laissé son nom -. *-* ^ \